2006.11.03 | oiseaux d’Yeu (muets sont-ils)


Oiseaux, lances levées à toutes frontières de l’homme !...

[...]

Avec toutes choses errantes par le monde et qui sont choses au fil de l’heure, ils vont où vont tous les oiseaux du monde, à leur destin d’être créés... Où va le mouvement même des choses, sur sa houle, où va le cours même du ciel, sur sa roue — à cette immensité de vivre et de créer dont s’est émue la plus grande nuit de mai, ils vont, et doublant plus de caps que n’en lèvent nos songes, ils passent, nous laissant à l’Océan des choses libres et non libres....

Ignorants de leur ombre, et ne sachant de mort que ce qui s’en consume d’immortel au bruit lointain des grandes eaux, ils passent, nous laissant, et nous ne sommes plus les mêmes. Ils sont l’espace traversé d’une seule pensée.

Laconisme de l’aile ! ô mutisme des forts... Muets sont-ils, et de haut vol, dans la grande nuit de l’homme. Mais à l’aube, étrangers, ils descendent vers nous : vêtus de ces couleurs de l’aube — entre bitume et givre — qui sont les couleurs mêmes du fond de l’homme... Et de cette aube, de cette fraîcheur, comme d’un ondoiement très pur, ils gardent parmi nous quelque chose du songe de la création.

Saint-John Perse



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 3 novembre 2006
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