laver le milieu


Dans cette cafétéria d’hypermarché, près du bord de l’autoroute, on arrive tard, presque au moment de la fermeture. Quand les filles s’en vont, la tenue civile reprise, surpris de les voir revenir, prendre un plat chaud de ce qu’elles vendaient, et devenir clientes. Les vieilles Peugeot décolorées attendent sur le parking réservée, une est enceinte, une autre téléphone sur le banc, dehors, avec des éclats de rire qu’elle n’aurait pu avoir au dedans. Les chefs ont des jupes comme les leur, fournies par la maison, mais des chemises différentes, mieux ouvrées. La chef et la sous-chef : plus besoin d’homme pour assurer la continuité de l’exploitation, ou alors le rang des hommes commence plus haut ? La sous-chef fait une réflexion à une des filles en vert, une fille probablement avec un handicap (cela permet à l’hypermarché de bénéficier d’aides à l’embauche, et de dégrèvements). Je l’avais remarquée, la fille en vert, pour cette énergie qu’elle met à nettoyer chaque table comme si c’était une affaire personnelle. Soi-disant qu’elle lave les bords, mais oublie le milieu. Je sais pertinemment, je l’ai vu, que ce n’est pas vrai. J’imagine que les deux, la fille en vert, la sous-chef, le savent aussi.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 5 août 2009
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Messages

  • ...et prendre la tangente. Regarder ailleurs. Le petit chien noir à poil ras par exemple. Celui qui prouve en trois galipettes et une lichette que question autorité, vous pourrez toujours repasser. Le maître sourit, ravi de l’espièglerie de son teckel si peu dressé.

    Respirons : tout n’est pas encore sous contrôle.

  • ...serait comme dire dans les pierres. Les confins jamais aussi loin qu’on ne les croyait. On pouvait comme les toucher du doigt, et sentir un peu leur immense chair étrange.

  • ... qui me voient triste, je finis par confesser cet amour non partagé. Quand ils me disent Pourquoi ? Je sais que je ne sais pas, j’ai simplement été prévenue d’emblée que notre relation n’était pas amoureuse. Je comprends que j’ai remplacé les Pourquoi d’une séparation inexplicable et inexpliquée par les Pourquoi d’un refus sans que rien n’ait pu même s’esquisser alors que tout s’y prêtait. Est-ce moins mal aller ?
    Au bout du compte je reste la fille de trop et depuis si longtemps qu’elle ne sait plus comment aimer.

    PS : Y en a pour chercher leur titre qui se sont pas gênés (photo) ; ça ne donne pas envie d’aller voir le film.

    Voir en ligne : traces et trajets