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2017.10.14 | le jour que j’inventu une fiction trop géniale

L’ai dit avant-hier : je ne m’intéresse plus au livre numérique (ça n’enlève rien à notre publie.net, juste qu’il rejoint maintenant sa vraie potentialité – et qu’on n’aurait pu l’inventer maintenant sans tous ces tunnels préalables, et quel contenu nous avons pour l’étape suivante : étonnez-vous des jalousetés !). Plutôt justement l’impression que l’idée même de livre numérique plus besoin. Ces dernières semaines, très souterrainement – mais quelques petites centaines de zigues comme nous, tout autour du monde, en ce moment doivent s’y employer de façon très similaire, avec l’arrivée prochaine de tablettes à consulter le web, des navigateurs sur les téléphones même bas prix etc, et le progrès de nos petits ordinateurs portables qui deviennent des objets aussi intimes qu’un sac à main et un cartable, et donc y compris le livre qu’on met dedans. Cette usine compliquée et assez bâtarde du format epub risque d’être oubliée avant d’avoir grandi. On travaille à comment enrichir la consultation web, et la liberté des objets qui peuvent s’y inventer est vertigineuse, même effrayante parfois – mais c’est parce que déjà on sait que le meilleur de nos informations, nos réflexions, comme les percées créatives, sont sur le web, tel qu’on le pratique tous les jours – et que c’est ici aussi qu’on a nos tâches de transmission et d’enseignement, nos couloirs de l’essentiel partage. Reste que c’est dans l’intérieur de soi-même qu’on rame le plus, juste pour déménager, comme de vieux pianos alourdis, les modèles initiaux de pensée. Et, si on arrive à les changer de place dans la vieille chambre, pas facile de pousser les murs ou percer une fenêtre. Ce qui nous meut : plus près, certainement, de cette vieille curiosité, d’un souci (« seul face au sombre de la pensée », me disait Bergou avant-hier, citant Hegel – et s’étonnant du mot skype quant j’essayais de lui expliquer que je n’avais pas un téléphone pour lui parler, mais que mon ordinateur y suffisait), et donc dans le surgissement même du fait littéraire, le langage comme réflexion. Tout ça viendra progressivement au jour dans les prochains mois, et on ouvrira les portes des sites sans liens qui servent de laboratoire. Effroi : la langue est née de l’effroi, ça ne nous écarte pas de chez nous. Plutôt, ces jours-ci, à lire les fascinantes descriptions de villes (Chicago, Lahore, ou ces villes ruinées des plateaux au-dessus de Sao Paulo) dans Tristes tropiques, évidemment : comment garder, dans cette réalité numérique où le départ est irréversible, cet exercice majestueux de la pensée lié à ces inflexions de la pure, de la seule langue ? Le livre a outrepassé son objet, son armature se fait garante de ce temps de l’écart. Ça m’a sauté brutalement à la figure, cet après-midi de soleil sur dernière neige, croisant cette pierre tombale : livre qui n’aurait que six pages, livre qui ne s’ouvre même pas ? Livre d’une seule inscription de dates, et la fleur artificielle qui s’agrippe à sa tranche la seule couleur ? Comment hériter de cela aussi ?



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 14 mars 2010
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Messages

  • ... nos descendants via quelques puces implantées ou autres plus subtils greffons, lirons directement en superposition de ce que nous voyons.
    Un objet appelera un extrait de roman où il apparaissait, une personne au choix ce qu’elle écrit elle même ou chante (bien sûr il y aura du son possible) ou photographie, ou ce que d’autres lui ont écrit ou sa notice wikipédia, directement.
    On pourra aussi lire des notices directement en surimpression au moment d’utiliser la machine.
    On pourrait trouver ça difficile mais ça sera comme de voir un film en sous-titres sauf qu’ils seront mieux placés. Il sera possible d’éteindre pour se reposer, mais ils seront tant habitués qu’il en profiteront peu.
    D’ailleurs en nous rendant visite, puisqu’eux sauront enfin voyager dans le temps, ils se sentiront principalement dépaysés d’être dans un monde si muet avec un champ visuel à un seul niveau.

    Voir en ligne : traces et trajets

  • de la 2, au loin le Sacré Coeur, les graffitis sur le coin du faubourg Saint Martin, les limites de Paris de 1860, le ciel et au bout, la place Clichy

  • Envie d’un livre composé de galeries, et les creuser à plusieurs.

    Voir en ligne : à chat perché

  • que lorsque je n’avais pas sept ans, aucun avion ne passait au ciel, comme ces jours-ci, mais quand par hasard on en voyait un, nous disions au revoir à ma tante "tu ne peux pas imaginer" parce qu’elle s’en était allée, vers la France, la Suisse ou l’Autriche, l’Italie ou la Grèce, n’importe où sans doute mais tellement loin, et le ciel redevenait ainsi, si bleu si calme (même si c’est compromis -hum-, BCN, on s’en fout, elle ne va pas disparaître)(chouette soirée rougets panacotta hein)