Vincent Tholomé | Kivu

« construire une ville avec des mots », les contributions

prend généralement, ces jours-ci, son petit déjeuner tôt le matin en terrasse, à l’arrière de sa maison, voudrait bien le faire aussi tout l’hiver, doute qu’il y parviendra, tentera tout de même de le faire, sous trois couches de pulls en laine et dix-huit bonnets faits maison. sinon : on peut le lire, entendre et voir sur le web, par exemple, avec ses amis Maja Jantar et Sebastian Dicenaire, ou encore avec les grands improvisateurs de Babils, ou plus
proposition n° 1

lui, déjà prêt, retrouvant alors la terrasse en bois, dès le matin, préférant la devanture du bar hôtel, légèrement en surplomb de la route, au confort de la salle du petit déjeuner, à ses tables rondes couvertes de nappes blanches en coton rêche et propre, fuyant, en quelque sorte, bien que discrètement, le petit déjeuner, l’inévitable petit déjeuner et son flot de questions, ses conversations inévitables de petit déjeuner, gravitant, même à demi-mots, autour du drame, inévitablement autour du drame, comme s’il allait de soi, naturellement de soi, d’aborder, dès le petit déjeuner, dès le premier jour, le drame, « comme s’il fallait évoquer le drame », pense-t-il, pourrait-il penser, « était inconcevable d’être ici, de se poser ici, sans évoquer le drame, sans penser au drame, sans penser drame », pense-t-il encore, laissant derrière lui la salle du petit déjeuner et ses inévitables conversations, retrouvant, pour ainsi dire, la rue et les arbres de la rue, les hauts palmiers chahutés par le vent, les quelques voitures automobiles, s’installant, une assiette blanche, en porcelaine, dans une main, une tasse blanche, en porcelaine, dans l’autre, à une table, ronde, de la terrasse, la seconde à main gauche, adossée à la devanture, la vitrine du bar hôtel, prenant son petit déjeuner seul, ses oeufs brouillés et ses tranches de bacon, son pain, seul, loin du drame, en quelque sorte, n’arrêtant pas d’y penser pourtant, le drame lui revenant, une fois de plus, en tête, tandis qu’un serveur du bar hôtel l’interpelle, lui rappelle qu’il ne faut pas sortir ainsi sur la terrasse en bois, une assiette et une tasse blanches en main, parce qu’il n’est pas prévu que l’on sorte ainsi sur la terrasse en bois, parce qu’il y a une salle confortable à l’intérieur du bar hôtel, et qu’il est préférable que l’on prenne, le matin, le petit déjeuner, dans la salle confortable du bar hôtel, « parce que le bar hôtel ne comptabilise pas, d’emblée, dans la facture, les petits déjeuners », dit le serveur, et qu’il est plus aisé, pour les serveurs du bar hôtel, de comptabiliser les petits déjeuners si tous les clients du bar hôtel s’installent dans la salle confortable du bar hôtel, dit-il encore, tandis qu’il pose, malgré tout, son assiette blanche sur la table, tandis qu’il ne rentre pas, ne fait pas demi-tour, ne revient pas à la salle confortable du petit déjeuner du bar hôtel, préférant, dit-il, s’installer dehors, sur la terrasse en bois, légèrement en surplomb de la rue, « à deux pas des palmiers », dit-il, « du bruissement des palmiers », promettant de remplir sa fiche, correctement sa fiche, une fois qu’il aurait terminé son petit déjeuner, ses oeufs brouillés et son bacon, « mon café noir, etc. », dit-il à l’homme, au serveur l’interpelant depuis le bar, le hall d’entrée de l’hôtel servant de bar, le laissant faire, alors, le laissant prendre place, seul, sur la terrasse en

proposition n°2

... tant et si bien qu’il faudrait revenir, revoir, au moins une fois dans la vie, terrasse, légèrement en surplomb, tant terrasse en bois, légèrement en surplomb, légèrement au-dessus de la rue, surplombant de deux marches en bois la rue, occupe régulièrement la place, toute la place, tant et si bien qu’on ne voit plus rien d’autre, terrasse en bois, légèrement en surplomb, surplombant, de ses deux petites marches en bois, rue, très large à cet endroit, parfaitement macadamisée, entretenue avec soin, des camionnettes chinoises, deux, charriant le gravier chinois, charriant le bitume chinois, s’arrêtant régulièrement à hauteur de terrasse mais de l’autre côté de la rue, des camionnettes chinoises, comme stipulé sur les portières, prêtées par la Chine, offertes par la Chine, les autorités chinoises offrant les routes et les rues, offrant le macadam, entretenant avec soin les routes et le macadam, se gardant bien, pourtant, de parquer ses camionnettes de ce côté-ci de la rue, comme s’il fallait préserver terrasse et ce côté-ci de la rue, comme s’il fallait tenir à distance, théoriquement à distance, symboliquement à distance, le bitume et son odeur, comme si quelques mètres, la largeur d’une rue, même large, pouvaient, à eux seuls, faire barrage, préserver terrasse et ses tables de l’odeur, de sorte que des camionnettes, chinoises, deux, chargées de gravier chinois et de bitume chinois, s’arrêtent régulièrement de l’autre côté de la rue, l’une derrière l’autre, en face de terrasse en bois du bar hôtel, de sorte qu’elles sont visibles, bien visibles, depuis terrasse en bois du bar hôtel, de sorte que, depuis terrasse en bois du bar hôtel, on peut lire, inscrit en bleu-vert plus foncé, sur les portières bleu-vert nettement plus pâle, « offerte par la Chine », comme s’il fallait que tout cela soit visible et lisible, comme si quelqu’un, quelque part en Chine, dans un bureau de Chine, une sommité chinoise, avait, un jour, une fois, décidé que tout qui prendrait place sur terrasse, s’assoirait sur terrasse, face au lac, devait lire « offerte par la Chine », inscrit en grand sur les portières bleu-vert de camionnettes chinoises chargées de gravier et de bitume chinois, parquée devant un lac immense n’arrêtant pas de miroiter de l’autre côté de la rue, au-delà de la rangée de palmiers, géants et bruissants, puis au-delà de la pelouse, parfaitement taillée, dans les règles de l’art, si bien qu’il faut cligner des yeux, si bien que tout qui prendrait place sur terrasse, pensent les autorités chinoises, clignerait des yeux, tant soleil intense miroite intensément sur le lac, tant et si bien que n’importe qui prenant place sur terrasse en bois, fin d’après-midi, face au lac, détournerait les yeux, finirait par le faire, tant soleil aveuglerait tout qui prendrait place sur terrasse en bois face au lac, tant et si bien que yeux de n’importe qui prenant place sur terrasse en bois finiraient, un jour, par hasard, par lire, inscrite en bleu-vert plus foncé sur portières de camionnettes chinoises, bleu-vert, elles aussi, mais plus pâle, nettement plus pâle, l’inscription « offerte par la Chine », parfaitement visible depuis terrasse en bois, depuis n’importe quelle table, pour peu que l’on fasse face au lac, pour peu que l’on prenne place face au lac, à l’immensité du lac, à l’affolante immensité du lac, pour peu que l’on ne perde pas pied devant le lac, l’affolante immensité du lac, judicieusement bordé de palmiers, géants et bruissants, si bien que la vue s’en trouverait comme brisée, rendant un peu plus supportable la vue du lac, les lignes verticales des palmiers venant comme briser la vue du lac s’étendant, quant à lui parfaitement horizontal, sur des dizaines de kilomètres, à gauche comme à droite de terrasse en bois du bar hôtel, comme s’il importait aux autorités chinoises de faire savoir, à tout qui, un jour, une fois, s’assoirait face au lac, que tout cela, rue, route et camionnettes, pan !, viendrait de

proposition n°3

et puis, zou et zou !, lui, ramassant, alors, de la table, ses cigarettes, son paquet de cigarettes et son briquet, quittant, alors, soudainement, la terrasse en bois du bar hôtel, en surplomb de la rue, descendant les deux marches, se retrouvant ainsi en rue, résolument en rue, en contrebas de terrasse, deux marches plus bas, puis marchant d’un bon pas en rue, son paquet de cigarettes en main, en direction du parc, des cours de tennis du parc, des hommes nu tête du parc, évitant, à peine un pied posé en rue, un taxi, jaune et noir, lancé à toute allure, tournant le dos, quant à lui, résolument, au parc, se dirigeant, à toute allure, dans l’autre direction, celle du carrefour, le chauffeur ne pouvant s’empêcher de klaxonner, de signaler à quel point la situation, celle d’un homme déboulant, toute allure, de terrasse, descendant toute allure les deux marches de terrasse en bois du bar hôtel, puis tournant sur la gauche, comme un fou, sans prendre garde au trafic, sans se préoccuper des taxis ou des camionnettes, des véhicules déboulant du parc toute allure, ou presque, ou déboulant du carrefour, leurs chauffeurs et conducteurs klaxonnant comme des fous chaque fois que quelqu’un, un âne ou un enfant, ferait comme un pas de côté, ferait mine d’empiéter, fût-ce un peu, sans le vouloir, sur la bande, la trajectoire empruntée par leurs véhicules, chacun, chacune, âne ou enfant, ou conducteurs, se prenant, pan !, comme un coup au coeur chaque fois que quelqu’un déboulerait, par inadvertance, devant un véhicule, le chauffeur ne pouvant s’empêcher, alors, de klaxonner une fois arrivé à hauteur de l’âne ou de l’enfant ou du type un peu malingre descendant l’escalier, les deux marches en bois de la terrasse en bois en surplomb du bar hôtel, signalant ainsi à quel point la situation, potentiellement mortelle, l’exaspère, lui donne, à lui, chauffeur de camionnette ou de taxi, un coup de sang, tant il a horreur, lui, chauffeur de camionnette ou même de taxi, de passer en rue la peur au ventre, tant l’exaspèrent les coups de sang, les coups au coeur, tant l’exaspère le fait qu’il puisse, lui, chauffeur de camionnette ou de taxi, accrocher, par accident, un âne ou un enfant, ou même un homme descendant, sans prendre garde, les deux marches en bois du bar hôtel, de la terrasse du bar hôtel, de sorte que le chauffeur de taxi, roulant en sens inverse, déboulant toute allure du parc, ne peut s’empêcher de klaxonner, de signaler à quel point la situation a failli, mais oui, tourner mal, tant le chauffeur de taxi, avant même d’être chauffeur de taxi, avant même d’être adulte, aura vu, sur cette route, des situations tournant mal, des ânes et des poulets renversés, des enfants et des vieillards renversés, des cageots de légumes et de fruits renversés, tant les ânes et les enfants installés au bord des routes, les poulets et les vieillards installés au bord des routes, ne prennent pas garde, tant les chauffeurs de taxi ou de camionnette ne prennent pas garde, roulant comme des fous sur les routes, tant il y a à faire, tant il y a des journées à remplir, remplissant, alors, leurs journées en roulant toute allure sur des routes bordées de petits fruits en vrac posés à même le sol, sur des nattes ou dans des cageots en bois, de sorte qu’il n’est pas rare qu’un taxi ou qu’une camionnette happe une cage en bois, un lapin dans une cage en bois, ou un poulet, ou un enfant, trottant sans prendre garde, sur un bord de route, dans la poussière d’un bord de route, ou un homme, imprudent, tournant brusquement à gauche, sans temps mort, sans prendre le temps de s’arrêter, après avoir déboulé, toute allure, d’un escalier, minuscule, deux marches, comme si, parce que nous serions le matin, il ne fallait pas prendre garde, pas prendre la peine de prendre garde, d’inspecter, méticuleusement, le trafic afin de s’assurer qu’aucun véhicule, taxi ou camionnette, ne roule toute allure, déboulant du parc, tandis qu’au loin, droit devant, résolument droit devant, dans le parc, dans les palmiers du parc, on entendrait des bruissements, on verrait des battements d’ailes, on ne pourrait que voir des battements d’ailes, tant il y aurait des battements d’ailes, tant il y aurait des dizaines de volatiles, bien sûr, des oiseaux, en bande de dix ou quinze, mais surtout des chauves-souris, essentiellement des chauves-souris, regagnant le parc, petit matin, les palmiers du parc, en bande de dix ou quinze, se houspillant l’une l’autre, se cherchant noise, chacune cherchant à se poser dans le parc, dans les palmiers du parc, chacune désirant prendre place, voilà, dans les palmiers du parc, chacune pensant, petit matin, que la meilleure place, petit matin, est dans le parc, dans les palmiers du parc, chacune cherchant la meilleure branche, la meilleure place possible, pour vivre, toute une journée, la tête en bas, l’homme, une fois descendues les marches, une fois la route rejointe, se dirigeant résolument à gauche, vers le parc, la sauvagerie du parc, le monstrueux ballet du parc, les monstrueuses chauve-souris du parc, les chauve-souris géantes du parc, ne prenant résolument pas garde, avançant d’un bon pas vers le parc, sans prêter garde à la circulation, au trafic abondant des taxis et des camionnettes, déboulant toute allure du parc, de la route du parc,

proposition n°4

tout arrivant du côté du bar hôtel, à hauteur de la terrasse en bois, petit matin, dans la rue, devant le bar hôtel, dans le trafic, intense déjà, de la rue bordant le lac, et dans le parc, les palmiers du parc, le chahut du parc, le brouhaha des chauve-souris revenant de leurs expéditions nocturnes, regagnant le parc, en bande, petit matin, dix ou quinze individus par bande, tout au plus, à mesure que le jour se lève, les chauve-souris se chahutant l’une l’autre, tentant de rejoindre les palmiers, la palmeraie immense bordant le lac, sur la droite, délimitant le lac, sur la droite, la plage du lac, évitant aux camionnettes et aux taxis, aux voitures automobiles, de valdinguer, de nuit ou petit matin, dans le lac ou sur la plage du lac, lorsque les véhicules débouchent, toute allure, sur la route, tout feux éteints, les troncs des palmiers, plus sombres, se détachant, de nuit, sur le ciel sombre et étoilé, de sorte que, tout feux éteints, la palmeraie, pour peu que les chauffeurs y prennent garde, pour peu que la nuit soit claire, fût-ce un peu, sans nuage, fût-ce un peu, délimite le lac, souligne ses rives sur des kilomètres, des dizaines de kilomètres, empêchant l’embardée, le terrible accident, la chute, potentiellement mortelle, d’un véhicule, lancé à toute allure sur la route bordant le lac, tant il paraît impossible qu’un véhicule, même lancé à vive allure, de nuit, même tout feux éteints, valdingue dans le lac, tant les palmiers, la densité des palmiers, alignés côte à côte, sur des kilomètres, bordant le lac, sur des kilomètres, est immense, de sorte qu’on ne voit qu’eux, sur des kilomètres, bordant le lac, à droite de la route, pour peu qu’on déboule, en camionnette ou en taxi, depuis le grand carrefour, en direction du parc, de sorte qu’aucun véhicule ne valdingue dans le lac ou sur la plage du parc, en contrebas de la digue, pour peu que les vents et les véhicules, lancés à toute allure, ne soulèvent que peu de poussières, les véhicules et les vents soulevant, inévitablement, les poussières de la route, les poussières amassées depuis des jours, les poussières couvrant la route, vivant, depuis des jours, leur vie singulière de poussières, aveuglant parfois les passants, les ânes comme les enfants, les poulets encagés comme les chiens errants, les empêchant de voir tout ce qu’il y aurait à voir, empêchant, par exemple, un poulet, simple poulet malingre, encagé, depuis trois jours, dans une cage en bois posée sur une natte, à même le sol, faisant face au parc, tout au bout de la route, sur le marché, en plein coeur, juste après le carrefour, passant des journées entières, et des nuits, sur le marché, dans une cage en bois, à peine plus grande que lui, posée, à même le sol, sur une natte, juste dans l’axe de la route, si bien qu’il pourrait passer la tête, entre les montants de sa cage, et voir, deviner, tout ce qu’il y aurait à voir, deviner, à hauteur d’une terrasse en bois, pour peu que le poulet, du fin fond de sa cage, ait vu, deviné, quelque chose, soupçonné quelque chose, les poussières, soulevées par les vents et les véhicules, masquant sa vue, les jambes nues des enfants, passant au marché, masquant sa vue, de sorte qu’il ne verrait rien, ou pas grand chose, de sorte qu’il vivrait, amorphe, sa vie de poulet, tout au fond de sa cage, insensible à tout ce qui arriverait, aux centaines d’enfants déambulant sur le marché, passant entre les étals, se faisant houspiller par les femmes, accroupies ou assises sur des nattes, à même le sol, chassant les enfants d’un coup d’éventail, les invitant à voir ailleurs, n’en pouvant plus de les voir « tourner comme des mouches », disent-elles, dans leur langue de femmes, accroupies, ou assises, sur des nattes, à même le sol, si bien que les enfants tournent en rond, depuis trois jours, s’accroupissant devant les cages en bois, ou en grillage métallique, titillant les poulets et les poules, depuis trois jours, empêchant, depuis trois jours, les poulets et les poules de voir, de regarder au loin, de porter toute leur attention, ailleurs, sur le lac, par exemple, sur les barques revenant au port, au débarcadère, sur la plage, revenant de la pêche nocturne, ou ailleurs encore, sur la route, l’incessant ballet des voitures, des taxis et des camionnettes, tant et si bien qu’aucun poulet, qu’aucune poule ne remarquerait, en raison des poussières, en raison des enfants s’accroupissant devant, les empêchant de voir ailleurs, les forçant à ne voir qu’eux, et rien qu’eux, de sorte qu’ils prendraient toute la place, occuperaient toute la place, de sorte que toutes les poules, tous les poulets du marché, pour peu qu’ils soient en cage, posés sur une natte, à même le sol, parfaitement dans l’axe de la route, ne verraient ou ne devineraient rien, tant leur esprit serait occupé par enfants accroupis, enfants masquant la vue, réduisant, sans le vouloir, la vie, souvent intense, des poules et des poulets à enfants, de sorte que poules et poulets du marché ne penseraient qu’enfants, craignant, du fin fond de leur cage, qu’un enfant, garçon ou fille, repoussé par les femmes, à coup d’éventail, s’accroupisse devant leur cage, les titille dans leur cage, passant, entre les barreaux de bois ou le treillis métallique, un bâton ou une tige en fer, se demandant si la bête, le poulet ou la poule, amorphe depuis des jours, dans sa cage, était encore, ou pas, vivante, de sorte que le poulet clignerait des yeux, hocherait un peu de la tête, sa crête, un peu avachie, oscillant sur sa tête, de sorte qu’il n’entendrait pas, tout au fond, les coups de klaxon d’un taxi passant, vive allure, manquant renverser un homme, descendu, toute allure, des deux marches en bois de terrasse en bois du bar hôtel, de sorte que rien, ni personne, au marché n’aurait remarqué l’invective, la bordée d’injures du taximan passant, pour ainsi dire, au-dessus de la

proposition n°5

Rien ni personne – pas même un poulet encagé et amorphe, un poulet sur une natte, au marché, ou un homme quittant une terrasse en bois de bar hôtel, légèrement en surplomb de la rue grouillante, déjà, de monde, longeant les façades ou longeant l’allée, la palmeraie côté lac, évitant, en tout cas, les voitures, le trafic automobile, intense déjà, malgré l’heure matinale – oui, rien ni personne ne remarquant un papier plié en deux, collé, on ne sait pas comment, sur un pied de la chaise de l’homme, près de l’assise, sur le pied arrière droit de la chaise blanche occupée tout à l’heure par l’homme – il y a quoi ? deux secondes treize ? –, à l’arrière du pied arrière droit de la chaise, quand il prenait son déjeuner, ses oeufs, son bacon, sur la terrasse en bois du bar hôtel. Comme si quelqu’un – un homme ou une femme – avait collé, il y a quelques jours déjà, en toute discrétion, un papier, soigneusement plié en deux. Une feuille blanche, sans ligne et sans carré, de petit carnet à spirale, collée, on ne sait pas comment, au pied de la chaise, près de l’assise. L’homme – ou la femme – profitant d’un instant d’inattention, du fait que, tout le monde fin d’après-midi, aux tables blanches et rondes de la terrasse en bois du bar hôtel, serait comme emporté par les fièvres, les conversations intenses, vibrantes et intenses, pour sortant d’une poche de son pantalon un papier. Plié en deux. Avec soin. Le collant, ensuite, avec soin, on ne sait pas pourquoi, tant que rien ni personne ne le regarderait, sur le pied arrière droit d’une chaise. Celle qu’il ou qu’elle occupe. Près de l’assise. Rien ni personne – aucun homme, aucun poulet – ne remarquant la voiture blanche, parquée dans la rue de traverse, en terre battue. Un homme la gare tout en haut de la rue, dans la pente, tout en haut de la rue. Ne désirant pas engager plus avant sa voiture dans la rue. Ne désirant pas « engager plus avant ma voiture », dit-il, « dans une rue si mauvaise ». « Parce que ma voiture est une voiture blanche de ville », dit-il, « et que tout le monde sait que les suspensions des voitures de ville, n’importe quelle voiture, blanche, mauve ou que sais-je encore, ne résistent pas à des routes dans un tel état », dit-il. Tirant le frein à main. N’oubliant pas, cette fois-ci, de le faire. Ne souhaitant pas, cette fois-ci, courir comme un fou, dans la pente. À côté de voiture. Lancée, sans chauffeur, à toute allure. L’obligeant, lui, à courir comme un fou. À ouvrir comme il peut la portière. Côté conducteur. De sorte qu’il saute, prestement, dans le véhicule. L’arrêtant net. D’un bon coup de frein à main. Ne souhaitant plus ainsi « risquer ma vie », pense-t-il, pourrait-il penser, tout cela parce qu’il aurait oublié de tirer le frein à main avant de descendre de la voiture. Avant de rejoindre la rue parsemée de cailloux, de mottes de terre énormes, de bidons en plastique et de caisses en carton en mauvais état. Imbibées d’eau. Balancées, il y a des jours déjà, à même la rue. Tout cela parce qu’ils seraient vides et déchirés. Inutilisables. Toute cela parce que les chiens et les enfants auraient joué au marché. S’amusant à chercher à ôter de la gueule des chiens, jaunes et à poil ras, des caisses en carton, pas très grandes, à peine dix centimètres de haut, vingt-cinq de long, vingt de large – ou peu s’en faut – ayant contenu de la viande. Portant encore, sur le marché, des traces de viande, de sang pas encore sec, de substance de viande, petits morceaux de viande crue, se détachant des pilons et des dos de poulets quand le boucher, un homme toujours pressé, a sorti la viande, essentiellement des pilons et des dos de poulet, des cubes de viande aussi, impossibles à identifier, totalement inidentifiables pour tout qui ne manierait pas la viande, ne sortirait pas, tous les matins, sur le marché, des pilons et des dos de poulets, des cubes de viande, afin de les étaler côte à côte sur un tréteau en bois, sous une bâche de plastique maculée de boue sèche et bruissant au vent. Rien ni personne, encore, ne remarquant les arbres épars de la colline, se détachant sur le ciel encore clair, encore blanc, du matin, comme de vagues silhouettes sortant de la brume, tant le blanc du ciel du matin serait intense. « Tant la blancheur du ciel estomperait les corps », dit l’homme, le conducteur du véhicule. En chemise blanche. À courtes manches. Fermant à clé sa voiture parquée tout en haut de la rue de traverse, curieusement en pente, en contrepente, pourrait-on dire. Ne menant curieusement pas au lac mais curieusement à l’arrière des maisons, des bars et des hôtels. Comme s’il y avait deux pentes. L’une menant au lac. L’autre à l’arrière des maisons, des bars et des hôtels. La route principale, quant à elle, celle bordant le lac, se tenant bien droite. Filant, parfaitement rectiligne, à l’exacte jonction, au parfait point de rencontre des deux pentes. Tandis que le vent rafraîchit la peau nue des bras. Qu’elle soit claire ou sombre. Leur conférant, trois secondes quinze durant, « l’exacte texture de la peau déplumée d’un poulet », pense l’autre homme, blagueur. Portant, quant à lui, une cravate noire, un costume noir, des lunettes noires. Pensant à la peau des poulets tandis que l’autre homme, le conducteur, revient sur l’affaire, sur les arbres, la silhouette des arbres, estompés par ciel. Disant « tant la blancheur du ciel flouterait les arbres, leur donnant allure humaine, dirait-on. De sorte qu’on dirait des hommes – ou des femmes –, toute une bande, émergeant du ciel, s’avançant vers nous à leur rythme d’hommes – ou de femmes – efflanqués, portant des robes, diraient-on, des vêtements on ne peut plus traditionnels, dirait-on ». « Comme si des hommes – ou des femmes – revenaient, à leur rythme du pays des morts », dirait-il, encore, puis se taisant. Tandis que conducteur et passager descendent, côte à côte, la rue en pente faisant face à la colline. Tandis qu’ils laissent derrière eux le lac, le bar hôtel, la route grouillante, déjà, de monde, malgré l’heure matinale. Rien ni personne, encore, ne remarquant un tuyau de zinc ou une petite poutre en bois, sortant, à même la rue, d’un mur en parpaing recouvert d’un ciment gris, partant, curieusement, de l’angle supérieur d’un mur d’une maison sans fenêtre extérieure. Un tuyau en zinc ou une petite poutre en bois perpendiculaire au mur. Filant droit. Horizontalement. Sur un mètre cinquante. Environ. Ne longeant dès lors pas le mur. Ne guidant pas les eaux de pluie pas exemple. Ne les menant pas du tout au pied du mur. Comme le ferait un tuyau de zinc. N’importe lequel. Comme si ce tuyau de zinc – ou cette poutre en bois – s’élançait du mur. Parfaitement horizontal. Et perpendiculaire au mur. Comme si quelque chose – ou quelqu’un – avait un jour, pan !, décidé, sans raison apparente, sur un parfait coup de tête, de porter les eaux plus avant, dans la rue. À un mètre cinquante du mur. Environ. Ou comme si, un jour, une fois, un tuyau en zinc ou une poutre en bois – impossible, impossible à dire, tant la poussière un peu rouge colle aux murs et recouvre les murs, les toits en tôle ondulée et les rues. De sorte qu’il existe parfois comme un floute et que l’on hésite, alors, à reconnaître, par exemple, dans cette solide fichée dans un mur, s’élançant, parfaitement droite et horizontale, hors d’un mur, un tuyau en zinc ou une poutre en bois – avait décidé, de lui-même ou d’elle-même, de sortir d’un mur. De prendre, en quelque sorte, son élan. De s’élancer dans le

proposition n°6

Tandis que lui, petit matin, un pied à peine posé sur la terrasse, n’écoute déjà plus les conversations du personnel du bar hôtel. Comme si les conversations du personnel du bar hôtel concernaient quelqu’un d’autre. Un autre client du bar hôtel. Ou une cliente. Alors que toutes les conversations du personnel du bar hôtel ne graviteraient qu’autour de lui. Autour du fait que lui, un homme, un client du bar hôtel, quitte soudainement la table immense en bois brut. Laissant derrière lui les conversations, inévitables, des clients et clientes du bar hôtel. Comme si, en toute discrétion, il fuyait, oui, une assiette à la main, une assiette blanche, en porcelaine, estampillée « bar hôtel », portant le nom du bar hôtel, dans une typographie un peu chic, imitant une écriture manuscrite, toute en rondeur, parfaitement maîtrisée, les lettres, noires, et brillantes, s’enroulant avec chic sur elles-mêmes, formant le nom du bar hôtel, l’ancien nom du bar hôtel, comme si le nouveau propriétaire du bar hôtel s’était longuement gratté la tête, avait pesé, durant des jours, le pour et le contre, sortant des cartons les assiettes, creuses ou plates, les inspectant une à une, sous la lumière crue de la réserve, l’ampoule de vingt-cinq watts à peine, dénudée, qu’on allume au soquet, non à l’interrupteur, le nouveau propriétaire du bar hôtel ne souhaitant pas que l’on munisse les réserves d’assiettes et de verres, les réserves de nourriture, d’interrupteurs, prétextant du fait que tout fonctionne encore, se demandant tout de même, durant des jours, s’il vaudrait mieux, ou pas, se débarrasser des assiettes. Estampillées à l’ancien nom du bar hôtel. S’enfermant seul. À clé. Durant des jours. Dans la réserve sans fenêtre où, depuis le drame, le déclenchement du drame, quelqu’un, un homme, une femme, le personnel du bar hôtel, des militaires de passage, des anciens voisins, peu importe, peu importe, a décidé de stocker, d’entreposer « dans l’attente de jours meilleurs », aura-t-il dit, aura-t-elle dit, toutes les assiettes, tous les couverts du bar hôtel. De sorte qu’il n’est rare, de nos jours, de trouver sur l’immense table en bois brut, celle du petit déjeuner, dressée dans les règles de l’art, des assiettes, estampillées à l’ancien nom du bar hôtel, jouxtant des assiettes, parfaitement blanches, en porcelaine, sans aucun nom de bar hôtel. De sorte que l’homme, quittant la table, les quelques clients et clientes du bar hôtel ayant pris place à table, ayant déjà pris place, emporte avec lui une assiette, une soucoupe et une tasse, dûment estampillées à l’ancien nom du bar hôtel, remarque-t-il. Sans plus. Sans vraiment lire le nom ancien du bar l’hôtel. Sans même chercher à le faire. Détournant même les yeux dès que ses yeux, pan !, machinalement, tombent et reconnaissent, sans vraiment le lire, le nom ancien du bar hôtel. De sorte qu’il emporte dehors, sur la terrasse, dans la fraîcheur matinale, une assiette, une soucoupe et une tasse. Tandis que, dans son dos, on l’interpelle. Lui signifie combien il est compliqué, pour le personnel du bar hôtel, de laisser faire. Le serveur derrière le bar lui signalant qu’il n’est pas dans les règles de la maison, dans les règles du nouveau bar hôtel, de laisser les clients et clientes emporter à leur guise des assiettes, des soucoupes et des tasses. Le garçon de salle se mêlant à l’affaire. Tandis que l’homme, sans s’arrêter, franchit le seuil. Met un pied sur la terrasse en bois du bar hôtel. Celle qui surplombe la rue. Pas celle à l’arrière. Disant qu’il rapporterait le tout une fois terminés ses oeufs et son bacon. N’écoutant, en fait, déjà plus le serveur derrière le bar et le garçon de salle. Nyoundi et Nyoundo. Les faux jumeaux. Les serveur et garçon de salle du bar hôtel. Engagés le même jour. Cherchant du travail depuis des jours. Franchissant le seuil du bar hôtel, l’un derrière l’autre. Pieds nus. Les cheveux ras, maculés de poussière. Ne parlant, à l’époque, ni anglais ni français. Se présentant devant le propriétaire. Ne se connaissant pas. Ne s’étant jamais vus. Ni au marché. Ni dans les bananeraies. Déclinant leur identité à voix basse. Nyoundi disant Nyoundi. Nyoundo disant Nyoundo. De sorte que le propriétaire les engage. De sorte que tout le monde dit, le matin, au bar hôtel, dans la salle du petit déjeuner, « alors comment ça va aujourd’hui les faux jumeaux ? », parce que tout le monde sait, au bar hôtel, toute l’histoire du bar hôtel, toutes les aventures du Nyoundi et de Nyoundo, parce qu’il est dans les habitudes du bar hôtel que tout le personnel du bar hôtel se présente chaque fois qu’un client ou qu’une cliente, passe le seuil du bar hôtel, prend une chambre au bar hôtel, de sorte que toute cette affaire de noms et d’engagement, toute cette affaire de Nyoundi et de Nyoundo se sait, fait le tour de toutes les chambres, de sorte que tout le monde dit, le matin, au bar hôtel – même les clients, même les clientes – « alors comment ça va aujourd’hui les faux jumeaux ? ». L’homme, à peine sur la terrasse, portant encore l’assiette, la soucoupe et la tasse, venant à peine de choisir sa table, sa future table, la deuxième sur la gauche, en sortant du bar hôtel, pensant soudainement à Max. Au chien Max. Comme s’il n’y avait que Max. Alors qu’il y aurait des choses, bien d’autres choses, à penser. Toutes ces conversations, récurrentes, à propos de la bière Primus, par exemple, à propos des brasseries et des limonaderies. Chacun, chacune, exposant en détail sa théorie. Le fait que, par exemple, certaines bouteilles brunes de la marque Primus portent, imprimée en blanc, directement sur le verre brun, une étoile parfaite. À cinq pointes. Deux tout en bas. Une toute en haut. Les deux autres sur les côtés. L’une à gauche. L’autre à droite. De sorte qu’il s’agirait d’un signe. Une façon de se reconnaître. De faire partie du club. Très fermé. De ceux et celles qui savent. Toutes les bouteilles de marque Primus, en provenance de K, de la brasserie de K, de l’Avenue du Drapeau à K, portant, estampillée en blanc, une étoile. Chaque bouteille estampillée d’une étoile provenant de K. Uniquement de K. Aucune autre brasserie au monde, aucune autre brasserie que celle de K, ne produisant au monde des bouteilles de marque Primus estampillées d’une étoile. De sorte que, chaque fois que quelqu’un, un serveur, déposerait sur la table une bouteille de marque Primus estampillée d’une étoile, tout qui saurait l’affaire reconnaitrait, dans cette bouteille dûment estampillée, portant sur son verre brun une étoile, une bouteille en provenance de K. De la brasserie de K. De l’Avenue du Drapeau. Certains, certaines, refusant même de boire, de porter à leurs lèvres le goulot, si la bouteille ne porte pas, quelque part, à mi-hauteur, parfaitement visible, parfaitement estampillée en blanc, une étoile. Certains, certaines, disant même « Avenue du Drapeau » plutôt que « Primus » lorsqu’ils ou elles passent commande. De sorte qu’ils ont la certitude que le serveur apportera une bouteille dûment estampillée plutôt qu’une autre. « Quelconque », disent-ils. « Même

proposition n°7

« Rien ne ressemblant à rien », dirait-il, plus tard, au bar du bar hôtel. Revenant, une fois de plus sur la salle, la table dressée, toute en longueur, de la salle, la table du petit déjeuner. « Table en kit que l’on trouverait n’importe où, n’importe où dans le monde. À Taïwan. Ou Pékin. Ou même à Lahaymeix », dirait-il, où tout qui le veut, le désire, peut dresser une table semblable. En bois brut. Un peu grisé. Toute en longueur. De sorte que dix personnes, au moins, peuvent y prendre place. Sans compter les extrêmes. Les extrémités de la table. Où deux autres personnes, s’il le faut, peuvent y prendre place, côte à côte, sans aucune gêne, vraiment. Sans gêner non plus les autres convives. Ceux et celles placés de part et d’autre de la table. Pas en bout de table. Mais dans la longueur. Au bout des deux rangées de convives potentielles, disposées sur toute la longueur de la table en bois brut, un peu grisé, sans fioriture. Parfaitement design. Ne portant aucune trace de couleur locale. Comme si toutes les forces vives des couleurs locales, toutes les envies de beau, tous les souhaits avaient judicieusement été détournés. « Transposés ailleurs », dirait-il. Utilisés dans la construction. Par exemple. Ou la reconstruction. Au Rond-Point Chikidu. Par exemple. De l’autre côté de la frontière. Lui, ayant dû, aujourd’hui, passer la frontière. Se rendre, à pied, en plein midi, de l’autre côté de la frontière. Comme s’il n’avait que ça a faire. Comme s’il était venu ici pour passer une frontière. « Comme si j’étais venu ici pour passer une frontière », dirait-il. Se rendre à pied en plein midi de l’autre côté de la frontière. Comme s’il n’avait pas déjà assez à faire de ce côté-ci de la frontière. Des pavés en béton comme on en trouverait partout ailleurs s’agençant parfaitement l’un à l’autre, s’emboîtant l’un dans l’autre comme des pièces d’un puzzle parfaitement pensé, parfaitement conçu par d’ingénieuses personnes, probablement chinoises, et pourquoi pas chinoises ? Des pavés gris, en béton, et cintrés au milieu, de sorte que l’on dirait des corps humains. Sans tête. Sans membres. Des corps humains totalement anonymes. Démembrés. Étêtés et démembrés. Allongés bout à bout. Pas côte à côte. Agencés de telle façon qu’ils composeraient une rue piétonne ou piétonnière, ou quelque chose du genre, une allée, disons, à usage piétonnier, exclusivement piétonnier, ou quasi, où aucune circulation automobile, en tout cas, n’aurait « voix au chapitre », dirait-il. Aucun camion poussif et surchargé de bétail ou de bois de chauffage ne défonçant l’allée. Aucun pavé en béton gris n’ayant à supporter le poids de véhicules trop lourds. Aucun pavé en béton de cette forme-là, de cette taille-là, n’ayant été conçu pour supporter le poids de camions surchargés de bétail ou de bois de chauffage. Si bien que l’on ne croiserait, Rond-Point Chikidu, que des piétons. Ou presque. Si bien que l’on ne verrait, Bar Hôtel, dans la salle spécialement conçue pour les repas, tous les repas, que des meubles en kit. En bois brut et légèrement grisé. Des chaises solides et une table. Toute en longueur. Magnifiquement conçue. Mais oui. Magnifiquement pensée. Sans fioriture. Sans couleur locale. Ses concepteurs, probablement chinois ou suédois, sans aucun doute chinois ou suédois, ne pensant pas couleur locale. Ne pensant pas chinois ou suédois ou toute autre chose du genre. Ses concepteurs pensant forme et équilibre. De sorte que n’importe qui, homme ou femme, un habitué du bar hôtel ou une cliente occasionnelle, entrant dans la salle, toute petite pourtant, à peine vingt mètres carrés, ne penserait, une fois la table vue, qu’à forme et équilibre, tant forme et équilibre de la table seraient parfaits, alliant élancement et sensation de robustesse, tant la table serait à la fois élancée et massive. Tant les pieds de la table seraient robustes. Sans fioriture. De simples poutres dans le fond, épaisses et droites. Mais parfaitement taillées. Lisses à souhait. Les techniques actuelles de ponçage enlevant, on ne sait pas comment, toute rugosité au bois même les plus bruts. De sorte qu’à l’heure actuelle, aucune table, aucun pied de table touché par une jambe nue, par inadvertance, n’égratignerait la jambe, « tant, à l’heure actuelle, la surface des bois est douce », dirait-il. De sorte qu’aucune écharde ne se ficherait dans la jambe, épargnant aux touristes les coups de sang, les inévitables coups de sang, les terreurs folles, à l’idée qu’un miasme, une infection, ne se propage, en raison d’une surface en bois, non polie ou peu polie ou négligemment polie, touchée, par inadvertance, par une cuisse nue ou un pied, nu, sans chaussette, chaussé d’une semelle, bleu électrique, en plastique, comme une tong locale, pourvue, comme n’importe quelle tong, d’une espèce de lanière, du même bleu électrique que la semelle, fixée en trois points à la semelle, de sorte qu’elle formerait deux petites arches, l’une place large que l’autre, de sorte que n’importe qui, homme ou femme, pourrait y passer les orteils, évitant ainsi à celui ou celle qui, adulte ou enfant, les porterait de les perdre en marchant ou courant dans les rues, la simple pression naturelle des orteils, le simple fait que, naturellement, ils se collent l’un à l’autre, suffisant à « lacer la chaussure », dirait-il, ne tarissant pas d’éloge, vantant, sans relâche, le génie, « la capacité d’invention de l’humain », dirait-il. Chacun, chacune, portant ici des tongs ou clapettes ou kamanbyiliks. Peu importe le nom qu’on leur donne. Chacun, chacune, portant ici naturellement des tongs pour peu, bien sûr, qu’aucune obligation, qu’aucune exigence de travail ou de cérémonie, aucun désir non plus de parader n’obligent l’homme, ou la femme, à porter des chaussures, fermées, avec chaussettes, ou des baskets à la mode, à tiges hautes ou basses. De sorte que chacun, chacune, préfèrerait porter des tongs. Penserait tongs. Tant au travail qu’aux obligations sociales. Tout cette affaire de perte, ou d’absence de couleur locale lui sautant aux yeux, ce matin, dans la salle à manger du bar hôtel, et l’accompagnant toute la journée, l’affectant toute la journée. Non qu’il se préoccupe des couleurs locales. N’ayant rien à faire des couleurs locales. N’étant pas descendu ici, bar hôtel, en surplomb du lac et de la rue, pour « goûter la couleur locale », dirait-il, « manger la couleur locale ». Mais tout l’affectant. Tout. Comme si, dans la salle à manger du bar hôtel, quelque chose avait eu lieu, ce matin, dès qu’il était entré, faisant coulisser la porte, dès qu’il aurait vu la table et son absence de couleur locale, la présence de cette absence l’obsédant tout le jour. Affectant toutes ses pensées. De sorte qu’il n’arrêterait pas de la voir. Dans les assiettes blanches, en porcelaine, du petit déjeuner, par exemple. Ou dans la rue. Les couleurs éclatantes, un peu guimauves, des façades tranchant singulièrement. Comme si quelqu’un, un homme ou une femme, avait ripoliné les façades. Les passant au rose et au jaune. Comme si quelqu’un avait cherché, « délibérément chercher », dirait-il, à effacer la couleur locale. Agrandissant les bâtiments. Les surélevant de trois étages. De sorte que « rien ne ressemblerait plus à rien »,

proposition n°8

Mais il a plu, aujourd’hui, à midi plutôt qu’à seize heures, une bonne pluie, « de bonne facture », dirait-il, plus tard, dans la soirée, au bar du bar hôtel. N’arrêtant pas de ressasser, plus tard, dans la soirée, au bar du bar hôtel. De revenir sur la pluie. Une pluie, de bonne facture, comme il en survient à seize heures, habituellement à seize heures, statistiquement à seize heures, tombant aujourd’hui à midi pile. On ne sait pas pourquoi. Rien dans le ciel, aucun nuage, aucun voile, n’annonçant la pluie, l’arrivée soudaine, aujourd’hui, à midi, de la pluie. De sorte qu’il a plu, aujourd’hui, à midi, sur la terrasse en bois du bar hôtel, sur les collines à l’arrière du bar hôtel, dans la rue adjacente, légèrement en pente, en terre battue, dans le parc à gauche du bar hôtel, sur le marché à droite du bar hôtel, sur le lac en face du bar hôtel et dans la rue, en contrebas de la terrasse. Tout ce qui se trouvait sur la terrasse en bois du bar hôtel, à midi, sur les tables, prenant l’eau. Les verres et les assiettes, les nappes et les coussins, tout ce que Nyoundi et Nyoundo, « les compères », dirait-il, « faux jumeaux », n’auraient pas eu le temps de rentrer, « de sauver du désastre », dirait-il, prenant l’eau. Comme si une pluie, une simple pluie, de bonne facture, certes, mais une pluie, juste une pluie, survenant à midi, certes, mais pareille à toutes celles, quotidiennes, survenant à seize heures, pouvait être un désastre. « Comme s’il était désastreux qu’une pluie survienne à midi plutôt qu’à seize heures », dirait-il. Alors qu’il ne s’agirait que d’une pluie, pareille à n’importe quelle pluie. Prenant, certes, Nyoundi et Nyoundo, et tous les clients, toutes les clientes du bar hôtel, au dépourvu, Nyoundi et Nyoundo n’ayant aucun vêtement de rechange. Arrivant tous les jours, tôt le matin, au bar hôtel, prêts à l’ouvrage. Portant déjà leur costume. Leur chemise blanche et leur cravate. Leur veste noire. Leurs chaussures en cuir au pied. Ne pensant jamais à des vêtements de rechange. À venir au bar hôtel avec un petit sac plastique, contenant, sait-on jamais, une chemise de rechange ou un pantalon « ou que sais-je encore », dirait-il. Le patron du bar hôtel insistant tous les jours. N’arrêtant pas de dire, à Nyoundi comme à Nyoundo, qu’il serait bon de penser catastrophe. Parce que, tous les jours, des catastrophes surviennent. Ou des désastres. Une pluie de seize heures tombant à midi par exemple, mouillant toute la terrasse. Inondant les tables. De sorte qu’il faudrait rentrer, au plus vite, tout ce qui traînerait sur la terrasse en bois. Les tables comme les chaises. Les assiettes à moitié vides. Les verres. La rue, quant à elle, s’étant vidée. Immédiatement. Les marchands repliant, comme à seize heures, leurs étals et leurs nattes. Se réfugiant comme ils pourraient sous les arbres, sous les palmiers bordant le lac. L’incessant trafic des voitures automobiles, des taxis, des camionnettes chinoises, offertes par la Chine, estampillées Chine, s’arrêtant brusquement, dix ou quinze minutes, le temps que la pluie passe. Les clients du bar hôtel, les vieilles habituées, cherchant refuge à l’intérieur, dans le hall d’entrée, dans le bar du bar hôtel. De sorte qu’aujourd’hui, à midi, alors qu’une pluie, simple pluie, de bonne facture, certes, pareille pourtant à toutes celles tombant chaque jour à seize heures, « mouillait la terrasse et le monde », dirait-il, tout qui se trouvait dans le bar hôtel, dans la partie bar du bar hôtel, aura vu Nyoundo, de dos, le silhouette de Nyoundo, debout, à l’intérieur du bar hôtel, bras croisés, face au lac, derrière la porte vitrée de l’entrée, soigneusement close. Le patron du bar hôtel ne désirant pas que la pluie éclabousse le sol du bar hôtel. Le patron du bar hôtel rappelant tous les jours à Nyoundi, comme à Nyoundo, à quel point il est important, pour lui, patron du bar hôtel, que la porte d’entrée, simple porte vitrée, peinte en blanc, régulièrement repeinte, repassée en blanc, depuis des années repeinte, régulièrement, en blanc, soit fermée, tous les jours, sur le coup de seize heures, lorsque la pluie, quotidienne, de seize heures, de bonne facture, comme toujours de bonne facture, tombe, « mouille la terrasse et le monde », dirait-il, au point qu’il faudrait que la porte soit close. Nyoundo, une fois rentrés les clients du bar hôtel, une fois rentrés les clients surpris par la pluie, simple pluie de seize heures survenue à midi, fermant la porte. Se tenant ensuite immobile. De dos. Durant des heures. Affecté par la pluie. Ne parvenant pas à se remettre, « à reprendre pied », dirait-il, en raison d’un désastre, totalement anodin, survenu à midi plutôt qu’à seize heures, une terrasse en bois, inondée par la pluie, des assiettes, à moitié vides, des verres, à moitié vides, des tables et des chaises « prenant l’eau », dirait-il. N’en revenant pas, lui, que tout cela, toutes ces choses soient possibles. La venue d’une pluie de seize heures à midi l’affectant, personnellement, nettement moins que la couleur locale, l’absence de couleur locale, « la sinistre absence de couleur locale », dirait-il. Ne pouvant s’empêcher, quant à lui, de voir dans une pluie, de bonne facture, certes, de seize heures tombant à seize heures, ou de seize heures tombant à midi, « une superbe occasion », dirait-il, de faire le vide. De vider le monde. De le remettre à neuf. La pluie de midi, comme celles de seize heures, estompant, par exemple, le lac. Brouillant la vue. Estompant les collines, de l’autre côté du lac. De sorte que, tant que la pluie tomberait, il n’y aurait plus de collines, de l’autre côté du lac. Il n’y aurait plus de monde, de l’autre côté du lac. Plus de fumée blanche montant des berges de l’autre côté du lac. Comme si le monde, tous les jours, sur le coup de seize heures, en raison d’une pluie battante, de bonne facture, s’évaporait, dix ou quinze minutes par jour, disparaissant dans les brumes, l’épais brouillard que constituerait une pluie de bonne facture, réduisant, d’abord, le monde à rien, puis le remettant à jour. « Le monde reprenant corps et vie, tous les jours, après quinze minutes de

proposition n°9

« Personne ne pipant mot. De sorte que la pluie, de bonne facture, prendrait la place, toute la place, depuis, disons, dix minutes, objectivement deux minutes, subjectivement dix minutes, tombant à verse, en ligne basse continue, sur les coupoles rectangulaires, deux, en plexiglass, les puits de lumière, deux, l’eau, déversée à seaux compacts, anesthésiant, pour ainsi dire, l’attention de tout qui, homme ou femme, prêterait l’oreille, l’écouterait, distraitement, se déverser en masse, à seaux compacts, la trouvant monotone et rien que, à mesure qu’elle percuterait, violemment, les coupoles, alors qu’il y aurait d’infinies variations, totalement accidentelles, passionnantes même mais accidentelles, passionnantes parce qu’accidentelles, la pluie frappant de façon totalement imprévisible les coupoles de plexiglass, percutant l’une et l’autre avec force, plus ou moins de force, selon le vent, l’épaisseur des nuages, la densité d’eau déversée au mètre carré, ou la volonté de petit bon dieu, que sais-je encore, l’humeur de petit bon dieu ou de grand migou, les forces aveugles de la nature ou les forces aveugles, aveugles et sourdes, de vie et de mort, que sais-je encore, des forces interférant, au hasard, dans le monde, lâchant, au hasard, les eaux, de sorte que la pluie tomberait des fois avec force, des fois moins de force, toujours violemment mais avec moins de force, percutant les coupoles avec moins de force, de sorte que la basse continue de la pluie ne serait en rien monotone, serait comme une voix variant les tons, les intensités et les rythmiques, non qu’elle aurait des choses à nous dire, non qu’il suffirait de savoir l’entendre pour l’entendre, la pluie n’étant que cela, variétés de tons, d’intensités et de rythmiques, rien d’autre. Tout cela durant objectivement deux minutes. Subjectivement dix minutes. Un halètement discret, sur la droite, pas totalement à droite, se faisant entendre. Comme si quelqu’un cherchait à reprendre sa respiration, un homme ou une femme, impossible à dire, a priori, s’il s’agirait d’un homme ou d’une femme, personne, je pense, ne pouvant distinguer, a priori, de loin, ou même de près je pense, un halètement, très lent et profond, de femme d’un halètement d’homme, ou d’enfant, fille ou garçon, tant rien ne ressemblerait, de loin comme de près, à un halètement de femme ou d’homme qu’un autre halètement de femme ou d’homme, de sorte que quelqu’un halèterait, discrètement, sur la droite, un homme ou une femme cherchant à reprendre son souffle, tandis que, plus discrètement encore, plus basse encore que la respiration, il y aurait, à droite, toujours à droite, émanant encore du même point, même lieu de l’espace, un raclement, un raclement de main raclant un corps, raclant régulièrement un corps, revenant régulièrement sur un corps, la peau humide d’un corps comme gorgée d’eau, comme si quelqu’un, un homme ou une femme, ou même un enfant, se raclait de la main une jambe ou un bras, le battement régulier commençant par un coup, très bref, sur lequel s’enchaîne une longue glissade se terminant, très brièvement, sur une note aigüe, une légère envolée, le raclement reprenant aussitôt, un raclement s’enchaînant à un autre, chaque raclement durant une seconde à peine, s’arrêtant, un temps, sur une note, ultra aigüe, puis un autre raclement prenant, pour ainsi dire, la relève, trois ou quatre raclements enchaînant l’un sur l’autre. Rien d’autre que la pluie et le halètement profond ne se faisant entendre durant l’intervalle, ultra bref, le temps, ultra court, durant lequel un raclement s’estompe, prend fin même. Une voix d’homme, celle de Nyoundi, du barman Nyoundi, incontestablement la sienne, si typique, reconnaissable entre mille, une voix voilée, totalement détimbrée, portant comme un voile, un tissu léger, perpétuellement déployé en travers de la gorge, comme si Nyoundi n’avait jamais su timbrer sa voix, la rendre profonde, allez savoir pourquoi, Nyoundi n’usant d’aucune, ou presque, des cavités buccales ou nasales que petit bon dieu ou grand migou ou que sais-je encore aura mis, dès sa naissance, à sa disposition, comme s’il était dans la nature de Nyoundi de passer inaperçu, de rester, discrètement, à l’arrière, entamant une conversation à droite, avec la femme haletante, cherchant à reprendre son souffle et se raclant les bras ou les jambes. Parce que maintenant nous saurions. Pourrions dire si le souffle haletant serait celui d’un homme ou d’une femme ou d’un enfant. Parce que la personne entamerait, à voix basse, ultra basse, une conversation avec Nyoundi et qu’il est maintenant incontestable que la personne haletante est une femme parce que ce que dit la personne haletante est dit avec une voix de femme, très discrète, jusqu’à un certain point voilée, également détimbrée, sans puissance, moins voilée, cependant, que l’autre voix, celle, incontestable, de Nyoundi, le barman à la voix détimbrée. Et tandis qu’ils conversent à droite, tandis que la pluie se déverse à grands seaux, modulant d’infinies variétés sur les coupoles rectangulaires, en plexiglass, sur les puits de lumière, en plexiglass, pan !, droit devant, une porte, probablement celle de l’entrée, grincerait sur ses gonds, lancerait dans les airs ce petit grincement aigu, surpuissant, réveillant, la nuit, des clients du bar hôtel, des clientes du bar hôtel, tous ceux, toutes celles dont la chambre donnerait sur l’avant, côté rue, en fait, tous ceux, toutes celles dont la chambre surplomberait l’entrée, des clients américains, portant plainte, le lendemain, dès potron-minet, à la réception du bar hôtel, réclamant une autre chambre ou le remboursement de la nuit, tant il est inconcevable qu’un bar hôtel du standing du bar hôtel tolère qu’on laisse grincer sur ses gonds, de façon aigüe et surpuissante, une porte d’entrée, alors qu’il suffirait d’un peu d’huile, même de palme ou de coco, pour régler l’affaire, momentanément l’affaire, Nyoundi, le barman du bar hôtel, tâchant de répondre, ne trouvant rien à dire, laissant la place, toute la place, aux Américains, l’homme, alternativement, puis la femme, n’arrêtant pas de dire, de revenir sur « l’affaire des gonds », disent-ils, tandis que, dans la salle à manger du bar hôtel, il y aurait un couteau raclant une tranche pain, étalant du beurre sur une tranche de pain grillée, ou quelque chose du genre. Parce qu’il n’y aurait rien d’autre à faire, dans la salle à manger du bar hôtel, à l’heure qu’il est, à l’heure qu’il doit être, que d’étendre du beurre ou de la confiture sur une tranche

proposition n°10

L’homme, appelé Nyoundo -– au marché, à peine ont-ils pris place, tous les deux, face à face, sur des bidons Castrol, des bidons d’huile, de marque Castrol, retournés et vides, posés à même le sol, à même la terre battue, dans une gargote du marché, une cabane en tôles et mauvaises planches, sans fenêtre, bidons rectangulaires, rouillés, de marque Castrol, servant de chaises, de tabourets, deux bidons par table basse, personne, d’habitude, ne prenant place dans la gargote, tout le monde préférant le marché, s’adosser à la gargote et s’asseoir par terre, sur le marché, de sorte qu’on garderait le marché à l’oeil, qu’on pourrait voir et repérer tout ce qu’il y aurait à voir et repérer sur le marché, les mouvements de foule, les emportements, les cages contenant les poules, passant de main en main, les trafics divers, « etc. », dirait-il, tout le monde préférant « boire la poussière », dirait-il, l’inévitable poussière, poissant les chemises et les baskets, les pantalons finissant tous, fin de journée, collés aux cuisses, si bien que tous, fin de journée, ne penseraient plus qu’à ôter chemises et pantalons, prenant d’abord la peine de faire un tour, de passer par le marché, par une gargote sur le marché, avant d’ôter chemises et pantalons, dans leur chambre, dans la fraîcheur, toute relative, de leur chambre. Les volets à claire-voie des fenêtres, dépourvues de fenêtres, de ce qu’on appelle fenêtres, de ce qui, généralement, porte le nom de fenêtres ( quelque chose comme un châssis en bois ou en plastique ou en aluminium et pourvu d’une espagnolette, quelque chose comme un châssis pourvu d’une vitre transparente ) manquant à toutes les fenêtres des maisons dans les collines, en pente douce, dans les maisons des bananeraies, des volets à claire-voie, métalliques, remplaçant toutes les fenêtres, tout ce qui, généralement, porte le nom de fenêtres, les volets à claire-voie des fenêtres permettant la fraîcheur, apportant la fraîcheur dans les chambres, les intérieurs des maisons basses des bananeraies, apportant plus de fraîcheur qu’une fenêtre ordinaire, si bien que, fin de journée, tous ne penseraient plus qu’à ôter chemises et pantalons, pensant que la fraîcheur, toute relative, de leurs chambres ou de leurs salons, rafraîchiraient leurs torses, leurs jambes et leurs torses, « préférant, curieusement, une fraîcheur, toute relative, de chambres et de salons à une fraîcheur, humide, certes, mais immédiate, de lac », dirait-il, tant il serait aisé de rafraîchir les torses et les cuisses dans le lac, chacun, chacune, ôtant chemise et pantalon sur les rives du lac, posant les pieds sur le sable brûlant, les petits graviers, brûlants, totalement désagréables, s’incrustant entre les orteils, chacun, chacune, avançant dans le lac, se mouillant le torse et les épaules, se mouillant les cuisses. Les volets à claire-voie, tout comme les fenêtres, simples fenêtres pourvues de vitre, n’aidant en rien, toutefois, ne pouvant rien contre poussière, inévitable poussière, poissant les corps, les cheveux et les peaux, donnant aux peaux, à chaque parcelle de peau, dénudée, un teint hâlé, tant la poussière serait rouge, donnerait aux mains et aux visages, comme aux bras nus des femmes, comme aux jambes nues des enfants, une couleur hâlée, toute naturelle, durant tout le temps que la poussière collerait aux peaux, aux mille peaux de nos corps, constituant nos corps, l’enveloppe de nos corps, le tout partant « à la lessive », dirait-il, une fois que l’on prendrait un bain ou une douche, une fois que le jet de la douche emporterait dans la bonde la poussière rouge, le savon et les mauvaises odeurs, si bien qu’il ne serait pas rare que, sous l’effet d’une douche tiède, même froide, l’enveloppe de nos corps retrouverait sa couleur, 100 % naturelle, ce teint blafard, somme toute, plus ou moins blafard, selon les individus, le patrimoine génétique des individus, l’enveloppe corporelle de certains individus étant naturellement hâlée, nettement plus hâlée que l’enveloppe naturelle d’autres individus portant plus pâle, étant naturellement portés à porter plus pâle, certains individus portés à porter pâle prenant, quotidiennement, sur le marché, sur les terrasses bordant le lac, la place, toute la place, une importance considérable dans les conversations sur le marché et les terrasses bordant le lac, certains individus se rendant même, quotidiennement, à heure fixe, sur le marché ou les terrasses bordant le lac, prenant place sur le marché ou les terrasses à l’heure fixe où, quotidiennement, les individus portant plus pâle se rendent sur le marché ou les terrasses, les individus portant plus pâle occupant, alors, toute la place, alimentant les conversations, certains individus n’hésitant pas à faire état de ce qu’ils pensent, concluent, de l’état de santé général, du mauvais état général des individus portant pâle, tout cela parce qu’ils seraient pâles, ne garderaient pas le teint hâlé qu’on leur connaitrait, fin de journée. Tout cela parce qu’ils seraient propres. Prendraient, quant à eux, deux fois par jour, une douche tiède ou froide, le jet de la douche les rendant pâles, inévitablement pâles, le jet de la douche, de ce qu’on appelle douche, rafraîchissant bien mieux l’enveloppe extérieure de leurs corps que ne le feraient les eaux d’un lac ou le déshabillage d’un corps, dans une chambre, dans un salon, dans une maison des bananeraies, sur le flanc des collines bordant le lac, menant au lac. Tout revenant au lac. La vie grouillante du marché et des terrasses. La vie intense sur le marché. Les enfants jouant sur le marché. Titillant les poulets dans leurs cages. Les échanges d’argent. Les trafics divers. Tout près du lac. Dans l’immédiate proximité du lac et des gargotes. Des cabanes en mauvaises planches. De la hauteur d’un petit homme. Sans fenêtres et sans tables, sans véritable mobilier, des bidons rectangulaires, Castrol, ayant contenu de l’huile Castrol, servant de chaises, de tabourets, des bidons à essence, sans marque, coupés en deux, au chalumeau, des bidons rouges ou bleus, rouillés aux abords, servant de table. De sorte qu’il y ferait chaud, intensément, de nuit comme de jour, de sorte que les hommes, généralement des hommes, les femmes s’écartant, se tenant loin des gargotes, se levant toutefois de leurs nattes, s’approchant des gargotes, dès qu’un enfant en bas âge s’approcherait des gargotes, ferait mine d’approcher, les femmes du marché ne tolérant pas les gargotes, les hommes préférant prendre l’air, ne prenant jamais place sur les bidons Castrol, sauf à seize heures, quand la pluie de seize heures arriverait, les hommes prenant alors place dans la gargote, s’asseyant sur les bidons Castrol, disposés par deux, autour des bidons sans marque, à essence, coupés en deux, au chalumeau, et servant de table. Les hommes, généralement, prenant place à l’extérieur de la gargote, s’adossant à la tôle et aux planches de la gargote, de part et d’autre de l’entrée, laissant la chaleur des tôles sécher le dos de leurs chemises blanches, de travail, tant il aurait fait chaud, aujourd’hui encore, les hommes préférant la chaleur des tôles et le vent venant du lac à l’intérieur de la gargote, à l’étuve de la gargote, emportant avec eux, au dehors, leur bouteille de bière, d’un demi-litre, de marque Primus, parfois estampillée d’une étoile blanche à cinq branches, imprimée sur le verre, directement, en blanc, de sorte qu’elle compose un léger relief, granuleux, tranchant fortement avec le verre, brun et lisse, de la bouteille, de sorte que, n’importe qui, même dans le noir, pourrait dire, deviner du bout des doigts, pour peu qu’il ou qu’elle en ait l’habitude, que cette bouteille de bière, de marque Primus, serait estampillée d’une étoile blanche à cinq branches, indiquant la provenance et l’excellence de la bière. Les hommes sur le marché, adossés aux gargotes, n’arrêtant pas de supputer. De revenir régulièrement sur la bière. La provenance de la bière. Rappelant, trois fois par jour, que la présence d’une étoile blanche, à cinq branches, imprimée, directement, sur le verre, indiquerait que cette bouteille-ci, cette Primus-ci, proviendrait de K, de la brasserie de K, limonaderie de K. Les hommes préférant, et de loin, boire la bière Primus en provenance de K à boire la bière en provenance d’ailleurs. Les hommes préférant, et de loin, s’adosser à l’extérieur des gargotes et boire la fine poussière rouge, la fine poussière du marché, probablement chargée de miasmes, de tous les miasmes, tous les germes du marché, venant en bandes, en colonies, coloniser les bières, se déposant, sans qu’on le sache, sans qu’on le veuille, à la surface des bières, malgré la prudence, les précautions des hommes, le fait qu’entre chaque gorgée, ils posent la main sur le goulot, retardant, voudraient-ils, l’arrivée des miasmes et des germes. N’y parvenant pas toutefois. N’y pensant pas toutefois. Les hommes posant, machinalement, la paume de leur main sur le goulot des bouteilles. Les hommes préférant boire une bière Primus colonisée, chargée de poussière et de miasmes, à boire une bière sans poussière mais au chaud dans l’étuve d’une gargote, dans le cœur d’une gargote –

L’homme Nyoundo, donc, s’emportant -– à nouveau, à peine assis, à peine ont-ils pris place sur des bidons Castrol, rectangulaires, servant de chaises, de tabourets, dans une gargote en tôles et mauvaises planches, l’homme Nyoundo, à peine assis dans la gargote, léchant abondamment ses doigts, ses quatre doigts tendus, pas le pouce, curieusement pas le pouce, la paume de sa main droite et ses quatre doigts tendus, passant abondamment une langue rose, presque aussi longue que celle d’un chien, sur ses quatre doigts tendus et sur sa paume, « parce qu’ils ont peur de ça », dirait-il, passant ses doigts mouillés, abondamment mouillés, et sa paume, sur la table, un bidon rouge, à essence, coupé en deux, au chalumeau, passablement rouillé aux abords, recouvert d’une nappe plastique, imprimée, dans des couleurs chinoises, des bleus chinois, des verts chinois, des fleurs de Chine violemment imprimées achevant le motif, la tenancière de la gargote parachevant la table, recouvrant la nappe aux couleurs et motif chinois d’un épais plastique, transparent cette fois-ci, chargé de miasmes, probablement infesté, ne pouvant qu’être infesté, tant l’épais plastique recouvrirait la nappe aux couleurs et motif chinois depuis des jours, des semaines entières, l’homme Nyoundo portant ensuite ses doigts, sa paume et ses doigts, à sa bouche, léchant abondamment ses doigts chargés de miasmes, léchant abondamment sa paume chargée de miasmes, recommençant l’affaire trois ou quatre fois de suite, léchant abondamment ses doigts et sa paume, puis les passant sur la table, puis les portant à la bouche, puis les passant sur la table, « etc. », dirait-il, de sorte que des miasmes, des infections l’infecteraient, de sorte que des miasmes, des infections ne pourraient que le faire, de

proposition n°11

L’homme Nyoundo, plus tard, en rue, juste après les courses, pissant de rire à mesure que l’autre lui raconterait l’affaire, toute l’affaire, tout ce qui lui serait passer en tête, à l’épicerie, alors que Nyoundo ferait les courses, passerait un temps fou au rayon des poudres et des savons, demeurant un quart d’heure entier devant le rayon des poudres et des savons. Comme s’il y avait du choix. Comme s’il fallait, ici, passer des heures à comparer tout ce qu’il y a d’écrit sur les cartons de poudre à lessiver ou sur les pains de savon. « Comme s’il fallait passer des heures », dirait-il, « à peser les qualités et les défauts des poudres et des savons ». Comme si, depuis toutes ces années, l’homme Nyoundo se rendant, trois fois la semaine, à l’épicerie – la belle bâtisse allongée, jouxtant le marché, repeinte récemment en rose, le crépis de terre, de paille et de bouse, recouvert de rose et de blanc, le pourtour des fenêtres de blanc, le reste de rose guimauve, la façade et l’arrière, les côtés, de rose guimauve, comme si le dernier chic était de repeindre en rose guimauve ou en blanc sa bâtisse – hésitait encore, ne connaissait pas par coeur les deux marques de poudre à lessiver, les deux marques de pain de savon de Marseille, proposés à la vente par l’épicerie. Des camionnettes de bonne facture, chinoises, jaune pâle, estampillées d’un « Chine » en bleu turquoise, livrant l’épicerie fine, la longue bâtisse jouxtant le marché, la pourvoyant en tonnelets de poudre à lessiver de marque Dash et en pains de savon de Marseille, mais également en tonnelets de poudre d’une autre marque, totalement inconnue, estampillés, en vert fluo, d’un nom de marque, totalement illisible, portant une étiquette, des instructions d’usage, des conseils, totalement illisibles, jouxtant, tout en bas du rayonnage des poudres et des savons, les tonnelets de Dash, « les tonnelets de Daesh », dirait-il, blagueur, ne pouvant s’empêcher de blaguer, de tourner les affaires, toutes les affaires, y compris les dramatiques, en blague. Ne jurant que par la blague. Les tonnelets de Daesh, tout en bas du rayonnage, sur la gauche du rayonnage, posés par terre, sur le sol carrelé de l’épicerie. Les tonnelets de l’autre marque, totalement illisible, sur la droite, à même le sol, le carrelage beige de l’épicerie. Comme si Nyoundo, l’homme Nyoundo, pas le serveur du bar hôtel, mais l’homme Nyoundo, celui qui se rend au marché, tous les soirs, après le travail, celui qui entre dans l’épicerie, se rend, trois fois la semaine, à l’épicerie, achetant quelque chose, n’importe quoi, deux litres d’eau en bouteille, un paquet de cigarettes, des tonnelets de Daesh ou de toute autre marque, était un consommateur responsable. Friant des étiquettes. Des compositions qu’elles colportent. Des conseils d’usage. Nyoundo saisissant, trois fois de suite, les tonnelets, en carton dur, par la sangle. Sortant d’abord un tonnelet de Daesh du rayonnage. Sortant ensuite un tonnelet de poudre de marque inconnue, totalement illisible, tant la langue en usage sur ces tonnelets de poudre serait inconnue, impossible à cerner, tant la langue et l’alphabet en usage sur ces tonnelets de poudre nous seraient étrangers, viendraient « autant dire de Mars », dirait-il, « de la planète Mars, ou d’ailleurs ». L’homme Nyoundo faisant mine, alors, de lire avec soin les étiquettes, les instructions d’usage, les compositions. Comme s’il pesait les qualités et les défauts, les avantages et désavantages d’une poudre, estampillée Dash ou Daesh, les avantages et désavantages d’une autre lessive portant un nom de marque illisible, tant la langue et l’alphabet en usage sur les tonnelets de cette marque seraient inconnus, venant totalement d’ailleurs, tout aussi bien de Mars, la planète Mars. L’homme Nyoundo remettant, alors, en bas, tout en bas du rayonnage, les tonnelets à leur place. Puis recommençant l’affaire. Trois fois de suite. Sortant les tonnelets du rayonnage puis comparant les pour et les contre puis remettant les tonnelets en place. Les glissant sur le sol, le carrelage frais de l’épicerie. Puis recommençant l’affaire. Trois fois de suite. L’homme Nyoundo vantant, dans le même temps, à l’autre, à l’homme qui l’accompagne, les qualités « proprement sidérantes », dirait-il, des emballages en plastique souple, épais, des berlingos de lessive liquide. L’homme Nyoundo sortant de la poche, intérieure, de sa veste, un couteau dépliable, ayant vécu, passablement vécu, portant sur son manche des marques, des écorchures, comme si son manche de bois usagé, passablement usagé, avait été écorché, griffé par d’autres lames, plus solides, à même d’écorcher les bois les plus durs, tant le manche du couteau de l’homme Nyoundo semblerait solide et dur, fait d’un bois lisse, parfaitement résistant, insensible à l’eau, « imputrescible », dirait-il. La mauvaise lame du couteau de Nyoundo, une fois déployée, portant visiblement, en aplats, tout le long de lame, des traces plus sombres du fait de liquides ou de graisses, du fait d’un usage quotidien de la lame. Nyoundo sortant régulièrement, trois fois par jour, le couteau de sa veste. Déployant, trois fois par jour, sa lame. En faisant usage pour un rien. Ouvrir un sac plastique. Un carton d’emballage. Dépecer les poules cuites. Débiter les fromages, à pâte dure, en petits cubes. « Pour l’apéritif », dirait-il, « du patron du bar hôtel ». Se fichant totalement des miasmes. Des possibles miasmes. Se fichant totalement du patron du bar hôtel. Des infections possibles affectant durablement le patron du bar hôtel. Se fichant totalement des miasmes capables d’expédier ad patres le patron de bar hôtel. Exécrable. Certes. « Infect », dirait-il, « n’arrêtant pas de nuire », dirait-il, « de courir sur nos dos », dirait-il. L’homme Nyoundo jetant – à mesure qu’il parlerait, débiterait à voix basse toutes ces choses, « ces horribles choses », dirait-il – des coups d’oeil, ultra rapides, par-dessus son épaule, mesurant du regard la distance, scrutant la tenancière, la patronne de l’épicerie, toujours à peu près vide à quinze heures trente, la masse des hommes, la masse des femmes, n’arrivant que plus tard, bien plus tard, sur le coup de seize heures, lorsqu’il pleut, ou une fois la nuit tombée. La tenancière laissant faire. Ne quittant jamais le comptoir. Ne quittant pas des yeux la boîte rouge bordeaux, métallique, toujours posée à droite. Gardant l’oeil sur la caisse. Ne confiant à personne la caisse, le soin de surveiller la caisse. De sorte qu’elle ne quitterait pas le comptoir. Passerait des journées et des nuits entières au comptoir. Derrière le comptoir. Mangeant peu. Buvant peu. Demandant régulièrement aux clients et clientes de sortir d’un rayonnage une bouteille d’eau ou un soda. D’amener au comptoir une bouteille d’eau ou un soda. De sorte qu’elle boirait régulièrement de l’eau ou du soda. Filant toutefois trois fois par jour dans l’arrière-boutique. S’esquivant derrière un rideau épais, à motif iranien, séparant nettement la boutique de l’arrière-boutique. De sorte qu’il y aurait tout ce qui se passe dans la boutique et tout ce qui se passe dans l’arrière-boutique. Personne, hormis la tenancière, ne sachant ce qui se passe dans l’arrière-boutique, une pièce sombre, sans fenêtre, d’après ce que l’on pourrait voir, devinerait, lorsque la tenancière écarterait d’une main le rideau épais, à motif iranien, séparant nettement la boutique de l’arrière-boutique, s’esquiverait discrètement dans l’arrière-boutique ou en reviendrait. La tenancière de la boutique s’esquivant trois fois par jour dans l’arrière-boutique. Mettant dehors les rares clients, les rares clientes du jour. Leur demandant cinq minutes. Rouvrant ensuite la boutique. Les invitant chaleureusement à rentrer. À revenir faire leurs achats. À se poster devant les rayonnages. Chacun, chacune, revenant. Se postant devant les rayonnages. L’homme Nyoundo tirant, ensuite, sa lame. Déployant discrètement son couteau. Sa mauvaise lame. L’enfonçant, ensuite, violemment, trois fois, dans le plastique épais d’un emballage. La lame glissant tout du long, sans arriver à percer l’emballage. De sorte que l’emballage, malgré la pointe, affûtée, du couteau de Nyoudo, demeurerait intact. Comme si personne, à l’instant, n’avait tenté de percer l’emballage. La tenancière levant alors les yeux. Se demandant pourquoi Nyoundo s’agiterait. Se débattrait ainsi devant le rayonnage. Devant les tonnelets de poudre Daesh et les tonnelets de marque inconnue, jouxtant le rayonnage des beurres et des produits laitiers. De sorte qu’ils se retrouveraient en rue. Dans une rue en pente. Adjacente à la rue principale. Portant l’un et l’autre un tonnelet de poudre à lessiver. Nyoundo pissant de rire. Posant par terre son tonnelet de Daesh. Se tenant le ventre. Tout cela parce que l’autre, le gaillard qui l’accompagne, viendrait de lui dire tout ce qu’il avait pensé à l’instant, lorsqu’ils se trouvaient ensemble, dans la

proposition n°12

Et, tandis qu’ils courraient comme des fous, remontant la rue, fuyant le marché, le vacarme du marché, « par ici », dirait Nyoundo, l’homme Nyoundo, dans le dos de l’autre, invitant l’autre, celui qui l’accompagne, à le suivre, à s’engager à sa suite dans le corridor, curieusement étroit et long, d’une maison basse. L’un et l’autre s’engageant dans le corridor, l’homme à bout de souffle, déjà à bout de souffle, après cette course folle, à toute allure, de cent mètres à peine, s’engageant, sans réfléchir, dans le corridor, à la suite de Nyoundo. L’un et l’autre bousculant, au passage, des chèvres, un troupeau de chèvres, dix ou quinze individus, tout au plus, venant à contresens, sur le point de sortir, de retrouver la rue, l’agitation et le vacarme de la rue. L’homme, suivant Nyoundo de près, ne s’attendant pas à croiser, ici, à l’intérieur d’une maison, dans un corridor curieusement long et étroit, un troupeau de chèvres, venant à contresens, sur le point de quitter le corridor, un boyau étroit et curieusement long, mal éclairé, une ampoule de vingt watts demeurant allumée, nuit et jour, permettant à n’importe qui empruntant le corridor, négligeant l’escalier sur la droite, d’y voir clair, un peu clair, malgré tout, chaque fois qu’il ou qu’elle y mettrait les pieds, se verrait obligé d’emprunter le corridor, d’entrer dans cette maison non en raison d’une visite amicale mais en raison d’autre chose, d’un empressement par exemple, le corridor, sombre, à peine éclairé par une unique ampoule, de vingt watts, débouchant tout au bout sur une cour commune à quatre immeubles, quatre maisons sales, chacune pourvue d’un corridor identique, curieusement long, interminablement long, et mal éclairés, des ampoules, de vingt watts, disposées comme à la va-vite aux murs, diffusant malgré tout une lumière blanche, peu puissante, des soquets noirs les maintenant par miracle aux murs, les fils électriques, bleu et brun, partiellement dénudés, retenant comme ils peuvent, « depuis des années », dirait-il, les ampoules et les soquets, pendouillant, « lamentablement », dirait-il, au point que tout qui passerait dans les corridors -– curieusement étroits mais curieusement longs, interminables, comme s’il était pensable que des maisons basses, d’un étage, des maisons en terre, se prolongent ainsi, « sur des mètres et des mètres », dirait-il, par un corridor, long et étroit, rien de l’extérieur, depuis la rue, ne laissant deviner que des maisons basses et étroites se prolongeraient ainsi, « sur des mètres et des mètres », dirait-il –-, tout qui remarquerait au passage les ampoules et soquets, les fils électriques, partiellement dénudés – ayant, en tout cas, perdus partiellement de leur gangue en plastique, pendouillant lamentablement aux murs sales et souillés, salis par les passages, les milliers de passages, des troupeaux de chèvres et des gens, chacun, chacune, se collant contre les murs, forcément contre les murs, tant l’étroitesse des corridors ne permettraient, pour ainsi dire, aucun croisement aisé, les hommes et les troupeaux, venant à contresens, obligeant les femmes à se coller aux murs, les femmes, venant à contresens, obligeant les hommes et les troupeaux de chèvres à se coller aux murs, de sorte que tout cela, toute cette obligation de se coller aux murs, laisserait des traces, abimerait durablement les murs, la peinture des murs, le plafonnage des murs, « etc. », dirait-il, plus tard, au bar du bar hôtel –, tout qui passerait, même en trombe, dans les corridors, ne pourrait que penser que, tout ceci, les ampoules pendouillantes, les soquets pendouillants, extrêmement dangereux, « potentiellement mortels », dirait-il, en raison de fils électriques, bleus et bruns, ayant partiellement perdus de leur gangue, bleue ou brune, commune aux fils électriques, n’importe lesquels, qu’ils soient chinois ou américains, quelqu’un, un jour, quelque part, ayant décidé, on ne sait pas pourquoi, que les fils électriques sortant des murs et des plafonds seraient, dorénavant, engoncés dans une gangue, bleue ou brune, mais également jaune et verte, parce qu’il ne serait pas rare que trois fils sortent ensemble des murs ou des plafonds, l’un étant bleu, engoncé dans une gaine plastique uniformément bleue, l’autre étant brun, engoncé dans une gaine plastique uniformément brune, le dernier étant jaune et vert, des traits jaunes et verts, « quatre je crois », courant tout du long de leur gaine plastique jaune et verte. De sorte qu’on ne pourrait pas les confondre. De sorte qu’on ne les confondrait pas. De sorte que, machinalement, on prendrait garde sans prendre garde, on éviterait, sans le savoir, sans le vouloir, « bien des choses », dirait-il, des accidents, potentiellement mortels, des incendies. Ou des explosions. Totales. Détruisant totalement les édifices. « Ruinant les chairs et les matières mieux qu’un obus », dirait-il. « Tout ce qu’on croiserait dans le corridor nous empêchant de fuir », dirait-il. Le corps des chèvres, venant à contresens, les entravant dans leur course, totalement insensée. Leurs corps en nage heurtant le corps des chèvres dès qu’ils seraient entrés dans la maison, auraient emprunté le corridor, les obligeant à stopper net, à repousser un à un le corps des chèvres, exposant leurs mains aux miasmes et aux morsures, infinies, d’insectes totalement inconnus, parce qu’il serait impossible que les toisons des chèvres, si abondante et drue, ne soit pas un refuge, l’endroit le plus adéquat au monde, « le terrain de jeu idéal », dirait-il, pour des milliers de miasmes, des milliers d’insectes, minuscules et sans nom. De sorte qu’ils passeraient leurs mains dans les miasmes, sans hésiter, parce qu’il faudrait avancer, emprunter au plus vite le corridor, se rendre au plus vite dans la cour, bousculer ensuite d’autres chèvres, d’autres hommes, dans d’autres corridors, parce qu’il y aurait un réseau de cours et de corridors, des corridors menant à des rues ou à des cours, de sorte qu’il serait possible, à des troupeaux de chèvres, à des hommes transportant des porcs dans de mauvaises brouettes, mais tout aussi bien à des individus, décidés, fuyant comme des fous le marché, s’engageant comme des fous dans un corridor, de passer de cour en cour, ou de cour en rue, selon les besoins, les nécessités du moment, le tout étant de connaître « la formule », dirait-il, le fil exact, le fil précis, permettant à chacun de se retrouver, en un rien de temps, ailleurs, à l’endroit exact où il pensait aller, des erreurs se glissant parfois dans la formule, si bien qu’il ne serait pas rare qu’un homme transportant un porc dans une mauvaise brouette, à roue pneumatique totalement dégonflée, erre depuis des heures. Ne reconnaissant, dans les cours et les corridors qu’il emprunte, aucune des cours et des corridors qu’il devait emprunter, si bien qu’il s’arrête, désespéré, qu’il reprend souffle, assis par terre, à même le carrelage, dans un corridor, sous une ampoule électrique –- chaque corridor étant muni d’une ampoule de vingt watts, éclairant sommairement les corridors -–, « qu’il arrête

proposition n°13

Rien ni personne ne prenant garde aux signes, à l’évidence des signes. Comme si rien n’avait de sens, ou d’intérêt, hors catastrophe, hors l’évidence du drame. Rien ni personne ne remarquant, par exemple, les deux hommes, tout à fait à droite, parquant leur voiture, blanche, d’un modèle robuste et déjà ancien, tout en lignes droites et et en angles, le chauffeur, un homme corpulent, en chemise blanche et cravate noire, tirant fermement le manche du frein à main, de sorte que le robuste dispositif du frein à main s’enclencherait, le frein à main retenant la voiture, empêchant le véhicule de descendre plus avant la rue adjacente, en forte pente, le dispositif, parfaitement réglé, parfaitement audible, s’enclenchant sans grincement –- parfaitement audible, de l’extérieur, pour tout qui prendrait garde, serait, à l’extérieur du véhicule, attentif aux signes, à l’évidence des signes, en raison d’une vitre, côté conducteur, baissée tout à fait, en raison d’une chaleur, toujours moite, excessive, après une pluie de seize heures survenant à midi ou seize heures, la venue de la pluie qu’elle survienne à midi ou seize heures ne changeant rien à l’affaire, les conditions climatiques ne connaissant aucune perturbation. De sorte qu’une chaleur, moite, excessive, surviendrait toujours après la pluie, dans le quart d’heure après la pluie. Obligeant les chauffeurs à baisser les vitres, à se saisir des manivelles et à baisser les vitres, tant les systèmes de climatisation des voitures anciennes, robustes mais déjà anciennes, auraient perdu, au fil du temps, de leur puissance, à force de traîner dans les rues, d’être parquées, des jours entiers, sous les pluies de seize heures, survenant à midi comme à seize heures, les propriétaires des voitures anciennes se refusant d’investir dans les systèmes de climatisation, les propriétaires des voitures anciennes préférant investir dans l’urgence, dans les moteurs plutôt que dans le confort. De sorte qu’il faudrait baisser les vitres, à tous les coups, lorsque la chaleur moite et excessive surviendrait, sur le coup de seize heures et quart généralement mais aujourd’hui sur le coup de midi et quart puis sur le coup de seize heures et quart, parce que, curieusement, il y aurait eu aujourd’hui deux pluies de seize heures. L’une, attendue, survenant à seize heures, laissant le temps à chacun, au marché, de bâcher les étals, de tendre une toile plastique, bleu, par-dessus les fruits frais, les nattes et les tissus colorés. De sorte que l’on aura vu le marché, sur le coup de seize heures, se couvrir de bâches, bleu pétrole ou vert olive. Les marchands et les marchandes prenant soin de lester les bâches. Des cailloux et des pavés lestant les bâches. Des cailloux et des pavés, assez lourds, choisis avec soin. Capables de lester les bâches. Déposés sur les bâches, à même les bâches, en vue de lester les bâches. Empêchant le vent d’emporter les bâches. Tant il y aurait du vent quand la pluie de seize heures surviendrait. De sorte qu’à l’heure de la pluie de seize heures, il ne serait pas rare qu’une bâche bleu pétrole mal lestée -– ou vert olive – s’envole, emportée par le vent. De sorte que les fruits et les nattes qu’elle couvrait jusqu’ici seraient mis à nu. La pluie de seize heures ruinant, pour de bon, les marchandises, les fruits et les nattes et tous les tissus colorés, à motifs locaux, made in China ou made in Taïwan. Tandis que la bâche, emportée par le vent, roulerait sur les bâches, toutes les autres bâches, solidement lestées, solidement pourvues de pierres diverses ou de pavés. Tandis que les marchands et les marchandes quitteraient leurs abris. Les gargotes du marché. Se hâtant de récupérer la bâche. Couvrant de leurs mains la marchandise. Évitant à tout prix la ruine. Tandis que l’autre pluie d’aujourd’hui surviendrait à midi. Prenant les marchands par surprise. Ruinant, pour de bon, les marchandises. Toutes les marchandises étalées aujourd’hui au marché, sur des nattes. À même le sol. Les marchands et les marchandes désespérant, ensuite, tout le temps de midi, dans les gargotes. Les chauffeurs des camionnettes et des autobus baissant deux fois leurs vitres aujourd’hui, une fois vers midi et quart, une autre fois vers seize heures et quart, en raison de deux pluies de seize heures plutôt qu’une. De sorte que la pluie aurait deux fois gorgé la terre. De sorte qu’il y aurait, vers seize heures et quart, des rues adjacentes et des flaques d’eau dans les rues adjacentes. Des voitures parquées tout en haut des rues adjacentes gorgées d’eau, bordées de flaques immenses, empêchant les véhicules de se parquer. De prendre place le long des rues adjacentes. De sorte que dans la rue adjacente, en pente, il y aurait une voiture blanche, de modèle robuste mais ancien, tout en lignes droites et en angles. Le chauffeur stoppant net son véhicule dès qu’il entrerait dans la rue adjacente. Le chauffeur tirant brutalement le frein à main. Puis sortant de la voiture. Le passager de la voiture sortant à son tour de la voiture. Laissant, alors, tous les deux, la voiture en plan. Au milieu de la rue. Le chauffeur ayant renoncé à parquer son véhicule sur les bas-côtés en raison d’une pluie de seize heures survenues deux fois. À midi. Puis à seize heures. De sorte que les rues adjacentes, en terre battue, demeureraient gorgées d’eau. De sorte qu’il serait impossible de parquer sa voiture. Les chauffeurs des voitures laissant alors leurs voitures en plan. Au milieu de la rue. Poursuivant leur route à pied. Descendant la rue adjacente. Glissant à tous les pas. Tant leurs chaussures en cuir, à pointe, seraient inadéquates. En raison des semelles lisses. Ultra lisses. Totalement inadéquates à la marche forcée dans la boue. Dans la terre ultra glissante des rues adjacentes. Les hommes pestant à tous les pas. La boue, ultra compacte, salissant tout le bas de leurs pantalons, ultra chic. La boue occupant tout l’esprit des hommes. Les hommes se fichant complètement d’avoir laissé leur voiture en plan. Les hommes ne pensant qu’à la boue. L’un d’entre eux, le chauffeur, s’arrêtant un instant. Saisissant un caillou, ultra long, ultra plat. Grattant ensuite la boue. Les semelles ultra lisses de ses chaussures à pointe étant engoncées dans la boue. Une couche épaisse de boue, de trois centimètres, engonçant les semelles de ses chaussures, très chics, à pointe. L’homme ne se voyant pas poursuivre ainsi sa route. Préférant se débarrasser, fût-ce un peu, de la boue. Sachant pertinemment qu’il ne se débarrasserait pas ainsi de la boue. Grattant pourtant les semelles ultra lisses de ses chaussures. Puis reprenant la route. Balançant sa pierre, son caillou, ultra long, ultra plat, dans la boue. Se frottant, ensuite, les mains, l’une contre l’autre. Cherchant ainsi à se débarrasser de la boue salissant tout, les mains et les bas de pantalons. L’autre, le passager, l’attendant. Se fichant quant à lui de la boue. Du fait que la boue engonce ses chaussures. Ultra chics pourtant. Ne cherchant pas quant à lui un caillou. Une pierre ultra longue, ultra plate. Ne raclant pas la boue engonçant ses chaussures. Recouvrant leurs semelles, pourtant, d’une couche épaisse et glissante. L’obligeant à prendre garde. À ne pas oublier qu’il marche dans une rue adjacente, couverte de boue, gorgée d’eau, rendant délicate, ultra délicate, la marche. Tandis qu’un autobus scolaire pénétrerait dans la rue adjacente, à droite, lui aussi. Tandis qu’un chantier, à gauche cette fois-ci, reprendrait dans la rue adjacente. Les marteaux et les scies sauteuses reprenant leur ouvrage. Tandis que, derrière, dans la maison basse, dans le long couloir sombre de la maison basse, en terre sèche, en torchis, il y aurait des vaches et des vachers. Un troupeau de vaches. Quinze individus. Tout au plus. Avançant dans le corridor. Tandis qu’à droite, le chauffeur de l’autobus scolaire, estampillé Chine, de marque chinoise, totalement inconnue, passant quatre fois pour jour dans la rue adjacente, amenant, le matin et l’après-midi, à l’école les garçons et les filles, des élèves aux cheveux coupés ras, ultra ras, des enfants, en uniforme bleu pétrole, chaussés parfois de mocassins vernis, ultra noirs, ramenant les enfants, à midi, puis à seize heures, klaxonnerait comme un fou. Tant il aurait eu, engageant à son tour son véhicule dans la rue adjacente, un coup au cœur. Tant il aurait tourné à vive allure. Arrêtant de justesse son véhicule, un autobus chinois. D’allure chinoise. Tout en lignes et en angles. Bleu turquoise. Assez pâle. Portant sur sa portière et sur ses flancs une estampille. Typiquement chinoise. À la gloire de la Chine. De sorte que tout qui verrait l’autobus penserait Chine. Ne pourrait penser que Chine. Le chauffeur de l’autobus pilant net. Malgré la boue. N’emboutissant pas l’arrière du véhicule. Malgré la boue. Une voiture blanche. Tout en lignes et en angles. Parquée n’importe où, n’importe comment, en plein milieu de la rue. Tandis que, derrière, les vaches sortiraient, une à une, sortant de la maison basse, une à une, du corridor long et étroit, curieusement long et étroit, de la maison basse. Tandis que, plus bas, le chauffeur et son passager se retourneraient. Pilant net. Arrêtant brusquement de descendre la rue adjacente. De sorte que les vachers houspilleraient les vaches. De sorte que le chauffeur de l’autobus baisserait la vitre de la portière. De sorte que partout il y aurait une odeur de bouse fraîche et de pluie de seize heures

proposition n°14

« Ah bon ? », dirait-il, plus tard, étonné, au bar du bar hôtel, n’ayant remarqué, quant à lui, ni l’homme, vêtu de rose, entièrement de rose, planqué dans la pénombre, sous un des escaliers, ni la femme et son bébé dans le dos, portant trois gamelles d’aluminium, ni l’autre homme, en repos, assis, à même le sol, dans un des corridors, un porc, dans une brouette, vert bouteille, à ses côtés, une bête toute rose, enfouie jusqu’ici sous une toile de jute, sentant la toile de jute, « l’horrible odeur de toile de jute », dirait-il, alors qu’il aurait dû remarquer la toile de jute, la toile de jute étant la chose remarquable qu’il remarque le plus au monde, tant la toile de jute, « l’horrible odeur de toile de jute », aura compté, « toute sa vie compté », pour lui, « si sensible », la toile de jute l’incitant, lui, toujours, en présence de toile de jute, à froncer le nez, à faire, oui, un pas mais de côté, tant il aurait horreur de la toile de jute, de sa terrible odeur de toile de jute, la toile de jute prenant alors toute la place, l’empêchant même d’agir ou d’entrevoir des solutions aux problèmes, innombrables problèmes, d’existence, parce qu’il serait, comme n’importe qui, n’importe quel homme, n’importe quelle femme, sujet aux problèmes d’existence, les problèmes d’existence commençant dès le matin, dès le lever, dès qu’il faudrait ouvrir l’œil, toute l’énergie qu’il faut pour ouvrir l’œil lui manquant parfois. De sorte qu’il arrive parfois qu’il ne puisse pas ouvrir l’œil. Alors qu’il faudrait ouvrir l’œil. Cherchant alors, en lui-même l’énergie. La force nécessaire pour ouvrir l’œil. N’y parvenant pas tous les jours. Particulièrement si quelque chose, un objet, en toile de jute, se trouverait dans les parages. La toile de jute le vidant de ses forces, de toutes ses « capacités vitales, morales ou physiques », dirait-il. De sorte qu’il serait tétanisé. Incapable de se mouvoir. De sortir une jambe du lit ou d’ouvrir l’œil. Alors qu’il serait simple de sortir une jambe du lit ou d’ouvrir l’œil. N’importe quel homme, n’importe quelle femme, « à moins d’être frappé, frappée, d’impotence », dirait-il, y parvenant aisément. De sorte qu’il resterait au lit des heures entières. De sorte qu’il lui paraît fou, totalement fou, d’être passé à côté du porc, engoncé dans une toile de jute, cherchant péniblement à passer la tête, à s’extraire, un peu, de la toile de jute. N’ayant pas plus remarqué, dans une des cours, la dame âgée et sèche – sa peau ridée et pleine de terre, fabriquant, à la main, ses briques artisanales en terre glaise, alors qu’elle apostrophe les passants, n’importe lesquels, les invitant à venir, à tâter de ses briques, les invitant à juger, mesurer la qualité de ses briques, fabriquées, une à une, à la main – que l’homme planqué sous l’escalier, la femme et son bébé dans le dos, l’homme en repos et son porc, tant il n’aurait eu en tête, tout le temps passé dans le réseau de corridors, curieusement longs et étroits, mal éclairés, dans le réseau de cours et de maisons, que la formule, simple formule, lancée derrière lui, à tue-tête, par Nyoundo, l’homme Nyoundo, soudainement retardé, empêtré par des chèvres, tout un troupeau, dès le début. Dix ou quinze chèvres stoppant net leur course dès qu’ils pénétreraient dans le premier corridor. De sorte qu’ils se heurteraient à des chèvres. Nyoundo manquant tomber. Ne s’attendant pas à des chèvres. L’autre se glissant habilement le long du mur. Passant l’obstacle en premier. Nyoundo, derrière lui, lui lançant alors la formule. Disant « gauche gauche droite droite puis tout droit ». De sorte qu’il s’engagerait plus avant dans le corridor. La formule « gauche gauche droite droite puis tout droit » bien en tête. Ne comprenant rien à l’affaire. Mais gardant la formule bien en tête. De sorte qu’il déboucherait sur une première cour et prendrait la première porte à gauche, donnant sur un corridor, long et étroit, mal éclairé, débouchant sur une seconde cour où il prendrait à gauche, s’engageant dans un corridor, débouchant sur une troisième cour. Il y prendrait, à droite, un corridor le menant à une quatrième cour où il prendrait à droite, si bien qu’il se trouverait, « trois secondes quinze durant », dans une cour, une cinquième, minuscule, où il s’engagerait, droit devant, dans un corridor, le menant à la rue adjacente, légèrement en pente, où une voiture blanche stationnerait, tout en haut, sur la droite, entravant le trafic. Ne remarquant rien d’insolite en prenant les cours et les corridors, en longeant l’escalier sous lequel serait planqué un homme, tout de rose vêtu, une chemise rose, à courtes manches, en nylon, lui couvrant le torse, un short rose, descendant jusqu’aux genoux, lui couvrant les cuisses. Aucune tache, légèrement plus claire, n’attirant son regard, tant il aurait eu en tête la formule « gauche gauche droite droite puis droit devant », tant il manquerait de souffle, la course, de cent mètres à peine, « vollegaz », sur le marché, l’ayant épuisé, l’homme se tenant, immobile, sous l’escalier, depuis des jours, assis à même le sol, adossé contre le mur, comme s’il cherchait à se fondre dans le mur, repoussant, la nuit, les rats, à coups de talons ou de bâton, n’osant guère sortir, s’extraire de sa cachette étroite, tout juste bonne à accueillir un enfant, tant et si bien qu’il serait perclus, se demandant s’il lui faudrait, encore, pour s’extraire d’ici, sortir les lames ou étrangler ou mettre à mort, n’importe comment, tout qui le trouverait planqué, dans le noir, sous l’escalier, tout qui le trouverait, la nuit, furetant dans les cours, à la recherche d’un vêtement, un t-shirt à manches longues, un pantalon, « etc. », son cœur battant plus fort chaque fois qu’il y aurait quelqu’un, homme ou femme, déboulant dans le corridor, courant comme une dingue, courant comme un dingue, empruntant, vollegaz, le réseau des cours et des corridors, tant et si bien qu’il se morfondrait, se demandant, depuis des jours, s’il sortirait, un jour, de son passé de criminel, s’il parviendrait, un jour, à devenir pasteur, à garder au grand air les vaches ou les moutons, de sorte qu’il songerait à l’urgence, ne penserait qu’à l’urgence, gardant l’urgence en tête, quoi qu’il arrive, le fait qu’il faudrait trouver, urgemment, des vêtements, totalement anonymes, un t-shirt à longues manches, déchiré à l’encolure, maculé de boue sèche, et un pantalon, parce qu’il serait urgent, depuis plusieurs jours, de laisser sa tenue, sa chemise rose et son short rose, ultra visibles, ultra reconnaissables, tant il y aurait, ces jours-ci, des bagnards, pieds nus, en chemise rose et en short rose, œuvrant sur les routes, goudronnant les routes, tant il y aurait des choses à faire sur les routes, chaque bagnard, le crâne rasé, bouchant les trous béants, les remplissant, à la main, à la pelle, de goudron chinois et fumant, un cadeau la Chine, les chemises à courtes manches, roses, en nylon, les shorts, roses, descendant jusqu’aux genoux, débarquant, eux aussi, de la Chine. La femme, et son bébé dans le dos – portant à bout de bras trois gamelles rectangulaires, en aluminium, empilées l’une sur l’autre, contenant du riz, exporté de Chine, préparé sans sauce, des pilons de poulet, grillés, parfaitement cuits, la chair se détachant des os, aisément, agrémentant l’affaire, embaumant subtilement le riz –, se collant au mur, laissant toute la place à l’homme fou, essoufflé, en nage, courant comme un dingue, formule en tête, dans les cours et les corridors. La femme, fronçant le nez, toujours, quand elle croiserait quelqu’un, homme ou femme, passant trois fois par jour dans les cours et les corridors, porterait trois gamelles, de poulet et de riz, trois fois par jour, dans les cours et les corridors, n’arrêtant pas de froncer le nez, magnifiquement, quand elle sourirait, croiserait quelqu’un, homme ou femme, l’abordant, désireux, désireuse, de manger à l’ombre, dans la fraîcheur, plus que relative, véritable, des cours et des corridors. La femme, s’adonnant, dehors, à l’une des entrées du réseau de cours et de corridors, à la préparation des repas, préparant les repas sur deux grands braseros, des tonneaux à essence, préparant trois repas par jour, portant, elle-même, les gamelles, trois fois par jour, entrant dans un corridor, son enfant dans le dos, retenu par une étoffe, colorée, subtilement nouée autour de son ventre, autour de sa taille, offrant les repas à tout qui désire manger, prendre à l’ombre un repas, une gamelle de riz, en provenance de Chine, arrivé de Chine voici trois mois, parce que le riz viendrait de Chine, ne pourrait que venir de la Chine, la Chine expédiant le riz par cargaison entière, emballant subtilement le riz dans des sacs, blancs, en plastique, imitant la toile de jute, la texture de la toile de jute, non qu’il serait possible de les confondre, tant la toile de jute resterait la toile de jute, sentant la toile de jute, alors que les sacs plastique ne sentirait rien, ou sentirait le riz, rien d’autre. Et tandis qu’il passerait en trombe dans le corridor, obligeant la femme à se coller au mur, au risque que les gamelles valdinguent, le riz bouillant et le poulet se répandant par terre, dans le corridor, et sur les pieds nus de la femme, tandis que la femme, tout sourire, penserait encore à son rêve fou de femme folle, n’arrêtant pas d’y penser chaque fois qu’elle pénétrerait, gamelles en main, superposées l’une sur l’autre, dans le réseau des cours et des corridors, un homme, assis par terre, dans le corridor, le dos collé au mur, replierait les jambes, laissant toute la place à l’homme courant comme un dingue, évitant souplement les obstacles, si bien que, dans son course folle, il ne verrait pas l’homme assis par terre, repliant ses jambes, se reposant un peu avant de reprendre la route, de mener à l’abattoir un porc, probablement rose, entièrement rose, dans une brouette, tâchant péniblement de s’extraire, profitant d’une halte, prolongée, pour s’extraire, sortir un peu la tête, du fatras d’une toile de jute, le couvrant entièrement, sortant le groin puis les yeux, bien décidé à s’extraire, à sortir, pour de bon, du fatras de la toile. Son propriétaire tâchant de se rappeler la formule. Craignant une erreur. Se remémorant, sans souci, les cinq premières étapes. Hésitant, maintenant, sur la marche à suivre. Prenant le temps d’y penser. Négligeant son porc. L’homme craignant par dessus tout d’errer. De passer sa vie, tout ce qui lui resterait à vivre, dans le réseau, subtil, des cours et des corridors. Se demandant si les bêtes, les porcs, ont conscience, elles aussi d’errer. Si son porc, par exemple, dans la brouette vert olive, à sa droite, sous sa toile de jute, à conscience d’errer. Se demandant encore, alors qu’il se relèverait, s’apprêterait à « reprendre la route », s’il ne préfèrerait pas être un porc. Un animal subtil. Conscient peut-être d’errer mais se fichant d’errer. Furetant dans les prés ou dans les porcheries, dans les fermes artisanales, dans les fermes dans les collines, dans les bananeraies. Ne voyant guère plus la vieille dame sèche, dans la grande cour, la plus grande des cours du réseau, subtil, des cours et des corridors, fabriquant ses briques, au soleil, au centre de la cour. Utilisant un gabarit en bois. Une espèce de boîte, rectangulaire, dépourvue de couvercle et de fond. Un gabarit de la taille d’une brique, de n’importe quelle brique, posé par terre, dans l’alignement exact des autres briques, déjà moulées, séchant déjà au soleil. La femme remplissant à la main le gabarit. Portant dans ses paumes le mélange de boue, d’eau, de paille et de bouse. Fabriquant des briques toute la journée. Courbée en deux. Reprenant les affaires de son mari et de son père, l’entreprise florissante de son mari. N’arrêtant pas de vanter ses briques. Invitant tout qui passerait par la cour, homme ou femme, à tâter de ses briques. À la regarder faire. Trouvant tous les jours de nouveaux clients, de nouvelles clientes, tant la femme arriverait à vanter ses briques. La qualité de ses briques. La femme invitant l’homme courant comme un dingue à cesser de courir comme un dingue. À venir auprès d’elle. À tâter, auprès d’elle, de ses briques. L’homme poursuivant sa route. Entrant

proposition n°15

Et, tandis que, pan !, comme n’importe qui, après seize heures et sa pluie de seize heures, j’aurais décidé, comme n’importe quel homme, n’importe quelle femme, de reprendre place, quelque part, dans l’existence, ne tolérant pas qu’une pluie de seize heures, simple pluie de seize heures, nous écarte du monde, fût-ce un quart d’heure, tant il y aurait des choses à faire en un quart d’heure, sortir d’un bar hôtel par exemple, en descendre la terrasse en bois et traverser la rue qu’elle surplombe, rejoindre ainsi la promenade bordant le lac, et reprendre pied, ainsi, dans l’existence, de sorte que, pan !, comme n’importe qui, homme ou femme, j’aurais pris pied dans l’existence, chacun, chacune, prenant pied comme il ou elle pourrait dans l’existence, chacun, chacune, pensant agir, adéquatement, pour prendre pied dans l’existence. De sorte que, après seize heures, la pluie de seize heures, j’aurais quitté le bar hôtel. Pensant reprendre pied dans l’existence en traversant, d’un petit pas tranquille, la rue jouxtant la promenade bordant le lac. Résolument décidé à prendre ensuite à gauche, une fois rejoint l’autre bord, l’autre côté de la rue. Pensant, aujourd’hui, prendre enfin pied dans l’existence, en me rendant à droite plutôt qu’à gauche, alors qu’il y aurait à gauche le marché, et ce qu’il faut pour prendre pied dans l’existence, tant il y aurait des choses sur le marché pour prendre pied dans l’existence. Pensant qu’aujourd’hui, après seize heures, après une pluie, de bonne facture, ayant passé le monde à la machine, ayant lavé le monde, prendre pied dans l’existence, une fois franchi le petit parapet, la bordure basse noire et blanche, en béton, ne pouvait avoir lieu qu’à gauche. Alors qu’il aurait été facile, si facile, de prendre à droite et de prendre pied dans l’existence. Tant il serait aisé de prendre pied dans l’existence en prenant à droite. En se rendant sur le marché. Tant il n’y aurait rien, à gauche, penserais-je, pour « stimuler l’esprit, l’aider à prendre pied dans l’existence ». Penserais-je, aurais-je pensé, tandis que j’aurais traversé la rue, d’un petit pas tranquille, prenant soin de marquer des arrêts, en vue de laisser passer le trafic, les camionnettes et les taxis s’étant remis en route, ayant laissé passer la pluie de seize heures, les chauffeurs ayant parqué, comme ils pourraient – tant qu’aurait duré la pluie –, leurs véhicules, le long de l’artère, à gauche comme à droite de l’artère, prenant grand soin à ne pas heurter la bordure, le parapet ultra bas, en béton, peint en noir et blanc, régulièrement repeint, en vue de délimiter la chaussée, d’indiquer clairement la chaussée, l’endroit où il est permis aux véhicules de rouler, même toute allure, le parapet indiquant aux piétons la zone sûre, l’endroit de la chaussée au-delà duquel aucun véhicule, même roulant toute allure, ne pourrait les atteindre, les piétons, d’un petit pas tranquille, traversant toutefois la chaussée, n’importe où, n’importe comment, préférant, de loin, traverser la chaussée dangereusement, n’importe où, n’importe comment, à traverser la chaussée sûrement, les yeux quasi fermés, tant il y aurait des endroits sûrs où l’on traverserait sûrement la chaussée, tant il y aurait un ralentissement du trafic aux abords des ronds-points comme aux abords du marché, tant la chaussée serait étroite aux abords du marché, de sorte que les camions et camionnettes ralentiraient, de sorte qu’il serait possible de traverser la chaussée, les yeux quasi fermés. Chacun, chacune, préférant toutefois traverser, n’importe où, n’importe comment. Tant le désir de prendre pied, de revenir, après seize heures, à l’existence, serait intense. De sorte que j’aurais franchi le parapet noir et blanc bordant la chaussée. Tant il serait urgent de prendre pied dans l’existence. Prendre pied ne souffrant aucun retard. De sorte qu’il ne serait pas rare que l’on traverse la chaussée n’importe où, n’importe comment. De sorte que, une fois descendues les marches de la terrasse en bois, j’ai pensé, trois secondes quinze durant, à m’engager, à traverser, n’importe où, n’importe comment, la chaussée, tant était intense mon désir de prendre pied dans l’existence. Préférant toutefois la prudence, malgré l’urgence, le besoin irrépressible de prendre pied dans l’existence. Prenant à gauche, directement à gauche, une fois descendues les deux ou trois marches en bois de la terrasse du bar hôtel. Évitant ainsi le trafic. L’intense trafic de vélos, de taxis et de mobylettes reprenant illico après la pluie. Les chauffeurs de taxi, klaxonnant déjà comme des fous. Les autobus reprenant leurs courses folles après l’arrêt forcé, le parking forcé, le long de la chaussée, en raison d’une pluie de seize heures, de bonne facture, survenue à seize heures, stoppant net le trafic automobile, non seulement de la chaussée mais aussi des rues adjacentes, en terre, chacun, chacune, se parquant comme il peut, le long de la chaussée ou au milieu des rues adjacentes, tant l’eau ruissellerait dans les rues adjacentes, emportant les terres, embourbant les côtés, empêchant les véhicules de se parquer, à gauche comme à droite des rues adjacentes. Chacun, chacune, patientant, alors, à l’intérieur des véhicules. Lisant le journal par exemple. Ou un magazine de sport. Tant le sport serait le sport. Emporterait au loin tout qui s’intéresserait au sport. Le soustrairait temporairement à l’existence en attendant de reprendre pied, mais plus tard, parfois beaucoup plus tard, dans l’existence. De sorte que chacun, chacune, patienterait, à l’intérieur des véhicules. Ouvrant au hasard un magazine de sport, une gazette quotidienne ou un toute-boîte touristique, bien décidé à reprendre la route une fois passée la pluie de seize heures. Et reprenant la route aussitôt passée la pluie de seize heures. Roulant à nouveau comme des dingues. Comme s’il n’y avait pas eu de pluie de seize heures. La pluie de seize heures ne changeant rien à l’affaire, aux courses folles des véhicules sur la chaussée bordant le lac et dans les rues adjacentes. De sorte que, alors qu’une fois descendues les deux ou trois marches en bois de la terrasse de l’hôtel, j’étais fermement décidé à traverser la chaussée, à prendre pied au plus vite dans l’existence de l’autre côté de la route, « bon sang », j’ai pensé. « Bon sang de bon sang », j’ai pensé. Soudainement effrayé par l’intense trafic, tous ces véhicules roulant comme des dingues, klaxonnant comme des fous sur la chaussée. Prenant, alors, à gauche, sans hésiter, directement à gauche, une fois descendues les deux ou trois marches en bois de la terrasse du bar hôtel. Parce qu’il importait, au fond, d’aller à gauche plutôt qu’à droite. Parce que traverser la chaussée serait secondaire, au fond, compterait moindre, nettement moindre, qu’aller à gauche, tournant le dos marché, comme si, aujourd’hui, il importait de prendre à gauche pour prendre pied dans l’existence. De sorte que je serais allé à gauche, directement à gauche, en vue de prendre pied, à gauche, dans l’existence. Rejoignant en trois pas l’angle de la rue, le carrefour de la rue en pente, curieusement en pente, encombrée d’un véhicule, une voiture blanche, toute en angles et en lignes droites, parquée au beau milieu de la rue. Ses occupants – un homme corpulent, de petite taille, tout en sueur, sortant du véhicule côté conducteur, son passager, un homme plutôt frêle, de petite taille, l’imitant aussitôt, claquant la portière, violemment – descendant la rue en pente, s’éloignant de la chaussée, glissant à chacun de leur pas, tant leurs chaussures vernies, noires, seraient inadéquates, totalement inadaptées au terrain, à la boue grasse de la rue en pente, et, tandis que les deux hommes descendraient la rue, il y aurait un autobus scolaire, un autobus chinois, estampillé Chine, il prendrait, toute allure, la rue adjacente, s’engagerait dans la rue adjacente plutôt que de se rendre au marché, l’itinéraire de l’autobus, patiemment pensé, invitant l’autobus à éviter le marché, le rond-point du marché, tant le trafic ralentirait au marché, en raison de l’étroitesse de la chaussée, la chaussée se rétrécissant curieusement aux abords du marché, de sorte que les chèvres et les poulets du marché ne risqueraient rien s’il arrivait malheur au marché, s’il arrivait que des chèvres ou des poulets s’échappent, s’extraient de leurs enclos ou de leurs cages, cavalent, ensuite, paniqués, sur le marché, puis la chaussée, chacun, chacune, sur le marché, tentant de les saisir alors, les enfants, hilares, plongeant sur le marché puis la chaussée, tentant de les saisir par une patte arrière ou par le cou, le rétrécissement de la chaussée permettant de réduire le nombre d’accidents, le nombre de poulets morts, le nombre d’enfants morts, tant il y aurait eu, dans le passé, des morts, des cadavres, par dizaines, jonchant parfois la chaussée aux abords du marché, de sorte que l’on aurait ralenti le trafic, de sorte que les autobus scolaires prendraient à droite, dans la rue en pente, adjacente, juste avant le bar hôtel, à trois pas du bar hôtel, évitant ainsi le ralentissement, voire l’arrêt brusque, aux abords du marché, s’engageant, de préférence, dans le dédale des rues, préférant, et de loin, le dédale des rues au ralentissement, voire à l’arrêt brusque du marché, prenant garde à ne pas renverser un poteau électrique ou une femme portant dans son dos un bébé ou revenant du marché, un panier en osier sur la tête, des véhicules entravant quelquefois l’avancée des autobus, tant l’étroitesse des rues adjacentes ralentirait les autobus mais de façon moindre, bien moindre, que le rétrécissement de la chaussée aux abords du marché. Un voiture blanche, par exemple, toute en angles et lignes droites, parquée tout en haut, au milieu de la rue, juste après le virage, pouvant arrêter, stopper net, un autobus. De sorte qu’il faudrait, pan !, piler, stopper net le véhicule. Et, tandis que le chauffeur pilerait, stoppant net son véhicule, à dix centimètres, à peine, de l’arrière de la voiture, tandis que le chauffeur klaxonnerait comme un fou, sortirait sa tête réglementaire, portant une casquette réglementaire, du véhicule, par la vitre, soudainement baissée, de la portière du véhicule, côté chauffeur, interpellerait violemment les deux hommes descendant la rue, il y aurait eu Nyoundo, curieusement Nyoundo, le rire sonore de Nyoundo, à gauche, le rire puissant de Nyoundo. Descendant à pied, sur le bas côté, la rue en pente, adjacente, un sac plastique, bien rempli, sur le dos, portant un t-shirt clair, élimé, de mille ans d’âge, maculé de sang, des taches de sang maculant le dos du t-shirt de Nyoundo, plié en deux, en pleine rue, pissant de rire, ayant dû s’arrêter, stopper net sa marche, sa descente de la rue en pente, en raison d’une chose hilarante, le faisant pisser de rire, tandis que, devant lui, il y aurait eu l’autre, un touriste du bar hôtel, assez frêle, d’allure assez austère, l’accompagnant – visiblement –, portant une chemise blanche, impeccable, à courtes manches, mille fois reconnaissable, même de loin, tant sa démarche serait reconnaissable, stoppant net sa marche dès que Nyoundo aurait pissé de rire, l’autre, malgré tout, malgré sa frêle allure austère, ayant dû faire ou dire quelque chose d’hilarant, tant il ne serait pas possible que Nyoundo pisse ainsi de rire, en rue, dans la rue adjacente à proximité du bar hôtel, tant il serait insensé que Nyoundo pisse de rire aussi dangereusement dans la rue à proximité du bar hôtel, l’autre faisant encore trois pas avant de s’arrêter, de regarder, hilare mais étonné, Nyoundo, soudainement plié en deux, pissant de rire dans la rue adjacente, à proximité du bar hôtel. L’autre, mille fois reconnaissable, portant à bout de bras un sac plastique, volumineux, moins rempli que celui de Nyoundo, sa démarche, mille fois reconnaissable, m’étant restée dans l’œil, ne pouvant que rester dans l’œil, tant j’aurais dans l’œil des démarches, mille fois reconnaissables, tant je n’arriverais à retenir les gens, les personnes croisées, même une fois, qu’à travers les démarches, mon esprit se forçant à retenir les démarches, de sorte qu’il m’arriverait souvent, des années après, de me souvenir de quelqu’un, homme ou femme, parce qu’il y aurait eu démarche, façon singulière d’avancer un pied puis un autre, façon singulière de lever le talon puis le reste du pied, comme si talon et reste du pied ne formaient pas un pied, étaient deux pièces disjointes, artificiellement agencées pour former un pied, si bien que, lors d’une marche, lorsqu’on lèverait le pied, le talon se soulèverait d’abord puis le reste du pied, talon et pied se soulevant par à-coup, sans souplesse aucune, de sorte que, plutôt que de voir dans la marche une succession de pas s’enchaînant de façon fluide et harmonieuse, on verrait dans la marche une succession d’à-coups, rendant la démarche saccadée et nerveuse, de sorte qu’on n’oublierait pas la démarche, de sorte qu’on retiendrait de la marche une façon singulière d’avancer un pied puis un autre, l’autre, accompagnant Nyoundo, avançant singulièrement les pieds, si bien que j’aurais sa démarche dans l’œil, ne pourrais l’avoir que dans l’œil, l’aurais dans l’œil depuis le matin, au bar du bar hôtel, quand il serait sorti sur la terrasse en bois du bar hôtel, emportant avec lui son assiette, une assiette blanche, contenant son petit déjeuner, des œufs brouillés, une ou deux tranches de bacon, une tasse étroite et haute, blanche, elle aussi, estampillée à l’ancien nom du bar hôtel, Nyoundi l’interpelant depuis le bar, lui rappelant qu’il n’était pas convenable de prendre place, si tôt le matin, sur la terrasse en bois du bar hôtel, une assiette blanche en main, alors qu’il y avait tout ce qu’il faut, dans l’arrière-salle, « toute la place qu’il faut pour

proposition n°16

Et, tandis que, plus tard, la nuit, au bar du bar hôtel, il nous rapporterait, scrupuleusement, échevelé, sa « folle journée », dirait-il, « repérés », je penserais, tandis que nous le laisserions dire, hochant parfois la tête, l’incitant à poursuivre, à reprendre pour nous, rien que pour nous, l’affaire. Lui demandant des précisions. De détailler les choses par le menu. Tant il nous semblerait incongru que tout cela, ces courses folles sur le marché, ces fuites éperdues, en taxi-brousse, jusqu’au-delà de la frontière, ces longues errances dans les cours et corridors, ces caches subtiles dans les rues adjacentes, aient eu lieu, réellement lieu. Tant il nous paraîtrait improbable que tout cela, toute cette affaire, puisse avoir lieu. Non qu’il serait impossible que tout cela ait lieu. Mais il nous semblerait dingue, totalement dingue, que tout cela ait eu lieu, en une fois, une seule journée, de midi à dix-huit heures. Lui, rentrant de nuit, à dix-huit heures, au bar du bar hôtel. Tâchant d’ouvrir, à dix-huit heures, la porte vitrée du bar hôtel, résolument close depuis une heure déjà, s’obstinant à tourner la clenche, convulsivement, frappant ensuite à la vitre de la porte d’entrée, à petits coups brefs et nerveux, à petits coups de jointures, avant d’empoigner de nouveau le clenche et de tourner comme un fou, Nyoundi quittant, ensuite, son poste, le zinc du bar du bar hôtel, son trousseau de clés à la main, ouvrant ensuite la porte à l’autre, conformément au règlement, aux procédures précises, ayant cours au bar hôtel, stipulant, entre autres choses, que personne, étranger, étrangère au bar hôtel, ne rentrerait, de nuit, à l’intérieur du bar hôtel, le patron du bar hôtel rappelant, tous les soirs, juste avant la nuit, juste avant dix-sept heures, à Nyoundi, le règlement d’ordre intérieur du bar hôtel, « stipulant », dirait-il, « qu’il convient, la nuit, de fermer la porte vitrée, extérieure, du bar hôtel, donnant sur la terrasse du bar hôtel, de sorte que, quoi qu’il arrive, sur la terrasse du bar hôtel ou dans la rue en contrebas de la terrasse du bar hôtel, rien n’arrivera à l’intérieur du bar hôtel, tant la porte vitrée du bar hôtel ainsi que les fenêtres extérieures, les vitrines jouxtant la porte de part et d’autre, seraient solides et à l’épreuve des balles », dirait le patron du bar hôtel, rien n’étant plus important, pour le patron du bar hôtel ainsi que pour son personnel, que la sécurité du bar hôtel, « le bar hôtel n’étant, comme n’importe quel bar, n’importe quel hôtel, pas à l’abri de la folie d’un fou », dirait-il. De sorte qu’il faudrait un règlement d’ordre intérieur. Stipulant ce qu’il conviendrait de faire en vue d’être à l’abri de la folie d’un fou. De sorte que, tous les soirs, juste avant la nuit, le patron du bar hôtel rappellerait à Nyoundi ce qu’il convient de faire en vue d’être à l’abri de la folie d’un fou, l’invitant à quitter son poste, le guichet de réception du bar hôtel, servant de zinc au bar du bar hôtel, tant le bar du bar hôtel jouxterait la réception du bar hôtel, tant et si bien que le guichet de réception du bar hôtel se confondrait avec le zinc du bar du bar hôtel, le guichet de réception servant de zinc, la voix haut perchée du patron du bar hôtel, la voix stridente du patron du bar hôtel, invitant Nyoundi, tous les soirs, à dix-sept heures, à quitter son poste, à fermer à clé la porte vitrée du bar hôtel, tandis que la nuit tomberait peu à peu, « tandis que les fous courraient dans les rues », dirait-il, la folie des fous incitant les fous, « trois fois la semaine au minimum », est-il stipulé, noir sur blanc, dans les quotidiens, à sortir la nuit, à chercher à rentrer dans les bars ou dans les hôtels, de sorte que chaque établissement, chaque bar, chaque hôtel, dispose d’un solide règlement d’ordre intérieur en vue de « préserver les clients, les clientes des bars et des hôtels, de la folie des fous », dirait-il, les vitres épaisses de la porte extérieure du bar hôtel ainsi que celles des vitrines jouxtant, à gauche comme à droite, la porte d’entrée du bar hôtel, à l’épreuve des balles, des coups de hache ou de machette, garantissant une « sécurité optimale », dirait-il, démontrant la chose par l’absurde, saisissant à deux mains une hache, traditionnelle, extrêmement grande, extrêmement lourde, ornant le mur, une hache au fer noir, extrêmement fin, ajouré de losanges à deux endroits, près du manche en bois dur et brillant, usé par l’usage, la patron du bar hôtel frappant ensuite comme un fou la vitrine de droite, puis frappant comme un fou la porte du bar hôtel, démontrant par l’absurde, à quel point tout ce qu’il dirait serait vrai, « véridique », dirait-il, tant il serait fier de montrer, démontrer par l’absurde, de façon spectaculaire, à quel point les mesures de sécurité au bar hôtel seraient « optimales », dirait-il, essoufflé, en sueur, raccrochant la hache à son clou. Aucune trace de coup, aucun impact, ne se laissant voir sur la porte vitrée ou la vitrine de droite jouxtant la porte. De sorte que nous passerions des heures entières, la nuit, au bar du bar hôtel, bien à l’abri de la folie des fous, ne pensant pas à la folie des fous, n’ayant pas à y penser, tant le règlement d’ordre intérieur du bar hôtel, stipulant la fermeture, juste avant la nuit, de la porte d’entrée, suffirait à nous rassurer, tant la vitre de la porte d’entrée et celles des vitrines jouxtant, à gauche comme à droite, la porte d’entrée seraient solides et à l’épreuve des balles. De sorte que nous ne penserions pas à la folie des fous. De sorte que nous ne sortirions pas, la nuit, dehors. Ne passant pas des heures sur le marché. De sorte que nous passerions, la nuit, au bar du bar hôtel. Conversant de tout et de rien. « Bien à l’abri de la folie des fous », penserions-nous. L’autre, rentrant de nuit, comme un dingue. Ayant passé une heure dehors. Sur le marché ou ailleurs. Ayant peut-être croisé des fous. Ayant sans doute croisé des fous. Rentrant, comme un dingue, à dix-huit heures, au bar hôtel. S’obstinant sur la clenche puis entrant, dès que Nyoundi aurait quitté son poste, aurait ouvert en cran, à toute vitesse, la porte vitrée du bar hôtel, dès qu’il aurait reconnu l’autre, un client du bar hôtel, malencontreusement dehors, sur la terrasse, à la merci de n’importe quel fou, n’importe quelle folle, muni, munie, d’une hache ou d’un gourdin. L’autre rentrant, essoufflé, s’installant à une table du bar du bar hôtel. Nous racontant, alors, durant des heures, sa « folle journée », dirait-il. N’omettant rien. Aucun détail. N’en revenant pas, nous autres, de la naïveté de Nyoundo, courant comme un dingue, du bar hôtel au marché, sur le coup de midi, juste après la pluie, une pluie de seize heures, de bonne facture, survenue, aujourd’hui, à midi, la rue pas encore sèche, le tarmac rendant la pluie, l’eau s’évaporant du tarmac en nuages légers et minuscules, magnifiquement blancs, sentant la pluie et le tarmac, le goudron frais, datant d’un jour, en provenance de Chine, estampillé Chine. La grande carcasse de Nyoundo fuyant le bar hôtel. Prenant à gauche, sans hésiter, dès qu’il serait arrivé en contrebas de la terrasse en bois du bar hôtel, laissant derrière lui le bar hôtel et « le carnage », dirait-il, plus tard, à l’autre, sur le marché, dans la gargote, Nyoundo n’arrêtant pas, dans la gargote, de revenir sur l’affaire, la sinistre affaire, oscillant sur lui-même, d’avant en arrière, préférant, prudemment, prendre place dans la gargote, sur des bidons Castrol, de marque Castrol, vides, servant de chaises, l’autre et Nyoundo s’attablant dans la gargote à un bidon d’essence coupé en deux, servant de table, plutôt que prendre place à l’extérieur, assis à même le sol, parmi les grands buveurs, prenant toujours place à l’extérieur de la gargote, préférant, quant à eux, prendre place, et de loin, à l’extérieur, n’en pouvant pas de l’étuve, de la chaleur extrême de la gargote, s’asseyant par terre, à même le sol, à l’ombre, adossés contre les murs, les mauvais murs de la gargote, la terre ayant à peine bu l’eau, la quantité de pluie considérable tombée, pan !, en une fois, à midi plutôt qu’à seize heures. Nyoundo oscillant sur lui-même, d’avant en arrière, tandis qu’il parlerait, revenant à demi-mots sur l’affaire, « le carnage », dirait-il, au risque de choir, tant la carcasse de Nyoundo serait immense, tant un bidon Castrol serait un bidon Castrol, tant un bidon Castrol, servant de chaise ou de tabouret, ne serait ni une chaise ni un tabouret, tant un bidon Castrol servant de chaise ou de tabouret resterait avant tout un bidon Castrol, oscillant sur lui-même, dangereusement, dès que quelqu’un, homme ou femme, assis sur le bidon Castrol, oscillerait. Si bien que Nyoundo manquerait choir, « trois fois », dirait l’autre, plus tard, au bar du bar hôtel. La naïveté de Nyoundo nous sautant aux yeux, comme si, une fois le carnage perpétré, courir comme un dingue jusqu’au marché, se perdre dans le dédale des étals, des cages à poulets et des enclos à chèvres, prendre place, avec l’autre, dans une gargote, habillé comme il l’était, portant encore ses vêtements de travail, sa chemise blanche, parfaitement repassée, ses souliers vernis, son costume très classe, noir, sans une once de poussière, l’aiderait à se fondre, à passer totalement inaperçu, comme si, au marché, il ne serait pas repérable, immédiatement repérable, tant il y aurait du monde au marché, des enfants cherchant à rattraper des poulets en fuite, des chèvres, rendues dingues par la pluie, passant par-dessus les enclos, par-dessus les barrières, les mauvaises planches, mal équarries, toute grises et friables, « totalement sèches et mortes », penserais-je, « tant, ici, tout qui resterait au soleil finirait par mourir », penserais-je, ne pouvant m’empêcher de penser, « poulets ou enfants », me serais-je dit, Nyoundo et l’autre, à peine arrivés au marché, ayant été repérés, immédiatement repérés, tant Nyoundo et l’autre auraient été repérables, l’immense carcasse de Nyoundo, en chemise blanche et cravate, tout vêtu de noir, suffisant déjà à repérer Nyoundo, la silhouette, toute frêle, de l’autre, toute pâle, suffisant déjà à repérer l’autre, de sorte que, n’importe qui, homme ou femme, sur le marché, ne cherchant pas à repérer Nyoundo et l’autre, repérerait Nyoundo et l’autre, déambulant ensemble sur le marché, prenant place ensemble dans la gargote, une cabane sans fenêtre, exigüe, ultra basse, des panneaux publicitaires, rouillés aux abords, vantant les tabacs Ajja et Cogétama, ayant été apposés, avec soin, de part et d’autre, tout en bas de l’entrée, une béance rectangulaire, curieusement sans porte, ne protégeant en rien le contenu de la gargote, son grand frigo vitré, tournant à plein régime, de jour comme de nuit, susceptible d’être ravagé, à coup de massue ou de machette, par n’importe qui, n’importe quel fou, n’importe quelle folle, soudainement éperdu, soudainement éperdue, en prise à la folie. De sorte qu’il ou elle déambulerait de nuit, en rue, les yeux fous, exorbités, criant comme un dingue, criant comme une dingue, brandissant une massue, voire une machette, au-dessus de sa tête. De sorte qu’il ou elle entrerait dans la gargote, ravagerait la gargote, briserait la vitre du frigo vitré, tournant encore à plein régime, tant il serait insensé de couper, la nuit, le frigo, de laisser les boissons, trois bouteilles de soda, trois bouteilles de bière

proposition n°17

Nous empressant, nous autres, à dix-huit heures, dès qu’il serait entré, aurait passé la porte vitrée du bar hôtel, de proposer un siège, confortable, une chaise tout en osier, nouvellement arrivée, « vintage », dirait le patron du bar hôtel. Le patron du bar hôtel déballant, tôt le matin, la chaise. Lui ôtant son emballage. Son plastique ultra épais. Des petites pastilles d’air, supposées soutenir les chocs, n’importe quel choc, intégrées au plastique, garantissant la préservation des éléments, des chaises et des tables, emballées avec soin, recouverte d’une toile plastique transparente, ultra épaisse, ultra solide. La chaise d’osier, d’un modèle ancien, « datant d’au moins cent ans », solide – a priori solide, ultra solide –, tout en rondeur, ne s’effritant pas. L’osier solide de la chaise ne s’effritant pas malgré les ans et les mauvais traitements. « Parce qu’il ne serait pas possible qu’une chaise de cent ans d’âge, n’ait pas connu les ans et les mauvais traitements », dirait-il, tandis qu’il déballerait, fébrile, la chaise, tant il serait fier de déballer la chaise, de constater que, malgré les ans et les mauvais traitements, rien de la chaise ne s’effriterait, ni le dossier, ni l’osier. De sorte qu’il installerait la chaise dans le bar du bar hôtel. Décidant que, maintenant, elle serait un meuble. Un objet insolite du bar hôtel. Trônant au beau milieu du bar du bar hôtel. Parmi les tables du bar bar hôtel et la décoration, vintage, du bar du bar hôtel, parce qu’il aurait fallu refaire le bar du bar hôtel, la décoration du bar du bar hôtel, la décoration du bar du bar hôtel « pochant l’œil », dirait le patron du bar hôtel, chaque qu’il entrerait dans le bar, lui donnant « la nausée », dirait-il, tant la décoration du bar du bar hôtel lui donnerait la nausée, le patron du bar hôtel ne supportant pas le bar du bar hôtel, l’apparence du bar du bar hôtel, ce que serait devenu le bar du bar hôtel, tant et si bien qu’il ne verrait que la décoration du bar du bar hôtel, chaque fois qu’il entrerait dans le bar du bar hôtel, ne pensant plus qu’à la décoration du bar du bar hôtel, chaque fois qu’il entrerait dans le bar, arrachant un jour, pan !, sur un coup de tête, toute la décoration du bar du bar hôtel, les tapisseries « faussement locales », les enceintes acoustiques posées n’importe où, n’importe comment, sur des socles en bois clair visés, n’importe comment, dans deux coins de la pièce, diffusant n’importe quoi, etc., exigeant tout autre chose, des murs clairs, par exemple, beige très pâle, et un mobilier, vintage, style colonial, des tables et des chaises anciennes, ayant au moins cent ans d’âge, en bois solide et « exotique », dirait-il, vernissé, ultra sombre, ultra lisse, comme usé par le temps, des zones plus claires, presque jaunes, apparaissant aux accoudoirs, des têtes d’autruche, empaillées, constituant comme une collection, ornant les murs, comme autant de trophées de chasse, des cartouches, écrits à la main, à la plume, portant le petit nom de chaque autruche, visés judicieusement aux murs, nommant judicieusement chaque autruche, nommeraient judicieusement chaque autruche, de sorte qu’il ne serait pas rare que l’on réserverait une table, pour dîner, au bar du bar hôtel à la table Gertrude ou à la table Fernande, les clients et les clientes du bar du bar hôtel ayant leurs exigences, préférant des fois dîner à la table située sous la tête de l’autruche Gertrude, préférant d’autres fois déjeuner à la table située sous la tête de l’autruche Fernande, réservant alors une table située sous la tête de l’autruche Gertrude ou une table située sous la tête de l’autruche Fernande, disant toutefois table Gertrude ou table Fernande plutôt que table située sous la tête de l’autruche Gertrude ou Fernande, de sorte que l’on écrirait, d’une écriture fine, à la main, table Gertrude ou table Fernande dans le registre réservé aux réservations. N’importe qui tenant le registre des réservations. Nyoundi ou Nyoundo ou le patron du bar hôtel. Généralement Nyoundi. Écrivant, de son écriture fine, dans le registre réservé aux réservations, table Gertrude ou table Fernande, selon les demandes, les exigences des clients et des clientes du bar hôtel. « Exigeant l’excellence », dirait le patron du bar hôtel, « un service excellent, irréprochable ». De sorte que, à dix-huit heures, la nuit, dès le retour de l’autre, de l’homme, un client du bar hôtel, ayant suivi Nyoundo, l’accompagnant, toute l’après-midi, sur le marché, courant ensemble, comme des fous, dans le dédale des cours et des corridors, fuyant la folie des hommes, la colère des femmes, en raison d’un malentendu – « simple quiproquo », dirait-il, une fois avalé, d’un trait, le cordial, l’alcool de banane, que Nyoundi lui présenterait –, survenu au marché, à l’épicerie Nickel Chrome, appelée Nickel Chrome, tant tout y serait nickel chrome, les murs, les sols, entièrement carrelés, passés trois fois par jour à l’eau de Javel, en vue d’exterminer les nuisibles, les familles entières de cafards, géants et roux, n’arrêtant pas de revenir, malgré tout, malgré la traque, incessante, et l’extermination, incessante, de sorte que l’on passerait, trois fois par jour, les murs et les sols de l’épicerie Nickel Chrome à l’eau de Javel, tant les exigences des clients et des clientes de l’épicerie Nickel Chrome seraient hautes. Tant et si bien que l’on passerait trois fois par jour l’épicerie Nickel Chrome à l’eau de Javel, les propriétés de l’eau de Javel comprenant la faculté de repousser les cafards, exterminant les individus les plus faibles. De sorte que l’on exterminerait trois fois par jour les individus les plus faibles. De sorte que Nyoundo aurait fait des achats. Serait passé à l’épicerie Nickel Chrome. Disant qu’on trouverait de tout l’épicerie Nickel Chrome. Disant que l’épicerie Nickel Chrome serait appelée épicerie Nickel Chrome parce qu’on y trouverait tout ce qu’on veut. Parce qu’il suffirait de vouloir quelque chose, n’importe quoi, un pain, un paquet de lessive, un soda, et d’aller, pan !, à l’épicerie Nickel Chrome, pour trouver illico, à l’épicerie Nickel Chrome, dans le rayon approprié, « le pain de rêve », dirait Nyoundo, l’infatigable Nyoundo, passant, aujourd’hui faire un tour à l’épicerie Nickel Chrome, ayant besoin de provisions, « urgemment », aurait dit l’autre, le client du bar hôtel, accompagnant Nyoundo, l’employé du bar hôtel, l’accompagnant dans « sa fuite en avant », dirait-il, plus tard, au bar du bar hôtel, juste après le cordial, Nyoundo trouvant, en effet, à l’épicerie Nickel Chrome, tout ce qu’il faudrait, et, tandis que Nyoundo aurait réglé cash ses achats, tandis que Nyoundo emporterait ses courses dans un vieux sac plastique, « akasi mubi », aurait dit l’autre, le client du bar hôtel. « Déclenchant illico la folie des hommes, la colère des femmes », dirait-il. De sorte qu’ils auraient couru, comme des dingues, sur le marché, puis dans le dédale, sans fin, des cours et des corridors. Emportant avec eux, dans deux sachets plastique, les courses de Nyoundo. L’homme, sur le marché, précédant Nyoundo. Nyoundo, dans les corridors, précédant l’homme puis le suivant de loin, en raison d’un troupeau de chèvres, une quinzaine d’individus, empruntant les corridors, en sens inverse. De sorte que, à dix-huit heures, la nuit, dès le retour de l’autre, de l’homme, un client du bar hôtel, au bar hôtel, nous lui aurions présenté la chaise, nouvellement arrivée, nouvellement déballée, trônant depuis des heures, au beau milieu du bar hôtel, dans le hall d’entrée, vintage, servant de bar au bar hôtel. L’invitant à s’asseoir, à reprendre souffle, tant il serait entré essoufflé, au bar du bar hôtel, épris de panique, soulagé d’être enfin rentré, ayant eu un coup au cœur lorsqu’il aurait voulu entrer, la clenche de la porte d’entrée, tournée violemment, n’actionnant pas le mécanisme d’entrée de la porte d’entrée, de sorte qu’il se serait vu dehors, obligé d’être dehors, de passer toute une nuit dehors, rien ne le paniquant plus que l’idée de passer une nuit dehors, « au milieu des chiens », dirait-il, de sorte qu’il se serait vu passé toute une nuit dehors, au milieu des chiens, tout cela parce qu’une porte vitrée de bar hôtel serait close, définitivement close, à dix-huit heures, en raison d’un règlement d’ordre intérieur, « totalement absurde », dirait-il, stipulant aux employés du bar hôtel, qu’il convient de fermer à clé la porte d’entrée du bar hôtel, dès dix-sept heures, dix-sept heures trente, au plus tard, dès que la nuit tomberait, en raison de la folie d’un homme, patron de bar hôtel, craignant par-dessus tout la folie des fous, la folie des folles, armés jusqu’aux dents de gourdins ou de lames, cherchant, toute la nuit, à rentrer dans les bars ou les hôtels, alors qu’il y aurait « les chiens et la rage, la réalité des chiens et de la rage », dirait-il. « Parce qu’il y aurait chien et chien », dirait-il, plus tard, une fois qu’il aurait repris souffle, une fois avalé le cordial, le petit verre d’alcool, servi illico, dès son entrée dans le bar du bar hôtel, par Nyoundi, le gérant du bar, présentant à l’homme un verre, transparent, parfaitement vintage, de cent ans d’âge, au moins, de couleur rose, parfaitement conservé, ne portant aucune trace, aucun impact, le verre ne s’étant pas terni, tapant, un jour, dans l’œil, « il y a trente ans », du patron du bar hôtel, tandis que le patron du bar hôtel n’était pas le patron du bar hôtel, était encore enfant, s’introduisant, de nuit, dans les habitations, vides, dans les maisons bordant le lac, à l’abandon depuis huit jours, en raison d’une « catastrophe imminente », dirait-il, plus tard, une fois patron du bar hôtel, chacun, chacune, fuyant le drame, la catastrophe, imminente, parfaitement prévisible, d’un volcan endormi qui s’ébroue, le patron du bar hôtel, encore enfant, ayant manqué les départs, les fuites en avant, en raison des jeux des enfants, des courses folles dans les collines et dans les bananeraies, s’introduisant, de nuit, dans les habitations, furetant dans les cuisines, ouvrant les frigos Frigidaire, ouvrant les armoires, à la recherche d’un pain ou d’un pot de confiture, tombant, par hasard, en lieu et place d’un pain ou d’un pot de confiture, sur un verre, minuscule, vintage, rose, tout en rondeur, « de cent ans d’âge au moins », dirait-il, plus tard, au bar hôtel, une fois patron du bar hôtel, et le fourrant en poche, dans la poche sale de son short, un vêtement maculé de boue ayant appartenu à son frère, « aîné, aimé et adulé », l’empochant machinalement, parce qu’il le trouverait beau, parce qu’il aimerait sa petitesse, sa rondeur, la couleur rose du verre teinté, pensant, surtout, le revendre, tant il manquerait de ressources depuis huit jours, tant il manquerait de poissons ou de « chair de chèvre », dirait-il. Nyoundi, le gérant du bar, une fois l’homme installé, une fois fermée à clé la porte d’entrée du bar hôtel, présentant, spontanément, un cordial à l’homme, « un alcool local », parfaitement imbuvable, parfaitement parfait pour quelqu’un, un homme, venant de « se frotter à la nuit », dirait-il, tandis qu’il inviterait l’homme à boire, à vider, d’un coup, le verre, tandis que l’homme viderait, d’un coup, le verre. L’invitant, nous autres, à vider, d’abord, d’un coup, le verre avant de poursuivre. L’homme vidant, alors, d’un coup le verre puis poursuivant l’affaire des chiens et des chiens. Parce qu’il n’aurait que cela en tête. D’abord que cela. D’abord le fait qu’il y aurait chien et chien. D’abord le fait qu’il aimerait les chiens mais pas les chiens. « Parce que le pire serait de prendre un chien pour un chien », dirait-il. « Parce que le pire serait de confondre chien d’ombre et chien lumineux. Parce qu’il y aurait des chiens d’ombre et des chiens lumineux. Le pire étant de prendre un chien d’ombre pour un chien lumineux. Parce qu’il existe des chiens d’ombre. Ne vivant que dans l’ombre. Ne sortant que dans l’ombre. Ne sortant que la nuit. Extrayant leurs grands corps des tanières. Des coins d’ombre où ils se terrent. Fouinant sur les places. Terrorisant les bêtes la nuit. Tournant autour des cages. Des poulets. Des enclos. Des chèvres. Des bêtes laissées la nuit sur le marché. Les chiens d’ombre suivant les trainards », dirait-il. « Les trainardes. Les gaillards traînant en rue. Les gaillardes traînant en rue. Oubliant l’heure. Ne voyant pas la nuit venir. Se retrouvant la nuit dehors. Se pressant de rentrer. Sentant les bêtes. Hésitant cependant à courir. À descendre les rues comme des dingues. Tant ils craindraient pour leur peau », dirait-il. « Tant il y aurait des chiens d’ombre furetant la nuit. Traînant en rue. Évitant les réverbères. Longeant les murs. Tant il y aurait des chiens d’ombre suivant la nuit. De près. Ou de loin. Les trainards traînant en rue. Les trainardes traînant en rue. De sorte qu’il y aurait des meutes de chiens d’ombre traînant en rue. Se planquant dans l’ombre. Suivant de près ou de loin les trainards et les trainardes. Tous ceux toutes celles traînant en rue. Hagards hagardes scrutant les ombres. Prêts à se battre. Prêtes à sortir. S’il le faudrait. La lame », dirait-il, redemandant un cordial. Mo se retirant alors de l’affaire. N’en pouvant plus d’entendre « toutes ces sottises », dirait-il, le lendemain, au petit déjeuner, dans la salle arrière du bar hôtel, dans la salle prévue pour déjeuner, dans la salle, prochainement vintage, prévue pour déjeuner. « N’étant pas venu pour ça », dirait Mo. Discuter, des heures et des heures, de la véracité de faits « totalement dingues », dirait-il. « Dépourvus de sens », dirait-il. Ma abondant dans le même sens. Se demandant si elle pourrait, quant à elle, croiser l’autre, le client du bar hôtel, sans trembler. Tant il lui semblerait impossible de ne pas croiser l’autre sans trembler. Pissant de rire, tout de même, en se rappelant l’affaire. Mi abondant dans le même sens. Pissant de rire en se rappelant l’affaire. Mou pissant de rire en se rappelant l’affaire. Etc. De sorte que toute la tablée pisserait de rire en se rappelant l’affaire, le lendemain, au petit déjeuner. Mou mimant avec art la tête de l’autre. Mi mimant avec art le mouvement, désordonné, de ses bras, le mouvement, désordonné, de ses pieds quand, alors qu’il redemandait un cordial, la chaise solide, en osier, se serait fendue en deux, faisant valdinguer l’autre. Se retrouvant par terre. Le cul par terre. Ma cherchant tout de suite à le relever. Mo éclatant déjà de rire, derrière, dans le dos de l’autre, à proximité du guichet, du zinc du bar du bar hôtel, servant de guichet, de réception, au bar hôtel. L’autre, totalement hagard. Se relevant à grand peine. Aidé de Ma. Puis aidé de Mi. Mou demandant si tout allait bien. S’assurant que tout allait bien. L’autre remettant sa chemise dans son pantalon. Assurant que tout allait bien. Disant que oui tout allait bien. Le patron du bar hôtel surgissant de l’arrière. Venant s’assurer que tout allait bien. Constatant que tout allait bien. Malgré tout. Malgré la chaise en osier. Solide. De cent ans d’âge. Fendue on ne sait pas pourquoi en deux. Mo expliquant au patron la venue de l’autre. À dix-huit heures. Le cordial. L’histoire des chiens et des chiens. Puis l’incident. Une chaise. Solide. En osier. De cent ans d’âge. Se fendant en deux. De sorte que l’autre s’était retrouvé par terre. « Comme s’il avait besoin de ça », dirait Mo. Le patron du bar hôtel se grattant la tête. Se demandant comment cela toute cette affaire de chaise fendue en deux serait possible. Comme s’il n’avait « pas connu aujourd’hui assez d’émotions fortes », dirait-il. Comme s’il avait « encore besoin de vivre ça », dirait-il. Dépité. Debout. Au beau milieu du bar du bar hôtel. Les bras ballants. Immobile devant la chaise fendue en deux. « Devant la chaise vaincue », dirait Ma, « répandue à ses pieds ». « Devant la chaise étendue par la nuit », dirait Mou. « Les démons de la nuit », dirait Mi. « Les chiens d’ombre », dirait Mu, hilare, roulant des yeux.

proposition n°18

Nous empressant, nous autres, à dix-huit heures, dès qu’il serait entré, aurait passé la
Et tandis que, au bar du bar hôtel, le patron du bar hôtel se confondrait en excuses, ne comprenant pas comment l’osier solide, a priori ultra solide, de sa chaise vintage de cent ans d’âge, avait pu se fendre, pan !, à l’insu de tous, tandis que l’autre se relèverait avec peine, discourant sur la Chine, curieusement sur la Chine, sur les cargaisons de chaises, vintage, de cent ans d’âge, fabriquées en Chine, dans des montagnes reculées, nimbées de brume, expédiées, de nos jours, par cargos entiers, en vue de « pourrir nos existences », dirait-il, « nous fendre en deux », dirait-il, tant il serait comme fendu en deux, tant la douleur serait intense, tant la surprise de se retrouver par terre –- à peine pris place dans une chaise vintage, de bonne facture, fabriquée en Chine, sans aucun doute, les chaises vintage venant en Chine, se fendant en deux, régulièrement en deux -–, l’aurait tout retourné, expédiées légèrement vernissé, résistant à tout, curieusement à tout, « Pauvre fou », penserais-je, « Comme s’il importait aux autorités chinoises que nous vivions, nous tous, à perpétuité, comme nimbés de Chine, dans un nuage perpétuel, un bel halo phosphorescent venu de Chine », penserais-je. Puis je penserais : « Comme si les autorités chinoises se préoccupaient de nos vies, expédiant leurs imports, leur nuage perpétuel comme exporté de Chine, sortant de Chine, nuitamment, dans des cargos silencieux carburant au charbon ». Puis je penserais encore : « Comme si les autorités chinoises, dans leurs bureaux de Pékin ou de Shangaï, passaient leur temps à se pencher sur notre cas, machinant un plan en vue de nuire ou de gâcher nos existences. Comme si les autorités chinoises ne pensaient qu’à nuire ou à gâcher nos existences, tant nous serions les êtres, les âmes, les plus haïssables, les plus méprisables du monde, tant les pontes chinois, les hauts stratèges de Chine, à leurs bureaux de cent ans d’âge, en bois laqué, nous jugeraient méprisables, fomentant un plan par jour, contre nous, à l’opposé de nos existences. Comme si la haute stratégie des pontes chinois visait à nous éradiquer, à nous éliminer comme des nuisibles, des grands cafards orangés, vivant tapis et apeurés dans tous les plis du monde ». Puis je penserais : « Comme si les autorités chinoises et tous les enfants de Chine n’avaient plus d’amour en tête. Ne pensaient plus qu’à expédier dans les limbes nos existences, nos petits corps chétifs d’être haïssables ou méprisables. Chargeant des milliers de mains, chinoises et courageuses, d’expédier des milliers de cargos chargés de marchandises spécialement fabriquées dans des fabriques spécialement conçues, sans amour, pour nuire à nos vies ou nuire à nos âmes. Comme si, poussées par des autorités chinoises, totalement sans cœur et sans amour, les fabriques chinoises ne songeaient plus qu’à fabriquer des marchandises perpétuelles venant de Chine, visant à nuire à nos vies, les enfants de Chine, les milliards d’enfants, enfantant, perpétuellement, dans leur tête chinoise, et dans l’esprit chinois, l’imagination chinoise, des chinoiseries, conçues depuis des millénaires, à longueur d’années, l’imagination chinoise n’ayant pas de limite, concevant des masses de marchandises, des produits de masse, des masses de produits de masse, des amas vaporeux de matières molles, en vue de nous distraire et d’amollir nos âmes haïssables. Comme si le plan machiné dans les bureaux de Pékin de cent ans d’âge, dans les bureaux de Shangaï de cent ans d’âge, visait à nous faire perdre la vue, visait à nous faire perdre de vue le plan des autorités, de Pékin comme de Shangaï. Les autorités de Pékin et de Shangaï s’entendant à merveille sur ce point. Les autorités de Pékin et de Shangaï, d’habitude jalouses, se jalousant l’une l’autre, s’entendant, tout à coup, sur ce point. Les autorités de Pékin et de Shangaï cherchant, d’habitude, perpétuellement, à tirer la couverture à soi, ne s’entendant généralement sur rien, ni sur le prix du beurre, ni sur celui des poissons rares ou des canards laqués. Les autorités de Pékin et de Shangaï rivalisant, d’habitude, d’imagination chinoise pour se nuire l’une à l’autre. S’entendant, cependant, à merveille, pour chercher à nous nuire, à réduire à rien, trois fois rien, nos existences haïssables. Comme si les autorités chinoises parvenaient à s’entendre sur notre sort, à machiner ensemble, main dans la main, un plan pour nuire. Pauvre fou ». Puis je penserais encore : « Comme s’il importait aux autorités chinoises, plutôt que de nous chercher noise, ouvertement, travaillaient en douceur, dans une extrême douceur. Chargeant des milliards d’enfants de Chine de machiner un plan, une stratégie en vue d’exporter, nuitamment, des cargaisons entières de matières molles et joyeuses, fabriquées en Chine, dans des manufactures perdues au milieu de montagnes couvertes de brume. Des cargos chinois silencieux glissant ensuite, nuitamment, dans nos eaux territoriales en vue de lessiver nos âmes, en vue de les nimber d’un nuage chinois, venus spécialement de Chine en vue de nous nimber de Chine, de sorte que nous nous nimberions de Chine, ne pensant plus que Chine, n’ayant plus d’autres raisons de vivre que d’acquérir les tonnes de chinoiseries, les tonnes de marchandises fabriquées à la main dans les manufactures de Chine perdues dans les montagnes. Des cargaisons entières de containers chinois, empilés les uns sur les autres, et contenant des millions de tonnes de chinoiseries, attendant parfois des années entières avant d’être chargés à bord de cargos chinois naviguant nuitamment dans nos eaux territoriales. Les quais des ports chinois n’en finissant plus d’être encombrés de cargaisons entières de containers chinois, empilés les uns sur les autres, depuis parfois cent ans d’âge, en vue, un jour, d’être chargés par cargaisons entières dans des milliers de cargos chinois naviguant nuitamment en vue de conquérir le monde. Comme si nimber le monde d’un bel halo phosphorescent et hypnotique, conçu en Chine, machiavéliquement, par des autorités chinoises, de Pékin et de Shangaï, travaillant, pour une fois, main dans la main, en raison d’une propension, toute chinoise, à nuire et à ruiner nos existences, étaient un but en soi, comme si le but des autorités chinoises étaient de nuire ou de répandre des cargaisons entières de matières molles et vaporeuses en vue de brûler nos âmes, le feu des marchandises chinoises se répandant, comme une traînée de poudre, chaque fois que l’un de nous achèterait sur le marché ou dans les épiceries Nickel Chrome une passoire chinoise, en plastique bleu, ou une théière chinoise, en plastique bleu strié de jaune, des stries de vert ou de jaune striant, de bas en haut, les ustensiles de cuisine fabriqués en Chine spécialement pour nuire à nos existences, si joyeuses, si haletantes, se déroulant hors de Chine, dans les limbes, dans le monde sans vie hors de Chine. Comme si un meurtre, venu de Chine, se perpétrait tous les jours dans nos âmes, au fur et à mesure que se répandrait dans le monde le feu des marchandises venues de Chine, nimbant nos cuisines d’un halo sympathique et souriant, au fur et à mesure que nous rangerions les ustensiles de cuisine et les denrées chinoises acquises aujourd’hui au marché, les sortant de nos sacs plastique, les rangeant dans nos armoires, la théière venant de Chine, en plastique vert strié de jaune, rejoignant, à l’intérieur de nos armoires suédoise, la bassine bleue striée de rouge venue de Chine. Un halo, sympathique et souriant, nimbant alors nos marchandises venues de Chine, ceignant nos sacs de riz en toile de jute d’une splendide couronne phosphorescente, tant le phosphore chinois, l’intelligence chinoise, aurait œuvré, œuvrant, des heures durant, à la manière chinoise, à concevoir, un plan, probablement de cent ans d’âge, dans un bureau de cent ans d’âge, ou dans une cave humide, dans un port, sur les côtes chinoises, dans une pièce humide et suintante, dépourvue de fenêtres mais pourvue d’une ampoule, simple ampoule, pendouillante, suspendue à sa douille, son soquet de plastique blanc, strié de rose, fabriqué, spécialement, en Chine, les enfants de Chine s’entendant comme personne pour fabriquer à merveille des ampoules, des soquets de plastique blanc striés de rose et des fils électriques, nimbant n’importe quel pièce, n’importe quelle cave ou grenier du monde, d’un superbe halo phosphorescent de vingt-cinq watts », penserais-je, moquard, tandis que l’autre se relèverait avec peine, poursuivant ses discours sur la Chine, comme s’il importait que la Chine, tout ce que ferait la Chine, s’invite à table, alors qu’il serait peut-être « fendu en deux », alors qu’il faudrait vérifier s’il serait « fendu en deux », réellement « fendu en deux », « Rien ne comptant plus au monde que le fait de savoir s’il serait, ou non, fendu en deux », penserais-je. « Pauvre fou »,

proposition n°19

« Ou peut-être non », penserais-je, « pas du tout ». « Pas du tout important de s’inquiéter, de savoir s’il serait, lui-même, fendu en deux, tant il se relèverait vite, tant il y aurait ces choses, importantes, à dire, à savoir, sur la Chine, la chaise vintage – de cent ans d’âge, en osier dur et solide, trônant depuis des heures, la matinée, dans le bar du bar hôtel, attendant de trouver sa place, sa juste place, parmi les bibelots vintage du bar du bar hôtel –, se fendant en deux, inexplicablement en deux, lorsqu’échevelé, de retour au bar du bar hôtel, il aurait pris place sur la chaise, aurait commencé, de façon confuse, d’abord confuse, à nous expliquer, dans le détail, comment et pourquoi sa journée, plus particulièrement son après-midi, aurait été folle, « complètement folle », dirait-il, avalant le cordial, le petit verre d’alcool, teinté de rose, totalement vintage, de cent ans d’âge au moins, trouvé un jour, il y aurait vingt-huit ans, dans une armoire vitrée, de style colonial, dans une maison, de style colonial, le patron du bar hôtel, encore enfant, loin d’être patron de bar hôtel, loin de déballer des chaises, vintage, de cent ans d’âge, au bar du bar hôtel, fourrant le petit verre ventru et rose dans sa poche, allez savoir pourquoi, disant plus tard, au bar du bar hôtel, chaque fois qu’il sortirait le verre de sa vitrine, chaque fois qu’il serait nécessaire de le sortir, tant il serait nécessaire de le sortir, d’offrir à des clients, à des clientes, un cordial, tant tout ce que l’on pourrait vivre ici serait fort, « intense », dirait-il, « pour peu que l’on soit attentif aux signes », dirait-il, « pour peu que l’on sache faire signe », dirait-il, « pour peu que l’on soit intense, vivant intensément les choses », n’arrêtant pas de dire, plus tard, chaque fois qu’il importerait d’offrir, le soir, un cordial, à une femme ou à un homme ayant vécu une journée intense, à quel point ce verre ventru, tout minuscule, teinté en rose, avait été pour lui « le point de départ », dirait-il, « l’origine » de sa passion immodérée, de son goût sûr pour « toutes ces choses, vintage, datant au moins de cent ans d’âge », de sorte qu’il s’entourerait de choses vintage datant au moins de cent ans d’âge, en provenance d’Australie ou bien de Chine. « Rien au monde », dirait-il, « ne faisant signe autant qu’une chose vintage datant au moins de cent d’âge », de sorte que, dans les minutes avant midi, dans les minutes avant le drame, il aurait sorti, au beau milieu du bar du bar hôtel, une chaise splendide, vintage, datant au moins de cent d’âge, l’extrayant avec soin de sa gangue, de toutes ses couches plastique, de tous ses copeaux blancs, bardant la chaise, la protégeant des coups du sort, le patron du bar hôtel dévoilant peu à peu la splendeur, la courbe parfaite de son osier recouvrant l’entièreté de la chaise, son dossier, comme son assise, mais aussi ses pieds, parfaitement équilibrés, curieusement équilibrés, aucun d’entre eux n’étant plus court que l’autre, de sorte qu’il suffirait de poser la chaise sur un sol légèrement cabossé pour que, « patatras », dirait l’autre, dirait l’homme tombé par terre, peut-être fendu en deux, « la chaise brinquebale », dirait-il, tandis qu’il se relèverait, quasi tout seul, à peine aidé de Ma, venue lui porter secours, venue voir s’il ne serait pas fendu en deux, par exemple, tant la chute aurait été intense, tant la chaise, sur laquelle il aurait pris place, se serait fendue en deux, violemment, sans crier gare, de sorte qu’il aurait heurté la terre, violemment, se fendant peut-être lui-même en deux. Ma lui présentant son bras. L’invitant à prendre appui sur son bras. L’autre se relevant. S’appuyant à peine sur le bras de Ma. Tout en parlant de Chine, comme s’il ne lui importait pas de savoir s’il était fendu lui-même en deux. Comme s’il lui importait de parler de Chine, malgré le mal, l’extrême douleur conséquente à une chute brutale en raison d’une chaise fendue en deux l’ayant peut-être fendu lui-même en deux. L’autre s’entretenant de Chine, immédiatement de Chine, parlant exclusivement au patron du bar hôtel, nous ignorant totalement, nous autres, nous affairant, pourtant, autour de lui, cherchant à voir et à savoir, s’il ne serait pas fendu en deux, si son état ne nécessiterait pas l’intervention immédiate d’un chirurgien ou la visite d’un médecin. L’autre disant, exclusivement, au patron du bar hôtel, à quel point « tout ceci », toute cette affaire de chute, ne serait pas arrivée si la chaise vintage de cent ans d’âge avait été une chaise vintage de cent ans d’âge. Tout ce qui serait arrivé ne pouvant pas arriver avec une chaise vintage de cent d’âge. Le parfait équilibre des pieds, le fait qu’aucun des pieds ne soit plus court que les trois autres, suffisant à prouver que « ceci », dirait-il, n’est pas une chaise vintage de cent ans d’âge, mais une chaise actuelle, splendide, de bonne facture, probablement chinoise, tant les enfants de Chine, dans les manufactures, auraient tendance, furieusement, à équilibrer les chaises, s’obstinant, allez savoir pourquoi, à munir chaque chaise de quatre pieds de même taille, alors que « tout le monde sait », dirait-il, tout le monde, qu’il suffirait de placer une chaise parfaite, parfaitement équilibrée, sur un sol, légèrement cabossé, pour que l’équilibre parfait s’évapore, la chaise commençant à « brinquebaler dangereusement », dirait-il. Tant et si bien qu’une vraie chaise vintage de cent ans d’âge n’aurait pas brinquebalé. Tant, à l’époque, il y a cent ans, les manufactures de chaises, en Chine, comme partout ailleurs, manufacturaient des chaises parfaites, parfaitement déséquilibrées, un des pieds étant toujours plus court que les autres, de sorte que les chaises d’époque, posées sur n’importe quel sol, même légèrement cabossé, ne brinquebalaient pas dangereusement. Tant, à l’époque, le savoir-faire des manufactures de l’époque était grand. Tant et si bien qu’à l’époque, chacun, chacune, savait qu’il suffisait de construire une chaise parfaitement déséquilibrée pour obtenir une chaise, splendide, équilibrée, ne brinquebalant sur aucun sol, « fût-il cabossé », dirait-il. Comme s’il lui importait plus de discourir. De s’inquiéter du fait qu’un chaise provienne de Chine plutôt que de s’inquiéter de lui-même, du fait qu’il serait peut-être fendu lui-même en deux. Comme s’il lui importait de poursuivre sa route. De capter tout autour de lui les signes. Tout ce qui, pour lui, ferait sens. Non qu’il y aurait sens. Ou qu’il y aurait quelque chose, un sens, à découvrir. Qu’il suffirait alors d’être attentif à l’évidence des signes. À tout ce qui, dans l’existence, nous ferait signe. Nous autres, alors, traversant le monde, à Pékin, comme à Shangaï, au cœur des mystérieuses forêts amazoniennes comme aux sommets pelés des volcans, comme des capteurs, ou des insectes munis d’antennes, cherchant à saisir les signes. « Alors qu’il n’y aurait rien à saisir », dirait-il, plus tard, la même nuit, bien après sa chute, au bar du bar hôtel. « Le monde étant disjoint. Irrémédiablement. À Pékin. Comme à Shangaï. Acapulco ou Gisenyi », dirait-il. « De sorte qu’il ne servirait à rien d’essayer de saisir les signes, irrémédiablement bancals, d’un autre monde. Équilibré. Ou juste. Le risque étant d’être maussades. De vivre, maussades, nos existences. Tant nous serions déçus. Désemparés. Totalement incapables de saisir les signes. L’évidence des signes. Comme s’il y avait à saisir, à Pékin, Shangaï, Acapulco ou Gisenyi, des signes. Comme si l’on pouvait se contenter, à Pékin, Shangaï, Acapulco ou Gisenyi, d’être vibratiles. D’être attentifs et attentives aux connexions qui s’opèrent, finiraient d’elles-mêmes pour s’opérer. Ne manquant jamais d’avoir lieu, quelque part, dans nos têtes. Tant nos esprits n’arrêteraient pas de connecter le disjoint. De rapprocher, provisoirement, les choses. Les événements et les choses. De sorte que, bien malgré nous, nous rapprocherions les choses. Cherchant, désespérément parfois, à rapprocher les choses, que nous soyons à Pékin, Shangaï, Acapulco ou Gisenyi. Creusant alors, nous autres, des sillons. Comme des bœufs tirant obstinément une charrue. Charriant obstinément une charrue. Chacun de nous charriant obstinément sa charrue. Sa façon bien à soi de tracer un sillon. Traçant alors, « comme un sillon », dirait-il. Une évidence, toute provisoire, reliant, provisoirement, des morceaux épars de choses et d’événements épars, profondément disjoints, quelquefois « à dix mille lieues l’un de l’autre, à dix mille ans l’un de l’autre », dirait-il. Tout cela pouvant avoir lieu n’importe où. N’importe quand. « À Pékin comme à Lhassa. New York City ou Gisenyi », dirait-il, tant nos capacités humaines à relier les choses, à creuser, comme un sillon, une évidence, toute provisoire, reliant, provisoirement, des choses, serait intense. Tant nous serions capables, nous autres, de relier provisoirement des choses éparses, des morceaux, croupissant par terre, des sachets d’emballage vide, du linge sale, mal lavé, séchant n’importe où, n’importe comment, aux fenêtres des rues en pente de Valparaiso, ou pendouillant à des fils plastiques, devant les magasins, les devantures fermées de Kinshasa, les propriétaires tirant, mécaniquement, les volets mécaniques, usant d’un levier, d’une canne en bois, fermant boutique sur le temps de midi, laissant le linge, mal lavé, sécher, de sorte qu’un fil, invisible et intense, relierait provisoirement des choses éparses. « Le tout étant d’être sensible », dirait-il, « de ne perdre rien de vue ». Comme s’il fallait ne rien perdre de vue. Comme s’il fallait passer dans le monde, dans les avenues du monde, l’évidence en vue. Bien en vue. Bien à l’esprit. Comme s’il ne fallait pas perdre de vue l’évidence. L’esprit, alors, collectant les choses. Agençant, bien malgré nous, des morceaux épars. Des choses éparses et disparates ayant lieu ailleurs. À dix mille lieues l’une de l’autre. À dix mille ans l’une de l’autre. Nos esprits étant faits pour. « Agençant, provisoirement, bien malgré nous, des choses. Tant nous serions aptes à agencer des choses. À nous laisser dériver. À inventer, provisoirement, des sillons dorés, suivant des lignes éparses, toute provisoires. Comme s’il nous importait de tirer, n’importe où, n’importe comment, des charrues, et de tracer ainsi des chemins dorés, des routes splendides et lumineuses, pourvues de réverbères, illuminant provisoirement le monde », dirait-il. « Comme si nous inventions, tous les jours, un objet brinquebalant », dirait-il. « Comme si rien ne comptait plus au monde que l’invention d’un objet brinquebalant », dirait-il. « Fabriqué par nos soins, tous les jours, à Cuzco ou Acapulco. Dans les îles Féroé ou ailleurs. Chacun, chacune, pouvant le faire, n’importe où, n’importe comment, tant il serait inhérent à l’humanité de le faire. Tant et si bien que l’humanité le ferait, tous les jours, n’importe où, n’importe comment. Chacun, chacune, se débrouillant de la chose. Composant, au hasard, comme un chant. Un morceau épars, totalement débridé, en déséquilibre. De sorte que rien d’autre, parfois, ne compterait. De sorte que, parfois, l’on se perdrait de vue. Ne comptant, alors, que le chant. Si bien qu’il arriverait qu’on se perde vue. Qu’on néglige puissamment le fait d’ « être fendu en deux », par exemple, tant il importerait que le chant continue, tant la « vaste entreprise d’agencement » apporterait « la joie », dirait-il, à Ma, revenant s’asseoir près du lui, plus tard, au bar du bar hôtel, revenant prendre de ses nouvelles, inquiète de savoir si, oui ou pas, il serait fendu en deux. « Le chant pouvant prendre place n’importe où, n’importe comment », dirait-il encore. « Le tout étant que ça chante », dirait-il,

proposition n°20

Et, tandis que tout cela, toute cette affaire de chaise vintage, de cent ans d’âge, originaire de Chine, se déroulerait, la nuit, au bar du bar hôtel, « tak », les vie et existence continueraient ailleurs, sous le patio du bureau de poste, par exemple, les vie et existence, sous le patio du bureau de poste, se poursuivant par un « tak », sonore, à peine audible, parfaitement audible, déclenchant l’allumage automatique des lampes du patio, des deux points lumineux du patio. Comme si les vie et existence en dehors du bar du bar hôtel n’avaient aucun besoin, aucune nécessité du bar du bar hôtel. Comme si les vie et existence, sous le patio du bureau de poste, se passeraient des vie et existence du bar du bar hôtel. Les vie et existence, sous le patio du bureau de poste, n’avaient aucun besoin, pour être des vie et existence, de tout ce qui se passerait à l’intérieur du bar hôtel. De sorte qu’il y aurait eu, d’abord, le « tak » sonore, à peine audible, d’un dispositif électrique, semblable, curieusement, en tout point, à celui qu’aurait émis, il y a cent ans d’âge, le dispositif mouvant d’un interrupteur électrique tournant sur lui-même, l’espèce de papillon noir, ultra solide, en bakélite noire, tournant sur lui-même, ouvrant, d’un coup, la passage aux ondes électriques ou leur faisant barrage, selon qu’on veuille ou non disposer du courant électrique, comme si les concepteurs actuels, chinois, du dispositif s’étaient entendus pour qu’on entende un « tak » sonore, à peine audible mais parfaitement vintage, parfaitement reconnaissable, de cent ans d’âge, de sorte que l’on aurait entendu un « tak », sonore, à peine audible mais parfaitement reconnaissable, signalant l’allumage automatique des lampes extérieures du patio, deux points lumineux suspendus dans les airs, au-dessus du patio carrelé du bureau de poste, en façade du bureau de poste. De longs fils noirs et électriques, supportant des abat-jours coniques – en zinc, de conception suédoise, probablement, mais fabriqués en Chine, rabattant la lumière, empêchant la lumière de jaillir, n’importe où, n’importe comment, l’obligeant à se diriger vers le bas, vers le sol carrelé du patio, la lumière des ampoules, de vingt-cinq et trente watts, ultra jaune, ultra chaude, se dirigeant alors vers le bas, éclairant le sol carrelé du patio et rien d’autre –, alimentant des ampoules s’allumant automatiquement, la nuit, dès qu’il ferait nuit. Quelqu’un, quelque part, probablement en Chine, ayant conçu un système. Tout un réseau de fils et de connexions permettant l’allumage, automatique, des ampoules de vingt-cinq et trente watts, si bien que, dès qu’il ferait nuit, des capteurs, quelque part, sur la façade du bureau de poste, capteraient le nuit, le fait qu’il ferait nuit, déclenchant alors tout un système de cordes et de poulies, amenant les lampes extérieures, celles du patio, suspendues à des fils électriques noirs, à s’allumer, automatiquement, sans qu’on ait besoin d’allumer. De sorte que personne, aucun homme, aucune femme, ne penserait à allumer, les lampes du patio s’allumant toute seule, diffusant une lumière, ultra jaune, ultra chaude, sur le carrelage ocre du patio. Très usagé. Abîmé par les ans. Le motif du carrelage, totalement méconnaissable, d’un beau rouge, terre de Sienne, s’effaçant peu à peu. De sorte que, le temps d’un « tak » automatique, le patio du bureau de poste, en façade du bureau de poste, passerait de la nuit la plus noire à un semblant de jour, la lumière, ultra jaune, ultra chaude, peu intense pourtant, surprenant des cafards, des milliers de cafards, errant en bande sur le sol du patio, les forçant à rentrer, à regagner illico leurs abris, des cachettes, ultra sûres, dans les fissures des murs, dans les lézardes, ultra longues, courant le long des parapets, autrefois ultra blancs, du patio. Comme s’ils ne supportaient pas la lumière. Comme s’ils craignaient pour leur vie. Des cafards, ultra gros, passant sur le corps de cafards ultra minces, se hâtant de rentrer dans les failles. Craignant pour leur peau, leur belle carapace, chitineuse, ultra solide pourtant, de couleur bronze. Leurs pattes mouvantes crissant sur la peau, les carapaces, chitineuses, des congénères, courant comme des fous, n’importe où, n’importe comment, tâchant de rejoindre, n’importe comment, une faille, un abri ultra sûr, les mettant à l’abri de la mort ou quelque chose du genre, des failles immenses ayant vu le jour, au fil du temps, au fil des âges, dans les murs, les parapets et les colonnes de soutenement du patio du bureau de poste, une canalisation d’eau, conséquente, scellée dans les murs, évacuant les eaux du bureau de poste, ayant subi un dommage, irrémédiable, évacuant les eaux du bureau de poste, lâchant les eaux dans les murs. De sorte que des eaux s’écouleraient, en permanence, dans les murs. Couvrant, au fil du temps, le revêtement des murs d’une substance blanche, peu ragoûtante et peu amène. Tant et si bien que des eaux s’infiltreraient, en continu, dans les murs du bureau du poste, dans les colonnes de soutenement du bureau de poste, mettant à mal les vie et existence de l’édifice. L’édifice menaçant de s’effondrer. Un jour. Personne ne prenant le temps de traîter l’affaire. Personne n’ayant le temps d’ouvrir les murs. De desceller la canalisation conséquente – un tube, immensément épais, en grès – à l’origine de la fuite. Le béton d’une des colonnes de soutenement s’effritant par endroit. Laissant voir deux tiges torsadées, de solide acier, suédois ou chinois, rouillées, déjà, passablement. Puis il y aurait eu, une seconde à peine, après le « tak » sonore et l’allumage, immédiat, des lampes du patio, l’allumage des réverbères, la lumière blanche des réverbères, la lumière crue des réverbères. Les réverbères, de part et d’autre de la rue, répandant une lumière blanche et crue sur la rue. Donnant à voir, subitement – alors que tout était dans l’ombre, alors qu’on n’aurait vu du monde, jusqu’ici du monde, qu’un patio miné, grouillant de cafards, soudainement pris de panique, bouleversés à l’idée d’en finir cette nuit –, trois voitures, parquées, tous feux éteints, de part et d’autre de la rue. L’allumage automatique des réverbères, contrairement à celui du patio, ne provenant pas d’un dispositif chinois, ingénieux, d’un réseau d’engrenages et de poulies, disposé à l’étage du bureau de poste, à l’intérieur du bureau de poste, au-dessus du patio. L’allumage automatique des réverbères de la rue dépendant d’un autre dispositif. Situé ailleurs. Totalement ailleurs. Dans un autre édifice. Une centrale lointaine. Dans les collines. Les bananeraies. Une fabrique issue de Chine. Des hommes, venant de Chine, sortant régulièrement des plans. Scrutant scrupuleusement l’affaire. Vérifiant l’affaire. Des hommes, venant de Chine, enclenchant le mécanisme, l’allumage automatique des réverbères disposés de part et d’autre de la rue. Les dispositifs automatiques pouvant durer mille ans. Se passer des hommes et des femmes durant mille ans. Les systèmes chinois, automatiques, ne nécessitant pas d’entretien. Ne tombant pas en panne. Les ampoules chinoises, de vingt-cinq et de trente watts, pouvant durer mille ans. Les réverbères chinois durant mille ans. De sorte qu’ils s’allumeraient, de part et d’autre de la rue, une seconde à peine après les ampoules, ultra jaunes, ultra chaudes, du patio. Répandant, quant à eux, une lumière blanche et crue sur le monde. Surprenant un chien d’ombre. Un bel animal, fouillant de sa gueule un sachet, ultra blanc, un sac en papier, ultra blanc, servant de contenant à des pains ou des pâtisseries, le sac blanc coincé sur le pneu avant droit d’une des voitures parquées de part et d’autre de la rue. Le chien d’ombre ne trouvant dans le sac qu’une mie, qu’un spectre de nourriture. Le chien d’ombre quittant, ensuite, la scène, la lumière, crue et blanche, illuminant un instant son pelage, juste avant qu’il s’en aille, disparaissant dans la nuit, ne laissant derrière lui que les voitures, disposées par trois, de part et d’autre de la rue, leurs plaques d’immatriculation totalement illisibles, recouvertes d’une poussière fine et beige, leurs toitures, mates, dépourvues de reflets métalliques, recouvertes d’une poussière, fine, et beige, tout, dans le monde, à cet instant, semblant recouvert d’une mince pellicule, d’une fine couche de poussière, ultra fine, ultra beige, tandis que l’on entendrait enfin le lac, le ressac du lac, les longues vagues du lac

proposition n°21

Et puis encore, dans le patio du bureau de poste, sur le sol, en regardant de près : un monde minuscule de carrés, quarante-neuf, de taille identique, juxtaposés avec soin, l’un à côté de l’autre, constituant un carré, une surface, compacte et légère, de vingt-sept centimètres sur vingt-sept, à peine, chacun des carrés donnant à voir des lignes et des surfaces, tout un réseau de tubulures et de nuages, l’ensemble ne renvoyant qu’à lui-même, chaque carré constituant un monde, ou quasi, se suffisant à lui-même, des échos étant pourtant perceptibles, d’un monde carré à un autre, le carré n° 1 présentant quatre barres, verticales, s’élevant du bas, de la base du carré, de ce qui serait son assise, leur élévation prenant fin à la même hauteur, avant la moitié du carré, deux cercles rouges s’intercalant, l’un au-dessus de l’autre, entre la barre de gauche, la plus épaisse, et celle du milieu, la plus fine, deux autres barres, celles de droite, comme deux soeurs jumelles, ou deux tours, faisant comme bande à part, comme conversant entre elles, en aparté, comme deux personnes, grincheuses, se chuchotant des choses, d’un air entendu, à propos du monde et de la marche du monde, de la façon dont les autres, tous les autres, marcheraient, prendraient place au monde, n’arrêtant de juger et de jauger, une grosse barre, horizontale, la plus épaisse de toutes, et noire, comme toutes les autres barres du carré n° 1, chapeautant l’ensemble, comme un toit couvrant le monde, une autre barre, de même longueur, couvrant l’épaisse barre horizontale, tant et si bien que deux barres horizontales couvriraient les quatre barres verticales et le deux cercles ; le carré n° 2 présentant comme une chaise, noire, vue de profil, le dossier sur la gauche, le pied avant sur la droite, constituée de traits épais, d’épaisseur égale, l’assise de la chaise, parfaitement horizontale, et le pied droit, parfaitement vertical, constituant comme un L renversé, posé sur la tête, le pied arrière droit, partant en arrière, en pente douce, en oblique, depuis le tiers arrière de l’assise, se terminant, quant à lui, par un coup galbé, une belle courbe de pied, comme si la chaise portait une chaussure italienne, se terminant en pointe, parfaitement effilée, le pied avant droit prenant fin, pour sa part, par une semelle plate, très mince, sans style, une tong d’été, noire, dépourvue de lanière, totalement inutilisable, un anneau route, épais, laissant transparaître, en son centre, le fond blanc du carré, comme en suspension dans les airs ou comme indécis, hésitant à savoir à ce qu’il fait, ne sachant pas lui-même s’il serait en train de se lever de la chaise ou s’il serait sur le point d’y prendre place, de sorte qu’il resterait ainsi en suspension, comme en attente, à quelques centimètres de la chaise, de l’assise de la chaise, tout alors, dans le carré n° 2, semblant comme en attente, comme si le temps était ici en suspension, comme si le monde, ici, dans cette portion de monde-ci, retenait son souffle, des choses terribles pouvant surgir, pan, à tout instant, comme si tout alors, dans le carré n° 2, cherchait à se figer, à repousser ainsi l’instant, inéluctable, où des choses, terribles, inéluctablement terribles, arriveraient, comme si tout alors, dans le carré n° 2, préférait demeurer figé plutôt que d’affronter les choses terribles, offensantes, qui, inéluctablement, arriveront, le dossier de la chaise, quant à lui, constitué d’un autre L renversé, mis tête en bas, partant, tout en bas – au niveau de l’assise –, du tiers de l’assise, imitant sur ce point le pied arrière droit, le dessus du L renversé, c’est-à-dire sa base, ne dépassant pas, quant lui, l’assise, de sorte que la chaise serait parfaitement équilibrée, une courbe judicieuse assurant la transition entre l’assise et le dossier, assurant un parfait confort ; le carré n° 3 présentant un tube, métallique, à la texture mate et grise, descendant du plafond du carré, du haut du carré, et ne touchant pas terre, s’arrêtant, dans sa chute, au deux tiers, environ, de sa hauteur, comme s’il n’y avait pas à toucher terre, comme s’il ne fallait pas, surtout, toucher terre, le tube mat et métallique étant solidement arrimé, sur sa droite, à une espèce de mur gris, mat, lui aussi, et métallique, de même texture que le tube, une barrette métallique, d’un gris plus foncé que le tube, d’un gris plus foncé que le mur, assurant parfaitement l’arrimage, de sorte que le tube passerait des heures, tête en bas, ne risquant rien, ne risquant pas de choir par terre, un point lumineux, orangé, en bas, aux deux tiers du tube, fonctionnant comme une veilleuse, un point lumineux rassurant les enfants ou les êtres craintifs, comme si des enfants ou des êtres craintifs habitaient au carré n° 3, s’étaient planqués, quelque part, dans les interstices du carré n° 3, les interstices ne manquant pas dans le carré n° 3, l’angle du mur, bouchant la vue, permettant de se planquer, pour peu que l’on sache se glisser, rapidement, entre le mur et le fond du carré blanc, les ouvertures rectangulaires, de tailles diverses, pratiquées avec soin, dans le mur, permettant de se glisser, rapidement, si nécessaire, dans le mur, d’y retenir son souffle, les ouvertures, rectangulaires, convenant parfaitement aux êtres, aux craintifs, peut-être des enfants, peut-être des craintifs, simplement des craintifs, permettant parfaitement aux craintifs d’y planquer leurs physionomies, rectangulaires, de craintifs, si bien qu’il ne serait pas rare que des êtres, des craintifs, y planqueraient leurs physionomies, retenant leur souffle, décidés à attendre, patiemment, que l’on regarde ailleurs, au carré n° 4 ou au carré n° 21, avant de reprendre leur tâche, importante, interrompue, brutalement, en raison d’une visite furtive, imprévue, tout alors, dans le carré n° 3, semblant comme en suspens, suspendu dans les airs, en attente d’on ne sait pas quoi ( ... ) le carré n° 21 présentant, tout d’abord, une surface, grumeleuse et grise, d’apparence ultra lisse, constituée, dans les faits, de milliers de points durs et solides, de milliers de billes agglomérées, parfaitement imbriquées l’une à l’autre, si bien qu’un regard rapide ne décèlerait pas dans cette surface, d’apparence ultra lisse, qu’un surface lisse, dépourvue d’accidents et de reliefs, la surface pourtant, d’apparence ultra lisse, n’étant que cela, pourtant, accidents et reliefs, de sorte qu’il ne serait pas rare, une fois le regard passé outre, une fois un relief remarqué, que l’on frémisse des heures à contempler la surface d’apparence ultra lisse, tant il serait passionnant de contempler les reliefs et accidents, tant il y aurait des milliers de reliefs et accidents, des milliers d’événements, infimes et passionnants, se déroulant continûment à la surface du carré gris et grumeleux, d’apparence ultra lisse, ultra mat, de sorte que, pour qui saurait le voir, l’aurait aperçu, il y aurait une vie intense à la surface du carré n° 21, de quoi tenir toute une vie, de quoi s’exalter toute une vie, s’il n’y avait cet angle de tapis, ce coin de tapis, parfaitement droit, ou quasi, blanc, plastique, reflétant la lumière, comme un plastique brillant, recouvrant, partiellement, la surface grise et grumeleuse, ultra mouvante, ultra vivante, l’angle du tapis faisant comme un V intrusif, ou dessinant un triangle, posé sur la droite du carré, tout en haut, sa troisième pointe s’avançant jusqu’au centre, ou quasi, des traits verts, abstraits, tracés à la main, constituant le motif du tapis, de longs traits épais, rectilignes, d’épaisseur identique, s’il n’y avait, bien sûr, le tremblé de la main, négligeable, constituant un réseau, indéchiffrable, le tapis semblant se poursuivre ailleurs, recouvrant peut-être, ailleurs, les carrés n° 22 ou 27, le tapis semblant de bonne taille, les traits verts semblant se poursuivre, prolonger, ailleurs, le motif, indéchiffrable, du tapis, le vert, très vif, des traits, sautant aux yeux, de sorte qu’on ne verrait que lui, d’abord, de sorte qu’on négligerait la surface grise et grumeleuse, les accidents et les reliefs de la surface grise et grumeleuse, de sorte qu’on croirait la surface grise et grumeleuse ultra lisse tant on négligerait la surface grise et grumeleuse, tant on ne verrait que les traits verts du tapis, constituant un motif, ou un message, indéchiffrable, tracé à l’intention de quelqu’un, comme si quelqu’un avait laissé, dans le carré n° 21, un signe, quelque chose à l’intention de quelqu’un, griffonnant, sur un tapis blanc, un message, un petit mot laissé à l’intention de quelqu’un, un petit mot pour dire qu’il serait ailleurs, parti ailleurs, n’en pouvant plus d’attendre devant tant d’accidents et de reliefs, comme s’il avait été submergé, totalement absorbé, anéanti, par tout ce qu’il y aurait à voir, tout ce qu’il y aurait à faire, dans le carré n° 21, la chaîne des événements, infinis, ayant cours, en continu, dans le carré n° 21, risquant de l’annihiler, ou bien alors un petit mot, simple mot, signalant à quelqu’un qu’on serait de retour, dans cinq minutes, pas plus (...) le carré n° 49

proposition n°22

Puis : « Non. Pas du tout », dirait-il, brusquement, passablement agacé, au bar du bar hôtel, « Pas du tout question d’abréger », dirait-il, à Ma, assise devant lui, à notre table, au bar du bar hôtel. « Tout faisant signe », dirait-il, étant susceptible de faire signe, n’arrêtant pas de « lancer des bouteilles à la mer », le dallage gris de la terrasse du bar hôtel, en façade du bar hôtel, « et tout son réseau de lignes, d’ombres portées, de parallèles, « par exemple », n’arrêtant pas, pour sa part, de lui « lancer des bouteilles à la mer », dirait-il, non que « quelque chose ou quelqu’un » lancerait « des bouteilles à la mer », le soleil ou les tables rondes de la terrasse du bar hôtel, lattées, totalement vintage, en bois solide et vernis, à claire-voie, se fichant de lancer une bouteille à la mer, poursuivant, indifférents au trafic, aux camionnettes chinoises, bleu turquoise, parquées par deux, depuis des heures, en face du bar hôtel, leurs vie et existence de soleil de midi, ultra fort et brillant, et de tables, rondes, repliables, munies de pieds, ultra lourds, en fonte noire, de sorte qu’aucun vent ne les retournerait si, par malheur, une catastrophe, naturelle ou autre, survenait, des catastrophes, naturelles ou autres, survenant, tous les jours, renversant, pan !, tous les jours, d’un coup, tout ce qui ferait la solidité du monde, tout l’agencement parfait du monde, le soleil, si l’on peut dire, persistant dans son être, les tables rondes persistant dans leur être, les chaises, métalliques, ultra légères et repliables, composées de fines lamelles d’un métal léger et noir, passé au noir, persistant, pareillement, dans leur être, tout, sur la terrasse du bar hôtel, en face du bar hôtel, se contentant de persister, se contenteraient de persister si, quelque chose sur le dallage de la terrasse du bar hôtel, une chaise, une ombre portée, une table à claire-voie, subitement pourvue, shazam, d’une faculté, typiquement humaine, « exclusivement humaine » – dirait-il –, ressentait quelque chose, un contentement, disons, « chacun, chacune d’entre nous », dirait-il, « sachant qu’aucune chaise au monde ou table ne se contente », tant contenter serait comme étranger à la nature des chaises et tables, tant il serait impossible aux chaises et tables de se contenter, non que les chaises et tables manqueraient de quelque chose, d’une faculté, par exemple, « toute humaine », de se contenter, mais « en raison de leur nature de chaises et tables persistant simplement dans leur être », dirait-il. Le réseau d’ombres portées, de lignes parallèles et de cercles déformés, parfaitement visible, à midi, une fois chaises et tables agencées avec soin, avec art, selon un plan, parfaitement étudié, élaboré en Chine, en vue « de nous perdre », dirait-il, de nous faire oublier, trois secondes quinze, « nos vies de chiens d’ombre et furtifs », dirait-il, tant il n’y aurait qu’en Chine, dans une région de Chine, dans les montagnes de Chine, couvertes de pins, nimbées de brume, qu’un plan, parfaitement étudié, petit matin, dans la fraîcheur d’un bureau en bois laqué, aurait pu naître, dans l’esprit d’un homme, chinois, ou d’une femme, chinoise, parfaitement au clair, sachant combien un fouillis d’ombres portées, de lignes légères et parallèles, de formes aussi, vaguement rondes, comme posées, négligemment, « comme si de rien n’était, sur le dallage d’une terrasse, à midi, en façade d’un bar hôtel, alors que le trafic de la rue serait intense, alors que, à l’intérieur du bar hôtel, dans le hall d’entrée du bar hôtel, le patron du bar hôtel houspillerait Nyoundo, lui reprochant sa flemmardise, tous « ses kilos en trop », dirait le patron, « ralentissant autant son corps que son esprit », dirait encore le patron, de sa haute voix perchée, mille fois reconnaissable, de patron du bar hôtel, débitant à toute vitesse, les pires choses, « pires insanités », dirait l’autre, la nuit, à Ma, au bar du bar hôtel, le réseau d’ombres portées, de lignes parallèles et de cercles déformés, parfaitement visible, à midi, une fois chaises et tables déployées, « avec soin et art », sur le dallage de la terrasse du bar hôtel, en façade du bar hôtel, le projetant, quant à lui, ailleurs, sur un autre dallage, composé de trois dalles, noires, constellées de figures, quarante-neuf, comme si quelqu’un, quelque part, avait, par inadvertance, renversé du lait sur des dalles, noires, des carrés, noirs, de vingt centimètres de côté, parfaitement taillés, mat, la consistance de la pierre absorbant parfaitement la lumière des points lumineux, deux petits ampoules rondes, suspendues à un fil, noir, les filaments à l’intérieur des capsules de verre, incandescents et torsadés, ultra visibles malgré la lumière forte, diffusant une lumière, forte, curieusement orangée, éclairant parfaitement le dallage, rendant ultra visibles les taches, blanches, comme si du lait, ou tout autre liquide blanc, renversé, par inadvertance, par quelqu’un, ou quelque chose, une catastrophe naturelle, un tremblement de terre, totalement inattendu, survenant en journée, en plein travail, obligeant les ouvriers à laisser, pan !, en plan le travail, de sorte qu’une tasse cabossée, en aluminium, déposée en toute hâte sur un plan de travail, « lâcherait les eaux », dirait-il, avait séché sur les dalles, constellant le dallage, maculé, pour toujours, de figures, quarante-neuf, la figure 1 présentant deux rangées de dents, taillées en pointe, rapidement brossées, comme si quelqu’un, avec rage, avait, pan !, décidé qu’il fallait brosser, rapidement, avec rage, deux rangées de dents taillées en pointe, en raison d’une rage, forte et profonde, ou d’une révolte, l’état du monde, profondément injuste, révoltant quelqu’un, le poussant à tracer, avec rage, des choses, des rangées de dents, taillées en pointe, fortement serrées, de chiens enragés, comme de petits totems laissés partout dans le monde, couvrant les murs, chargés de contrer le monde, « l’influence toxique des choses toxiques », dirait-il, influant aisément sur nos vie et existence, de sorte qu’il faudrait contrer, lancer, dans le monde, des bouteilles à la mer, balancées dans le monde comme de petites menaces ou des avertissements, quelqu’un avertissant le monde, le prévenant que, si rien ne change, il passerait à l’attaque, sortant déjà, des poches arrière de son pantalon, ses lames, repliables, ses longs couteaux tranchants, prêt à trancher, dans le vif, sans plaisir pourtant et sans joie, la figure 2 présentant, quant à elle, le visage ahuri d’un homme jeune, de profil, parfaitement rasé et volontaire, comme si quelqu’un avait désiré, ardemment, figer dans la pierre cet instant terrible où, alors que des forces incendiaires, extérieures et néfastes, submergeraient le monde, il aurait, quant à lui, fait volte-face, incitant les autres, tous les autres, à faire volte-face, toutes les bêtes, alors, de la figure 3 faisant volte-face, l’espèce de chien en chapeau boule, de race inconnue, à la truffe de dessin animé, noire et ronde, légèrement brillante, faisant, alors, volte-face, son énorme cigare projetant sa fumée comme une cheminée d’usine, le papillon fantôme et le boeuf musqué faisant, alors, volte-face, à leur tour, parce qu’il faudrait face, héroïquement, le chien vaporeux, de la figure 4, faisant alors face, héroïquement, déployant son grand corps vaporeux avec intelligence, se mêlant au brouillard de la figure 5, en vue de pénétrer sous les planches, en les interstices des cabanes en bois, provisoirement dressées, de l’ennemi, le chien vaporeux murmurant, à la figure 18, des choses terribles, la nuit, à l’oreille du tsar endormi, tout habillé, sur une mauvaise planche, son costume d’apparat et ses cordons dorés bardant sa large poitrine, reliant entre eux les boutons, factices, de sa vareuse, à peine entrouverts, tant il ferait froid, l’hiver s’étant, mine de rien, installé à la figure 27, durablement, comme en atteste la neige de la figure 32, couvrant très partiellement les terres retournées avant guerre, constellant la neige de taches noires, « l’ennemi, alors, assis par terre, en tailleur, emmitouflé sous ses

proposition n°23

Et, tandis qu’à son tour, au bar du bar hôtel, il se serait levé de table, ébranlant au passage les verres et les bouteilles, nous plantant là, pan !, à notre table, nous laissant en plan, n’écoutant pas nos plaintes, nos injonctions à prendre garde, à ne pas se lever ainsi, si brusquement, de table, au point d’ébranler tout ce qu’il y aurait sur la table, manquant de faire choir, sur la table, ou par terre, sur le plancher vintage du bar du bar hôtel, nos consommations, nos verres vides, portant la trace de nos lèvres, du rouge à lèvre de Ma, du beurre de cacahouète de Mi, Ma et Mi, trinquant d’un coup, vidant d’un coup leur consommation, « n’en pouvant plus d’entendre ça », dirait Ma, se levant de sa chaise, brusquement, dépliant sa jambe droite, la jambe droite de Ma servant, comme toujours, de coussin à Ma, incapable de s’asseoir, à une table, sans user de sa jambe comme d’un coussin, ôtant ses chaussures pour s’asseoir à une table, les posant, côte à côte, par terre, parfaitement parallèles, sur le plancher, vintage, du bar du bar hôtel, puis prenant place sur la chaise, repliant sa jambe droite, la posant, telle quelle, sur l’assise de la chaise, puis posant ses fesses, « totalement dingues », dirait-il, « kawaï », dirait-il, sa jambe droite, comme si sa jambe droite aurait été un coussin, confortable, rehausseur, rehaussant Ma, le corps de Ma, de deux centimètres quinze, si bien que Ma se tiendrait droite, ultra droite, cambrant le dos, légèrement, de sorte que la poitrine de Ma, minuscule, prendrait de l’ampleur, à mesure que Ma s’appuierait des deux bras sur la table, de sorte que « kawaï », penserait-on, dirait-il, « ne pourrions-nous que penser », si l’on remarquait Ma, à table, les deux bras de Ma, croisés sur la table, prenant appui sur la table, de sorte que Ma, sans le vouloir, sans le savoir, cambrerait un peu le dos, sa poitrine, minuscule pourtant, prenant subitement de l’ampleur. Et, tandis que Ma, excédée, aurait vidé d’un coup sa consommation, se serait levée de table, « n’en pouvant plus de ça », aurait-elle dit, de ces propos complètement dingues, tenus par un homme, fendu en deux, probablement fendu en deux, « physiquement et mentalement fendu en deux », aurait dit Ma, tandis que, chaussures en main, elle aurait pris la direction du bar, du guichet du bar hôtel, en raison de sa clé, déposée dans un casier en bois, vintage, suspendu au mur et composé de cases, quarante-neuf, parfaitement carrées, parfaitement numérotées, une petite plaque de métal, peint en blanc, portant, en noir, un numéro, ayant été visée, avec soin, au-dessus de chaque case, de sorte que, n’importe qui, homme ou femme, saurait, en un coup d’oeil, sans compter, connaître le nombre de cases, le nombre de clés susceptibles d’être suspendues, chaque case étant pourvue d’un crochet à visser, en métal sombre, usagé, sali par le temps, chaque crochet à visser, usagé par le temps, étant susceptible d’accueillir une clé à l’ancienne, Ma, prenant la direction du bar, du guichet du bar hôtel, du casier en bois, composé de cases, en vue de demander sa clé, susceptible d’ouvrir notre chambre, « n’en pouvant plus », dirait-elle, désireuse de regagner la chambre, d’en finir avec l’autre et sa « journée de dingue », dirait-elle. Non qu’elle aurait quelque chose contre l’autre. Un type inconnu. Au demeurant sympathique. Probablement sympathique. « À tous les coups sympathique », dirais-je, plus tard, à Ma, dans la chambre, après avoir regagné la chambre deux minutes trente, à peine, après Ma, le souffle court, totalement offusqué, ébranlé par ce qui se serait passé en bas, dans le bar du bar hôtel, l’autre, n’hésitant pas à se lever de table, manquant de renverser nos consommations, ce qui resterait de nos consommations, des verres vides portant les traces de nos lèvres, et rejoignant Ma, avant qu’elle ne rejoigne le bar, le guichet du bar hôtel, posant alors sa main nue sur le bras nu de Ma, tâchant ainsi de la retenir, tout en douceur, l’invitant à se tourner, à lui faire face. Parce qu’il aurait « des choses à dire », dirait-il, parce qu’il ne serait pas question, « pas du tout », d’édulcorer, de négliger les choses, parce qu’il n’y aurait pas choses et choses, choses intrinsèquement à négliger, choses intrinsèquement non négligeables, les poulets en cage, sur le marché, ayant peut-être l’importance, toute l’importance, du crâne fendu de Nyoundo, se levant, tout à l’heure, brusquement, dans une gargote du marché, de son bidon Castrol, s’ouvrant le crâne en deux sur la poutre faîtière, mal dégrossie, mal définie, d’une gargote, surchauffée, en mauvaises tôles, tout cela parce qu’il aurait eu une idée, tout cela parce qu’il aurait vu clair, Nyoundo se rétractant, rentrant le cou dès que sa tête heurterait, violemment, la poutre faîtière, comme s’il allait de soi que Nyoundo, la carcasse de Nyoundo, tienne debout dans une gargote minuscule, dépourvue de fenêtres, une ouverture, dépourvue de porte, permettant aux clients, aux clientes de la gargote d’entrer puis de sortir de la gargote, une fois leur commande passée au zinc de la gargote, une planche de bois tenant en équilibre sur deux bidons à essence, ployant sous le poids de la tenancière, chaque fois que la tenancière s’appuierait sur la planche, croisant les bras sur la planche, non que la tenancière de la gargote aurait un certain poids, la tenancière de la gargote étant tout le contraire, d’un genre filiforme, ultra longue, mais la mauvaise planche du zinc, dégottée n’importe où, n’importe comment, traînant peut-être en rue depuis des mois, ou provenant de la déchetterie, ploierait dès que quelqu’un, homme, femme ou animal d’un certain poids, prendrait appui sur le zinc, le bidon Castrol de Nyoundo manquant choir, quant à lui, dès que Nyoundo se lèverait de table, quitterait le bidon Castrol peu confortable servant de tabouret, striant nos fesses, à tous les coups, les consommations de Nyoundo et de l’autre manquant choir, dès que le crâne de Nyoundo heurterait la poutre faîtière de la gargote, la tenancière de la gargote ayant pris soin d’apporter deux verres à eau, en verre épais et transparent, des facettes verticales et larges striant tout le verre, tout le bas des verres, s’élevant verticalement jusqu’au trois quarts de la hauteur des verres, des gobelets en verre, ultra épais, ultra solides, en provenance du restaurant du marché, la gargote n’étant, généralement, pas pourvue en verre, les clients et clientes de la gargote se passant, généralement, de verre, consommant leurs consommations à même les bouteilles, portant leurs lèvres au goulot des bouteilles, si bien que la gargote serait, généralement, dépourvue de verres, n’ayant aucun besoin de verres, les clients de la gargote méprisant les verres, les laissant, ostensiblement, sur le comptoir, les clientes de la gargote considérant les verres comme une faute de mauvais goût, la gargote devant se passer de verre, la gargote n’étant plus la gargote s’il y avait des verres, la tenancière de la gargote s’éclipsant parfois, pourtant, deux minutes trente, dès qu’il faudrait un verre, sortant par l’ouverture dépourvue de porte dès qu’il faudrait un verre, le restaurateur du marché, amoureux fou de la tenancière, pourvoyant en verre la gargote dès qu’il faudrait un verre, de sorte que la tenancière – s’éclipsant de la gargote, dès que Nyoundo et l’autre auraient pris place dans la gargote, préférant prendre place dans la gargote plutôt qu’à l’extérieur, préférant passer inaperçus à l’intérieur de la gargote plutôt qu’à l’extérieur, prenant place sur des bidons Castrol, vides, un peu rouillés sur les bords, à une table ronde, un bidon d’essence, bleu ou rouge, uniformément bleu ou rouge, retourné, faisant office de table, coupé en deux, la tôle de bidon surchauffant les mains et les avant-bras dès qu’on y poserait les mains ou les avant-bras, au point de ressentir, parfois, une légère brûlure, le soir, à l’heure du repas, aux mains ou aux avant-bras, nous demandant d’où nous viendrait cette sensation de brûlure et ces marques rouges striant nos mains ou nos avant-bras, nous perdant alors en conjectures diverses, extrapolant les choses, au point de perdre le fil, les conversations des convives filant droit tout autour de nous – reviendrait, le temps d’un aller retour, pourvue de verres, son fichu mal fichu sur la tête, son fichu légèrement de guingois, comme si la tenancière de la gargote avait dû affronter l’ennemi, le pire ennemi, le pire ennemi cherchant, de la main, à la retenir, l’attrapant par le fichu, la tenancière parvenant à se dégager, à prendre la fuite, deux verres sales, un peu gras, à la main. La tenancière de la gargote passant alors les verres à la bière, posant d’abord sur la table, la soi-disant table, deux bouteilles brunes, estampillées d’une étoile, puis s’occupant des verres, posés derrière elle, côte à côte, sur le comptoir, la mauvaise planche, demandant d’abord, de la main, aux clients – à Nyoundo et à l’autre – de patienter, retournant jusqu’au zinc, prenant les deux verres, les deux gobelets industriels, ultra épais, ultra solides, striés de facettes, un peu sales, recouverts de poussière, amoureusement prêtés, il y a deux minutes à peine, par un restaurateur, amoureux fou de la tenancière, « prêt à tout pour la tenancière », dirait-il, jusqu’au point de la retenir, de l’attraper par le fichu, alors que « deux clients remarquables attendent », dirait-elle, son amoureux lui prêtant des verres, régulièrement, lorsque des « clients remarquables », dirait-elle, prendraient place, à l’intérieur plutôt qu’à l’extérieur de la gargote, les clients de la gargote préférant l’intérieur, toujours l’intérieur, plutôt que l’extérieur de la gargote, prenant place, toujours, à l’intérieur malgré la moiteur, l’étouffante chaleur, de la gargote, la gargote, ultra chaude, ne se rafraîchissant que la nuit, quand tous les clients de la gargote auraient regagné leur chez eux, la tenancière éteignant la bougie, l’énorme bougie beige, en graisse de chèvre, faisant office d’ampoule, la gargote manquant d’ampoule, de point lumineux suspendu à un fil électrique. La sueur de Nyoundo, perlant, quant à elle, sur le front et le nez de Nyoundo, méritant, « tout autant que la pluie de seize heures », dirait-il, d’être rapportée, la terre battue, baptisée par la bière, la curieuse eau de vaisselle, méritant, « tout autant que la bière », d’être rapportée, dirait-il, cherchant encore à retenir Ma, excédée, ouvrant déjà la porte, finement ouvragée, comportant des motifs, dix-huit, à même le bois, taillés à la main, selon un plan voulu, pensé, il y a dix ans à peine, par le patron du bar hôtel, le patron du bar hôtel commençant la rénovation du bar hôtel par une commande porte en bois, comportant dix-huit motifs, finement taillés à même le bois, donnant accès aux corridor et escalier menant vers les chambres à l’étage ou la cuisine, la tenancière revenant, quant à elle, à la table, les deux verres dans une main, comme si sa main droite aurait été un plateau, oval plutôt que rond, ultra léger, de bar, de sorte qu’elle porterait, ostensiblement, les deux verres, dans une main, comme si sa main avait été un plateau de bar, en vue de montrer, ostensiblement, à ses clients remarquables, à quel point elle, tenancière de gargote, prendrait soin, ultra soin, de ses clients remarquables, évitant de mettre les doigts à l’intérieur des verres, évitant d’« inoculer des miasmes » à l’intérieur des verres, tant elle saurait à quel point il serait important de montrer aux clients remarquables à quel point on prendrait soin, même au marché, dans une gargote, des clients remarquables, au point de prendre garde à ne pas inoculer de miasmes à l’intérieur des verres, généreusement prêtés par un restaurateur amoureux fou d’une tenancière à fichu de guingois, saisissant, de sa main gauche, une des bouteilles de bière d’un des clients remarquables, n’ayant pas encore touché des lèvres le goulot de la bouteille, dûment estampillée, ostensiblement estampillée, d’une étoile blanche, peinte au pochoir, la tenancière, tout à l’heure, posant les bouteilles sur la table, orientant les étoiles ostensiblement, de sorte qu’elles soient ostensibles, parfaitement remarquées, par les clients remarquables, puis versant dans les deux verres un fond de bière qu’elle ferait ensuite tournoyer, ostensiblement, huit secondes trente environ, dans les verres, ses clients remarquables ne pouvant que rapporter qu’ailleurs, dans une gargote du marché, il y aurait une tenancière nettoyant les verres, enlevant, à la bière, des miasmes, expédiés par terre, faisant « le bonheur des insectes », dirait-il, des centaines de cafards sortant des interstices, la nuit, se régalant de la bière, pas encore évaporée, ostensiblement répandue sur la terre battue, ultra sèche, ultra dure, de la gargote. La tête de Nyoundo, se levant brusquement, ébranlant l’édifice. De sorte que la toiture en zinc, en tôle ondulée, se soulèverait de cinq centimètres puis retomberait à côté des taquets. Un jour de trois centimètres deux laissant subitement passer la lumière du jour, de seize heures moins le quart. La tenancière pestant alors, réclamant de l’argent. Les clients de la gargote, installés par terre, au soleil, devant la gargote, délaissant alors leur bière, inquiets de la catastrophe, craignant une catastrophe, entrant subitement dans l’édifice, éclatant de rire dans l’édifice, n’en revenant pas que Nyoundo, un habitué, pourtant, se fende ainsi en deux sur la poutre faîtière, oublie, à ce point, la petitesse de la gargote et l’immensité de sa carcasse. « La carcasse de Nyoundo étant immense », dirait-il à Ma, au bar du bar hôtel, alors qu’il la retiendrait encore, sa main nue encore posée sur le bras nu de Ma, excédée. « Au bord des larmes », dirais-je, nerveusement, faisant nerveusement les cent pas, dans notre chambre, deux minutes trente plus tard, à peine, rejoignant Ma, dans notre chambre, « comme si des propos insensés tenus par un type, au demeurant sympathique, excéderaient Ma », dirais-je à Ma, comme si Ma n’en pourrait plus d’une nuit insensée où un type, n’arrêterait pas depuis des heures de nous « tenir en haleine », dirais-je encore, ramassant, un à un, les vêtements de Ma, éparpillés dans la chambre, dans l’espace chambre de la chambre, une cloison, ultra légère et coulissante, de métal et de verre, délimitant l’espace, coupant la chambre exactement en deux, si bien qu’il y aurait deux espaces, l’un figurant la chambre proprement dite, l’autre figurant la salle d’eau, immense, une baignoire sabot, à l’ancienne, ultra épaisse, ultra blanche, en occuperait le centre, le parquet de la salle d’eau et de la chambre proprement dite ne faisant qu’un, de sorte qu’il y aurait continuité entre la chambre et la salle d’eau, les concepteurs de la chambre visant à faire de la chambre un espace, convivial, où l’on aimerait vivre, « passer, ensemble, un bout d’existence », aurait dit Ma, le matin, au patron du bar hôtel, s’inquiétant, ostensiblement, de savoir si, oui ou pas, nous aurions, nous autres, passé une bonne nuit, dans la chambre la plus vaste du bar hôtel, tant la nuit aurait été « immonde », aurait-il dit, des chiens d’ombre et des fous ayant tenté, la nuit, de forcer les portes, tant, la nuit, les chiens d’ombre et les fous crèveraient la dalle, tentant de de s’introduire en force dans les bars et les hôtels, et particulièrement dans le bar hôtel, tant il y aurait, au bar hôtel, des réserves immenses, à « piller », aurait-il dit, tant les frigos et les garde-manger du bar hôtel regorgeraient de nourritures, le patron du bar hôtel, prévoyant toujours le pire, incitant Nyoundi et Nyoundo à constituer du stock, de sorte que Nyoundi et Nyoundo constitueraient des stocks, de sorte que « jamais l’on ne tomberait à cours », dirait-il. Ma se débarrassant de ses vêtements, dès qu’elle rentrerait dans la chambre, serait montée, deux minutes trente plus tôt, dans la chambre, laissant l’autre, et ses propos insensés, tout en bas, au bar du bar hôtel, comme si, au-delà des propos, au-delà du malaise que génèreraient des propos, probablement insensés, probablement déplacés, il n’y aurait pas l’haleine, « surtout l’haleine », dirais-je à Ma, la capacité de propos peut-être insensés à tenir Ma en haleine, la « propension de Ma d’être tenue en haleine », dirais-je encore, faisant les cent pas, cherchant du regard les vêtements de Ma, roulés en boule, expédiés n’importe où, n’importe comment, dans la chambre, dans l’espace chambre de la chambre, dès qu’elle serait rentrée, revenue dans la chambre, comme si « des propos insensés feraient horreur à Ma », dirais-je encore, en sueur, négligeant, nous autres, de tirer les cordons du ventilateur, ne comprenant rien à rien, ne sachant pas s’il conviendrait de tirer une fois ou deux les cordons du ventilateur, de sorte que le ventilateur, un machin immense, muni de quatre pâles, ne brasserait pas l’air, Nyoundi ou Nyoundo ayant tiré les cordons, adéquatement, le soir, bien avant que nous débarquions, sortions nos valises, nos bagages en cuir souple, du coffre de la voiture, si bien que le ventilateur, ce machin immense, totalement vintage, en bois compact et en plastique blanc, ultra solide, ultra beige et blanc, brasserait l’air, depuis des heures, quand nous serions entrés dans la chambre, faisant voleter les tulles, les voiles « ultra chics, ultra fins », dirait le patron du bar hôtel, portant lui-même nos bagages, nos besaces en cuir, de voyage, nous vantant la chambre, rafraîchissant l’air, ultra chaud, ultra lourd, dans un bruit infernal, « de moteur deux temps », dirait Ma, n’arrivant pas à fermer l’œil, à passer une bonne nuit, tant le boucan infernal du ventilateur brassant l’air lui « scierait le sommeil en deux », dirait-elle, repoussant des pieds le drap en coton blanc couvrant nos corps, totalement nus, n’arrêtant pas de tourner au lit depuis des heures, ne trouvant pas le sommeil, tant tout ceci nous troublerait, « l’affreuse Afrique nous troublerait », dirait Ma, « passablement troublée », dirais-je, dès qu’un type, un « phénomène de foire », dirais-je, tenant, dans un bar de bar hôtel, des propos insensés, soi-disant insupportables, dirait subitement « kawaï », Ma ne pouvant se contenir dès qu’un type dirait « kawaï », Ma se troublant, ostensiblement, dès que le type, en bas, aurait dit « kawaï », à propos, tout d’abord, des fesses de Ma, « troublantes », aurait-il dit, parfaitement « kawaï » quand Ma s’assoierait « kawaï » sur un tabouret ou une chaise, la posture de Ma étant parfaitement « kawaï », aurait-il dit, en raison de sa jambe, droite, repliée sous elle, lui servant de coussin, confortable, et de ses pieds nus, Ma quittant ses chaussures, ses baskets de sport, ultra basses, ultra légères, dès qu’elle entrerait quelque part, dans un bar de bar hôtel, par exemple, se dévêtant pour un rien, préférant dormir nue « et mourant de chaud », dirait-elle, plutôt que de subir le boucan infernal, Ma tirant alors, n’importe comment, les cordons du ventilateur, jusqu’à l’extinction du moteur, faisant d’abord tourner les pâles, à toute allure, puis par intermittence, les pâles se remettant au route, ensuite, au ralenti, après huit secondes quinze, dans un silence factice, « ultra insupportable », dirait Ma, tant il nous forcerait l’oreille, nous obligeant à tendre l’oreille, tant l’oreille tendue n’écouterait plus que lui, alors qu’il y aurait la nuit et ses rumeurs de nuit, persistantes, « ses criquets gigantesques, son ressac de lac, sa folie des fous et des chiens d’ombre, etc. », dirait-elle, totalement nue, excédée, les fossettes, ultra « kawaï », de ses reins, ultra visibles, « ultra belles », penserais-je, ne pouvant que penser, depuis le lit, de sorte qu’elle finirait, par hasard, par éteindre la machine, le boucan infernal du ventilateur. « N’en revenant pas », dirais-je, de constater à quel point Ma serait troublée, aisément troublée, par quelqu’un, n’importe qui, un type disant « kawaï », répétant « kawaï », le vocable « kawaï », comme s’il savait que rien ne troublerait Ma le plus au monde que « kawaï », le vocable « kawaï », le type insistant sur les fesses de Ma, « splendidement kawaï », dirait-il, et la posture de Ma, bien droite, assise sur sa jambe droite, sa poitrine, « pourtant minuscule, prenant soudainement de l’ampleur, prenant kawaïement de l’ampleur », aurait-il dit, dirais-je, deux minutes trente plus tard, à Ma, totalement nue, de dos, en pleurs, dans l’espace salle d’eau de la chambre, dans sa posture « kawaï », assise sur sa jambe droite et confortable, devant l’armoire, la psyché, totalement belle, vintage, de la salle d’eau, passant sur son visage une lingette d’ouate, démaquillante, spécialement conçue pour l’étranger, les voyages à l’étranger, Ma préparant toujours avec soin ses voyages à l’étranger, prenant soin à voyager léger, « ultra léger », passant des heures de dingue au rayon des laits démaquillants, hésitant, durant des heures, entre deux marques de lingettes démaquillantes, spécialement conçues pour les voyages, longs séjours à l’étranger, spécialement imbibées de lait démaquillant, spécialement conçu en laboratoire, ne séchant pas, « même au soleil », dirait-elle, tant que les lingettes resteraient dans leur boîte, à l’ombre pour ainsi dire, à l’abri des « rayons solaires les plus ardents », dirait-elle à l’homme en uniforme, en oreillette, les caméras de surveillance ayant repéré le manège de Ma, le personnel de sécurité croyant reconnaître, dans le manège de Ma, un manège, tant les boîtes en carton, contenant les lingettes, au lettrage ultra vif et dynamique, supposé nous donner la pêche, supposé nous donner le peps, seraient restés des heures entre les mains de Ma, le personnel de sécurité avertissant le gardien de l’entrée, un type immense, portant un uniforme, un pantalon noir, une chemise gris foncé striée de lignes, noires et verticales, estampillée Security, en rouge, brodé sur la poitrine, à l’emplacement du cœur, la broderie rouge ne déteignant pas au lavage, tant il importerait, pour la firme, distribuant trois fois par an, à tout son personnel, des chemises, à lignes noires et verticales, que le rouge vif de la broderie, spécialement conçu pour l’entreprise, demeure un rouge, ultra vif, tant il semblerait déplorable, pour l’entreprise, que le rouge, ultra vif, s’amollisse au lavage, le personnel de sécurité signalant au gardien de l’entrée, un homme en oreillette, courtois, à quel point il y aurait manège, probablement manège, du côté du rayon des laits démaquillants, une dame de petite taille, bien mise, portant un long manteau, manipulant depuis des heures deux boîtes de lingettes démaquillantes, n’arrêtant pas, depuis des heures, d’ouvrir les boîtes et de sortir des boîtes les notices d’utilisation, comme si quelqu’un pouvait passer des heures à déplier, puis à lire, des notices d’utilisation, ultra simples et élémentaires, comme si quelqu’un, bien mis, splendide, dans un manteau ultra large, pourvu de poches, probablement profondes, ultra profondes, capables de contenir « trois douzaines au moins de boîtes de lingettes démaquillantes », aurait dit, à l’oreillette de l’autre, le personnel de sécurité, visionnant en gros plan les mains de Ma, dépliant les notices, ultra simples, d’utilisation, les portant à ses yeux, les remettant ensuite à leur place, dans leur boîte, puis refermant les boîtes, avec soin, puis réouvrant les boîtes, en ressortant les notices, ultra simples, élémentaires, puis les portant à ses yeux, puis les remettant en place, ainsi de suite, « dix fois de suite », dirait à Ma, le personnel de sécurité, visionnant, avec Ma, « le manège », dirait-elle, plus tard, de retour à l’appartement, de fort bonne humeur, et le dos de Ma, parfaitement reconnaissable, dans son long manteau, vintage, sa « pelure d’hiver », dirait-elle, sa pince à cheveux relevant une mèche, à l’arrière du crâne, de sorte que Ma, n’importe où, n’importe quand, porterait comme une aigrette, toute légère, flottant au vent, s’agitant nerveusement chaque fois que Ma bougerait la tête. Conférant à la tête de Ma un aspect « kawaï », dirait l’autre, au bar du bar hôtel, totalement « inoubliable », dirait l’autre, tandis que Ma passerait la porte, s’élançant dans l’escalier, regagnant la chambre. L’autre ayant juste le temps de dire à quel point le patio du bureau de poste et ses couchettes de paille, ses mauvais lits pour lépreux, étaient tout aussi importants que les fesses de Ma, avant de recevoir

proposition n°24

Puis, alors que Mi tournerait en rond, ferait les cent pas dans sa cage, n’arrêtant pas de dire, serinant à Ma ses « quatre vérités », dirait-il, passablement agacé, haussant le ton, tournant au rond dans leur chambre vintage du bar hôtel, les chaussures de Mi, italiennes, à pointe, à cuir souple et orangé, claquant à chaque pas, Mi refusant que quelqu’un, un expert, adjoigne, avec « art et subtilité », aurait dit Ma, une semelle noire, en caoutchouc, à la semelle châtain clair – « en je ne sais pas quoi », aurait dit Ma -– des chaussures de Mi, prétextant une réaction chimique, fulgurante, entre la colle dont l’expert enduirait la semelle et la semelle proprement dite –- pareille au bois, se donnant l’air de bois, étant peut-être en bois –- des chaussures italiennes, ultra chic, ultra classe, de Mi, de sorte que tout qui porterait des chaussures italiennes, orangées, ultra chic, ultra classe, saurait à quel point il serait potentiellement destructeur de confier des chaussures, neuves, souples, à de « soit disant experts », aurait dit Mi, tant le monde, de nos jours, regorgerait d’experts, pratiquant l’expertise, diffusant l’expertise, l’expertise des experts nous « prenant en otage », aurait dit Mi à Ma, s’exerçant n’importe où, n’importe comment, tant et si bien qu’il y aurait des « experts », soi-disant experts, dans tous les domaines, des experts enduisant de colle à chaussure des semelles, en caoutchouc, et des semelles en bois – ou simili-bois –, ignorant parfaitement la réaction chimique, fulgurante, détruisant, « pour toujours », la semelle en bois – ou simili-bois –, tant la réaction chimique entre des semelles noires, en caoutchouc, enduite de colle, liquide, étalée avec soin, au pinceau rond, au poil ultra dense et rigide, et des semelles en bois – ou simili-bois –, enduite de colle, la même, au pinceau, le même, serait fulgurante, les semelles châtain clair en bois – ou simili-bois – pouvant prendre l’eau en « dix secondes quinze », aurait dit Mi, fourrant ses chaussures dans son sac en cuir, de voyage, traité avec soin, passé, par ses doigts, au baume hydrofuge, Mi passant tout l’après-midi à traiter tous les cuirs, à étendre, à la main, le baume hydrofuge, spécial cuir, tant les pluies de l’Afrique, de midi comme de seize heures, auraient la propension à « niquer les cuirs », aurait-il dit, posant sur la table du salon de leur appartement un pot, minuscule, de baume hydrofuge, « ultra performant », aurait-il dit, en verre transparent, parfaitement lisse, sans fissure, de marque inconnue, le temps et les rayons solaires ayant gommé les encres de l’étiquette, probablement rouge et noire, à l’origine, appliquées avec soin, en aplats, ornant encore, mais de façon légère, l’étiquette, rectangulaire, là où l’étiquette, rectangulaire, ce qui resterait de l’étiquette, aurait capté le moins les rayons solaires, l’étiquette captant parfaitement, partout ailleurs, les rayons solaires, devenant alors, partout ailleurs, avec le temps, sans nuage rosé ou gris pâle, sans nuance, des nuances rosées, ou gris pâle, ornant l’étiquette là où l’étiquette aurait capté le moins les rayons solaires, de sorte qu’il resterait de l’encre, vaguement de l’encre, sur l’étiquette, aux endroits les moins exposés, les rayons solaires détruisant l’étiquette, gommant les encres, les couleurs des encres, l’étiquette devenant, peu à peu, ultra blanche, puis ultra friable, comme si l’étiquette avait cuit au soleil, partant, maintenant, par endroit, en vrille, dès qu’on y porterait les mains, Mi y portant les mains, ne pouvant qu’y porter les mains, n’importe qui, homme ou femme, y portant les mains, y portant les mains, ne pouvant s’empêcher d’y porter les mains, de sorte que Mi, comme n’importe qui, n’aurait pu s’empêcher d’y porter les mains, l’étiquette partant alors en vrille, s’émiettant au-dessus de la table, au-dessus du plancher, Ma alors, l’irritable Ma, partant alors en vrille, reprochant à Mi d’y porter les mains, d’émietter l’étiquette en dix mille parcelles, « ultra minuscules », aurait-elle dit, l’étiquette alors partant en vrille, à mesure que Mi y porterait les mains, l’étiquette s’émiettant alors, en dix mille parcelles, ultra minuscules, sur la table et le plancher, et, alors que Mi n’arrêterait pas, dans leur chambre du bar hôtel, de tourner en rond, ses chaussures italiennes claquant à chaque pas sur le plancher, ne pouvant s’empêcher de dire à Ma tout ce qu’il aurait sur le cœur, tournant en rond dans la chambre, dans l’espace chambre de la chambre, il y aurait ailleurs, au bureau de poste, à dix mille lieues de la chambre, à dix mille lieues des vies et existence de la chambre, un homme, possiblement un homme, assis par terre, depuis des heures, depuis des jours, dans l’encoignure, à peine visible, tant les caissons, en plastique blanc, ultra cuits, ultra friables, attenant au bureau de poste, au pignon du bureau de poste, le masqueraient presqu’entièrement. L’homme, possiblement un homme, ayant décidé, un jour, il y a vingt-huit ans, de vivre quasi masqué, ultra immobile, ultra invisible, dans l’encoignure du bureau de poste, derrière deux caissons blancs, de guingois, posés sur deux blocs, ultra cuits, ultra friables, de béton armé, s’assurant, toutes les nuits, de la stabilité de l’affaire, passant, des jours entiers, assis par terre, à ne rien dire, à ne rien faire, dans une tension perpétuelle, l’homme, possiblement un homme, passant sa vie, assis par terre, dans une tension perpétuelle, parfaitement droit, les genoux relevés, deux caissons blancs, disposés de guingois, sur des socles, de guingois, en béton ultra cuit, le rendant invisible, ou quasi, de la rue, n’importe qui, le voyant de la rue, ne voyant que ses pieds, supposément d’homme, mais peut-être de femme – sûrement de femme si la femme toussait, sûrement d’homme si l’homme toussait, personne n’étant arrivé, encore, de nos jours, à confondre une toux d’homme et une toux de femme, tant il y aurait des différences entre une toux d’homme et une toux de femme, la toux d’une femme, même ultra grave, gardant toujours, dans ses harmoniques, une pointe d’aigu, ultra aigüe, la toux d’un homme, même ultra fine, ultra pointue, gardant toujours, dans ses harmoniques, un infra-son, ou presque, ultra bas, caractéristique –-, l’homme –- ou la femme –- quittant, la nuit, sa position de jour, se relevant, époussetant son pantalon, ultra sale, en coton, comme passé à l’huile, étanchéïsé à l’huile, tant la crasse, épaisse, couvrirait ses cuisses et le bas de son pantalon, tant la croûte de crasse luirait au soleil, conférant au pantalon, aux cuisses et au bas du pantalon, une rigidité typique de vêtement huilé, passé à l’huile, en vue de rendre étanche, imperméable, le tissu, l’homme -– ou la femme -– s’assurant ensuite de la stabilité de l’affaire, puis reprenant place, bien à l’abri, derrière ses deux caissons formant un angle droit, une cachette parfaite, où l’on pourrait se dissimuler, demeurer des jours entiers comme retiré du monde, l’homme -– ou la femme – se retirant du monde depuis vingt-huit années, ayant choisi, il y a vingt-huit années, de vivre planquées ses vies et existence, vivant alors planqué, bien à l’abri, derrière deux caissons, attenant au pignon du bureau de poste, contenant des câbles électriques, tout un réseau de connexion assurant l’éclairage public, l’approvisionnement, en ondes électriques, du bureau de poste et des points lumineux, extérieurs, du bureau de poste, des ampoules de vingt-cinq et de trente watts suspendues dans les airs, dans le patio, en façade du bureau de poste, à deux mètres cinquante du sol, en carrelage usagé, du patio, les boîtiers électriques assurant de même l’éclairage de la rue, déclenchant, dès qu’il ferait nuit, l’allumage automatique des trois réverbères, d’un côté de la rue, puis des trois réverbères, de l’autre côté de la rue, conférant à l’ensemble une belle tenue, l’homme -– ou la femme –- se levant alors, dès qu’il ferait nuit, s’assurant de la stabilité de l’affaire, puis reprenant place, par terre, bien droit, les genoux repliés, constamment aux aguets, comme si vie et existence dépendaient, à cent dix mille pourcents, de l’affaire, de la stabilité de l’affaire, l’homme –- ou la femme –- ne supportant pas l’idée qu’une affaire aussi stable, des boîtiers électriques, posés de guingois, sur des blocs de béton, rectangulaires, coulés de guingois, à la va-vite, il y a vingt-huit ans, en raison d’un drame, les ouvriers chargés de couler le béton ne pouvant s’empêcher de couler le béton de guingois en raison d’un drame, les ouvriers chargés de couler le béton se fichant de couler le béton de guingois en raison d’un drame, de sorte que le béton serait coulé de guingois en raison d’un drame, les ouvriers chargés de sceller les boîtiers électriques scellant ensuite les boîtiers de guingois, de sorte que tout serait de guingois, depuis vingt-huit ans de guingois, l’usure du temps nécessitant de se lever, de vérifier, de nuit, de préférence, si toute cette affaire, cet édifice instable, de guingois, serait toujours stable, ultra fiable, l’édifice, jusqu’ici fiable, étant toujours stable, les deux portes, assurant la fermeture du caisson aligné dans le prolongement de la façade, étant demeurées « inviolées, inviolables », malgré les coups, répétés, les bandes déferlant des collines, s’acharnant à détruire, de sorte que les portes, assurant la fermeture et l’étanchéité du caisson, seraient demeurées « inviolées, inviolables », malgré les coups, répétés, des lascars, s’efforçant à détruire, éradiquer, à coups de machettes, à coups de gourdin, tous ceux, toutes celles venues d’ailleurs, le fabriquant, chinois, des caissons assurant, dans ses prospectus, la fermeture parfaite et l’étanchéité de portes, ultra solides, capables de demeurer « inviolées, inviolables » des années entières, « des décennies », les portes du caisson électrique, prolongeant, de soixante-deux centimètres, la façade du bureau de poste, demeurant, en effet, « inviolées, inviolables », malgré les coups de machettes, les tirs à balles réelles, l’homme –- ou la femme –- testant, trois nuits de suite, il y a vingt-huit années, quand il –- ou elle –- était encore enfant, le caractère inviolable des portes du caisson aligné prolongeant la façade, puis les portes du caisson électrique, tout aussi de guingois, formant un angle droit avec l’autre, de sorte qu’il serait possible de passer vie et existence, ultra immobile, ultra invisible, dans une perpétuelle tension, planqué derrière, à l’abri des regards, chipant, de nuit, un couteau, ultra long, ultra tranchant, à l’épicerie Nickel Chrome, portant déjà le nom Nickel Chrome, peint en rouge, à la main, en capitales droites, sans empâtements, se détachant, ultra visible, sur un fond blanc, ultra blanc, le patron de l’époque peignant lui-même l’enseigne sur un contre-plaqué, puis la fixant lui-même au-dessus des vitrines et de la porte d’entrée, tant il importerait, au patron de l’époque, que n’importe qui, homme ou femme ou enfant, déboulant des collines, à pied, portant ses cages de poulets frais et ses cageots de légumes, repère, même de loin, Nickel Chrome, l’épicerie Nickel Chrome, déjà carrelée, à l’époque, déjà passée, trois fois par jour, à l’eau de Javel, tant l’hygiène, à l’époque, importerait au patron de l’époque, le patron de l’époque retroussant ses manches, trois fois par jour, passant le balai, trois fois par jour, testant d’abord l’affaire sur des petits formats, des double-pages de quotidien étendues par terre, passées au blanc, « ripolinées », aurait-il dit, puis recouvertes d’un lettrage, rouge vif, figurant le nom Nickel Chrome, le patron de l’époque testant les graphies, tournant en rond, plusieurs fois par jour, autour des papiers disposés par terre, à même le carrelage, demandant l’avis des clients, des clientes, des habitués de l’épicerie, ultra fine, ultra propre, Nickel Chrome, le choix ayant lieu quinze jours après l’invention du nom, l’invention du nom ayant lieu, de jour, au bureau de poste, dans l’encoignure du bureau de poste, un gamin de sept ans, renfrogné, presqu’invisible, se planquant, depuis des jours, dans l’encoignure, à l’abri des boîtiers électriques attenant, en façade, au bureau de poste, formant comme un abri, une cachette provisoire, d’où quelqu’un, homme ou femme ou enfant, ultra peu visible, observerait le monde, la marche du monde, les exercices militaires, les révoltes militaires, les traques ennemies, tant il serait possible, à l’abri de deux boîtiers électriques, formant un angle droit, d’observer le monde, tant il y aurait un jour, un interstice, entre les boîtiers électriques, les boîtiers électriques ne collant pas l’un à l’autre, un interstice, variable, variant de deux centimètres un à cinq centimètres douze, formant comme un vide, une solide séparation, permettant à n’importe qui, homme ou femme ou enfant, de voir tout ce qui se passerait dans le monde, le patron de l’époque, se rendant à la banque, s’arrêtant en route, près de l’encoignure, demandant alors au gamin de l’époque, à l’abri, comme ça irait, le gamin répondant alors « Nickel Chrome », le patron de l’époque gardant en tête alors « Nickel Chrome », disant alors « Nickel Chrome » aux employés de l’époque, à la caissière de l’époque, au zamu de l’époque, tous et toutes, alors, hochant la tête à l’époque, disant alors « Nickel Chrome », puis « Nickel Chrome »,

proposition n°25

Le gamin du bureau de poste vivant nuit et jour au bureau de poste dans les parages du bureau de poste tenant des fois salon en rue prétendant tout connaître tout du monde de comment il va comment il tourne. Comment tournent les gens rien qu’à les voir passer à pied ou en voiture dans les parages du bureau de poste. Ne voyant pas dès lors pourquoi il devrait lui quitter son abri de fortune sa bâche bleue tendue par-dessus deux boîtiers électriques posés de guingois sur des socles de béton armé figés de guingois dans la terre. Tant il saurait lui tout du monde devinant comment il va comment il tourne rien qu’en regardant les gens comment ils vont comment ils tournent dans les parages du bureau de poste charriant des tonnes sur leur dos ou leur charrette à bras. Passant lui des journées entières à observer le monde comment il va comment il tourne depuis son poste d’observation son abri de guingois attenant à la poste construit de guingois directement de guingois par des ouvriers travaillant à la va-vite les ouvriers se moquant éperdument de prendre ou pas comme assise le sol se demandant juste s’ils passeraient la journée finiraient ou pas la journée en un bout se fichant alors de prendre comme assise le sol ou une toute autre assise que celle du sol. De sorte que les socles de béton et les boîtiers électriques disposés par la suite par dessus avec art seraient de guingois nettement de guingois ou prendraient-ils appui sur une assise toute autre que celle de ce sol appelé terre et qui nous porte. Comme si les socles de béton et les boîtiers électriques prenaient appui sur un sol totalement autre que la terre ou surgissaient mais comment d’un monde totalement autre et parallèle. Comme si les socles de béton et les boîtiers électriques étaient issus mais est-ce possible d’un monde totalement autre et parallèle mais est-il possible que des objets de guingois surgissent ainsi d’un monde totalement autre et parallèle ou bien n’est-ce qu’une vue de l’esprit. Ou bien alors les ouvriers prenant appui sur un sol totalement autre que celui de la terre auraient coulé à la va-vite à la manière du monde totalement autre de sorte que du point de vue du monde totalement autre et parallèle les socles de béton et les boîtiers électriques seraient totalement droits parfaitement disposés sur le sol mais comment et pourquoi des ouvriers auraient-ils eu l’idée de disposer sur le sol appelé terre des socles de béton et des boîtiers électriques selon des normes en vigueur ailleurs totalement ailleurs dans un monde totalement autre et parallèle. Quelque chose comme une force parallèle aurait-elle un jour projeté on ne sait pas pourquoi des ouvriers d’un monde totalement autre et parallèle sur un sol ultra dur appelé terre de sorte que pressés par le drame ils auraient dressé des socles à la va-vite et des boîtiers électriques totalement de guingois tant ils auraient craint pour leur peau tant ils douteraient de la solidité de leur peau. Des balles perdues ou des coups de machette pouvant mettre à l’épreuve la solidité de leur peau n’est-ce pas se seraient-ils demandé préférant toutefois bâtir quelque chose de guingois selon les normes en vigueur dans le monde appelé terre plutôt que de tenter l’expérience. Et tandis qu’ils couleraient à la va-vite les socles de béton sans se préoccuper de savoir selon quelles normes il conviendrait de le faire ils couleraient machinalement le béton selon les normes en vigueur dans leur monde totalement autre et parallèle tant ils craindraient pour leur peau. Mais existe-t-il un ou des mondes parallèles ressemblant au monde appelé terre ou totalement autres que le monde appelé terre. Et existe-t-il des ponts ou des passages parallèles entre des mondes parallèles et le monde appelé terre. Est-il possible que des choses parallèles des marchandises charriées à dos de mulet empruntent des passages passant ainsi d’un monde parallèle à un autre monde tout aussi parallèle tout aussi étranger au monde appelé terre. Dirait-il le gamin tenant salon à l’extérieur dans les parages de la poste assis dans un sofa jaune élimé complètement défoncé comme fendu en deux apparu on ne sait pas comment durant la nuit personne dans les parages du bureau de poste n’ayant entendu quoi que ce soit. De sorte qu’il serait visible dès le matin comme apparu par magie ou issu d’un monde parallèle des mules transportant peut-être de nuit peut-être de jour on ne sait pas des marchandises des fruits et des légumes des pièces de rechanges ou des meubles des sofas jaunes élimés complètement défoncés à réparer dans le monde appelé terre tant il y aurait dans le monde appelé terre des ouvriers pas du tout parallèles capables de réparer tout ce qui serait défoncé élimé par la vie ou l’existence. Le gamin alors tenant salon dans la rue ayant pris place dans le sofa ajoutant encore à quoi bon. Puis disant encore à quoi bon dès lors quitter un abri ultra sûr quand tout ce qui importerait au monde serait là ultra visible dirait-il passant délicatement sa main droite ultra fine sur l’accoudoir complètement défoncé du sofa jaune en velours élimé le second accoudoir portant de larges taches brunâtres impossible à faire partir au lavage. Le gamin rappelant encore qu’il passerait ses journées dans une tension extrême tant il scruterait les signes se demandant mille fois par jours dirait-il si tout ceci toutes ces choses et tous ces êtres allant de guingois dans les parages du bureau de poste seraient issus ou pas d’un monde parallèle ou de plusieurs. Le gamin se demandant encore mille fois par jour si toutes les choses et tous les êtres de guingois n’iraient simplement pas de guingois parce qu’ils iraient de guingois selon les normes en vigueur dans un monde appelé terre mais qu’ils iraient plutôt droits parfaitement droits dans un monde

proposition n°26

Le gamin du bureau de poste portant quant à lui des chaussures vernies comme s’il importait de porter des chaussures vernies ne comprenant pas pourquoi il ne pourrait pas porter des chaussures vernies et noires ultra basses et rigides lui minant les pieds chaque fois qu’il les porterait fût-ce cinq minutes quinze aurait dit sa mère aurait pu dire sa mère si sa mère l’avait dit tant le cuir des chaussures vernies de l’époque serait ultra rigide provoquant des fissures aux pieds des failles immenses à soigner durant des jours aurait pu dire sa mère tant les failles seraient immenses et douloureuses. Des fissures ne manquant pas d’apparaître tant ses pieds de l’époque seraient ultra fragiles tant les cuirs de l’époque seraient ultra fermes et rigides les cuirs de l’époque minant facilement à l’époque les pieds ultra fragiles provoquant des fissures ultra profondes sur le côté des pouces où l’on sent l’os la petite bosse de l’os de sorte qu’à quoi bon aurait pu dire sa mère à quoi bon porter des chaussures vernies ultra fermes et rigides s’il faut soigner ensuite durant des jours des pouces si douloureux qu’il te faudrait des jours avant d’oser entrer dans une paire de chaussures ultra souples et confortables aurait pu dire sa mère. Je te demande aurait pu dire sa mère si sa mère l’avait dit. Le gamin du bureau de poste portant alors ses chaussures ultra fermes et rigides ayant pris place dans l’autobus côté couloir donnant le change à côté de sa mère s’asseyant ultra droit comme un dingue tout au fond de l’assise mais donnant le change laissant pendre ses jambes durant tout le trajet si bien qu’elles pendraient durant tout le trajet ses pieds ne touchant jamais terre tant il prendrait garde à ce que ses pieds ne touchent jamais terre tant il serait douloureux que ses pieds touchent terre veillant alors à ce que ses pieds ne touchent jamais terre restent suspendus entre ciel et terre durant tout le trajet se demandant tout de même comment il ferait une fois sa mère son frère et lui descendus de l’autobus une fois qu’il faudrait toucher terre et marcher sur la terre. Se grattant trois fois la tête en se le demandant tant il lui semblerait impossible de toucher terre. Le gamin du bureau de poste touchant toutefois terre à l’instant où il faudrait toucher terre touchant terre voilà simplement terre quand il faudrait toucher terre se prenant les pieds dans les pieds des sièges de l’autobus comme s’il n’avait pris aucune garde ou n’avait pas remarqué les sièges de l’autobus comme s’il n’avait pas calculé son coup donnant le change ensuite tout le reste de la journée boitant derrière sa mère et son frère les laissant parfois filer la mère n’en pouvant plus de son cirque dirait-elle aurait-elle pu dire tant il traînerait derrière donnant comme il pourrait le change le frère se retournant régulièrement craignant de le perdre demandant à la mère s’il ne faudrait pas l’attendre tant il lui semblerait qu’il traînerait derrière en raison de ses pieds ultra fragiles ultra fracturés peut-être dirait son frère aurait pu dire son frère ultra inquiet en raison d’une distraction survenue dans l’autobus à l’instant de toucher terre si bien qu’il boiterait maintenant et traînerait derrière et mon œil dirait la mère se touchant l’œil. De sorte qu’il marcherait derrière et tâcherait de donner le change tâchant toutefois de ne pas perdre la vue gardant en point de mire sa mère le dos de sa mère le dos de son frère craignant toutefois que quelqu’un le dos de quelqu’un fasse écran de sorte qu’il perdrait de vue le dos de sa mère ou le dos de son frère errant alors des heures durant à la recherche de son frère et de sa mère juste parce qu’un dos de quelqu’un aurait subitement fait barrage aurait masqué la vue le gamin du bureau de poste perdant alors de vue le dos de sa mère et le dos de son frère traînant alors partout en rue donnant le change entrant comme si de rien n’était dans tous les magasins toutes les boutiques faisant le tour ultra lentement comme s’il cherchait quelque chose ultra naturellement dans les rayons de lingerie fine ou de boucherie comme s’il jetait un œil expert aux soutiens-gorges extra large ou aux travers de porc ultra brillants passés au pinceau comme à la laque n’en revenant pas que tout ici rutile le gamin du bureau de poste n’en revenant pas de donner ainsi le change de passer ainsi totalement inaperçu dirait-il aurait-il pu dire plus tard à son frère lorsqu’ils auraient repris l’autobus faisant le voyage en sens inverse rentrant à la maison se demandant s’il aurait pu donner le change en restant aux côtés de sa mère tant il lui semblerait avoir donné le change sans être resté aux côtés de sa mère. Sa mère en raison de sa mise n’aidant pas à donner le change aurait-il rappelé à son frère s’il l’avait rappelé à son frère son frère n’arrêtant pas de rappeler des jours avant le voyage combien il serait important de prendre garde à sa mise de porter par exemple des chaussures vernies ultra basses en dépit de pieds ultra fragiles tant les gens dans les magasins porteraient des chaussures vernies en cuir ultra rigide tant il serait important de passer inaperçus dans la foule et les boutiques tu vois ce que je veux dire aurait demandé son frère et oui je vois ce que tu veux dire aurait dit le gamin du bureau de poste. Tant et si bien que le gamin du bureau de poste aurait vu ce que son frère voudrait dire n’est-ce pas. Oui. Tant et si bien que le gamin du bureau de poste en dépit de ses pieds ultra fragiles aurait vu ce que son frère voudrait dire malgré les failles à venir les fissures qui ne manqueraient pas d’apparaître tant des fissures ultra profondes apparaîtraient à l’époque sur les pouces des pieds ultra fragiles du gamin du bureau de poste le port simple port de cinq minutes de chaussures vernies ultra rigides suffisant à l’époque à provoquer des failles ultra douloureuses ultra longues à guérir les pieds du gamin du bureau de poste demeurant à l’époque ultra sensibles des jours durant au point de ne pas oser entrer des jours durant dans une paire de chaussures ultra souples et confortables les pieds du gamin du bureau de poste n’ayant pas la souplesse et la solidité des pieds de son frère. Les pieds de son frère osant entrer dans n’importe quelle paire de chaussures ultra souples ou rigides aucune faille n’apparaissant sur les pieds de son frère qu’il porte des chaussures ultra souples ou rigides. Son frère disant n’importe quoi prétextant la mise pour qu’il porte des chaussures vernies au cuir ultra rigide occasionnant des douleurs ultra fortes et des fissures ultra profondes. Des fissures ultra profondes ne manquant pas d’apparaître dès qu’il porterait cinq minutes des chaussures vernies en cuir ultra rigide tant son frère à l’époque un garçon aux pieds ultra solides chercherait à dire des jours durant n’importe quoi à dire tant il importerait à l’époque à son frère de trouver n’importe quoi à dire si n’importe quoi à dire fendrait le gamin du bureau de poste en deux tant il importerait à son frère à l’époque de fendre le gamin du bureau de poste en deux tant il jalouserait le gamin du bureau de poste en raison de son intelligence ou de sa grande finesse d’esprit n’est-ce pas. Oui. Le frère aux pieds ultra solides prétextant alors le fait de passer inaperçu pour inciter le gamin du bureau de poste à porter malgré les failles et les fissures des chaussures vernies en cuir ultra rigide provoquant même après cinq minutes de multiples failles fendant les pieds du gamin du bureau de poste en deux aurait-il dit aurait-il pu dire à son frère s’il avait retrouvé sa mère et son frère en entier. Le gamin du bureau de poste ne retrouvant ni sa mère ni son frère en entier n’est-ce pas. Oui. Le gamin du bureau de poste ne retrouvant ni sa mère ni son frère en entier des machettes et des rafales de balles s’obstinant à fendre en deux sa mère et son frère aux pieds ultra solides. De sorte qu’il retrouverait sa mère et son frère fendus en deux. De sorte qu’il resterait en ville. Aucun baume pour les pieds ne pouvant réparer sa mère ou son frère n’est-ce pas dirait-il hilare

proposition n°27

( ... ) tandis que « ’Tention » dirait Ma tandis que nous roulerions toute allure dans la nuit bien épaisse manquant de peu quelqu’un n’arrêtant pas nous autres de manquer de peu quelqu’un. Évitant dix fois de suite quelqu’un homme ou femme ou enfant « la faible portée des phares nous empêchant de voir au-delà de dix mètres quinze ou cinq mètres trente » dirait l’autre à la place du mort n’arrêtant pas de causer à la place du mort d’avoir quelque chose à dire sur tout et sur rien à la place du mort tant nos phares manqueraient de « puissance de feu » dirait-il en raison d’un manque d’ampoules les gros phares manquant d’ampoules les feux de croisement n’étant pourvus que d’ampoules défectueuses des fois marchant des fois pas de sorte que nous avancerions « au radar » dirait-il nos feux de position étant les seuls fiables à même de percer sur dix mètres quinze ou cinq mètres trente la nuit épaisse « pas plus » dirait-il de sorte que nous roulerions toute allure fendant la nuit épaisse « le café ultra fort que serait la nuit épaisse » dirait-il « à la seule lumière ultra faible des ampoules électriques des feux de positions » dirait-il et « oui » dirais-je et « bien sûr » ajouterais-je n’ajoutant rien d’autre ne relançant pas l’autre priant le ciel pour qu’il se taise ou quelque chose du genre ne supportant plus que l’autre depuis l’aéroport baratine. « Tant le taxi serait défectueux » dirait-il baratinant encore revenant une fois de plus sur la bande bleue transparente couvrant tout le haut du pare-brise sur sept ou huit centimètres en vue de parer le soleil de faire barrage à ses rayons éblouissants quelqu’un décidant un jour de coller une bande bleue autocollante sur le haut du pare-brise mesurant avec soin la longueur du pare-brise déroulant ensuite son rouleau de bande bleue en prélevant un morceau de même centimètrage que le pare-brise puis collant sur le haut du pare-brise son morceau de bande bleue de même centimètrage de sorte qu’il ne serait plus « ébloui » dirait-il « ou nettement moins » dirait-il la bande bleue transparente et autocollante faisant office de pare-soleil « 100 % garanti » dirait la boîte l’emballage du rouleau de bande bleue. L’homme à la place du mort n’arrêtant pas de revenir sur le barrage le fait qu’à un barrage un policier en uniforme barrant la route n’ait décidé de lever le barrage qu’une fois l’amende payée parce qu’il aurait « une conscience professionnelle » aurait-il dit et « une conscience » aurait-il dit trouvant insupportable l’idée de laisser un taxi pourvu d’une bande bleue autocollante apposée avec soin sans un pli sur le haut d’un pare-brise poursuivre sa route comme si de rien n’était alors que chacun sait à quel point il serait dangereux de rouler de jour comme de nuit dans un véhicule pourvu d’une bande bleue horizontale couvrant tout le haut du pare-brise à tel point qu’il serait « interdit de rouler avec ça » aurait-il encore dit pointant de son stylo à bille la bande bleue horizontale couvrant tout le haut du pare-brise. L’homme à la place du mort n’en revenant toujours pas des heures après tandis que nous roulerions toute allure manquant de peu toute une foule de quelqu’uns marchant de nuit allez savoir pourquoi sur les bords de la route « s’adonnant probablement au trafic » dirait-il transportant sur leurs têtes ou dans des charrettes à bras des paniers d’osier contenant « on ne sait pas quoi » dirait-il « on ne sait jamais quoi » apparaissant toujours à l’ultime seconde sur les bords de la route dans la lumière ultra faible des phares des feux de position fendant comme elle peut la nuit « ultra forte ultra dense » dirait-il comme si « la bande bleue autocollante était ce qu’un taxi ultra défectueux avait de plus dangereux » dirait-il encore. Hilare. Alors qu’il y aurait au moins les phares et la béance. Une béance ultra visible béant à ses pieds à la place du mort. Un trou ultra béant ultra tranchant de vingt à vingt-cinq centimètres béant dans le bas de caisse ultra pourri d’un taxi roulant toute allure de nuit sur une route asphaltée par chance pourvue de peu de trous tant la technologie chinoise serait top « ultra top » dirait-il les Chinois s’entendant comme personne pour produire un asphalte une asphalte un asphalte ou une asphalte « comment dit-on » dirait-il « un asphalte ou une asphalte » de haute qualité à tel point qu’il n’y aurait que peu de trou dans l’asphalte. Le policier du barrage faisant mine d’avoir une conscience professionnelle et une conscience en raison d’une bande bleue autocollante et transparente apposée tout en haut d’un pare-brise alors que « nous encourons des dangers » dirait-il « potentiellement mortels » en raison de phares ultra défectueux et d’une béance ultra visible dans le bas de caisse « côté place du mort » dirait-il. Puis « comme c’est bouffon » dirait-il. N’arrêtant pas de dire « comme c’est bouffon » et « place du mort » à chaque fois qu’il parlerait reviendrait sur le taxi la dangerosité du taxi comme s’il ne pouvait pas s’empêcher de dire « comme c’est bouffon » et « place du mort » à chaque fois qu’il parlerait reviendrait sur l’affaire de la bande bleue et du barrage le policier levant enfin le barrage la mauvaise branche d’arbre ultra sèche et nue posée n’importe comment de guingois sur deux cailloux ultra gros ultra lourds le policier libérant la route une fois que le chauffeur de taxi serait sorti du taxi aurait réglé l’amende le chauffeur de taxi suivant le policier en uniforme à l’arrière du taxi. Le policier en uniforme fermant les yeux sur le taxi la dangerosité du taxi une fois réglée l’amende. Le policier du taxi ne s’inquiétant pas des larges taches de rouille constellant la carrosserie jaune et rouge du taxi. La tôle du taxi passablement cabossée présentant côté conducteur à hauteur de la portière arrière trois larges trous trois béances ultra coupantes de sorte que Mi se tiendrait depuis des heures à l’écart de la tôle craignant une coupure. Ma se tenant quant à elle tout contre Mi « n’en pouvant plus » dirait-elle « de ce trajet ultra long à je ne sais pas combien à l’heure » dirait-elle la dangerosité de la conduite du chauffeur le fait qu’il « rase les bords » dirait-elle le fait qu’il « rase les gens » dirait-elle roulant comme un dingue sur une route oui probablement chinoise d’accord la rendant complètement dingue au point de ne pas « s’abandonner » dirait-elle. Ma ne souhaitant pourtant depuis des heures que s’abandonner. Ma ne parvenant toutefois pas à s’abandonner. Malgré une position « ultra confortable » dirait-elle. Ma s’installant d’emblée il y a des heures dans une position ultra confortable préférant il y a des heures une position ultra confortable à toute autre position tant il irait de soi que Ma s’installe dans une position ultra confortable plutôt que dans n’importe quelle autre position Ma ayant besoin de s’abandonner en raison d’une chaleur intense tant les chaleurs intenses quelles qu’elles soient épuiseraient ultra vite les ressources de Ma et l’élan de Ma. Ma ressentant une chaleur intense dès l’aéroport. S’engouffrant alors dès l’aéroport dans le taxi sans prendre garde aux bagages tant la chaleur intense serait intense tant il faudrait à Ma d’emblée s’installer sur la banquette arrière derrière la place du mort sans chaussures ses deux jambes nues l’une sur l’autre repliées sous elle dans une position « ultra confortable » dirait-elle de sorte que Ma ôtant ses sandales ses semelles en cuir dur « taillées pour la route » dirait-elle penserait à s’abandonner. Ne parvenant toutefois pas à le faire tant le vent serait fort lui fouettant le visage depuis des heures. L’autre à la place du mort une fois les bagages chargés disant « je peux » d’emblée en raison de la fournaise Ma et Mi disant « oui » et « bien sûr ». De sorte que l’autre tournerait toute allure la manivelle baisserait la vitre à fond côté place du mort et dirait « merci ». Le vent s’engouffrant alors dans le véhicule fouettant le visage de Ma depuis des heures mettant Ma – tout autant que la nuit ultra noire et épaisse les phares la béance sous les pieds de l’autre la conduite ultra sèche et nerveuse les gens manqués de peu les ânes imprudents traversant n’importe où n’importe quand devant le véhicule les coups de klaxons ultra secs et nerveux – en état de tension extrême. De sorte que Ma serait depuis des heures en état de tension extrême. Incapable de s’abandonner malgré une position ultra confortable des jambes ultra nues repliées l’une sur l’autre sur la banquette en skaï ultra chaude collant à la peau de Ma aux jambes nues de Ma aux épaules de Ma Ma ayant décidé d’emblée de porter une blouse sans manches ultra fine dénudant les épaules ultra nues ultra fines de Ma le skaï suçant dirait-on alors les épaules de Ma chaque fois que Ma décollerait du skaï fût-ce un peu ses épaules ultra nues ultra fines. Le skaï suçant les épaules de Ma chaque fois que Ma dirait « ’Tention » décollant alors ses épaules du skaï. Le skaï alors suçant les épaules de Ma. Mi alors malgré le vent ultra intense s’engouffrant ultra fort par les vitres ultra baissées oui Mi alors malgré les cliquetis métalliques ultra présents des boulons peu serrés et des vis déchaussées oui Mi alors malgré le moteur brinquebalant ultra perché tournant ultra fort dans les tours oui Mi alors prêtant l’oreille. « N’entendant plus que ça » dirait-il le skaï suçant les épaules ultra nues ultra fines de Ma. Puis le « ’Tention » de Ma. D’abord le skaï suçant les épaules de Ma puis le « ’Tention » de Ma. Tandis que l’autre imperturbable continuerait ses affaires de barrage et de véhicule ultra dangereux. Tandis que le chauffeur de taxi klaxonnerait comme un dingue manquant de peu quelqu’un un enfant cette fois-ci probablement un garçon portant un panier d’osier sur la tête contenant on ne sait pas quoi apparu soudainement dans la lumière des phares ultra faible. Ma n’en pouvant soudainement plus de ces « spectres » dirait-elle apparaissant n’importe où n’importe comment sur la route et les bas-côtés demandant alors au chauffeur du taxi de lever le pied. « Please ». Le chauffeur du taxi pointant alors l’index sur la gauche disant alors « Regardez ». Mi et Ma regardant alors sur la gauche. L’autre alors regardant aussi sur la gauche. Voyant les points électriques jaunes et blancs ultra visibles constellant le noir tout en bas sur la gauche à hauteur du lac. « Waw » dirait Ma et « n’est-ce pas » dirait le chauffeur du taxi. Tout le monde alors se taisant dans le taxi. N’ajoutant rien aux cliquetis et au vent. N’ajoutant rien aux reflets sur le lac. Personne n’ajoutant rien aux cliquetis et au vent tant que tout le monde regarderait sur la gauche. Le chauffeur du taxi regardant à la fois sur la gauche et devant lui levant soudain le pied. De sorte que l’on verrait longtemps les points lumineux ultra visibles sur la gauche à hauteur du lac. De sorte que personne ne dirait rien ultra longtemps. De sorte qu’on arriverait en ville. De nuit. Dans un taxi ultra chargé de bagages. Ma à l’aéroport s’engouffrant d’emblée dans le taxi prenant place sur la banquette arrière tandis que Mi et l’autre type feraient connaissance chargeraient ensemble le taxi se grattant trois fois la tête chargeant puis déchargeant les bagages tâchant de nouveau de caser les bagages puis déchargeant encore. Le chauffeur du taxi tâchant de prendre part à l’affaire puis prenant part à l’affaire les bagages étant casés une fois que le chauffeur du taxi aurait pris part à l’affaire.

proposition n°28

L’autre d’habitude à la place du mort préférant la place du mort « être assis à la place du mort à conduire » dirait-il ultra droit sur son siège le dos décollé du siège s’épuisant à rouler « parfois des heures » dirait-il le dos décollé du siège ne pouvant faire autrement tant il n’aimerait guère conduire tant conduire induirait chez lui un état de tension extrême ultra fort et déplaisant s’excusant alors de ne pas suivre comme il conviendrait de suivre tout ce que Nyoundo assis à la place du mort aurait à dire. Tant la conduite automobile « l’accaparerait » dirait-il « plus que quiconque » dirait-il regardant droit devant lui prenant garde à ne pas happer quelqu’un ou quelque chose « d’inerte ou de vivant » dirait-il tant il aurait vu des choses ou des quelqu’uns « d’inerte ou de vivant » happés pan ou « manqués de peu » par des voitures automobiles ou des camions de grosse cylindrée. Enclenchant dès lors son clignoteur par exemple « dix mille mètres à l’avance » dirait-il tant il redouterait de happer quelque chose ou quelqu’un. N’hésitant pas par exemple à « repasser en première » dirait-il tandis qu’il repasserait curieusement en première puis enclencherait son clignoteur dix mille mètres à l’avance aucun chien aucun enfant ne traversant devant le véhicule aucune ornière ne justifiant que quelqu’un dans la rue adjacente à dix mille mètres de l’artère principale rétrograde. Repassant toutefois en première puis enclenchant son clignoteur bien à l’avance dix mille mètres « au moins » dirait-il avant l’artère principale ultra bondée ultra bardée de commerces et de gens tant il redouterait de happer « quelque chose ou quelqu’un d’inerte ou de vivant » dirait-il plus tard la nuit au bar du bar hôtel revenant une fois de plus sur sa « journée de dingue » dirait-il. Tant l’artère principale ultra bardée de commerces et de gens regorgerait de commerces de cages à poulets empilées depuis des heures l’une sur l’autre sur des nattes « dans le cagnard » dirait-il. De gens « inconsidérés » dirait-il prenant des risques dingues « inconsidérés » dirait-il traversant sans regarder l’artère principale ultra bondée ultra bardée de camionnettes ou de taxis ultra dingues roulant comme des dingues ou bien des gens de « simples gens » dirait-il portant sur leur tête de simples paniers carrés en osier ultra fin contenant des fruits ou des légumes quelquefois des poissons frais du jour marchant franco du mauvais côté de la chaussée ne se garant même pas quand un véhicule une camionnette ou un taxi klaxonnerait. Quelque chose ou quelqu’un se laissant alors régulièrement happer ou manquer de peu tant les véhicules rouleraient « toute allure » dirait-il tant les gens « déborderaient » quittant les bords sûrs de la chaussée préférant « le confort » d’une chaussée sans cageots aux « bordures encombrées d’une chaussée » dirait-il tant l’imprudence et le risque « suinteraient de partout » dirait-il. Le patron du bar hôtel se fournissant tous les jours en poissons frais sur l’artère principale ultra commerçante le patron du bar hôtel ne confiant à personne le soin de choisir les poissons frais du jour. Le patron du bar hôtel se rendant lui-même dans l’artère principale à la « poissonnerie de l’artère principale » dirait-il le patron du bar hôtel aimant dire peu avant midi au bar hôtel dans le bar du bar hôtel ou sur la terrasse du bar hôtel qu’il sort se rend sur l’artère principale à la « poissonnerie de l’artère principale » le patron du bar hôtel insistant sur le fait qu’il se rende lui-même « tous les jours » à la poissonnerie de l’artère principale tant il prendrait soin à choisir lui-même les poissons ultra frais du jour tant il mettrait « un point d’honneur » dirait-il à prendre soin « ultra soin » dirait-il des clients et clientes du bar hôtel ne « lésinant pas » dirait-il « jamais » sur la marchandise la qualité de la marchandise disant alors aux clients du bar hôtel aux clientes du bar hôtel qu’il se rend au marché et sur l’artère principale « bardée de commerces » dirait-il au point qu’il pourrait s’ils le souhaitaient rapporter quelque chose une batterie en vue de remplacer une batterie ultra défectueuse un paquet de cigarettes en vue de remplacer un paquet de cigarettes ultra vide « ou que sais-je encore » dirait-il. « Comme s’il y avait une poissonnerie sur l’artère principale ultra bondée de commerce » dirait ensuite l’autre plus tard la nuit au bar du bar hôtel ne pouvant s’empêcher de commenter l’affaire. N’arrêtant pas de commenter l’affaire. Reprenant pour la dix-millième fois l’affaire. « Comme si quelqu’un un jour avait décidé d’ouvrir pan une poissonnerie » dirait-il « à côté de l’épicerie Nickel Chrome ». Dans le bâtiment 39 la baraque ultra glauque et défoncée à droite de l’épicerie Nickel Chrome. Le bâtiment 39 ultra glauque et défoncé ayant un jour pris feu de nuit il y a vingt-huit ans. Personne en vingt-huit ans ne se risquant ensuite à restaurer le bâtiment 39 à droite de l’épicerie Nickel Chrome. Aucun homme aucune femme. Aucun Chinois en vingt-huit ans ne souhaitant recouvrir le bâtiment 39 à droite de l’épicerie Nickel Chrome d’une peinture à l’eau ultra jaune et couvrante ultra rose et guimauve en raison du drame parce qu’il y aurait drame inévitablement drame parce qu’il y aurait eu drame. Inévitablement drame. Les Chinois à l’époque ouvrant une laverie dans le bâtiment 39 à droite de l’épicerie Nickel Chrome les Chinois de l’époque pourvoyant en machines le bâtiment 39 à droite de l’épicerie Nickel Chrome les machines chinoises lessivant alors jour et nuit les linges et petits linges à plein régime les ultras de l’époque déboulant alors de nuit des collines brandissant comme des dingues des gourdins brandissant comme des dingues des brandons se trompant cruellement de personnes boutant le feu par erreur au bâtiment chinois jouxtant l’épicerie Nickel Chrome plutôt que de bouter le feu à l’épicerie Nickel Chrome détruisant les machines à coup de machettes et de gourdins plutôt que d’éventrer les frigos Frigidaire de marque Frigidaire le patron de l’épicerie fine Nickel Chrome ayant pu à l’époque se fournir en frigo Frigidaire disposant à l’intérieur des frigos Frigidaire des marchandises périssables ultra sensibles aux humeurs variables aux variations climatiques les ultras de l’époque empêchant à coup de flingues les Chinois de sortir prétextant les cafards disant « cafards » n’arrêtant pas de le dire les ultras de l’époque traquant alors de nuit les cafards boutant le feu à leurs boutiques boutant le feu aux cafards les tirant comme des bêtes ou les fendant en deux dans leurs lits les ultras de l’époque rêvant d’« éradiquer l’engeance » diraient-ils éradiquant alors l’engeance crachant dessus leurs crachats rouges. De sorte que les ultras de l’époque « prétextant cafards disant cafards par erreur cafards » dirait Nyoundo « se trompant cruellement de cible » dirait Nyoundo éradiqueraient « les Chinois de l’époque » dirait Nyoundo se tassant comme il peut sur le siège avant place du mort. De sorte qu’aucune femme ou homme aucun Chinois ne souhaiterait raser ou restaurer le bâtiment ultra glauque et défoncé à droite de l’épicerie Nickel Chrome « tout le monde se souvenant du drame » dirait-il encore tâchant de trouver sur le siège place du mort une position confortable « de sorte que ce serait drame inévitablement drame si quelqu’un homme ou femme ou Chinois souhaitait raser ou restaurer le bâtiment 39 ultra glauque et défoncé à droite de l’épicerie Nickel Chrome de sorte que personne n’y pense » dirait encore Nyoundo en nage tâchant de glisser sa carcasse ultra épaisse et immense sur le bas de caisse. Nyoundo ne souhaitant pas être visible à hauteur des baraques 37 et 39 disant à l’autre de se faire tout petit à hauteur des baraques 37 et 39 l’autre alors rentrant comme il peut la tête se tassant comme il peut sur son siège à mesure que son véhicule une voiture de location empruntée le matin même remonterait curieusement au ralenti « dans un mauvais rapport de vitesse » dirait-il l’artère principale. Le moteur s’emballant depuis « dix mille mètres au moins » dirait-il. De sorte que sur l’artère principale tout le monde repérerait le véhicule se demanderait comment et pourquoi un véhicule certes ancien remonterait au ralenti l’artère principale le moteur fulgurant dans les tours tant aucune camionnette ou aucun taxi ne fulgurerait jamais ainsi dans les tours. Le véhicule rouge de location fulgurant ainsi quant à lui dans les tours. Comme si quelque chose d’anormal avait lieu alors que rien d’anormal n’aurait lieu l’autre débouchant de la rue adjacente engageant son véhicule sa voiture rouge de location ultra visible et repérable tant le modèle serait ancien dans l’artère principale à hauteur du 17 un garage ultra moderne louant des véhicules « ultra centenaires » ou modernes selon les moyens ou les besoins des clients et clientes le patron du garage louant ce matin une voiture rouge ultra ancienne à quelqu’un remontant maintenant la rue l’artère principale comprenant cinquante baraques sur les plans réparties en deux lignes de vingt-cinq la plupart « restaurés » la peinture guimauve ultra jaune ou rose et les enduits ultra couvrants recouvrant parfaitement les traces des drames les impacts des balles tirées en rafale lézardant les murs et les pancartes les slogans « cafards » et « vermines » brossés dix mille fois à l’époque à la peinture rouge sur les murs et vitrines des baraques contenant les cafards personne toutefois n’ayant noté « cafards » ou « vermines » sur les murs et vitrines de la baraque ultra glauque et défoncée portant à l’époque une plaque chinoise rectangulaire aux coins arrondis portant en blanc 39 la baraque à l’époque portant le numéro 39 étant connue sous le nom de « baraque 39 » tout le monde disant « baraque 39 » de sorte que l’on dirait « baraque 39 » de sorte qu’il suffirait de dire « baraque 39 » tout le monde sachant à l’époque ce qu’aurait signifié « baraque 39 » un nom comme un autre ultra commun désignant quelque chose une laverie chinoise performante. Et tandis que l’autre engagerait son véhicule ultra lent dans l’artère principale à hauteur du 17 il y aurait eu des choses « à voir » dirait l’autre plus tard dans la soirée la même journée au bar du bar hôtel « une foule de choses à voir » et alors qu’il y aurait eu une foule de choses à voir il n’aurait rien vu curieusement rien vu tant l’aurait « accaparé » la conduite automobile. Nyoundo par exemple tâchant de dire pour la troisième fois pourquoi il pisserait de rire. Nyoundo d’abord pissant de rire dans la rue adjacente alors qu’ils se rendraient tous deux par l’arrière au parking du bar hôtel chargés tout deux « comme des ânes » d’un sac plastique ultra immense contenant le linge et le couteau de Nyoundo les produits de bouche de Nyoundo en fuite. L’autre s’inquiétant que Nyoundo pisse ainsi de rire dans la rue adjacente. Ne pouvant s’empêcher de penser qu’il serait dangereux de pisser ainsi de rire tant le rire de Nyoundo serait ultra audible et répérable pliant Nyoundo en deux incapable d’avancer alors qu’il faudrait avancer « se rendre au plus vite au parking » dirait l’autre. Puis Nyoundo pissant à nouveau de rire sur le parking du bar hôtel à l’arrière du bar hôtel tandis que l’autre ouvrirait la portière côté place du mort. Nyoundo les larmes aux yeux commençant d’abord à dire pourquoi « toute sa vie » il pisserait de rire chaque fois qu’il repenserait à l’autre à ce qu’aurait dit l’autre tout à l’heure à l’épicerie Nickel Chrome puis Nyoundo pissant de rire ne pouvant s’empêcher de le faire le faisant en montant place du mort dans le véhicule. Puis Nyoundo de nouveau pris de spasmes dans la voiture tandis que l’autre engagerait le véhicule dans l’artère principale tandis qu’il dirait pourquoi une tenancière d’épicerie saisissant son gourdin ultra dur ultra long dès que l’autre aurait dit « akasi mubi » le ferait pisser de rire. Comme si toute la folie « ultra dure et meurtrière » d’une tenancière ultra mise sous pression n’aurait « demandé qu’à sortir » comme si toute la folie « ultra dure et meurtrière » d’une tenancière d’habitude aux aguets rien qu’aux aguets aurait trouvé là une raison de sortir. La folie ultra dure et meurtrière de la tenancière sortant alors parce que l’autre aurait dit « akasi mubi » en « lieu et place d’akasi kesa » dirait alors Nyoundo repris de spasmes ultra longs et violents secouant ultra longuement et violemment ses épaules. Nyoundo cherchant alors à se contenir se touchant alors les yeux comme pour éviter de partir à nouveau en vrille se touchant les yeux l’extrême bouts des yeux du pouce et de l’index. Nyoundo dans la voiture place du mort pressant fortement ses yeux l’extrême bouts de ses yeux près de l’arête du nez entre pouce et index tandis que le patron du garage en bleu de travail sortirait du garage passerait la tête hors du « garage ultra moderne » dirait l’autre regrettant de ne pas en dire plus tant il y aurait eu à en dire le patron du garage ultra moderne et le garage ultra moderne « méritant amplement qu’on en dise » dirait-il mais ne pouvant en dire plus tant l’aurait distrait la conduite automobile n’ayant plus rien eu en tête que conduite automobile dès qu’il aurait engagé le dos décollé du siège en skaï crème son véhicule sa voiture rouge de location dans l’artère principale. Son regard se braquant sur la route uniquement sur la route tant il aurait craint les brusques traversées les embardées folles des charrettes les ânes « devenant dingues » ruant dans les brancards ou renversant « les cageots et les cages à poulets » dirait-il. Tant il craindrait « la folie des ânes autant que la folie des hommes » dirait-il. De sorte que craignant la folie des ânes et la folie des hommes il n’aurait rien vu de ce qu’il aurait fallu voir. Ne remarquant pas par exemple le patron du garage laissant tomber le garage la tâche à faire dans le garage la roue arrière droite d’un véhicule par exemple à changer urgemment tant un moteur tournant dix mille secondes au ralenti l’inquiéterait se demandant pourquoi un véhicule de location ultra ancien certes mais de bonne facture emporté ce matin par un type au demeurant sympathique partirait soudainement en vrille son moteur demeurant dans les tours dans un mauvais rapport aux tours. Alors que n’importe qui homme femme ou enfant regardant par la vitre arrière gauche de véhicule rouge aux sièges crème en simili cuir aurait pu voir remarquer tout ce qu’il y aurait eu à voir remarquer. Aurait vu remarqué par exemple dans le cadre rouge de la portière arrière à hauteur du 17 un patron de garage en salopette bleu sortant la tête du garage un pneu de rechange en main son client corpulent ultra chic n’en revenant pas alors qu’il y aurait urgence alors qu’il serait pressé alors qu’il aurait dit « voilà il y a urgence pouvez-vous faire » et que « oui on peut » le patron d’un garage portant le nom de Garage Ultra Moderne se comporte de la sorte sorte de la sorte du garage laissant l’urgence parce qu’il y aurait eu un véhicule rouge ultra poussif en proie à je-ne-sais-pas-quoi débouchant au ralenti dans un mauvais rapport de la rue adjacente jouxtant le garage puis s’engageant à gauche sur l’artère principale. N’importe qui dans la voiture rouge confortablement assis à l’arrière sur la banquette crème défoncée en skaï remarquant alors la pancarte jaune de trois mètres sur deux en contreplaqué. La pancarte jaune de trois mètres sur deux ornant la vitrine depuis que garage ultra moderne s’appelle Garage Ultra Moderne. Le patron du garage ultra moderne se réveillant un jour avec un nom et une pancarte en tête puis écrivant ce nom en noir sur un panneau en contreplaqué de trois mètres sur deux repeint d’abord en jaune. Puis plaçant ce nom cette pancarte jaune bien en vue dans la vitrine du Garage Ultra Moderne posant le panneau tout en bas le fixant à la vitre on ne sait pas comment le panneau tenant depuis des années le patron du Garage Ultra Moderne disant « voilà » à tout le monde clients ou employés clientes ou employées disant ensuite « voilà c’est son nom il faut dire Garage Ultra Moderne pas garage ou garage ultra moderne mais Garage Ultra Moderne parce que Garage Ultra Moderne est son nom » tout le monde disant ensuite chaque fois qu’elle ou il se rendrait au garage ultra moderne « je vais à Garage Ultra Moderne » plutôt que « je vais au garage » ou « je vais au garage ultra moderne » tant il serait évident que le garage ultra moderne s’appelle Garage Ultra Moderne et pas autrement. Le client corpulent ultra chic ayant dit lui aussi tout à l’heure comme les autres. Ayant dit vers quinze heures alors qu’il y aurait à faire fort à faire « je sors » et « il y a fort à faire mais je sors et je vais à Garage Ultra Moderne tant il y a urgence à aller à Garage Ultra Moderne ma roue arrière droite devant aller à Garage Ultra Moderne ayant urgemment besoin d’y aller y allant dès lors maintenant sinon quand » et « oui d’accord patron allez maintenant à Garage Ultra Moderne sinon quand » et « on s’occupe de tout sinon quand » les employés du bureau de poste s’occupant alors de tout sinon quand laissant le patron du bureau de poste se rendre maintenant en voiture en détresse jusqu’à Garage Ultra Moderne tant quelque chose n’irait pas dans voiture en détresse dans la roue arrière droite de voiture en détresse. Aucun passager assis à l’arrière sur la banquette crème et défoncée de la voiture rouge regardant par la vitre arrière gauche tandis que Nyoundo parlerait tâcherait enfin de faire entendre les raisons pour lesquelles il pisserait de rire ne captant quelque chose des bâtiments 19 et 21 tant il n’y aurait plus de bâtiments 19 et 21. Les façades des bâtiments 19 et 21 ayant été rasées. Le patron du Garage Ultra Moderne pensant avenir disant « avenir » ayant acquis un jour les bâtiments 19 et 21 curieusement mis en vente le même jour. Un notaire local totalement inconnu du local se chargeant de vendre la baraque 19. Une agence immobilière ultra locale se chargeant de vendre la baraque 21. Le patron du Garage Ultra Moderne acquérant alors les bâtiments 19 et 21 en raison de l’avenir. Du devenir du Garage Ultra Moderne. Disant « il faut penser avenir » disant « il faut penser enfants et avenir ». Acquérant alors les bâtiments 19 et 21 parce que pensant enfants et avenir. Son épouse disant « oui » et « d’accord » parce que pensant enfants et avenir. De sorte qu’ils acquièrent un jour les bâtiments 19 et 21 de l’artère. Rasant les façades. Puis rebâtissant. Ramenant à la vie des façades maintenant uniformes. De sorte qu’il n’y aurait plus maintenant dans l’artère principale des bâtiments portant les numéros 19 et 21 mais un Garage Ultra Moderne portant le numéro 17 et occupant les emplacements des bâtiments 17 19 et 21. De sorte que personne aucun passager aucune passagère ne penserait passer ainsi au ralenti devant quelque chose un bâtiment ayant été jadis les bâtiments 19 et 21 ne voyant qu’un numéro le 17 ornant la façade d’un bâtiment immense un garage ultra moderne s’étalant sur trois emplacements. Le numéro 17 étant peint en noir sur une colonne carrée en béton peinte en blanc supportant le poids de l’édifice. Le numéro 17 étant peint sur toute la hauteur de la colonne de sorte qu’on verrait de loin « très loin » le numéro 17 ornant la colonne divisant l’entrée en deux et l’immense pancarte en vitrine indiquant le nom du garage. Les voitures entrant et sortant du garage contournant la colonne par la droite si les véhicules désirent entrer contournant la colonne par la gauche s’ils désirent sortir les véhicules affluant dès petit matin les mécaniciens s’activant dès petit matin de sorte qu’on traiterait les urgences dès petit matin à Garage Ultra Moderne. « Garage Ultra Moderne mettant un point d’honneur à traiter les urgences urgemment » rappellerait l’autre le client corpulent ultra chic tirant par la manche le patron du Garage Ultra Moderne tâchant de le distraire de lui faire « reprendre pied » dirait-il « dans l’urgence ». Le client corpulent ultra chic ayant tant de choses à faire. Tant de choses. Ne supportant pas l’idée de rester plus avant à Garage Ultra Moderne tant il y aurait des choses à faire on ne sait pas quoi au bureau de poste. Et tandis que la voiture rouge de location engagée maintenant bien avant dans l’artère principale monterait dans les tours passant au ralenti le bâtiment 17 tandis que le client corpulent ultra chic tâcherait d’inciter encore le patron du Garage Ultra Moderne à rentrer à Garage Ultra Moderne tandis que la voiture aux sièges en skaï de couleur crème arriverait à hauteur du 23 il y aurait à hauteur du 23 l’amie de cœur de Nyoundi portant l’enfant de Nyoundi dans le dos et un homme encore jeune en rage et en nage totalement volubile tenant un journal en main un quotidien de sport soigneusement roulé sur lui-même ponctuant tout ce qu’il dirait à la femme par de petits coups ultra secs sur l’épaule la femme clignant mécaniquement des yeux chaque fois qu’elle recevrait un coup ou que les postillons de l’autre atteindraient son visage la femme toutefois tournant le visage vers la rue la chaussée dès qu’elle entendrait la voiture ne pouvant que l’entendre tant le moteur engagé dans un mauvais rapport partirait dans les tours la femme se demandant alors tandis que l’autre n’arrêterait pas de lui dire « ses quatre vérités » étant venu de loin pour lui dire « ses quatre vérités » ayant marché des jours « comme un dingue » sur la route asphaltée le long ruban de bitume menant de l’aéroport à Kivu manquant de peu « dix mille fois » entre l’aéroport et Kivu de se faire renverser tant les véhicules rouleraient « comme des dingues » se fichant complètement de manquer de peu les ânes ou les hommes longeant depuis des jours la route asphaltée en vue d’aller dire « ses quatre vérités » à une femme femme toute petite et grêle portant dans son dos un enfant « de père inconnu » sans doute dirait le grand gaillard grêle en nage venu à pied errant comme un dingue dans Kivu depuis des jours. Dormant dans la rue dans Kivu depuis des jours. Tombant par hasard à hauteur du 23 sur elle amie de cœur de Nyoundi soudainement distraite par une voiture rouge ultra vieille et repérable fulgurant dans les tours tandis que l’autre la traiterait de cafard lui crachant à la gueule « cafard » et « sale engeance » se privant d’autant moins de le faire qu’elle tournerait la tête regarderait la rue le trafic automobile tant il y aurait à voir aujourd’hui en rue à hauteur du 23. Une voiture rouge parfaitement identifiable circulant au ralenti sur l’artère principale alors qu’il y aurait à être ailleurs à poursuivre l’existence ailleurs tant Nyoundo et l’autre type « auraient à fuir » se dirait-elle « auraient tout intérêt à être ailleurs » dirait-elle plus tard à Nyoundi dans la chambre de Nyoundi la femme plus tard tapotant discrètement au bar hôtel la porte d’entrée du bureau hôtel rejoignant discrètement Nyoundi de nuit au bar hôtel Nyoundi ouvrant alors la porte du bar hôtel à son amie de cœur une femme petite et grêle portant dans son dos son enfant. L’autre le dos décollé du siège ne remarquant pas à hauteur du 25 la vieille carne assise en tailleur sur sa natte comptant depuis des jours ses haricots rouges les empaquetant par deux cent cinquante dans les sachets en kraft de petite taille spécialement conçus pour les conditionnements de taille ultra petite. Recommençant l’affaire dix mille fois de suite tant elle pesterait sur les enfants et les ânes. « Les enfants et les ânes ne manquant pas » dirait-elle « de renverser ses affaires » dirait-elle de renverser exprès comme si les enfants et les ânes renverseraient exprès « comment peux-tu le croire » dirait l’autre femme à hauteur du 25 étalant sur sa natte le produit de la pêche dix poissons tilapias et deux cent grammes de poissons ultra petits et ultra secs tout ce qui lui resterait des fruits de la pêche tant « sa poissonnerie » dirait-elle aurait un succès fou tant ses produits de la pêche seraient « appréciés » quelque part « en haut lieu » dirait-elle énigmatique. « Comme s’il était négligeable de parler du reste » dirait l’autre plus tard dans la nuit au bar du bar hôtel n’arrêtant pas de parler du reste d’étaler sur la table tous les restes « toutes ces choses perdues » dirait-il « attractives pourtant » dirait-il « nous ayant fait signe ayant tenté de nous faire signe ayant fait de leur mieux pour que nous les remarquions passées à la trappe pourtant zou et zou comment faire autrement tant notre mémoire et notre attention seraient limitées ultra limitées » dirait-il « tout notre travail humain étant de nous rappeler du reste non seulement des faits mais du reste surtout » dirait-il encore avant de se taire avant de reprendre sa « journée de

proposition n°29

(...) puis « pardon ? » dirais-je et « tout le monde n’étant pas chanceux » redirait-il ralentissant curieusement le tempo détachant curieusement tous les mots tant il se penserait chanceux « curieusement chanceux » dirait-il. Tant il aurait pu ne pas être chanceux. Tout aujourd’hui s’agençant pour qu’il ne soit pas chanceux les drames s’imbriquant toute l’après-midi les uns aux autres s’enchaînant « vollegaz » dirait-il dans un rythme « de dingue ». De sorte qu’il aurait pu ne pas être chanceux. De sorte qu’il aurait pu « comme tout le monde » passer à côté de Kivu. « Parce qu’il y aurait Kivu et Kivu » dirait-il ponctuant l’affaire le « Kivu et Kivu » du tranchant de la main. Disant d’abord « Kivu » le premier « Kivu » et le ponctuant du tranchant de la main. Puis disant « et » sans bouger la main. Puis disant « Kivu » le second « Kivu » en déplaçant la main comme s’il disposait dans l’air rien que pour moi Kivu et Kivu dans un curieux face à face. Comme s’il y avait à poser Kivu devant Kivu comme si Kivu s’opposait à Kivu ou cherchait à nuire à Kivu alors qu’il n’y aurait que Kivu et Kivu s’imbriquant l’un dans l’autre. « La plupart se contentant de Kivu » dirait-il et ignorant Kivu tout ce qui viendrait de Kivu « nous faire signe depuis Kivu » dirait-il. Et « pardon ? » dirais-je et « la plupart du temps Kivu nous esquivons Kivu les bâtiments de Kivu ultra roses et guimauve bordant les artères principales de Kivu attirant l’œil à tel point qu’on ne verrait rien de l’autre Kivu ou qu’on penserait que ce qu’on en verrait les chiens d’ombre par exemple enragés et la folie humaine courant les rues et la folie des ânes ultra dangereuse traversant n’importe où n’importe comment les chaussées bondées de bolides roulant n’importe où n’importe comment à cent à l’heure manquant de peu les enfants les vieillards et les ânes aurait lieu à Kivu plutôt qu’à Kivu alors que d’évidence tout cela arriverait à Kivu. Sans aucun doute à Kivu. Tant nous aurions l’habitude de négliger Kivu nous contentant de Kivu » dirait-il. Tout le monde n’ayant pas la chance d’avoir un Nyoundo. De passer une après-midi entière dans les drames et dans les accidents. « Non qu’il faille avoir drames et accidents pour connaître Kivu traverser Kivu » dirait-il mais le fait est que aujourd’hui il y a eu drames et accidents et que c’est dans drames et accidents en compagnie de Nyoundo de « l’immense carcasse » dirait-il qu’il a vu Kivu « réellement Kivu » dirait-il. L’immense carcasse l’incitant à voir Kivu. Non que « sciemment » l’immense carcasse l’aurait incité à voir mais le fait est que c’est l’immense carcasse qui « dans sa course folle » dirait-il lui a fait voir. De sorte qu’il ne se contenterait plus de voir Kivu. De croire qu’il n’y aurait à Kivu que Kivu alors qu’il y aurait aussi à Kivu un tout autre Kivu ou de multiples Kivu imbriqués l’un dans l’autre grouillant dans Kivu le premier Kivu. « Le premier Kivu n’étant pas forcément le premier Kivu » dirait-il. Le premier Kivu étant juste le premier Kivu. Celui qu’on verrait d’abord. Nous contentant de penser que regardant Kivu celui qu’on verrait d’abord on verrait Kivu l’entièreté de Kivu alors qu’attirer par Kivu l’évidence de Kivu ses façades tape à l’œil ultra jaunes et guimauves ses pancartes publicitaires aux slogans impossibles ses noms de magasins ultra kitsch on ne verrait rien de l’autre Kivu ni d’un autre Kivu ni d’un autre Kivu « si tant est qu’il y ait d’autres Kivu », dirait-il. Une foule grouillante de Kivu s’imbriquant l’un dans l’autre dans le premier Kivu tant il serait possible qu’une foule grouillante de Kivu grouille dans le premier Kivu. Ou peut-être un seul autre Kivu pas plus grouillant seul dans le premier Kivu impossible à dire impossible à savoir combien de Kivu grouilleraient dans le premier Kivu une foule de Kivu ou un seul une foule de Kivu pouvant grouiller dans le premier Kivu tout aussi bien qu’un seul ne demandant qu’à être vu. Étant vu si l’on serait chanceux. Aurait la chance de sillonner Kivu. Une foule de Kivu ou rien qu’un seul grésillant peut-être dans les huiles des beignets dans les poêles ultra vieilles ultra noires du marché. Une foule de Kivu ou rien qu’un seul parfaitement perceptible peut-être dans un sofa en skaï ultra jaune ultra vieux apparu de nuit on ne sait pas d’où on ne sait pas comment à proximité du bureau de poste. Les habitués du bureau de poste tenant alors salon en rue. De sorte qu’ils sortent leurs théière. De sorte qu’ils sortent leurs cafetières. De sorte qu’ils tiennent salon en rue « depuis des jours » dirait « qui peut savoir qui » tant il lui semblerait impossible de savoir si un sofa apparu de nuit on ne sait pas d’où on ne sait pas comment serait un sofa de Kivu ou de Kivu tant il serait impossible de dire si un sofa apparu de nuit en rue à proximité du bureau de poste serait un sofa de Kivu ou de Kivu tant rien ne différencierait fondamentalement « un sofa de Kivu d’un sofa de Kivu » dirait-il. N’importe quoi n’importe quel accident pouvant avoir lieu aussi bien à Kivu qu’à Kivu. Les ânes traversant « comme des dingues » aussi les chaussées de Kivu que les autres ultra bondées ultra dangereuses de Kivu ou Kivu. « Tout pouvant arriver « aussi bien à Kivu qu’à Kivu ou Kivu » dirait-il nous rendant dingues ponctuant l’affaire le « aussi bien à Kivu qu’à Kivu ou Kivu » du tranchant des deux mains. Disant d’abord « Kivu » le premier « Kivu » ponctuant le premier « Kivu » du tranchant de la main. Puis enchaînant. Disant le second « Kivu » sans relâche. Relevant la main d’abord puis la déplaçant toute allure et l’abaissant. Tranchant l’air à l’instant où il dirait « Kivu » le second « Kivu ». Puis enchaînant l’affaire passant la main à l’autre main. Disant « Kivu » le troisième « Kivu » sans temps mort et ponctuant l’affaire le troisième « Kivu » de l’autre main. Comme si ses mains s’étaient passé la main pour ainsi dire. Se partageant le tâche. Le soin de dire « Kivu » « Kivu » et « Kivu ». Comme si des deux mains il déployait au bar du bar hôtel l’affaire. Toute l’affaire. Déployant dans l’air pour nous rien que pour nous Kivu. Comme s’il fallait déployer Kivu. Comme s’il lui importait que nous voyions Kivu réellement Kivu. « Les habitués du bureau de poste tenant salon en rue n’arrêtant pas durant des jours de penser Kivu » dirait-il « n’arrivant à pas trouver d’accord. Cherchant pourtant durant des jours l’accord. Se fâchant parfois pour de bon. Sortant les lames ou se prenant au col » dirait-il en raison de l’huile uniquement de l’huile le fait de savoir d’où viendrait l’huile réellement l’huile « de Kivu ou de Kivu » dirait-il curieusement hilare tranchant une fois de plus l’air de sa main.

proposition n°30

(...) tenant eux salon en rue dans sofa jaune élimé en skaï plutôt qu’ailleurs « préférant » diraient-ils tenir salon en rue dans sofa jaune élimé en skaï à « tenir salon en rue n’importe où ailleurs » tant tenir salon en rue n’importe où ailleurs leur semblerait fade aux côtés de tenir salon en rue dans sofa jaune élimé. Tenir salon en rue leur étant « tombé dessus » diraient-ils aucun d’eux n’ayant cherché à tenir un jour salon en rue. Mais tenant salon en rue dès qu’ils commenceraient à tenir salon en rue ne désirant plus tenir salon ailleurs dès qu’ils auraient commencé à tenir salon en rue. L’idée même de tenir salon ailleurs les révulsant au point de renoncer à tenir « salon de seize heures trente » diraient-ils si quelque chose n’importe quoi « un couvre-feu ou un tremblement de terre » diraient-ils les empêchait un jour de tenir salon en rue tant ils se demanderaient comment avant de tenir salon en rue aucun d’eux n’avait songé à tenir salon en rue tant il serait évident qu’ils devaient un jour tenir salon en rue. Tant avant de tenir salon en rue ils auraient déjà tenu salon mais « machinalement » diraient-ils « comme n’importe qui n’importe quel homme » diraient-ils « c’est-à-dire n’importe où tout étant bon pour tenir salon » diraient-ils. Le marché convenant pour tenir salon. Les cours intérieures convenant pour tenir salon. Les jardins convenant pour tenir salon. De sorte qu’ils tiendraient salon en rue dans sofa jaune élimé en skaï apparu un jour dans artère principale à proximité de bureau de poste personne n’ayant vu comment sofa jaune élimé en skaï serait apparu un jour dans artère principale à proximité de bureau de poste mais n’importe qui passant en rue remontant artère principale ou descendant artère principale ne peut que remarquer sofa jaune élimé en skaï tant sofa jaune élimé en skaï serait ultra visible tant sofa jaune élimé en skaï serait ultra massif ultra lourd quelqu’un mais qui le laissant là de nuit on ne sait pas pourquoi à proximité du bureau de poste personne ne prenant place deux jours durant sur sofa jaune élimé en skaï les maîtres invitant les chiens en laisse à faire un détour chaque fois qu’ils passeraient à proximité de sofa jaune élimé en skaï les femmes invitant leurs enfants à faire un détour chaque fois qu’ils passeraient à proximité de sofa jaune élimé en skaï. Vieux y prenant place pourtant après deux jours. Disant aux autres « attendez » puis prenant place dans sofa jaune élimé en skaï en raison du souffle court affectant Vieux depuis des jours Vieux souffrant parfois de souffle court l’affectant durant des jours de sorte que Vieux traînerait des pieds. Vieux souffrant depuis des jours de souffle court profitant alors de sofa jaune élimé en skaï à seize heures trente juste avant de tenir salon disant alors « attendez » aux autres et prenant place alors dans sofa jaune élimé en skaï en vue de prendre souffle puis disant « hé pas mal ici » puis posant par terre devant lui après avoir pris place tout ce qu’il aurait dans les bras les nattes et la théière le sucre et les cuillers Jeune posant alors bonbonne butane pimpante et bleue dans poussière au pied de Vieux puis prenant place alors dans sofa jaune élimé en skaï aux côtés de Vieux puis disant « ah ouais » tout sourire. De sorte que « fais voir » dirait Bancal posant quant à lui bidon d’eau et verres ultra solides et petits à côté de bonbonne butane puis prenant place aux côtés de Jeune dans sofa jaune élimé en skaï puis hochant la tête hilare puis « haha vous autres » dirait Poudrière posant réchaud et thé noir de marque gun power spécialement venu de Chine avec sucre de canne pour tenir salon n’importe où n’importe comment au marché dans les cours ou en rue de sorte que « poussez-vous » dirait Poudrière les autres alors se poussant un peu faisant place à Poudrière se posant alors entre Jeune et Bancal. Vieux alors tirant à lui réchaud et bonbonne butane et montant réchaud sur bonbonne butane comme s’il était évident qu’ils tiendraient aujourd’hui salon en rue dans sofa jaune élimé en skaï. Les autres alors préparant le thé. Bancal se levant de sofa jaune élimé en skaï tirant à lui les nattes les déroulant une à une et les posant par terre devant Vieux et les autres. Jeune sortant de sa torpeur se penchant vers théière et la tirant à lui. Poudrière débouchant bidon d’eau puis prenant un verre etc. « Etc. » dirait Nyoundo revenant sur l’affaire de sofa jaune élimé en skaï bouclant sa ceinture l’autre ayant démarré laissant une fois de plus voiture de location monter dans les tours. Et alors que sur l’artère principale il passerait en seconde enclenchant enfin la seconde le faisant en deux fois loupant d’abord la seconde alors que n’importe qui homme femme ou enfant enclenche des secondes des millions de secondes des millions de fois par jour tant il serait aisé pour n’importe qui homme femme ou enfant d’enclencher les secondes tant ce serait un jeu d’enfant pour n’importe qui homme femme ou enfant d’enclencher des millions de fois par jour des secondes puis des troisièmes « n’importe quel enfant du monde enclenchant aisément des secondes puis des troisièmes » dirait-il « n’importe quel » dirait-il à tel point qu’il se demanderait parfois s’il est un enfant du monde tant il serait malhabile tant il lui serait impossible parfois d’enclencher les secondes tant il n’arriverait pas à changer de rapport mécaniquement de rapport tant tous ces rapports mécaniques le rendraient « complètement dingue » dirait-il et tandis qu’il changerait enfin de rapport enclenchant enfin la seconde « Vieux ne s’appelant pas Vieux » dirait Nyoundo « et Bancal pas Bancal mais n’importe qui disant Vieux à Vieux et Bancal à Bancal parce que Vieux serait Vieux et Bancal Bancal » dirait-il se retournant encore faisant signe à Vieux et à Bancal. Poudrière préférant demeurer quant à lui près de thé accroupi près de thé à quitter sofa jaune élimé en skaï et rejoindre voiture immobile sur bord de route tant des choses lui « goutterait dans le cœur » dirait Vieux. Jeune assis dans voiture à la place du mort disant « oui » et « bien sûr » puis disant « salut » ultra fort puis « salut » et « Poudrière » puis disant encore « comment ça va » et « Poudrière » puis se taisant Poudrière alors ne se retournant pas demeurant accroupi près de thé levant juste la main saluant Jeune en somme en levant la main sans tourner la tête « tant des choses lui goutterait dans le cœur » dirait Jeune assis à la place du mort le cœur de Poudrière étant sensible « voire ultra sensible » dirait Jeune ou Nyoundo. Jeune ne s’appelant pas Jeune mais Nyoundo mais n’importe qui disant Jeune à Jeune parce que Jeune serait Jeune ou n’importe qui disant Nyoundo au lieu de Jeune « au choix » dirait Nyoundo à l’autre passant enfin en troisième changeant enfin de rapport lançant toute allure sa voiture dans le rond-point s’y engageant « sans fermer les yeux » dirait-il plus tard au bar du bar hôtel laissant derrière eux sofa jaune élimé en skaï Vieux et Bancal regardant voiture rouge de location s’engager dans rond-point. Poudrière courant comme un dingue en short rien qu’en short cherchant à rejoindre voiture laissant derrière lui théière sofa jaune élimé en skaï comme s’il aurait maintenant quelque chose à dire à Jeune son ami jeune n’importe qui dans voiture rouge regardant dans rétroviseur apercevant Poudrière la course folle de Poudrière courant comme un dingue sur la route se fichant du trafic prêt à tout pour rejoindre voiture Jeune et voiture n’importe qui l’apercevant si quelqu’un regardait dans rétroviseur brinquebalant tenant comme il peut au pare-brise tant rétroviseur serait vieux ultra vieux ne tenant

proposition n°31

( ... ) tant lui « importerait de se remémorer Poudrière » dirait-il « quelque chose de Poudrière ». Tant il douterait que quelqu’un d’autre homme femme ou enfant se remémore un jour Poudrière le torse nu de Poudrière ultra maigre le short beige de Poudrière maculé de crasse les mains de Poudrière n’étant « jamais nettes » dirait-il malgré les bidons d’eau les multiples bidons d’eau de Poudrière. Poudrière empilant dans sa planque des bidons d’eau « ultra précieux ». Sortant de sa planque la nuit rasant les murs comme si quelqu’un s’inquiéterait de Poudrière ou garderait dans son collimateur Poudrière un homme maculé de crasse vivant reclus dans l’encoignure du bureau de poste à l’extérieur du bureau de poste sur le côté du bureau de poste. Comme si quelqu’un ne saurait pas que quelqu’un appelé Poudrière n’ayant pas d’autre nom que Poudrière vivrait dans l’encoignure du bureau de poste et sortirait de nuit de sa planque rasant les murs laissant derrière lui dans sa planque sous une bâche plastique ultra bleu la multitude de bidons plastique collectés depuis toujours contenant de l’eau rien que l’eau ayant contenu de l’alcool de palme ou de l’huile de palme ou de l’huile de friture mais contenant de l’eau maintenant rien que de l’eau tant il importerait à Poudrière de collecter de l’eau Poudrière sortant toutes les nuits de sa planque et retournant tout ce qui traînerait sur le marché ou dans l’artère principale et commerçante les cartons d’emballage les restes de poissons les carcasses de poulets « ultra secs ultra morts » dirait-il. La chaleur « dézinguant les poulets mieux qu’un boucher » dirait Nyoundo. Comme s’il y avait mort et mort comme si on était « ou bien mort ou bien mort » comme si une fois morts on n’était pas morts identiquement morts mais « soit mort ou soit mort » dirait Nyoundo. Ponctuant l’affaire dans la voiture du tranchant de la main tranchant l’air tout en disant « soit mort » puis retranchant l’air en disant « ou soit morte ». Nyoundo poursuivant alors tout ce qu’il aurait à dire de Poudrière un homme ultra maigre vivant reclus et torse nu comme hors du monde du désordre du monde dans l’encoignure du bureau de poste. Comme si l’on pourrait vivre hors du monde du désordre du monde en se planquant dans l’encoignure d’un bureau de poste « dans l’excroissance » d’un bureau de poste. Deux boîtiers électriques posés de guingois sur deux socles en béton le premier prolongeant la façade du bureau de poste le second formant un angle ultra droit avec l’autre à l’extrémité de l’autre de sorte que quelqu’un homme femme ou enfant pourrait se planquer derrière s’il ou elle s’accroupissait ou vivait « le cul par terre » dirait-il. Poudrière y vivant le cul par terre « depuis le drame » dirait-il. Ne souhaitant pas vivre ailleurs tant vivre ailleurs serait vivre ailleurs et autrement. « Comme si Poudrière le corps ultra maigre de Poudrière pourrait persister un seul jour ailleurs et autrement » dirait-il hilare. Persister ailleurs et autrement étant au-dessus des forces de Poudrière un homme ultra maigre ayant décidé un jour de vivre « le cul par terre » planqué derrière deux bornes électriques deux boîtiers de guingois posés sur des socles de béton ultra solide ne s’étant pas fendus en deux malgré les ans aucun ouvrier n’ayant eu à fabriquer du béton chinois en vue de colmater une brèche sortant toutefois de sa planque toutes les nuits et rasant de près les murs en vue de « faire marché » dirait-il collecter des bidons jaunes ou blancs à moitié vides de cinq à dix litres circulant comme une ombre étant déjà une ombre « quelque chose comme une ombre » dirait-il. « Quelque chose venant du drame » dirait-il naissant du drame et « prenant corps devant nous » dirait-il. Comme si le drame malgré les ans les belles couleurs chinoises et les enduits chinois ultra jaunes et couvrants ultra roses et couvrants « persistait » dirait-il n’importe qui homme femme ou enfant désirant persister sans le drame « si possible sans le drame ». Colmatant alors les brèches avec enduits chinois ultra couvrants effaçant drame toute trace de drame faisant comme si Poudrière était une ombre déjà une ombre se fichant bien de savoir ce que ferait Poudrière la nuit une fois qu’il quitterait sa planque rasant les murs et pourquoi. Tout le monde homme femme ou enfant se fichant bien de ce que font les ombres. N’accordant pas d’importance aux ombres. Se fichant bien du fait que Poudrière une ombre comme toutes les ombres circulerait de nuit sur le marché et sur l’artère principale retournant les restes à la recherche de bidons carrés de cinq à dix litres ultra solides. Poudrière ne possédant jamais assez de bidons les rangeant l’un sur l’autre au cordeau dans sa planque disant qu’il n’aurait quant à lui jamais assez de bidons pour « persister dans son être » tant la chaleur ultra dense de Kivu pourrait un jour « l’anéantir » dirait-il tant le chaleur ultra intense de Kivu pourrait anéantir n’importe qui n’importe comment rendant fous « les ânes comme les âmes » dirait-il. La chaleur ultra intense de Kivu pouvant tuer n’importe qui homme femme ou enfant en « huit secondes quinze » dirait-il empilant l’un sur l’autre ses bidons tant il lui importerait de ne pas manquer d’eau tant il lui importerait de « persister dans son être ». Sortant de sa planque par exemple de nuit puis rasant les murs des boutiques et des épiceries fines à la recherche de bidons d’huile ou d’alcool à moitié vides tant Poudrière désirerait le plus au monde persister dans le monde faisant tout alors pour persister dans son être. « Parce qu’il y aurait morts et morts » dirait Nyoundo morts morts ou morts ultra morts. Les morts étant soit morts soit ultra morts. Les morts n’étant jamais morts et ultra morts à la fois morts et ultra morts. Jamais des morts n’ayant été à la fois un peu morts et un peu ultra morts. Ou beaucoup morts et beaucoup ultra morts etc. « Etc. » dirait Nyoundo. Les morts morts charriés sur nos dos ne se desséchant pas. Les morts ultra morts « oubliés des ânes et des âmes » se desséchant dans les collines dans les cratères immenses et ultra chauds en perpétuelle ébullition de sorte que les morts morts n’auraient ni mausolée ni douces pensées mais se dessécheraient dans les collines dans les cratères immenses jusqu’à ce que leurs cœurs soient secs et s’émiettent en miettes ultra fines emportées par les vents et les vapeurs ultra chaudes des volcans en perpétuelle ébullition. De sorte qu’il importerait de chérir les morts. De charrier sur nos dos les morts. Chacun chacune charriant sur son dos des morts des milliers de morts qu’il importerait de chérir tant que « nous persisterions dans nos êtres » dirait-il. Tant les morts sans mausolée seraient des morts ultra morts des ombres « se desséchant dans les collines dans les cratères en perpétuelle ébullition » jusqu’à ce que leurs coeurs soient une poussière ultra fine « n’ayant plus aucun poids » dirait-il. Nyoundo chérissant Poudrière le portant déjà sur son dos pensant « depuis toujours » que « Poudrière n’est qu’un os à ronger » à ranger avec soin sur son dos tant Poudrière serait déjà une ombre persistant encore certes à persister dans son être mais étant déjà mort ultra mort. Rasant de nuit les édifices du marché « comme s’il vivait encore » comme s’il avait encore à « persister dans son être » à charrier toute la nuit ses bidons d’huile à moitié vides jusqu’au lac tant lui importerait de se « débarrasser de la merde » dirait-il de verser dans les eaux du lac « toute la merde » dirait-il les substances chinoises et les miasmes ultra toxiques « tout ce qui végéterait » dirait-il « toutes ces choses indigestes » traînant des jours entiers dans des bidons plastique traînant des jours entiers sur le marché. Tant lui importerait de se débarrasser de substances ou de miasmes ultra toxiques et indigestes capables de « raccourcir un homme » une femme ou un enfant « en huit secondes quinze » dirait-il. Tant lui importerait de « passer au bleu » dirait-il des bidons plastiques ayant traîné en rue des jours entiers sur le marché ou sur l’artère principale tant le marché et l’artère principale regorgeraient de substances folles et de miasmes capables de raccourcir « un homme une femme ou un enfant en huit secondes quinze » dirait-il immergeant un à un ses bidons dans le lac les passant au bleu dans les eaux du lac « décapantes et ultra bleues » dirait-il.

proposition n°32

( ... ) quittant eux la route juste avant la frontière le poste frontière. Prenant à droite juste avant le poste frontière. Engageant sans clignoter leur véhicule lui faisant prendre une rue en pente en terre rouge le bas de caisse du véhicule une voiture rouge de location heurtant violemment le sol tant l’autre le conducteur aurait engagé sans crier gare le véhicule dans une rue en pente en terre rouge ultra cabossée ultra défoncée des camions après une forte pluie ayant un jour emprunté la rue tant la pluie hors du commun aurait inondé l’artère principale tarmaquée recouverte de bitume en provenance de Chine obligeant les camions et les bus venant d’ailleurs de l’autre côté de la frontière à emprunter une déviation tant Kivu le centre de Kivu son marché et son artère principale auraient été sous les eaux. Les camions défonçant alors la rue à mesure qu’ils s’engageraient dans la rue qu’ils viennent d’ailleurs de l’autre côté de la frontière ou de Kivu de sorte que des années après la rue en pente en terre rouge serait encore cabossée. « Ultra cabossée » dirait Nyoundo se tenant d’une main fermement au tableau de bord tant que l’autre le conducteur n’aurait pas levé le pied leurs têtes brinquebalant dans tous les sens « tant Kivu manquerait d’argent cruellement d’argent » dirait Nyoundo demandant à l’autre de lever le pied la tête de Nyoundo heurtant alors violemment la vitre côté passager ou place du mort tandis que l’autre lèverait enfin le pied n’ayant pu empêcher le bas de caisse d’heurter le sol. L’autre ayant engagé sans crier gare le véhicule à droite dans la rue à droite juste avant le poste frontière dès que Nyoundo aurait dit « à droite » puis « à droite » et « à droite ». La voiture rouge de location s’engageant alors à droite expédiant alors dans les airs un nuage dense de poussières rouges ultra léger ultra visible depuis le poste frontière. Le manège de la voiture virant brusquement à droite juste avant le poste frontière n’échappant guère aux gardes-barrières. Le nuage de poussières rouges ultra léger ultra visible n’échappant guère aux gardes-barrières. Rien n’échappant guère généralement aux gardes-barrières des hommes généralement aux aguets « à l’affût du moindre signe » diraient-ils aimeraient-ils à dire tant ils auraient l’habitude « d’attendre et de guetter » leur vigilance n’étant jamais prise en défaut tant ils redouteraient « le retour des trucs » diraient-ils tant n’importe qui redouteraient le retour des trucs dévalant les collines machettes en main ou empruntant la route à bord de camions de camionnettes dûment estampillées Chine ou d’autobus. Un véhicule n’importe lequel étant suspect dès qu’il emprunterait la route ou ferait mine de l’emprunter les gardes-barrières gardant à l’œil les véhicules dès qu’ils emprunteraient la route par crainte du « retour des trucs » dévalant des collines à bord de véhicules surchargés prêts à agir à « exploser la gueule » diraient-ils aimeraient-ils à dire répétant dix mille fois « exploser la gueule » « exploser la gueule » tant ils aimeraient dire « exploser la gueule » le doigt sur la gâchette tant ils seraient vigilants ultra attentifs à ne « rien laisser passer » diraient-ils. Les gardes-barrières ultra attentifs se demandant alors pourquoi un véhicule suspect ultra banal ultra comme un autre se serait engagé sans crier gare dans une rue adjacente ultra cabossée en terre rouge dans un crissement de pneus ultra doux à peine audible dans un nuage de poussières rouges ultra dense ultra visible depuis le poste frontière. Les gardes-barrières gardant à l’œil le véhicule tant que le véhicule resterait à portée d’œil soulevant des tonnes de poussières rouges s’insinuant partout sous les vêtements et les bas de caisse de sorte qu’il faudrait ralentir de sorte qu’on ralentirait l’autre levant le pied tandis que le bas de caisse ne heurterait plus le sol le véhicule alors passant d’une rue à l’autre empruntant tout un réseau de rues puis de chemins en terre ultra creux menant ailleurs à l’extérieur de Kivu dans les collines adjacentes couvertes de cultures ultra chinoises. Des Chinois venus d’ailleurs de l’autre côté de la frontière se fichant bien de la culture du haricot achetant un jour les terres ultra fertiles des collines de Kivu puis arrachant les haricots mettant à nu la terre tant ils se ficheraient de la culture du haricot tant ils désireraient le thé la culture du thé engageant à tour de bras des hommes des femmes et des enfants en vue de désirer thé tant ils désireraient thé et que l’on désire thé disant que thé est désirable pas haricot. « De sorte que l’on cultive thé pas haricot dans les collines ultra fertiles de Kivu » dirait d’abord Nyoundo tant nous penserions désirer thé alors que nous désirerions haricot puis « le jour tombant déjà » dirait alors Nyoundo soudainement inquiet tant il faudrait « craindre ça » dirait Nyoundo pointant du doigt un nuage clair ultra sale couvrant tout l’horizon comme émanant des terres ou bien issu des terres comme une vapeur ultra dense « tout à fait autre » dirait Nyoundo que les nuages ultra gris et « déprimants descendant parfois des collines du ciel et venant mourir au pied des murs » dirait-il. « Comme des êtres sans souliers soudainement à bout de souffle » dirait-il. Tant les nuages parfois seraient « des êtres à bout de souffle de retour avant même d’avoir disparu » dirait-il tant ils s’écouleraient élastiques depuis des jours « nous minant l’âme peut-être » dirait Nyoundo tant ils courraient vite « ultra vite » et bien plus vite que nos âmes mais échouant toujours pourtant « au pied des murs ». Tant ils seraient légers ultra légers « incapables de renverser » dirait Nyoundo. « De sorte que nous nous réjouirions » dirait-il malgré la force de sape des nuages gris en couches épaisses « nous obligeant parfois à vivre des jours durant serrés les uns contre les autres les unes contre les autres sous des abris sans murs sur le marché ou dans les rues adjacentes sous des toits de tôles ondulées nous demandant quand tout cela s’arrêterait le peuplement du monde par nuages gris et compacts totalement déprimants mais totalement inoffensifs », dirait-il. « Tout le contraire de ça » dirait-il pointant du doigt à nouveau « le chien fou et enragé » bouchant tout l’horizon semblant s’élever de la terre comme si la terre « la méchante humeur de la terre » s’élevait d’un coup en nuage dense et compact ultra dangereuse comme un chien d’ombre ultra en rage enfermé depuis des siècles dans une cage et tournant fou « à force de n’être rien » dirait Nyoundo. Tant aucun vivant aucun être vivant ne souhaiterait être rien passer sa vie en cage enfermé depuis des siècles et regretter sa vie ultra médiocre tant n’importe qui « n’importe quel être vivant » ne pourrait que ressasser et regretter sa vie ultra médiocre tant vivre sa vie en cage depuis des siècles enragerait « n’importe qui n’importe quoi » dirait Nyoundo les êtres vivants et les nuages. Tant vivre en rage serait au-dessus des forces des êtres vivants et des nuages. « Tout ceci » dirait-il pointant encore du doigt la masse terreuse ultra compacte comme s’élevant de la terre « étant mille fois dangereux » quand on roulerait de nuit les phares des véhicules peinant à percer la masse terreuse ultra compacte et dense comme s’élevant de la terre. De sorte que l’on se perdrait ou connaîtrait l’embardée. Des camions entiers connaissant l’embardée quittant alors les routes principales ou adjacentes et versant dans les ravins ou dans les champs chinois de théiers puis prenant feu. Les souffles courts ultra cinglants et redoutables venant parfois du ciel et nous gelant les mains « n’étant qu’une fois dangereux » quant à eux « pas plus » dirait Nyoundo. Regrettant ensuite que généralement nous ne goûtions pas plus le ciel bleu. « Le bleu du ciel étant généralement notre

proposition n°33

( ... ) et puis là dans les collines dans les champs de théiers cultivés en terrasse « arrête arrête » aurait dit Nyoundo débouclant sa ceinture demandant à l’autre d’arrêter. L’autre alors disant « oui » et parquant la voiture comme il aurait pu prenant soin à ne pas toucher terre. Tant la route tout au bout de la route serait défoncée tant les véhicules des camions chinois emportant le thé ou des camions ultra vieux et poussifs peinant à passer les côtes pourvoyant l’épicerie en marchandises ultra chics et fines défonceraient la route. Tant le poids des camions serait immense et la route ultra molle la terre se défaussant sous les roues les camions s’échouant alors comme de vieux cargos. Leurs roues alors patinant des heures expédiant dans l’air des quintaux de terre les habitants du coin sortant alors n’importe quoi des houes et des truelles ou des pelleteuses à main aplanissant comme ils pourraient la terre œuvrant comme des dingues des heures durant à sortir les camions de l’ornière. L’autre parquant sa voiture à l’ultra ralenti prenant garde à ne pas toucher terre à côté d’une épicerie fine ultra chic et pimpante en terre nouvellement montée en baraque nouvellement pourvue d’un toit en tôle ondulée ultra neuve et pimpante la pluie et les vents n’ayant encore rien corrodé les camions fournissant l’épicerie en riz chinois trois fois la semaine en sucre une fois la semaine en lait en poudre une fois par mois la patronne de l’épicerie réceptionnant les marchandises depuis son comptoir ne prétendant pas quitter son comptoir disant qu’il ne faudrait pas quitter son comptoir le vol à la tire de nos jours étant « monnaie courante » dirait-elle « à Kivu comme ailleurs » dans les collines bordant Kivu dans les champs de théiers bordant Kivu à mille cinq cent mètres d’altitude au milieu d’une bourgade composée de trois baraques en terre cuite et tôles ondulées et d’une épicerie fine ultra chic nouvellement débarquée des camions pareils à des cargos pourvoyant ses rayons deux à trois fois la semaine en viande en café en poudre et en légumes frais du jour. S’échouant alors à l’heure où il faudrait repartir. Leurs chauffeurs ne connaissant pas la manoeuvre par exemple faisant n’importe quoi. Faisant marche arrière comme des dingues par exemple manquant de peu par exemple de rentrer dans murs de baraque en terre cuite faisant face à épicerie fine tant baraque en terre cuite contenant huit enfants minuscules serait « en bas âge » diraient-ils et tiendrait toute entière dans angle mort de sorte que chauffeurs ne verraient rien de rien de baraque en bas âge aucun bout de baraque en âge « ne débordant d’angle mort » diraient-ils tandis que hommes et femmes de baraques et de champs les prendraient au col dès qu’ils descendraient de camion laissant camion derrière son moteur tournant encore. Tant il y aurait eu presque drame. Tant chauffeur n’aurait vu rien de rien. Reculant alors comme un dingue comme si rien de rien n’était derrière. Manquant de peu de renverser les murs de baraque en bas âge contenant des corps d’enfants en bas âge ultra innocents et ultra endormis. Les hommes et les femmes de baraques en bas âge et de champs de théiers étendant enfants ultra nus ultra au frais sur des nattes dans baraques en bas âge ou dans épicerie fine à côté des poireaux et des oignons frais du jour. Le faisant sans tarder dès que enfants bailleraient puis se rendant au champ la houe sur l’épaule et œuvrant comme des dingues des heures durant dans champs de haricots rouges et de théiers chinois. Parlant entre eux et entre elles de tout et n’importe quoi. De ce qu’ils ou elles auraient dit ou fait la veille. Disant que hier de la salive leur serait venue en bouche. Disant que hier ils auraient touché du doigt leur oeil. Ou qu’elles se seraient vues nues dans un miroir de salle de bains. Ou qu’ils auraient passé leur main sur leur crâne rasé de frais. Ou qu’elles auraient respiré du vent par la bouche. Ou qu’ils auraient entré un doigt dans une oreille. Ou qu’elles auraient pensé : « Si je ferme les yeux ce que je vois n’est pas la nuit ». Ou qu’ils auraient enfin compris copmment leurs rides ne seraient pas des failles. Ou qu’elles se seraient réjouies que leurs pieds se seraient mus sans chaussures. Ou qu’ils auraient gratté la croûte terrestre en ne pensant à rien. Ou qu’elles auraient lessivé un papier oublié dans une poche de pantalon. Ou qu’ils ne se seraient pas reconnus dans leurs mains. Ou qu’elles auraient marché sur des choses plus solides qu’elles. Ou qu’ils auraient mangé un poulet mort. Ou qu’elles auraient goûté un fromage goûtant le savon liquide. Ou qu’ils auraient menti. Ou qu’elles auraient dit : « Il goûte bon » tout en pensant « Il me nuit ». Ou qu’ils auraient publiquement mis leurs genoux à nu. Ou qu’elles auraient vissé dans un mur. Ou qu’ils auraient épinglé des membranes. Ou qu’elles auraient écarté des jambes. Ou qu’ils auraient mis des miettes à l’écart. Ou qu’elles auraient repassé du linge à la machine. Ou qu’ils auraient d’abord senti bon puis senti mauvais. Ou que le nez d’un chien aurait refroidi leur main. Ou que leur langue aurait touché leur crâne. Ou que leurs ongles auraient ôté ce qui coinçait en bouche. Ou que leur sourire aurait ravagé un coeur. Ou que le vent n’aurait pas brisé leurs os. Ou qu’elles auraient pensé : « Jusqu’ici ma peau est demeurée imperméable ». Puis : « Jusqu’ici aucun camion ne m’a roulé sur les pieds ». Puis ils auraient touché leur langue. Puis leur langue auraient touché leurs lèvres. Puis leurs lèvres auraient touché des choses. Puis elles n’auraient pas soigné l’eau de leur bain. Puis leur cuiller n’aurait broyé aucun sucre. Puis le poids de ma cuisse n’aurait pesé en rien. Puis le corps d’autrui ne les aurait pas effleuré. Puis le corps des choses ne les aurait pas émues. Puis vite et souvent ils auraient été en colère. Puis elles auraient avalé des choses crues des poussières et des corps ultra microscopiques. Puis ils auraient surestimé des capacités. Puis elles auraient craint le soleil. Puis ils auraient bouilli d’impatience. Puis elles auraient soudoyé quelqu’un. Puis ils auraient exécuté un équilibre. Puis des choses auraient eu lieu devant elles. Puis ils seraient contentés d’un rien. Puis elles auraient craint la pluie. Puis ils auraient craint la nuit. Puis elles auraient fait les nuisibles. Puis des choses auraient poussé sur mon corps. Puis de l’air se serait échappé de leurs poumons. Puis ils auraient fait face un instant. Puis elles auraient pourchassé une idée fixe. Puis ils auraient confondu l’utile et l’inutile. Puis elles auraient pensé : « Jusqu’ici tout va bien ». Puis ils auraient retourné des terres. Puis elles auraient empaqueté du thé. Puis les camions seraient repartis. Puis les enfants auraient mangé du poulet mort de la patate des poireaux frais du jour. Puis ils se seraient couchés nus sur des nattes. Puis elles auraient rêvé. Puis ils auraient sorti porte-monnaie. Puis elles auraient acheté alcool. Puis ils auraient



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1ère mise en ligne 9 juin 2018 et dernière modification le 14 août 2018.
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