morts qui traversent en nous

autoportraits avec morts et soleil




Que cela soit clair : on ne fait pas un site comme ça pour les autres. On le fait comme un sculpteur sculpte : parce que ça vaut en soi, ça vaut autant qu’un livre. J’ai toujours travaillé sur les autoportraits. Nul en dessin, mais ça quand même. Vers 77/79 avec des encres, des grattages. En Inde sous produits, déformations. Vers 83 les photomatons. A Rome les empreintes, de la tronche, de tout le corps. Et continué, mais juste quand ça va pas. Aujourd’hui bloqué. Pas décollé de la table, pour rien faire. Ce matin un rendez-vous médical, pas bien. Et là, à la table, perdre du temps. La table de côté avec les papiers, la liste des choses à faire, les livres en retard, pas touché. Un moment, vers 3 ou 4 h, dormi là, appuyé sur la table : des fois ça m’arrive la nuit aussi. Bricolé des codes pour comprendre l’étonnant script Java que Julien Kirch a ébauché (c’est juste un brouillon, une idée) pour future page d’accueil remue.net : j’y ai bien passé 3 heures, quand même, pour essayer de comprendre. La pièce donne au nord, pas de soleil, mais si : là un instant, au soir, parce que pas loin du solstice, et violent. J’ai voulu faire la photo de moi là dormant. Ai pensé : voir ma tête en mort, puisque aujourd’hui rien fait, rien lu, rien marché. Posé. Mis une brique sous la machine parce que trop chaud, évacuer. Et puis, dans ce coin de soleil du soir soudainement rasant, entrant jusque sur la table sur le coup des 8h du soir, comme ces images d’autrefois avec deux visages dans la même figure : qui est ce mort ? Il ressemble à Aragon vieux, il a les yeux fermés comme moi. Je pousse le contraste, je taille au carré. Maintenant, avec le vieux, le mort, on s’embrasse. La démolition, hier soir, était aussi ou déjà un autoportrait.

françois bon, autoportrait 2006

françois bon, autoportrait 2006
françois bon, autoportrait 2006



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 1er juillet 2006
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Messages

  • fermer les yeux pour voir

    d’abord "un homme qui dort tient en cercle autour de lui le fil des heures, l’ordre des années et des mondes"

    puis revenir à l’intérieur sur la "tentation de l’autoportrait" quand un jour sans toi pour l’atelier on est allés rechercher ton face à face ta douleur et c’est à partir de cette page-là que les jeunes gens ont écrit chacun son autoportrait, sa vie

    aussi les carnets de Koltès , écrire le visage au Rond-Point, ce qui accourt

    regarder encore

    le visage en tension

    une blessure là

    dans les traits

    ce qui clôt ce qui ouvre

    écartèlement

    la pile bancale des livres et le visage

    un abandon qui n’en est pas

    un

    la main comme seul appui le visage s’y dépose

    épouse le creux genèse d’un autre visage

    et le clavier

    pour la tête comme aveuglément

    même pas une pierre pour

    mais directement passer du crâne

    aux touches

    transférer les données

    tout

    l’essaim

    lancinant

    dans le disque dur

    et ne plus rien savoir

    du bourdonnement

    visage photographié le grain l’impact

    l’absence

    matière première

    et les paupières closes

    sur un chagrin une lassitude

    qu’on donnerait à voir

    pour s’en garder

    et appeler

    encore le visage

    partagé

    la diagonale qui efface et retrace

    dans le même mouvement

    le cri

    blanc

    C.E

  • dures journées aussi ? Mais là, sur ces photos, réaction féminine ? je ne vois pas la mort mais l’abandon, concentré sur son essence, pour qu’elle n’en profite pas pour s’effriter, d’un enfant fatigué au milieu de son monde.

  • réflexions profondes.... détendu ?? non ! même pas en rêve, recherche sur un clavier, le temps d’un mot ou d’une idée, vitesse de la lumière, pour ce monde imaginaire, la mort n’est pas, non !!!car ce visage plein de reflexion, ne ressemble pas à un moribond