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journal | USA, 21 octobre, Baltimore

Bizarrement, ce n’est pas à l’abbaye de Noirlac que j’ai eu cette bascule, mais c’est lié quand même (discussions avec Nicolas Voisin, puis Alain Pierrot qui surgit tout d’un coup dans le couloir sans prévenir et on parle de Sophie – cherchez pas, c’est pas une copine). Puis ces ébauches pour D’Ici là 3 avec Pierre Ménard, mes vidéos ratées d’hier, tout ça se mélange un peu. Du mal avec InDesign trop orienté fabrication pubs et magazines, la liberté de création intuitive offerte par le logiciel Pages, avec – dans le même esprit donc que Sophie – l’intégration directe dans la surface écran des images, mots, vidéos ou son : comment repenser à partir d’ici la navigation dans ce que nous nommions jusqu’ici livre et dont la transposition numérique me semble offrir de moins en moins d’intérêt, être un portage qui ne peut pallier (soins palliatifs ?) la dégringolade amorcée et probablement irréversible du support papier pour la création d’aujourd’hui ? Des mots que depuis pas mal de semaines je m’interdisais de dire trop haut, mais le projet publie.net nous emmène à toute vitesse dans ces nouveaux univers, logiques d’accès, navigation dans l’intérieur du texte. Les objets-langue que je reçois ces jours-ci de quelques amis nécessitent une approche radicalement neuve aussi pour naviguer, ce qu’on appelle toujours lire, comme nous avons déjà pris très bien nos repères dans les questions d’annotations et partage. L’envie aussi de rapports bien plus serrés avec les musiciens, voir cette réponse de D à F (là oui, des amis), le projet radio qu’on lance... Du coup, moi qui n’aurais jamais cru dormir un jour à Saint-Amand Montrond, dans cet hôtel parfaitement neutre et insipide sur la zone industrielle, hier soir buter dans les fonds de logiciels comme dans des murs, l’envie de tout arrêter ou effacer, et ce matin, au contraire, repeindre des pages comme on refait un vieil appart après avoir arraché les papiers peints, parvenir en fin de matinée à une ébauche sur quelques pages de ce que j’ai envie, avoir encore plein de problèmes techniques sur une navigation de surface à surface et non plus linéaire (les quelques heures passées sur pearltrees favorables. Puis, arrivant ici à Noirlac pour le second jour, l’heure passée dans le gîte rural loué par l’abbaye à Koichi Kurita, ses prélèvements, le blanc des faluns, le presque noir bleu des résidus volcaniques. Prendre son temps, ménager les mois d’été à venir, avant la bascule Québec, et les heures libres dont on devrait bénéficier là-bas, pour avancer dans ces expériences (Ancet, Leclair, les fragments Habakuk, la collection port-folio où diffuser artistes et photographes) qui impliqueront d’emblée une autre façon de lire écrire naviguer, d’autres circulations, d’autres outils. L’impression d’être un peu noyé écrasé, qu’il va falloir du temps et du silence, que tout ne sera pas visible avant un bon moment, mais comme si souvent qu’il faut des semaines et des semaines à bloquer sur l’envie de faire, avant que la bascule s’amorce en quelques secondes. Reste le fichu écran, même éclaté, même nomade et mobile et toutes tailles, et l’envie de l’arracher du Mac, le chiffonner dans sa poche et retrouver dessus le texte à lire, le griffonnage à répondre à la main, et ces griffonnages même, les faire maintenant de façon plus liquide, à gestes de peintre et frottements d’archet, et amplification mise. Exploration de la fissure dans le temps même qu’elle se fait, et ce ne serait pas une chance ?



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 31 mai 2009
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