ce que j’ai à leur dire


Reprise des cours demain. Evidemment la trouille : j’avais toujours du mal à croire les copains profs là-dessus. Jusqu’ici, je concevais un stage d’après ce que j’avais moi à en retirer, dans cette configuration précise. Là, il s’agit de recommencer, trois groupes au lieu des deux du premier semestre, et aller plus loin bien sûr. Mais en même temps reprendre en amont depuis ce que je n’ai pas décroché au premier semestre. Parler des auteurs comme de hauts funambules on y arrive toujours. Ancrer dans l’humilité et la pratique de la lecture, faire que cette pratique devienne une addiction raisonnée comme les autres, plus difficile. En France il y a toujours une sorte de réflexe scolaire, on rouvre le couloir du livre et on essaye qu’ils entrent. Mais ici, il n’y a pas ce couloir. Sur quoi s’appuyer ? L’histoire de la langue est commune, mais en librairie les auteurs classiques, comme les contemporains, sont au rayon littérature étrangère. S’appuyer sur l’Amérique ? De Dos Passos à Faulkner, de Whitman à Carver et d’autres, je n’ai jamais contourné une fois qu’ils aient à aimer leur Amérique – avec cet avantage sur moi d’en être. Mais la littérature est indivisible, c’est le fait littéraire qui est l’enjeu, et qu’on y bascule, quand bien même il n’y a pas de prédicat sur quoi démarrer. Les auteurs qui me servent sont souvent en dehors du lieu d’enracinement géographique de la langue. Demain, je prendrai Michaux dans mon sac. Aller au vertige, je voudrais tant. Il y a peut-être humilité réciproque du boulot de prof : amener tout près, une fois, deux fois, quinze fois, par groupe de vingt après groupe de vingt, même Rimbaud et Kafka ? Ci-dessus nouvelle fenêtre pour mon atelier. Après le sous-sol d’église du 1er semestre, passage presque chez Hopper. Commencé série de photos selon les heures.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 10 janvier 2010
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Messages

  • Tu m’as fait rire, tu sais.
    Et quand ma vie ne tenait qu’à un fil, sans doute étaient-ils deux, celui fragile d’être parent, et l’autre de cette addiction-là, suffisamment déraisonnable et déraisonnée pour continuer à respirer quand bien même l’âme est morte.

    Lecture publique et collective dans un café. Toujours les mêmes courageux près à se bouger malgré tous les temps qu’il fait. Et l’autre Arthur, 140 ans après, ses mots à peine ridés, et encore, parce que tant d’autres depuis nous les ont fait user.
    Le regret qu’il n’ait pas ou peu su.

    (et là je retourne lire. Ellroy. Pour faire de beaux rêves après ?)

    Voir en ligne : traces et trajets

  • C’est hier soir que s’est amené ce coup de téléphone ; j’écoutais le triple Cd de Mano Solo, "je suis venu vous voir" une sorte d’hommage on va dire, "je vous laisse le pire/les larmes qu’on verse/ sur la mort d’un homme/ adieu mes amis/ priez pour moi", un truc pour se souvenir, ou ne pas oublier peut-être j’en sais rien (j’aime pas bien, tu sais, comment il est avec les femmes et la sexualité - alors qu’il n’y a rien de plus beau) et S* a appelé pour venir passer le week-end prochain à la maison, bien sûr, quand tu veux, et pour me dire que sa grand-mère avait lu le plan, y avait apporté quelques bribes (ou plus ?), se demandait quoi y mettre et je me suis dit que malgré tout, les projets ont du bon (on va organiser le bazar) (les pastels secs) (je pense à toi, avec toi)

  • Mettre le nez dehors malgré la neige (le corps en a besoin), numérique partagé avec les mômes, et ce qu’eux ils regardent.

    Voir en ligne : à chat perché