brouillard sale et jaune


Un brouillard sale et jaune inondait tout l’espace, ce beau vers de Baudelaire qui revenait, mais ça sentait trop le brûlé sur la basse-ville, et on ne voyait pas le bout de la rue. Des feux de forêts j’en ai vu, dans le Sud, en Grèce etc. Ici je savais qu’ils existaient, mais je les croyais trop loin. Toujours ce problème de disproportion au Québec : les nuages de fumée avaient rejoint la ville et l’enveloppaient. Je repensais à ces deux immenses romans de Blanchot, Aminadab et Le Très-Haut : la ville soudain perd toute réalité, elle pourrait glisser hors du monde. Le béton semble une architecture foraine dans les restes de transparence maladive, il fait lourd, on a mal à respirer. Ce matin, je cherche des infos à ce propos dans le journal, parce que quand même... Mais la question n’est évoquée en Une du Soleil qu’un peu plus bas des jumeaux de Céline Dion, et du coup je tombe sur cet extraordinaire article : Coucher avec son bicycle : Maintenant, quand je ne peux pas être là à l’heure du repas, je lui prévois des plats à l’avance pour qu’il puisse les réchauffer. Bon, c’est pas à propos du Québec, que je dis ça : les maladies du siècle se moquent bien des frontières. Comparer par exemple les spectateurs sous la Tour Eiffel, que ce soit ici, que ce soit là. Alors boucler les écoutilles, vivre dans l’écran, y écrire, y lire. Photo : forêt, Mégantic.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 31 mai 2010
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Messages

  • Il semblait content qu’on se voie, déjà ce matin c’est un peu moins ça. Tu rappelleras ? Le temps d’y croire un peu, le ciel était d’un bleu de stylos feutres aux dessins d’enfants et les nuages en petits moutons dessinables. Le gris ne vient qu’après.

    Voir en ligne : traces et trajets

  • Elle m’appelle pour les ultimes corrections, voilà, c’est terminé, dans deux jours envoi à l’imprimeur, je lui demande : combien d’exemplaires, au fait ? 303 pages (je regarde en douce la 48), le pdf sur écran m’émeut davantage que les pages papier des premières épreuves, c’est ainsi, j’aurai le livre en main dans deux semaines me dit-elle, je raccroche, épuisée.

    Voir en ligne : Fenêtres Open space

  • ce matin j’ai voulu prendre le métro, je n’avais plus de billet... Je hais la carte orange : ils étaient au moins deux cent mille à attendre aux machines, aux caisses, j’ai décidé de redescendre le faubourg, acheter un carnet au tabac, devant moi, ce type avec ça sur sa veste : j’ai pensé à Hailé Selassié 1° Rastafari Bob et la gandja et il est parti vers son avenir fatal (la photo en marchant, un genou en vrac, je vous la conseille)- quant à moi j’ai acheté mon carnet à 11,60 et ne suis même pas arrivé en retard) (je hais la carte orange)

    • j’ai repris le métro pour revenir, puis encore à nouveau pour aller te retrouver : en attendant, j’ai fait un tour dans ce caravanseraï du mauvais goût : le pâté de maison (on dit block si on veut faire actuellement moderne, mais c’est pour penser au sandwich, ensuite) au rez-de-chaussée duquel est installée une myriade pléthorique d’antiquaires : là m’attendait le fameux spécimen 125 (on n’en dévoile pas la valeur marchande - on ne parle même pas de prix dans ces milieux éthérés et ignoblement élitistes, c’est vulgaire - car le vulgaire ne comprendrait pas qu’on puisse à ce point-là se foutre du monde) (encore que le monde...)