le bureau de Bernard

Centre dramatique de Tours, le bureau de Bernard Pico




Longtemps, le bureau de Bernard était en sous-sol : et même, quand on arrivait depuis la rue, on pouvait faire signe au soupirail. C’était très étroit, et il n’y avait même pas d’ordinateur alors, mais c’étaient les mêmes livres, en partie les mêmes objets, les mêmes images. Par exemple, il y a toujours eu au moins un masque. Et je me suis toujours senti bien avec cette bibliothèque spécialisée théâtre, je ne sais pas si beaucoup de théâtre ont une pièce comme ça juste pour des livres. On a travaillé ensemble la première fois en 1994, une pleine semaine de stage plutôt la nuit où on lâchait une poignée d’acteurs professionnels dans différents endroits de la ville, on travaillait en extérieur, après on revenait sur le minuscule plateau de la petite salle au-dessus du bureau de Bernard, et on travaillait, on avait intitulé le stage Au théâtre d’écrire ses textes — stages qui m’ont emmené dans des écritures non prévues.

Quand je suis venu habiter à Tours, on a mené beaucoup d’ateliers ensemble : je nous revois à la prison de Tours, où on travaillait dans la salle d’anthropométrie, avec cette bizarre chaise à deux positions perpendiculaires et cale-fesses. On a monté Scène aussi, avec Gilles Bouillon et Nathalie Holt pour mise en scène et scénographie, un texte qui se joue en extérieur, dans l’entrée des supermarchés, et Au buffet de la gare d’Angoulême.

Surtout, depuis le bicentenaire Balzac, en 1999, le 1er lundi de chaque mois, et sans arrêter que cette année (eux continuent, mais je fais une pause), on a inauguré une lecture nomade, partout dans la ville, de la cafétéria de la patinoire au souterrain entre le musée des Beaux-Arts et la cathédrale, au centre de danse contemporaine ou dans un fond de bistrot. Cinquante minutes de lecture non-stop, sur thème annuel, le fantastique, le voyage, les traductions de la Bible (ah, l’Apocalypse de Bossuet ou les Psaumes de Claudel). Et, ensemble toujours, on a reçu ici Markowicz, Emaz, Bergounioux, Juliet, d’autres.

Donc un compagnonnage et une dette. Le mois prochain on remet ça : trois jours avec les étudiants Arts du spectacle, ici à la fac. Depuis le nouveau théâtre, le bureau de Bernard n’est plus en sous-sol mais au deuxième étage, avec fenêtre pleine vue sur le vieux Tours et la cathédrale, mais les objets et les livres n’ont pas changé. Il y a l’ordinateur, et un site pour le théâtre, mais ce n’est pas trop leur préoccupation dans le monde du (spectacle vivant, quelle appellation... On a parlé de Michaux : on fera de ce stage une exploration Michaux.

Dans le bureau de Bernard, parmi les livres, des photos de Beckett, de Genet, de leurs mises en scène, avec Gilles Bouillon que Bernard Pico assiste et accompagne depuis bien longtemps. En ce moment, je suis beaucoup dans mon propre « bureau », c’est-à-dire la petite pièce où j’ai mes livres, ma guitare, mon ordinateur, la paperasse et les câbles. Mais je n’ai pas le chemin à faire dans la ville pour rejoindre telle pièce qui ne serait réservée qu’au travail. Qu’est-ce que ça change, intérieurement ? Peut-être pour cela que j’ai fait ces photos.




François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 4 mars 2008
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