2010.07.14 | comment Tours laisse tuer Balzac


L’an passé, une dernière soirée d’adieu avant le départ pour l’année Québec ç’avait été la nuit à Fontevraud. Renouer avec Tours supposait de commencer d’émerger du labyrinthe de tâches, mais c’était forcément reprendre le chemin du tour de la cathédrale.

D’autant étrange que les Ursulines, dont le couvent désert occupe dans ses hauts murs une belle part du quartier épiscopal, est quasi vide – les cinémas le Studio, le conservatoire de musique et d’autres établissements d’enseignement occupent les anciens cloîtres et chapelles.

Pas de dommage majeur, sauf ce permanent envahissement de voitures garées qui dénaturent tout, et la mode en chaque ville de transformer les monuments en Disneyland : ces énormes projecteurs qui mettent la cathédrale en bleu ça dénote un beau respect des touristes qu’on est supposé accueillir.

Les travaux d’entretien et réfection sous bâche de la vieille cathédrale continuent, rien à redire, et merci aux artisans. Mais le choc c’est en arrivant à ce lieu pour nous si sensible, et qui symbolisait notre attachement à cette ville. Tous les amoureux de Balzac le savent : la magie propre à son Curé de Tours tient à un arc-boutant. Le vieil arc-boutant de la cathédrale qui enjambe la rue et tombe dans la vieille cour, la maison où loge le curé y trouvant son appui.

Quand vous arriviez là, vous rentriez dans le livre. La vieille maison n’avait pas bougé depuis Balzac, c’est ce mystère de vieilles cours à pavés inégaux et de glycines sur les murs.

Le lycée Paul-Louis Courier a avalé le pâté de maisons de la Psalette. Protégée par les monuments historiques, la vieille maison restait telle qu’en elle-même, fragile, mal foutue, comme un gosse tenant la main à l’arc-boutant qui la protège. Toute la fiction de Balzac tenait à cette intuition d’un lieu, comme souvent chez lui.

On venait devant la vieille grille de fer forgé, on regardait ça longtemps. La maison était devenue logement de fonction pour le lycée, avec je crois l’infirmerie en bas.

Et voilà ce qu’on trouve : mur refait, et un énorme rempart de bois opaque pour remplacer la grille. Ce qu’ils ont fait derrière, je ne sais pas. Ce que je constate, c’est que l’administration, mairie, monuments historiques, éducation nationale je ne sais pas qui quoi comment, ont supprimé le point d’ancrage essentiel de Balzac et de Tours. Voyez, c’est comme le roustisseur et le faquin du conte de Rabelais : qu’on regarde la cour, la maison, la cathédrale, parce qu’on aimait Balzac, c’était trop pour les fonctionnaires.

C’est du travail de porc. A bon entendeur, salut. Crime administratif contre la maison du Curé de Tours.

dédié à Jacques Bon, qui se moque de mon Lumix à fissure



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 14 juillet 2010
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Messages

  • Il n’y ont sans doute pas même un seul instant pensé.
    Le décisionnaire final peut-être quelqu’un qui de Balzac n’a que de (très) vagues souvenirs scolaires. Ou même pas.

    On fait de nos jours, beau (au goût 2010), propre et sécurisé.

    Cacher aussi, afin d’éviter les photos gratuites et que sur l’internet elles puissent circuler (récemment dans Paris, on m’a déclaré qu’il était interdit de prendre des photos : c’était dans une cour de bel immeuble, ouvert ce jour-là au public et j’y prenais un lion pour la collec de PdB avec mon plus simple appareil). La liberté de voir, de circuler, partout s’enprivatise et se rétrécit.

    Voir en ligne : traces et trajets

    • merci à François de dire à quel point, pour les générations de tourangeaux qui ont été scolarisées à Paul Louis Courier (mon père vers 1935-39, mes frères, moi, mes neveux), toucher aux gargouilles, aux arcs-boutants, à la rue du chat qui pelote, à la rue du singe vert, à la rue de la poupée qui tousse, à la psalette et aux autres lieux mythiques de ce quartier où les siècles vivent et racontent ce qu’Honoré n’a fait que remettre en scène, c’est commettre un sacrilège qui interdit qu’on soit à jamais rédimé Jean-claude jorgensen

    • Mince alors je ne savais même pas qu’il y avait cette jolie petite rue derrière le lycée Paul Louis Courrier... et je visitais pourtant les lieux en même temps que je préparais le CAPES.
      A mon avis, malheureusement, les petites fissardes et verrues urbaines n’intéressent qu’une poignée de gens (dt je suis) et méritent (pour d’autres) d’être tout bonnement rénovées en dehors de tout bon sens.
      A ce propos, j’ai été stupéfaite de voir que ds votre belle ville, l’architecte des bâtiments de France tolérait les horribles volets pvc sur de belles façades du centre ville !! Affreux.. affreux...
      ps : Pardon mais j’ai une question toute bête : il y a vraiment une rue du chat qui pelote à Tours ou c’était juste une évocation de l’enseigne des Guillaume ?

  • Après cette série je ne dirai plus rien contre le Lumix, d’ailleurs c’était plutôt étonnement de le voir toujours en service, que critique... C’est vrai que je n’en ai rien vu de la maison du curé de Tours, mais promis, je vais lire le bouquin.
    Ça fait drôle les photos de nuit en couleur, moi je n’y avais vu que du N&B, en plus de la proso j’ai une vision en niveaux de gris.

    Voir en ligne : http://cafcom.free.fr