fermez la porte


Théodor W Adorno, Minima Moralia : « La technicisation a rendu précis et frustes les gestes que nous faisons, et du même coup aussi les hommes. Elle retire aux gestes toute hésitation, toute circonspection et tout raffinement. Elle les plie aux exigences intransigeantes, et pour ainsi dire privées d’histoire, qui sont celles des choses. C’est ainsi qu’on a désappris à fermer une porte doucement et sans bruit, tout en la fermant bien. Celles des voitures et des frigidaires, il faut les claquer ; d’autres ont tendance à se refermer toute seule, automatiquement, invitant ainsi celui qui vient d’entrer au sans-gêne, le dispensant de regarder derrière lui et de respecter l’intérieur qui l’accueille. On ne rend pas justice à l’homme moderne si l’on n’est pas conscient de tout ce que ne cessent de lui infliger, jusque dans ses innervations les plus profondes, les choses qui l’entourent. » Cité dans NT2 Vivre blessé. Aujourd’hui Poitiers, cours le matin (la littérature comme histoire de ses supports), atelier l’après-midi (Rimbaud, Illuminations).


LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 28 mai 2009
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Messages

  • L’écho interieur de cette porte claquée : la peur incessante qu’entre les gonds d’une porte qu’on referme il y ait des doigts d’enfants qu’on n’aurait pas vu. Même au travail, même dans les endroits où il n’y a pas d’enfants, pas de ces petites mains qui se mettent partout où notre hâte et notre technique ne les attend pas, cette peur accompagne le mouvement de la porte à fermer, et le rend pusillanime.
    j’en viens à me demander, n’y avais jamais pensé avant, si cette question des doigts dans les portes, des portes qui doivent être ouvertes ou fermées, n’est pas à l’origine de mon projet blog - une sorte de responsabilité ressentie pour les doigts des autres

    Voir en ligne : à mains nues

    • 1000 ( oui ) 1000 euros pour un poste d’enseignante spécialisée 27 heures de cours préparation des cours suivi individuel des projets pédagogiques... pas posé la question du salaire hier , 1000 mais où je vais moi ?

    • Gamin, l’impératif de fermer les portes, que sinon les courants d’air (grand ennemi !), les portes qui claquent. Pulsion d’y donner des coups de lattes.

      Voir en ligne : à chat perché

    • Arrivée au Pirée un matin , la voiture dans la cale d’un ferry ; il devait y avoir un engorgement dans le port et ils n’ouvraient pas l’énorme porte pont-levis qui nous aurait apporté un peu d’air, la cale était pleine jusqu’à la gueule de poids-lourds en provenance d’Italie qui n’avaient rien trouvé de mieux que de mettre leurs diesels en route ; on a commencé à se sentir mal et le sentiment d’impuissance dans ces cas-là est terrible ; çà donne une idée très vague sans doute de ce que peut être l’asphyxie ;et ce ne fut qu’un mauvais moment à passer, on a pensé à ceux qui y travaillaient

  • Ils étaient restés coincés sur la machine d’avant, les messages en souffrance, certains depuis fort longtemps : la succession des tourments en avait différé coups par coups toute réponse. Strates par strates les repêcher, se les retransmettre, prêts à être (enfin) décemment traités.
    Je retrouve dans un sac un bien étrange CD, souvenir d’un ami mort qui y a travaillé.

    (photo : Bonne Nouvelle solitude)

    Voir en ligne : traces et trajets

  • Rideau sur le jour, dont déjà les images s’effacent, et la fatigue, la fatigue immense. Les nuages de ce matin, la disparité de leurs textures d’Ouest en Est, la lumière qui pleuvait dru au travers de la seule éclaircie.

  • c’est toujours quand on est pressé d’en sortir qu’on se casse le nez sur

    Voir en ligne : L’employée aux écritures

  • Juste une image, passer, revenir, écrire, monter, se promener, errer dans Paris, rive gauche : en arrivant à la maison, vers 6, j’ai trouvé là M., tout seul devant une vidéo, "tiens, t’es là ?" et puis, un peu plus tard "alors tu viens avec nous au Portugal ?", et lui, 15 cm de plus que moi, souriant "ça dépend des parents", ouais voilà, il suffit de passer le pont, celui du 25 avril, Vasco de Gama sur le Tage, allez roulez jeunesse (ce que c’est beau) - la photo date de décembre, il est 4h30.

  • Soudain mais loin d’un ordi, alors je l’écris plus tard, je pense aux portes du métro celles qui sont si lourdes que moi qui suis gauchère et pour lesquelles elles s’ouvrent du mauvais côté, je n’ai pas la force de les tenir pour qui me suit.
    (et je ne dois pas être la seule dans ce cas).

    Voir en ligne : traces et trajets

    • Non, bien sûr, tu n’es pas la seule et quand on a plein de paquets et qu’il faut appuyer comme un malade sur la grosse paluche verte au milieu de cette porte en haut de l’escalier , je tempête un peu et me demande à quoi servent ces lourdes parois, protéger des courants d’air, peut-être ??Donner un coup de neuf à tous ces couloirs de métro en opérant quelques démolitions aurait certainement un coup exorbitant ; certains me diraient que le métro y perdrait son charme : alors, poussons !

  • Envie de bruit toute la journée mais dans les fréquences hautes cette fois ci après le concert de mercredi. Est-ce que la thérapie par le bruit ça existe ou non ? Paradoxalement il a pourtant des vertus apaisantes et relaxantes. Dépend peut être de son coefficient d’absorption personnelle du bruit (CAPB)(encore à inventer)...

    Voir en ligne : KMS