le violoncelliste de Jean-Talon


En descendant l’escalator du métro Jean-Talon, je sais qu’il sera là. Il apporte son tabouret avec lui, il a une bonne tête et surtout une pratique musicale pas banale : il regarde les gens qui descendent, et improvise des notes (avec un peu trop d’effets de coude, ça peut-être) en fonction de ce que leur tête lui inspirent. C’est ultra-court, une toute petite démonstration, mais littéralement à la tête du client. Il n’a pas de partition, il ne joue pas son Bach de service ni rien. Juste ces bribes sur le manche, chaque fois adressées à qui approche, qu’il a choisi en fonction de ça. D’autres fois, il parle, s’énerve même, montre la housse posée par terre : les piasses ne tombent pas assez vite, alors il les engueulait carrément, les gens, ce qui n’est pas la meilleure manière. C’est un changement de métro important, les gens vont vite, et dans tous les sens, et ces bribes de musique de cinq à six secondes, ça ne crée pas une attention continue. Il bouge trop, c’est sûr. Je l’ai filmé cinquante secondes, pas plus, ça aurait été indiscret, le violoncelliste de Jean-Talon.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 8 octobre 2009
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Messages

  • Mémoire des doigts sur le manche ; peut-être grâce à eux qu’on écoute.

    Voir en ligne : à chat perché

  • Il faudrait aussi parler de celle que je vénère, le plus souvent installée au pied du pot de Raynaud sur l’esplanade du centre Pompidou, à Paris.

    l’ambuleuse

    Voir en ligne : Musiques du Monde

  • ... le peu de temps que nous laissèrent nos vies, nos trains, nos obligations d’aujourd’hui, deux minutes d’affection vraie entre cet ami enfance, qui partait travailler en ville, et moi qui ne pouvais manquer mon train, pour l’autre ville. Comme une piqure d’éphémère et de douleur, dans quelque chose qui absurde tout.

  • (nouvelle série, les écussons des voitures que j’aime, allez tant pis) J’ai regardé la petite M. dans les yeux, ses si jolis yeux bruns et profonds qui ne comprenaient que mal les pleurs de sa tante, les yeux de cette petite, là, lui dire quoi, l’accord des inconscients oui, en parlant droit, et vrai, juste de l’amour pour cette petite vie, à peine arrivée, déjà battue et meurtrie (notre condition, nos mères) (écusson 1 : De Tomaso Deauville, gros moulin V8, 350 chevaux, 4 freins à disque ventilés et 4 portes, celle-là était rouge...)

  • "Là c’était un garage" me dit l’un. "Là ça devait être le café, là l’épicerie, en-dessous l’endroit où l’on stockait les marchandises à l’époque de la coopérative" (XIXe siècle, début XXe). "Ici la salle de réunion". "Là on prête la salle pour des tournages de films". "Ca c’est une porte dans le vide". Je fais le tour de la Bellevilloise, cherche à mettre en place la visite que je proposerai dans quelques jours. Impression de bien travailler. En sortant, légère dans la rue, malgré l’orage.

    Voir en ligne : Fenêtres open space

  • me dis-je ces temps-ci : c’est que ça tangue, ça chahute, ça bouge (perdu ma clé USB bleue, failli perdre mes lunettes, mes clés et ne dors pas tant que ça, finalement) heureusement il reste encore les rues, les autobus, les amies pour rire (le clochard de l’agence du lion sur la placette, en haut du faubourg, assis par terre, sa boîte de bière à côté de lui et sa grosse voix "Ah non !!! Je ne prends pas les billets !!!) (la tête de boeuf, 141 143 faubourg saint Martin)

  • Je comptais bien aller chanter. Mais avant, écouter ce que l’auteur du livre éponyme et l’ami qui l’interrogeait avaient à dire de Jan Karski, un de ceux dont le témoignage n’avait pas à temps été écouté.

    Ce qui est dit "au bord du soir" me restera et du coup c’est moi qui reste jusqu’à bien un peu tard à causer avec eux.

    Deuxième soirée de la semaine imprévue et déviée.

    Voir en ligne : traces et trajets