de pleurer


J’ai appris progressivement que ce n’était pas si grave, de pleurer, en atelier d’écriture. Ça finit toujours par arriver une fois. L’important, c’est que la beauté du texte soit suffisante pour conjurer ce qu’on évoque, que ce conflit de forces vives passe devant – mais c’est bien pour ça, les pleurs, quand ça advient. Et on était parti de Francis Ponge, la rage de l’expression ou ces expressions salutaires, genre Celui qui crève les cercueils à coups de talons de souliers ou d’autre chose, par définition c’est un ange... etc, vous connaissez tous le texte. Non, ce qui était bizarre, tout à la fin de la séance, c’est l’aveu : « Je voyais toutes les figures clairement, disait-elle, je n’avais pas eu le temps de finir d’écrire mais c’est comme si je voyais ce qu’il y avait à écrire, alors j’ai continué à lire, mais je lisais sans le texte. » Alors où est lire, quand on s’échine à le définir par le support ou l’objet, ou le sens – où est lire, dans ce moment de grande tension, évidemment, mais où le texte emportait suffisamment pour tenir, où est lire sauf dans le fait même de l’écoute qui dans ce temps précis convergeait, et devançait même le texte ?


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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 26 novembre 2009
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