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brouillard sale et jaune

Un brouillard sale et jaune inondait tout l’espace, ce beau vers de Baudelaire qui revenait, mais ça sentait trop le brûlé sur la basse-ville, et on ne voyait pas le bout de la rue. Des feux de forêts j’en ai vu, dans le Sud, en Grèce etc. Ici je savais qu’ils existaient, mais je les croyais trop loin. Toujours ce problème de disproportion au Québec : les nuages de fumée avaient rejoint la ville et l’enveloppaient. Je repensais à ces deux immenses romans de Blanchot, Aminadab et Le Très-Haut : la ville soudain perd toute réalité, elle pourrait glisser hors du monde. Le béton semble une architecture foraine dans les restes de transparence maladive, il fait lourd, on a mal à respirer. Ce matin, je cherche des infos à ce propos dans le journal, parce que quand même... Mais la question n’est évoquée en Une du Soleil qu’un peu plus bas des jumeaux de Céline Dion, et du coup je tombe sur cet extraordinaire article : Coucher avec son bicycle : Maintenant, quand je ne peux pas être là à l’heure du repas, je lui prévois des plats à l’avance pour qu’il puisse les réchauffer. Bon, c’est pas à propos du Québec, que je dis ça : les maladies du siècle se moquent bien des frontières. Comparer par exemple les spectateurs sous la Tour Eiffel, que ce soit ici, que ce soit là. Alors boucler les écoutilles, vivre dans l’écran, y écrire, y lire. Photo : forêt, Mégantic.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 31 mai 2010
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