Pierre Ménard | le temps s’est arrêté à Pompéi

accueillir les démarches photographiques, les questionner comme on le fait du texte

un autre texte de la revue, au hasard :
Philippe Liotard | Pour arriver là
Pierre Ménard (Philippe Diaz, dit) conjugue depuis longtemps dans son site liminaire.fr, du même mouvement, texte, audio et images. Mais justement, c’est l’objet web qui les détermine comme ensemble, ou finalité.

Ces dernières années, une démarche de photographie plus spécifique s’est amorcée. Nous étions coutumier par exemple du lieu professionnel de Philippe Diaz (la médiathèque de Melun et son labo numérique pionnier L’astrolabe) et son environnement urbain comme thème récurrent. Les carnets de voyage (New York, San Francisco) ont intensifié cette présence. Je revois Pierre Ménard me dire, il y a quelques mois, avec gravité, que ce qui l’attirait vers la photographie primait parfois sur le texte.

Depuis un an, un projet nommé Lignes de désir semble aspirer des centaines d’images prises dans Paris.

En reprenant ici ces photos de son voyage à Naples (là il doit être dans l’avion du retour), c’est interroger l’espace de publication même. Dans son site, un journal, conjuguant narration qui est à la fois réflexion esthétique (les graphs et tags de Naples, mais dans une autre rubrique, les Carnets poétiques) et carnet chronologique, voire familial. Avec pour rançon que travailler sur les éléments archétypes du réel, de l’appropriation des villes, et les publier sur le web qui est un degré d’accessiblité immédiatement partageable, peut dissoudre le photographe : à Greenpoint dans Brooklyn en mai 2013 je photographie exactement la même image que Pierre Ménard 10 jours plus tôt, et récemment c’est Martine Sonnet qui sans le savoir refait la même image que Pierre Ménard à quelques centaines de mètres.

En même temps, un espace double : on peut ouvrir sur sa page Facebook, sans texte, des collections, donc des albums complets. Y compris question annexe : qu’est-ce qui sépare à nouveau les images (mêmes rues, même regard) lorsqu’elles sont mises en ligne sous le nom de Philippe Diaz et non sous le nom d’auteur Pierre Ménard ?

La question posée alors de la photographie non pas comme sa propre finalité, mais élément d’une investigation esthétique ouverte (voir les vidéos et travaux d’artistes présentés dans « murs de Naples ») soit comme bascule entre le récit du journal et l’album, et le fait que, dans l’album (donc non plus dans son propre site, mais sur Facebook, voir comme Mériol Lehmann aussi sépare les collections de son site de ses pages FlickR considérées comme salles de visite plus larges) c’est la collection en elle-même qui devient parcours et narration. Ou, formulé autrement (en repensant à cette ancienne forme des années soxante du roman photo) : l’instance qui constitue la démarche en photographie dans son autonomie, c’est la cinétique de lecture d’un ensemble variable d’images – processus qui peut être le parcours organisé du regardeur, ou bien inclus dans l’objet lui-même, comme les scripts d’accumulation infinie de la vie de Philippe De Jonckheere.

On comprendra qu’évidemment ces questions sont miennes – y compris pour le défi en partage de la constante réécriture graphique d’une page d’accueil toujours limitée au contour d’écran du visiteur – en tout cas concernent en profondeur le geste même qu’est l’écriture d’un site.

FB

(ci-dessus : remix Lightroom de l’image comme ma lecture personnelle – et hommage)



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1ère mise en ligne et dernière modification le 27 avril 2014.
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