Benjamin Revol | Traverses

« construire une ville avec des mots », les contributions

proposition n° 1

Le pied ayant franchi la porte de l’avion, l’aéroport est soudainement apparu, difforme, à travers les fenêtres teintées de la porte d’embarquement. Certains passagers se dépêchaient vers leurs correspondances, d’autres allaient récupérer leurs valises avant d’aller attraper un bus ou de monter dans la voiture de leurs proches, le personnel répétait encore une fois, à la lettre, la chorégraphie présidant aux procédures de débarquement et d’embarquement, le soleil brillait et le ciel était d’un bleu sans nuage et tout le monde souriait et était détendu car la vie s’écoulait selon son cours sans interruption… mais pour lui c’était la fin.

[proposition n° 2->210#2

L’autoroute longe le large lit du cours d’eau presque à sec. Les galets se succèdent jusqu’à l’horizon. Derrière les barrières de péage, le pont enjambe la rivière disparue et permet d’aller vers la petite ville qui se tient loin vers la droite, et se répand sur la colline et la vallée. Celle-ci est recouverte d’une chape de champs. Les terrains agricoles exercent une telle pression sur la nature sauvage que celle-ci, toute comprimée, pousse en hauteur et par poches éparses comme des grappes de tumeurs, sur leurs frontières.

[proposition n° 3->210#3

L’autoroute longe la nationale, et ensemble, elles descendent la vallée jusqu’à l’horizon. Sur le bord de la nationale se trouvent quelques villages, habitations isolées et zones industrielles, cernées de terres agricoles où sont produits certains fruits et légumes. Au milieu de ce tableau surgit une masse noire, immanquable et pourtant invisible. Là, pas d’habitations, pas d’agriculture, pas de routes, pas de traces de vie si ce n’est ce tapis verdâtre fait d’arbuste et de buissons desséchés et noircis à force d’engloutir le soleil ardent.

[proposition n° 4->210#4

La toute petite ville disparait rapidement lorsque l’on continue sur la départementale qui la traverse. En quelques minutes, la place, la poste, le collège, la maternelle, le Carrefour market, la maison de retraite, la zone artisanale et industrielle, les champs, les nouveaux lotissements et les hameaux son déjà loin. Alors c’est la colline. Le route serpente au cœur d’une forêt sans que l’on puisse voir ni d’où elle vient, ni où elle se dirige. On ne voit que le feuillage des arbres, la route et le ciel. Les virages se succèdent avec assez d’intervalle pour bercer les passagers et très vite le souvenir de la toute petite ville s’est dissout dans la conscience et il n’en reste qu’un substrat.

[proposition n° 5->210#5

Il faut gratter un peu la mémoire et regarder entre les bâtiments neuf puis plisser les yeux et alors on verra des fontaines et des lavoirs, rues couvertes de fientes de pigeon où les chats et les vieux restent à l’ombre, des trottoirs défoncés, des lourdes portes en bois, des persiennes et des persiennes et des persiennes, des fils à linges où du linge qui sent le linge frais est étendu au soleil, brisant le silence de midi de la marmaille dévale la vieille rue un ballon à la main et va jouer au foot sur la place du village, puis le kioske, puis la vieille église rénovée, puis le château et la piscine et le collège et la poste et les bars qui qui se jouxtent d’un bout à l’autre de ce qui n’est pas plus un village mais encore une ville.

[proposition n° 6->210#6

Beaucoup de noms de lieux ici sont communs à la plupart des villes. D’autres, en revanche, sont obscures car ils sont si particuliers, si spécifiques, si individuel, que leur origine s’est perdue au fil de leur transmission et malheureusement même la deuxième page de recherche Google ne nous apprend rien sur eux, ainsi l’on a : le stade Giai-Miniet ; les bois des Galfard ; le Tholonet ; la ferme Véran ; la route des Padiquettes (épelé phonétiquement, je ne l’ai jamais vu écrit). Autant de lieux sur lesquels on trouve peu d’informations en dehors de l’expérience des indigènes qu’ils virent naître, grandir et mourir.

[proposition n° 7->210#7

Il est étrange comme, grandissant dans un patelin délabré, je rêvai toute mon enfance de neuf. De routes neuves, de trottoirs neufs, des rues neuves avec des façades neuves et d’une école neuve avec des tables neuves et des livres neufs (pas pour apprendre bien sûr, non, seulement pour vivre dans du neuf), mais aussi d’un parc neuf, un stade neuf avec une pelouse neuve etc... Je vivais par et pour le besoin du neuf et dans l’aversion de l’ancien. Puis je suis parti et je suis revenu. Qu’elle ne fut pas ma surprise lorsque je constatai que pendant mon absence, ils avaient tout refait. Tout. Tout était neuf et je ne reconnaissais plus rien. Ils n’avaient gardé que les noms mais les avaient changés d’endroit. Si bien que lorsque j’accompagne ma mère au marché et en profite pour lui raconter certains récits de mon enfance à mesure que nous traversons les endroits où ils s’étaient produits elle m’interrompt à chaque phrase. « Non c’est pas possible, ceci n’était pas là mais là-bas et ça ils l’ont mis derrière cet autre machin. » Mes récits ont perdu toute leur réalité. L’école est devenue une gendarmerie, la gendarmerie une bibliothèque, la bibliothèque une médiathèque, les terrains vagues des immeubles et la forêt des terrains vagues, temporairement, avant de devenir des lotissements. Le neuf tant désiré est arrivé avec vingt ans de retard. Me laissant un goût amer de dépit, non pas contre le neuf, les gens l’avaient bien mérité, mais plutôt parce que je me sens doublement spolié : je passai mon enfance à dénigrer mon village et à le rêver en ce qu’il n’était pas, et maintenant que j’assume son état et que je suis prêt à l’accepter comme part intégrante de moi-même, il a disparu.

[proposition n° 8->210#8

Il pleut et c’est de sa faute. Ça fait un moment qu’il pleut, lui dit-on. On a jamais vu ça, quel printemps de merde, on ajoute. Là où il était, avant de revenir, c’était le contraire. Une chaleur peu commune avait étonné tout le monde, tout le monde sauf lui. Il ne connaissait pas particulièrement la météo locale et s’en foutait complètement, mais lui avait attendu, désiré, rêvé, anticipé cette chaleur si fort qu’elle s’était déplacée d’un continent à l’autre. S’il avait su que son impatience dérèglerait tout... Cependant, il était soulagé de constater que personne n’avait remarqué que c’était de sa faute. Les gens se contentaient, d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique de remarquer à quel point cela n’était pas normal. Ils levaient les yeux, secouaient la tête et reprenaient le train-train. Mais lui savait. Après tout, le beau temps était l’unique raison qui lui rendrait le retour supportable. Il s’était imaginé la belle saison dans ses moindres détails, c’était la saison où la peau se découvre, où l’on est constamment grisé, les sens sollicités de toutes parts, où le sang coule paresseusement le long des veines comme de la sève épaisse de pin. Mais voilà, il avait anticipé son retour tellement fort que la belle saison était venue directement à lui, juste avant qu’il s’en aille, et maintenant, tout le monde lui compris, était privé de soleil.

[proposition n° 9->210#9

Depuis la chambre obscure, confinée, douce et fraîche, on peut, la tête dans les oreillers, le corps entortillé dans les couvertures, se laisser bercer par les bruits de la nuit. Le silence se fait entendre, puis sa propre respiration et ses propres mouvement, puis un moustique qui rôde et s’en va on sait-où mais on s’en fout pourvu qu’il ne revienne pas et alors le silence revient, longtemps, longtemps, une voiture passe dans le chemin du quartier, le vent agite les arbres qui grattent aux volets, et le silence resurgit, ensuite, deux chats ont choisi l’endroit sous la fenêtre pour se battre, ça miaule et ça miaule et ça se chamaille puis le silence revient pour de bon cette fois. Vient ensuite le soleil qui se lève, il y a les oiseaux, quelques voitures qui descendent le chemin, un bruit sourd de talon contre le carrelage indique que la mère se lèvent, puis le bruit des toilettes et du lavabo avant celui de la cafetière, les oiseaux piaillent accompagnés, de ci de là, par quelques chiens plus ou moins loin, et le silence ne reviendra pas avant une dizaine d’heures, mais cela ne fait rien, on peut toujours se retourner, enfoncer la tête un peu plus dans les coussins et se rendormir. On a le droit, car on souffre terriblement du décalage horaire.

[proposition n° 10->210#10

Le disque de la meuleuse touche la rembarde et fait exploser la calamine, réduit en poudre la rouille et les deux se mélangent à l’air et se répand, alors, cette odeur unique. Du point de contact s’échappent un bouquet d’étincelles qui se meut comme un feu follet et ajoute au nuage de rouille une odeur lourde de fer brulé qui bouche les poumons.

Mon père me dit de rester calme et de maintenir le garde-corps droit. Certes, mais le fer déjà chauffé à blanc par les rayons du soleil de midi, devient alors, à la suite de la soudure et du polissage, presque en fusion. Aussi, je tiens une partie particulièrement rouillée et le contact entre la peau de mes mains et la rouille correspond exactement à celle entre la muqueuse de mon nez et le nuage de rouille. Je regrette de n’avoir pas mis la paire de gant que j’ai dans la poche arrière de mon bleu mais mon père, lui, n’a pas de gants.

J’ai la bouche complètement sèche. À tel point que j’accueille volontiers les gouttes de transpiration qui me coulent le long du visage et me finissent dans la bouche dont les différentes parties se sont transformées en une pâte ferrugineuse. Ma langue s’est solidifiée, mes dents ont fondu, mes gencives sont gercées et j’ai beau essayer de saliver et de cracher tout ce que je peux mais j’ai toujours ce goût de rouille dans la bouche. « Eh pourquoi t’as pas fermé la bouche, idiot-bête, me demande mon père ? Eh comment je fais pour respirer moi ? J’ai le nez complètement bouché à cause de la meuleuse ! » Ce à quoi il répond par un éclat de rire.

[proposition n° 11->210#11

Sur le parking il y a souvent quatre ou cinq voitures, une combinaison de familiale, SUV, sportive, utilitaire, 4x4, de tous âge et toutes marques. Il n’y a personne à l’entrée car l’accès est automatisé. Il faut utiliser un badge. On peut y venir n’importe quand, mais la plupart des usagers y viennent tous à la même heure. C’est une petite salle de sport dans une toute petite ville. La clim contient l’odeur de transpiration et la musique les grognements, le bruit des disques et des barres, les bribes de conversations entre deux sets et le bruit des tapis de course. On y vient, on fait le tour et dit bonjour à tout le monde, on reprend une conversation de la veille ou on entame celle du lendemain puis on commence l’entraînement. Cependant, ce n’est pas parce que le patron n’est pas là qu’il n’est pas présent. Deux caméras surveillent la salle. Et gare à celui qui part en dernier et oublie d’éteindre la clim, la musique et les lumières.

[proposition n° 12->210#12

Non loin des habitations, à flanc de colline, de l’autre côté d’une rivière constamment à sec à cause d’un barrage hydroélectrique, se trouve le bois de Galfard. On l’appelait plutôt le bois des Galfard. En fait, on prononçait phonétiquement lebwadégalfar, car à l’époque on, du moins je, ne connaissais pas encore l’orthographe. Je ne l’ai lu que plus tard quand j’avais cessé d’y aller. On y allait seulement quand on avait épuisé tous les autres lieux du village où l’on pouvait traîner. On décidait un jour de se donner rendez-vous le lendemain dans un lieu et ce lieu devenait le point de rendez-vous pendant quelques temps, combien exactement ? Dans le meilleur des cas, le montant exact de minutes qu’il fallait pour nous en lasser. C’est-à-dire le temps qu’on oublie assez à quoi ressemblent les autres endroits pour que l’on ait la curiosité de retourner les investir, les parcourir, les redécouvrir et les arpenter. Dans le pire des cas, quand on se faisait chasser les habitants de la ville. Alors on retournait d’abord voir les anciennes cabanes et les anciens calages puis l’on parcourait les sentiers en diverses directions, là où l’on connaissait le moins, à la recherche d’un endroit assez reculé pour ne pas y être vu et là on se fabriquait une nouvelle cabane, nouveau point de rendez-vous secret, où l’on pouvait s’adonner à nos activités secrètes dont le secret finissait par s’ébruiter. Parfois, on croisait un adulte au détour d’un sentier. Des promeneurs, des joggeurs, des paysans et l’on se saluait chacun baissant les yeux prenant garde, à ne pas, d’un seul regard annihiler le monde de l’autre.

[proposition n° 13->210#13

La départementale qui traverse le village se transforme en pont qui enjambe le lit d’une rivière et donne accès à la zone artisanale. La rivière est à sec à3cause d’un barrage électrique construit il y a bien longtemps. Quelques dizaines de mètres avant que la route ne devienne le pont, une avenue la rejoint et ensemble ils forment un T. Dans l’angle gauche de ce carrefour il y a un parking qui est le point de départ d’une piste cyclable qui longe et la rivière à sec et l’avenue qui rejoint la départementale. Dans l’autre angle, un Carrefour Market. Les gens marchent pour se rendre au Carrefour Market, enfin ils marchent de leur voiture, garée sur le parking, au magasin. Tout le monde vient en voiture. Pour faire ses courses mais pas que. Des riverains se garent ici et des camping-cars, des joggeurs, des mères et des pères de famille qui emmènent leurs enfants jouer sur les berges bien débroussaillées par la mairie, des gens qui viennent récupérer ou donner ce qu’ils ont achetés ou vendus sur le bon coin, des covoitureurs etc…

[proposition n° 14->210#14

Devant le Shopi, anciennement Codec il y a une espèce de type, blond aux yeux bleus qui reste assis et attend que les gens lui donnent des pièces. Il est grand, mince et son visage n’exprime pas grand-chose. Tout le monde le connait dans le village mais personne ne sait son nom, on l’appelle simplement le clochard de Shopi. Il y a aussi Jojo. Jojo est grand, maigre et sans âge. Il parle de lui à la troisième personne et quand il marche dans la rue on l’entend arriver de loin car il murmure son nom frénétiquement. Sylvie est une femme dont on dirait, dans les romans classiques, qu’elle a beaucoup de grâce et est d’une beauté profonde. DU temps de ces romans classiques, on aurait dit d’elle que sa physionomie reflétait son appartenance de sang aux rangs les plus élevés de la société. Cependant, cette bonne Sylvie est la plus grosse pocharde du village. Le plus grand mystère qui l’entoure est comment est-elle parvenue à vieillir aussi bien en dépit de tout ce qu’elle se met dans le buffet. Il y a un chien aussi. Un bâtard qui semble s’être affranchi de son maître ou bien il a adopté le village entier comme maître. Le mardi matin, il accompagne son maître au marché qui malgré ses yeux pleins de saleté lui donne une caresse et lui jette à manger. Si ça se trouve, c’est le chien du clochard de Shopi. Le pauvre non seulement il s’est fait larguer par son chien mais en plus, ce dernier est un meilleur quémandeur que lui. Puis, finalement, il y a la police municipale pour veiller sur ce beau monde. Ils vont toujours par deux et ne reculent jamais devant le danger. Quand le soleil est au zénith, ils n’hésitent pas à circuler dans le village dans leur 4X4 climatisé, ils peuvent lors d’un évènement passer des heures à faire semblant de discuter alors qu’ils scrutent la foule derrière leurs lunettes de soleil et bien sûr ils foncent dès que trois ou quatre adolescents s’attroupent et s’apprêtent à troubler l’ordre public.

[proposition n° 15->210#15

Je me rends compte que je suis la personne qui marche devant moi, depuis combien de temps, au juste ? Difficile à dire et peut-être que c’est un hasard, peut-être que c’est elle qui me suit mais par devant, non c’est impossible, son visage est tourné un coup à droite, un coup à gauche, elle tourne les yeux en permanence et n’arrive pas à se focaliser sur une chose précise plus de cinq minutes ; le seul endroit où elle n’a pas encore regardé c’est dans son angle mort, pile là où j’ai eu le malheur de me placer car si cette personne voit presque tout, moi je ne vois presque rien, à part son dos, mais ça pourrait être pire car son angle mort, qui n’est d’ailleurs ni un angle, ni mort, est un espace de répit pour le monde qui peut continuer à exister tout en se dérobant à son regard qui a soif de choses à voir, à reconnaître, à nommer, à archiver, à classer, à ranger puis à structuré et à reconfigurer, à réassembler, à dire et à redire et alors qu’elle mène son travail, moi je fais le mien, j’observe et me tiens, à distance, en admiration devant ce spectacle incompréhensible.

[proposition n° 16->210#16

On est descendu ensemble vers le terrain de foot, on est passé derrière les cages puis on a longé le gymnase et ensuite on a sauté le petit canal et ensemble on a traversé le champ. Là il y avait une vieille bâtisse à moitié démolie et dans laquelle poussait un arbre dont les branches sortaient par les ouvertures. Ça faisait longtemps qu’il n’était pas venu ici. Des souvenirs commençaient à remonter mais pas assez pour provoquer un basculement. Il regardait ici et là et des fragments du passé lui passaient devant les yeux. Il a voulu partir brusquement et je lui ai dit qu’on était pas pressés. À l’époque, c’était important de ne pas trop faire de bruit pour ne pas attirer l’attention sur soi, mais aujourd’hui que le terrain de foot était un terrain de rugby, le champs un lotissement et la cabane rasée, ce n’était pas la peine de se presser. À l’ombre de sa mémoire personne ne pourrait nous surprendre. Et petit à petit, c’est revenu. Les clopes, les bières, les copains, les copines, les histoires, les embrouilles, la vie morne ennuyeuse et répétitive comme les jours du calendrier qui défilent les uns après les autres et parfois surprenante comme un choc, un coup venu de nul part, le collège c’était quatre ans, c’était long, quatre ans à vivre en huis clos, tous dans le même bateau et pourtant chacun menant sa barque, se cognant, et contre le courant et les uns contre les autres.

[proposition n° 17->210#17

Qui avait eu l’idée de transformer les rues adjacentes de l’axe principal en priorités à droite ? Je n’en savais rien. Mais, j’étais revenu et désormais ce serait comme ça. Ma mère ne m’avait pas prévenu, personne ne m’avait consulté, il n’y avait pas eu de débat, enfin pas que je sache et d’ailleurs comment l’aurais-je su ? Je ne connais plus personne. Voilà le problème. Car il n’y a pas que le régime des priorités qui a changé. Le reste aussi. Le village entier pour faire court. Avant c’était un village en passe d’être une ville et un jour c’était une ville. Je n’étais pas là pour le voir, bien que je suis pas sûr que cela aurait dû être mon rôle. Après tout je ne suis pas le parent du pays mais son enfant. Puis, alors que je me désole, à l’ombre, allongé devant un ventilateur, un livre ouvert sur les cuisses et les yeux presque complètement fermés, un léger crissement me parvient du fond de cette scène que je ne reconnais plus. Un pouls que je croyais arrêté se met à battre à nouveau : ksss, ksss, ksss, ksss, ksss, ksss, ksss

[proposition n° 18->210#18

Ce terrain était tellement vague qu’il fallait de l’imagination pour avoir l’idée d’y garer sa voiture. Souvent, les gens n’étaient pas si créatifs, ils s’y garaient lorsqu’il y avait déjà une voiture. Ça prouve que le parking avait en lui la possibilité d’être un parking. C’est-à-dire, plat et accessible depuis la route et surtout, la qualité principale, ne pas être un endroit où le stationnement était interdit. Donc ce terrain n’était pas tellement vague, disons qu’il était déjà clairement un espace de stationnement dont la seule absence de panneau d’interdiction ou d’autorisation de stationner avait quand même empêché les automobilistes de l’utiliser comme espace de stationnement. Ainsi, pour s’y garer il ne fallait beaucoup d’imagination mais plutôt un esprit de contradiction. C’est-à-dire ne pas se satisfaire de l’état actuel des choses, ce terrain est un terrain vague, certes mais je dois garer ma voiture alors je l’utiliserai comme parking. De ce fait, qu’est-ce que l’esprit de contradiction, sinon, avoir de l’imagination ? L’imagination n’est-elle pas la faculté de projeter un état des choses différents de l’état de fait ? Mais alors si telle est l’imagination, quel est le plus imaginatif entre l’automobiliste qui projette un panneau d’interdiction et refuse de se garer et celui qui en projette un d’autorisation et décide de se garer ? Alors, il semble que ce terrain était tellement vague qu’il fallait de l’imagination pour avoir l’idée d’y garer sa voiture… ou pas.

[proposition n° 19->210#19

Je me promène dans mon passé comme un touriste parcours la place d’un petit village un matin de marché ou de vide grenier. Je veux pouvoir ramener dans le présent un souvenir qui puisse me transporter dans le passé. Ainsi, je descends et remonte les étals à la recherche de cette bricole borgésienne : images d’Épinal, cartes postales anciennes, affiches publicitaires, panneaux en fer blanc, drapeaux, figurines, santons, mais bien sûr aucun d’entre eux n’évoque mon passé. Non, mon passé est plus récent et quand bien même il s’est produit dans ce lieu, les objets qui l’évoquent appartiennent tous à un temps et un espace à la fois matériel et virtuel. Par exemple, il suffit que j’aperçoive le contour d’une cartouche de Nintendo pour qu’instantanément j’ai dix ans ou peut-être huit et que je me retrouve assis entre mon frère et mon père qui essayent de finir le jeu d’une traite en restant sourd à mon désir de jouer. Ainsi, ce petit bout de plastique qui est venu de loin se perdre dans la campagne permet-il à bon nombre d’entre nous, vivant ici ou ailleurs, dans un village, une petite ville, une ville ou une grande ville, agglomérations de surfaces péri-urbaines et autres conurbations, de revivre notre passé.

[proposition n° 20->210#20

Le quartier était coincé entre deux lotissements, le flanc de la colline où la forêt commençait et le lit de la rivière à sec. Un pont le reliait au reste du monde. Chaque voiture qui y passait dessus le faisait vibrer et l’absence de l’eau en dessous avait transformé le lit en une sorte de caisse de résonnance, créant ainsi à chaque passage de véhicule un bourdonnement sourd. La nuit, cependant, le bruit n’était pas gênant. D’abord le quartier étant résidentiel, les gens y dormaient. Ils rentraient après le travail au coucher du soleil et partaient au moment de son lever. Ensuite, la nuit était si calme que si toutefois pour une raison extraordinaire, quelqu’un rentrait tard et franchissait le pont, déclenchant l’intense bruit sourd, celui-ci se diluait dans le silence tout aussi épais, comme du sirop dans de l’eau.

[proposition n° 21->210#21

Un bout de couverture blanche, avec une fine ligne bleue et des lettres « Eric Ch / L’oeu / Post ». Du verre, un récipient qui contient des bouts de papiers pliés au cœur desquels sont écrits des mots doux qui appartiennent à une autre époque. Un réveil arrêté. Un pin’s qui est le drapeau américain planté dans une boule Quiès qui est en fait d’une autre marque. Une frange du rideau de la fenêtre qui donne dehors. Le dehors étant un morceau du jardin qui n’est pas le plus beau à voir. Une partie de l’image qui montre un reptile imaginaire partie du folklore Midwesternien. Une agrafeuse normale, c’est-à-dire qui sert de presse papier. Des livres. Du gris, du blanc, du bordeau, du rouge, du vert, du jaune, du bleu, épais, fin, très épais, très fin. Puis le clavier. « ERDF » « pause break ; PRT SC SYSRQ ; Backspace  » Puis l’écran. Une partie du visage d’un homme avec des bouclettes blanches, un œil bleu perçant derrière sa paupière plissée, rieuse. Encore du blanc, c’est le mur. À peine visible dans la lunette (rouleau de scotch) un coin de feuille. Le planning de la semaine. Puis du gris, du marron et du noir, c’est le chat qui a besoin d’attention.

[proposition n° 22->210#22

Il y a eu tellement de première fois d’écriture que je pourrais me concentrer pendant des jours et des jours que je demeurerais incapable de me rappeler le moindre détail, avec certitude, de ma première fois. J’ai bien des souvenirs mais ils sont impossibles à dater précisément, ils pourraient être d’y hier ou d’y a trois ans. En revanche, je garde à l’intérieur une trace de brûlure mentale due à l’explosive évidence de ma première envie d’écrire : la sensation que l’on peut s’y mettre, que l’on peut commencer, que l’on peut saisir un stylo et faire comme tant d’autres au même moment que moi, avant et à venir et se mettre à écrire ce qui nous passe par la tête. C’est comme si la conscience expulsait une nouvelle version d’elle-même dans la douleur et la joie primale, comme une étoile qui explose, comme une compression instantanée suivie d’une dilatation soudaine, comme un moment fissuré entre l’avant et l’après. Pourtant les deux moments sont moins séparés par leur nature que par leur degré. Avant, je prenais la vie entièrement comme une claque dans la figure en continu ; et après, j’ai compris qu’elle était bien plus grande que moi et qu’il y avait tellement de choses que je ratais et qui resteraient à jamais hors de portée, inécrivables. Ce qui n’était pas si mal, car nous sommes plusieurs à écrire.

[proposition n° 23->210#23

Le pont du canal EDF a l’air d’un morceau de route à part entière, solide et droit. Les voitures y passent dessus continuellement pour entrer et sortir du village. Il y a des rambardes peintes d’un bleu turquoise qui s’écaille par endroit laisse voir de fines traces de rouilles. Le canal EDF passe donc en dessous et contourne tant bien que mal la ville. Il l’enserrait tant bien que mal pendant des années, mais la ville a grossi et elle déborde de quelques habitations maintenant. Par endroit, il reste encore quelques champs qui n’ont pas encore été transformé en terrain constructibles. Puis s’il y a bien un endroit qui n’est pas près de changer c’est l’hippodrome. La plupart du temps vide, il sert de terrain de jeu à ceux des enfants du village qui ont le courage de s’y rendre en dépit des grosses chaleurs ou de la pluie, poussés par l’ennui qui procure la majeure occupation du village. Sur le chemin du retour, ils s’arrêteront à l’Intermarché de la sortie de la ville où ils pourront s’amuser dans la benne à carton avant de se faire dégager puis d’essayer de trouver quelques euros pour s’acheter à boire puis repartir vers la ville et retraverser le pont.

[proposition n° 24->210#24

C’était un jour d’orage, certainement fin août, la pluie tombait dru sur le toit de l’hippodrome et le bruit était assourdissant, nous étions coincés par l’eau qui s’abattait de toute parts autour des gradins et attendions que ça s’arrête en nous demandant comment nous allions retraverser les pelouses, le parking, les champs et les chemins boueux sans nous salir. Cet hippodrome, j’y suis passé devant un nombre littéralement incalculable de fois car il borde la route pour aller au Auchan, anciennement Mammouth, où j’allais faire les courses avec ma mère, puis j’y passais devant quand je prenais le bus pour aller et revenir du lycée, puis j’y passer devant quand j’allais voir des amis à Pierrevert, j’y passais devant à chaque fois qu’il fallait que je sorte de la ville et que j’y revienne. J’ai assisté à un mariage sur cet hippodrome. Celui de la mère d’un de mes meilleurs amis et maintenant que j’y pense j’ai eu plusieurs meilleurs amis et tous avaient en commun d’avoir le même type de personnalité dominatrice et pourtant ils étaient (et sont toujours) tous différents. D’ailleurs, s’ils savaient que je pense ça d’eux chacun rejetterait mon jugement soulignant mon erreur d’appréciation et mettant en avant mon incapacité innée à pouvoir produire une analyse juste et ensuite ils prendraient leur temps pour m’expliquer en quoi j’ai tort et pourquoi je dois les écouter. Je suis déjà venu à l’hippodrome pour parier également. J’ai découvert cet usage il n’y a pas si longtemps. C’est un ami à moi, un parieur, qui n’est pas du village qui m’a proposé un jour de l’accompagner. Et alors, cet endroit que j’avais parcouru en long, en large et en travers à bien des époques différentes je l’ai reparcouru encore une fois. Il a fallu se garer sur le parking, entrer par le portail de l’entrée, aller au guichet puis aller s’assoir dans les tribunes regarder les chevaux courir puis ressortir par le même portail et rentrer chez soi. Ç’a été une expérience étrange de découvrir pour la première fois un lieu que je connaissais déjà, comme lorsque l’on est enfant et que l’on joue avec le clavier d’un ordinateur éteint, s’imaginant tout un tas de choses qui passent sur l’écran noir, puis qu’un jour, quelqu’un l’allume et que l’on réalise qu’en réalité l’objet est capable de bien moins que ce que l’on avait espéré.

[proposition n° 25->210#25

Pourquoi donc suis je né ici. Est ce que si j’étais né ailleurs je serais différent. Peut être qu’en étant né ailleurs je me sentirais chez moi de la même façon qu’en étant né ici je me sens étranger. Pourquoi est ce que ce sentiment est la seule chose qui ne change pas. Certes les rues demeurent les mêmes mais les bâtiments prennent une couleur différente un revêtement différent des habitants différents au dehors des trottoirs apparaissent les rues changent de sens ou en perdent un et à vrai dire est ce que l’on peut considérer que les rues restent les mêmes au vu des couches successives de bitume dont on les recouvre. Et moi. Moi aussi j’ai dû changer n’est ce pas. Pourtant comment expliquer que la seule chose dont je sois sûr est que je ne vis ni dans ni sur mais contre mon village. Comment nommer ce phénomène où un garçon et une ville grandissent l’un contre l’autre chacun son tronc ses racines ses branches se déformant et se contournant l’un et l’autre jusqu’à finir complètement imbriqués l’un dans l’autre et malgré cela demeurant deux entités distinctes prisonnières l’une de l’autre.

[proposition n° 26->210#26

Un jour on m’expliqua qu’on allait m’emmener au cinéma, je ne me souviens plus de ce que je pensais que le cinéma serait mais je me souviens qu’une fois à l’intérieur, bien confortablement assis dans l’obscurité, une fois que l’écran s’illumina, je compris sans comprendre que je ne pourrai plus vivre tranquillement là où j’habitais parce qu’il n’y avait pas ça. De même, la première fois que je pris le TGV, le nez collé à la vitre nous débouchâmes de la campagne sur la banlieue parisienne avec ses nombreuses gares aux noms improbables qui se ressemblent tous et terminent une fois sur deux en -y, et derrière chaque gare se trouvait une ville, et entre chaque ville je cherchais les champs et ne les trouvais pas, les maisons étaient bizarres, et les bâtiments étranges, vieux et pourtant ils semblaient avoir été construits peu de temps auparavant et sur les quais les gens assistaient à ce spectacles comme si c’était normal. De la même façon et un peu plus tard, je regardais les gens dans des documentaires, vivre leur vie au milieu des gratte-ciels, descendre des avenues grouillantes de vie, tournant le dos à des écrans qui les inondaient de formes et de couleurs, lesquels j’aurais pu passer des heures à observer si seulement j’avais pu y être aussi.

[proposition n° 27->210#27

On ne revient pas vers ce lieu après une simple absence de quelques heures. On y revient seulement après l’avoir quitté longtemps. Il aura fallu partir et emprunter voiture, bus, train, avion, autocar, il aura fallu changer de fuseau horaire de même que de langue de même que d’habitudes alimentaires, de même que d’amis etc… Il faudra avoir changé ses habitudes jusqu’à ce que les vieilles apparaissent comme un souvenir lointain, lesquelles on aura du mal à croire qu’elles furent les nôtres pendant si longtemps alors que l’on s’en souvient à peine. Alors seulement, pourra-t-on commencer le processus de retour. Adieu les nouvelles habitudes, adieu le nouveau décor, les nouveaux amis, adieu toute cette nouveauté libératrice dans laquelle on a eu le malheur de croire que l’on pouvait se réinventer, s’épanouir. Tout ce manège n’était que temporaire. Il faut rentrer. Et maintenant c’est cette nouvelle vie qui nous paraît irréelle et l‘ancienne peu à peu reprend ses droits. Qu’elle est dure la douleur de l’idiot qui s’est cru vivre alors qu’il rêvait.

[proposition n° 28->210#28

Comment appellerait-on un labyrinthe que l’on connaîtrait par cœur et dans lequel on ne pourrait se perdre ? Pourtant, les murs qui le constituent, les devantures des magasins sis aux carrefour des ruelles, le sens de circulation, les créatures qui le peuple, la nature qui l’entoure et moi-même changent perpétuellement et sans que cela ne gêne l’arpentement du village. Cependant, il y a des choses qui ne changent pas ou si lentement qu’elles donnent l’illusion rassurante de la permanence des choses : le château, l’église, la place du village, la poste, la mairie, le collège, le commissariat, le champ de course, le stade de foot, les ponts, les fontaines, les cimetières, la caserne de pompiers, la maison de retraite, les jardins publiques.

[proposition n° 29->210#29

Un pied sur la margelle, l’autre jambe tendue, il avait les bras croisés, appuyés sur son genou et le dos courbé, il regardait le fond du lavoir. Il y avait certainement quelque chose au fond et le fait qu’il demeurait silencieux me rendait curieux. J’approchai et les yeux tournés vers l’eau, m’attendant à voir un trésor briller, je ne le vis pas changer de position et n’entendit que son rire résonnait sous le toit du lavoir avant de moi-même finir au fond de l’eau. Une autre fois, je reconnus la courbure typique de son dos. Cette fois, il se tenait par-dessus une des grilles du caniveau, sur le bord de la route qui traverse le village, entre le tabac et un magasin quelconque. Je vis le trésor avant d’arriver à ses côtés. Une pièce de deux euros. Il me demandait de l’aider à soulever la grille mais celle-ci était scellée. J’eus l’idée d’utiliser un bâton pour pousser la pièce vers une portion de la grille que l’on pourrait soulever. Il me tapa dans le dos et me félicita pour mon intelligence. Je trouvai un bâton et mis mon plan à exécution. Lui m’attendait à l’ouverture et m’encourageait. Je poussais la pièce avec le bâton vers sa main tendue, je la poussai un peu trop fort puis elle se mit à rouler sur la tranche. Je vis ses doigts se refermer dessus et j’entendis le claquement métallique de la grille étant retombé à sa place avant de comprendre qu’il était déjà loin.

[proposition n° 30->210#30

Le dernier weekend de mai c’est la fête foraine qui débarque. Le premier signe est l’arrivée de nouveaux élèves à la fin de l’année quasiment. Souvent un lundi. Pourquoi est-ce qu’il y a des nouveaux maintenant, ah c’est des forains… D’une année sur l’autre les enfants changent ou peut-être pas. Le deuxième signe, plutôt évident, est la transformation du village en chantier. Le jeudi suivant, la circulation est ralentie, des camions sont garés sur la place, les trottoirs, les parkings ; les habitants ont la vague impression de n’être plus chez eux. Le village est envahi par des travailleurs s’affairant à assembler des bouts de fer, à brancher des câbles, à régler une installation sonore, à serrer des écrous ; puis, une odeur de sucre chaud commence à se faire sentir et la tension du brusque changement se diffuse soudainement. Tout à coup, la musique est rythmée et constante, les habitants reprennent le dessus et les forains s’enferment dans leurs carioles ou sur des scènes et laissent les habitants reprendre possession de l’endroit. Ils arpentent les nouvelles allées que l’on a dessinées pour eux, ils redécouvrent ce qu’ils connaissent déjà, car chaque année ce sont les mêmes manèges, les mêmes stands, les mêmes attractions qui fleurissent à la fin mai dans le centre du village.

[proposition n° 31->210#31

Au centre de la ville, il y a un carrefour qui sépare d’un côté la place du village où un grand kiosque accueil divers évènements tout au long de l’année et de l’autre côté se dresse l’église du village dont le grand clocher domine toute l’étendue urbaine. L’église est ouverte en permanence pour quiconque voudrait s’y recueillir. Pour y accéder il faut traverser un grand parvis sur lequel il y a quelques fleurs desséchées par l’ardeur du soleil. Sur ce parvis, se trouve, à intervalle régulier, une table drapée d’un tissu épais et rouge foncé dont les franges usées n’ont plus la force de danser dans la brise. Sur la table, est disposé un livre ouvert. Ce n’est un livre ordinaire, comme ceux que l’on achète dans les librairies et dont les pages sont déjà toutes recouvertes d’encre. Cependant, ces deux types de livres ont un point commun : l’histoire qu’il renferme s’est déjà déroulée. Le deuxième livre, en revanche, attend patiemment un stylo à ses côtés, que l’on vienne fixer dans ses pages un dernier hommage au dernier habitant ayant rendu son dernier souffle.

[proposition n° 32->210#32

La pointe du clocher devient floue et se détache sur un fond bleu. La couleur est uniforme comme la peinture d’un Vespa. Elle est sans variation, sans tâche, sans défaut, sans profondeur, mais elle est là, pleine, sans limites, continue, éclatante. Le regard en est rempli, il s’en abreuve les jours de grand soleil, comme le joggeur boit les jours de fortes chaleurs. Cette étendue court… non, elle n’est pas dynamique mais elle n’est pas statique non plus, elle est déployée, posée au-dessus… immense. Pourtant, personne ne regarde. On regarde les nuages, on pointe du doigt les éclairs, on en parle en se demandant comment cela va tourner, ce qu’il va advenir, comment la journée va se passer. Alors que là, un ciel comme ça, on passe dessous comme on prend un train à l’heure, sans apprécier la chance qu’on a.



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1ère mise en ligne 9 juin 2018 et dernière modification le 9 août 2018.
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