roman fleuve


Si quelque chose me manquera, au retour du Québec, ce sera le fleuve. On peut l’aimer comme chez nous on aime la mer. Ce n’est pas de l’eau apprivoisée. Il attrape les saisons avant la terre, il amplifie les reflets, les vents, il offre un élargissement à l’espace intérieur. Même à dix mois de fréquentation, le déplacement d’échelle n’est pas encore intérieurement assimilable. J’aurai connu seulement la côte Nord et laissé tomber la côte Sud, pour ça il aurait fallu une autre année – mais une autre année m’aurait probablement ramené sur la côte Nord sans aller sur la côte Sud, même Kamouraska. Pareil, ne me suis jamais résolu à remonter le fleuve de Québec vers Montréal, malgré noms favorables de Shawinigan ou Trois-Rivières. Le fleuve n’est ici que le chemin de son propre élargissement. Cette étrange façon aussi d’avoir de toute façon repoussé bien amont de lui le temps des hommes : il replace en nous le regard de ceux des nôtres, qui le découvrirent. Contrairement au reste de l’expérience Québec, le fleuve m’autorise qu’il soit expérience de moi à moi, sans la médiation québécoise.

 

 

 

 

 

 

 

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 12 juin 2010
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Messages

  • Frappant comme dans son Journalhttp://www.mesloisirs.uqam.ca/page/... 1753-1789 sur lequel je travaille, le libraire parisien Siméon-Prosper Hardy, écrit toujours "la rivière" pour parler de la Seine et de ses très nombreux noyés, par suicides ou accidents (du travail souvent, tellement d’activités qui se font avec l’eau du fleuve)

    Voir en ligne : L’employée aux 200 écritures

    • Il est probable que la Loire , la splendide sauvageonne va te sembler toute fluette, avec des rives toutes proches mais tu auras vite retrouvé ses grâces à notre dimension native.

    • merci Anne-Marie – c’est bizarrerie pour moi : la Loire effectivement sauvage et souvent excessive, aussi bien dans crues que dans sa quasi disparition l’été, mais ne me suis jamais senti affinités – Tours est seulement un bout de TGV commode – le fleuve ici correspond pour de vrai à nos rives de mer, pas à nos rivières – mais c’est surtout le mot dimension "native" : je ne saurai absolument pas trouver à quoi ça correspond en moi – probablement une affinité nord, mais de plus en plus de mal à m’accrocher à la terre

    • Par native, j’entendais à notre échelle à nous européens ; j’aime nos rivières,les bords de l’Allier, la Creuse, la Dordogne, les ragondins, les aulnes, les petits ponts,les petites cascades, leurs surfaces toutes pleines de reflets à toute heure, leur bruit qui ravit pour qui aime vivre dans le calme ; j’ai longé le St Laurent il y a longtemps, rien d’autre pour moi qu’une masse d’eau ; il faut dire que je n’aime pas beaucoup la mer et surtout pas tous ces bords de mer urbanisés en France ; je n’y vois aucune beauté ; çà n’engage que moi. Allez, ce n’est pas à la terre qu’on du mal à s’accrocher mais aux bataillons de crétins qui la peuplent, nicht war ??

    • et le sud Finistère, le bout du bout du monde...
      Il y a des fleuves partout... que l’on nomme abers ou avens...
      magiques !!!

  • Si quelque chose manque, à Bruxelles, c’est un vrai fleuve majestueux, des quais où flâner plus de 50 mètres, un tel endroit pour amoureux.

    Au prix qu’elle annonçait pour les denrées pas si nombreuses, et non luxueuses, achetées, je l’ai senti frémir, ou plutôt : encaisser du décaissement le montant élevé.
    Je ne peux cependant rien faire pour l’aider. Il n’en a pas l’envie, je n’en ai pas le droit.
    Ainsi va la vie.

    De guingois.

    Voir en ligne : traces et trajets

    • voilà une réponse à donner à ce propriétaire venu frapper chez moi vendredi soir vers 22 heures pour une histoire de fuite d’eau ( l’avais fait poireauter pour cause d’ingérence dans ma vie : à 17 heures lui bla bla bla problème , moi ah désolée je dois sortir , lui je suis là tard montez me chercher à votre retour , moi ( verte , ben oui ) , finis les courses direction cinéma ( film de Garrel ) retour toc toc le propriétaire bla bla bla... habiter nulle part , vous comprenez monsieur ? Mais pas le courage alors échappée piège et pleurs devant le jardin sauvage