Bicentenaire de Balzac

dans sa ville natale,

à l'initiative du Centre Dramatique Régional de Tours


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  nota : cette page est volontairement laissée dans sa présentation initiale, témoin des phases successives du site

La France a le monopole de ces anniversaires en grande cérémonie, comme si on ne devait s'intéresser qu'à intervalles réguliers aux géants de notre mémoire collective. Sans doute même, à force de programmer ces commémorations à répétition, qu'on en annule d'avance une bonne part de l'effet.

Balzac est né le 20 mai 1799, son bicentenaire n'échappera pas à la règle, il nous faudra subir dans notre beau pays, sous l'emblème Balzac, oubliée la dictature du football et en attendant la gonflette du changement de siècle, bien des choses prétentieuses et inutiles.

Pourtant, ces anniversaires ont du bon. Ceux qui s'obstinent, des années, sur des pistes ignorées, soudain on leur laisse un peu de place. Les éditions, qui vieillissaient dans leur guimauve, on les renouvelle. On revisite, on dépoussière.

Et pour Balzac, ce n'est pas du luxe. Il a beaucoup subi, depuis quelques décennies qu'on en fait une sorte d'épouvantail du réalisme absolu. On lui en fait beaucoup subir à l'école aussi, parcours obligatoire d'un enseignement du français en mauvaise passe dans tout le secondaire, pour arriver à cette aberration du bac français à partir de quoi on est dispensé de s'intéresser à la littérature.

Et forcément qu'à Tours on est aux premières loges. D'abord parce qu'il est né ici, rue Nationale, notre grand homme. Même mis en nourrice vite fait à Saint-Cyr sur Loire, de l'autre côté de l'eau, puis en internat au collège à Vendôme, la famille le visitant une fois à Pâques une fois en septembre pour un jour, son retour au monde se fera encore à Tours, avant que la famille, Restauration oblige, déménage définitivement pour Paris. Bien sûr cela traversera l'oeuvre, de part en part. Surtout, chaque grand virage de sa création, c'est à Tours ou juste à côté qu'il viendra l'amorcer. Lors d'un long séjour à La Grenadière, côté Saint-Cyr, qu'il rêvera d'acheter, ou lors des si nombreux séjours à Saché.

Encore faut-il savoir de quoi on parle. On a vaguement souvenir d'Eugénie Grandet., livre nocturne et serré, tragédie humblement dépouillée. Balzac n'aura pourtant vu Saumur, de toute sa vie, qu'une seule fois, environ trois quarts d'heure, voilà pour le réalisme. Mais nous, quand on s'installe au musée des Beaux-Arts, au lycée Balzac ou au café de l'Industrie pour lire La Grande Bretèche ou Louis Lambert ou Adieu, on nous dit que personne ne connaît ces textes-là.

Et c'est peut-être après tout notre meilleure récompense : avant les grand-messes à venir, et en souhaitant que sa ville natale ait assez d'audace et d'invention pour que la commémoration échappe aux habitudes de ces cérémonies désormais en phase d'usure pour avoir trop servi, une fois par mois, dans ces lieux transitionnels, souvent magiques où il nous semble que Tours échappe au temps présent, nous aurons, nous, pris plaisir à dire à voix haute ces récits d'une si grande maîtrise narrative, frôlant la folie, martelant l'invention fantastique. Et dans ces heures de lumière changeante du soir, l'impression que nous découvrions ensemble, ceux qui écoutaient, ceux qui lisaient, les résonances d'un tel travail. La vie que ça peut prendre, le livre, quand on lui confère la voix, et à l'histoire le temps en direct.

Les grandes orgues du Bicentenaire pourront venir, les mots de Balzac, ses lubies et les troubles frissons aussi de ces histoires méconnues, parce qu'on ne devient pas un artiste de cette taille sans que chaque coin du travail soit frappé de cette même réflexion sur l'énigme que c'est d'inventer, auront toute une année résonné pour explorer, une fois par mois, douze fois, un peu de ce mystère.

Ce qui nous aura nous-mêmes fascinés à une expérience dont nous n'attendions pas autant de bonheur personnel (l'équipe du Centre Dramatique Régional avait prévu des bancs pour s'asseoir, ils n'ont jamais pu offrir assez de place!), c'est de rompre avec l'oeuve comme musée, avec l'auteur comme grand homme (lui qui disait qu'il valait mieux être petit avec un gros cou, pour que les idées passent plus vite de la tête à la main, et c'est un charpentier de village que Rodin prendra comme modèle pour son Balzac ventru et majestueux), pour découvrir le jeune inconnu, revenant chaque fois s'isoler dans sa ville natale pour franchir les barrières de son art, fabriquer ce que Maurice Blanchot dit " drame d'une puissance effrayante où ne subsiste que la puissance hallucinatoire d'un esprit qui impose son rêve comme la seule réalité authentique ".

On n'aura pas visité, dans ces heures magiques, le musée Balzac, mais l'invention Balzac. Et c'est une dette supplémentaire.


PROGRAMME DES LECTURES "BALZAC NOCTURNE"

janvier 1998 - juin 1999

 

18 février 98 / 18h / École des Beaux-Arts / Le Chef d'oeuvre inconnu / Gilles Bouillon et F. Bon.

27 mars /18h / Lycée Balzac / Louis Lambert / Bernard Pico et Karin Romer.

3 avril / 18h / café de l'Industrie / La Grande Bretèche / F. Bon et Gérard Hardy.

6 mai / 19h / Sanitas / Drame au bord de la mer / Bernard Pico et Gérard Hardy.

27 mai / 18h / Musée des Beaux-Arts / Adieu / F. Bon et Gilles Bouillon.

5 juin / 20h / Le Café / Traité des excitants modernes / / Gilles Bouillon, Bernard Pico, Karin Romer.

Samedi 27 juin : château de Saché, 14h : reprise de La Grande Bretèche, porche de l'église. 16h : Le curé d'Azay et autres contes drolatiques, bord de l'Indre, et à 18h30, parc du château, Le lys dans la vallée.

18 octobre, château de Saché : Lettres écrites à Saché.

12 novembre, collège Jean-Zay à Chinon : Le chef d'oeuvre inconnu, et au Café Français : Adieu.

15 décembre, Tours, foyer du Grand Théâtre, Sarrasine.

15 janvier, collège Besse à Loches, Le chef d'oeuvre inconnu, et au Logis Royal de Loches : Drame au bord de la mer.

1er février, Tours, chapelle Saint-Saturnin, La fille aux yeux d'or.

19 mars, Tours, lycée Paul-Louis Courrier, Eugénie Grandet.

 

en bis surprise : lecture des Contes drôlatiques, info bientôt.