Michèle Jousset | Une entrée de village (titre provisoire)

« construire une ville avec des mots », les contributions

Son blog : mjmelodie
proposition n° 1

Elle n’a pas choisi de revenir sur ce chemin. La route était tracée, le lieu de son rendez-vous fixé. Elle savait que le village n’était pas éloigné de sa destination. Elle aurait pu choisir un autre itinéraire, ayant jusqu’à ce jour soigneusement évité de s’en rapprocher. Ne roulait pas vite sur cette route de campagne. Vitre ouverte sur les senteurs de juin. Les arbres défilaient doucement tandis qu’elle conduisait. Un coup au cœur à la vue d’un panneau sur sa droite la fit obliquer. Sortir de la route. Emprunter le chemin qui se présentait sous la forme d’une flèche blanche et bleue, impérieuse, sous un rond rouge — attention sortie de camions – Reprendre sa respiration. Et puis y aller.

proposition n° 2

La mare dans le virage, boueuse sur le bord du chemin -– les vaches y viennent boire, un troupeau, le soir — lorsqu’elles rentrent à l’étable pour la traite. Boue d’argile, terre sombre avec des étincelles de lumière et d’eau. Soleil couchant, lumière rasante, herbe piétinée, foulée. Des flaques d’eau qui remontent. Une eau noire aussi. A sa droite, vers l’ouest, un chemin rectiligne fuit vers l’horizon, voie d’accès pour les tracteurs — clôtures, fils de fer barbelés — Traverse les prés et les champs. A sa gauche, suivant la courbe du virage, une petite route goudronnée pénètre le village, va rejoindre les maisons basses au toit d’ardoise. Une rangée de chênes très hauts, sentinelles, colore le ciel en vert. Leurs racines aussi boivent dans la mare.

proposition n° 3

La courbe gauche du virage, avant la petite route goudronnée, est plantée de buissons délimitant un jardin. Jardin en coin élevé par rapport à la route. Un fossé de drainage des eaux le borde. Sa pente est légère. La silhouette massive et sombre d’un if se dresse au milieu du terrain. Une rangée d’arbres de petite taille aux branches touffues forme une allée partant du pied de l’if. On aperçoit en contrebas une maison à demi-cachée. Pas de plan organisé, une végétation un peu hasardeuse excepté cette rangée d’arbres qui mènent à l’if, comme témoignant d’un autre temps.

proposition n° 4

Le chemin tourne suivant le puzzle que forment les champs et les prés. Les haies et les buissons prolongent les lignes, les fossés sont des lignes parallèles bordées d’un vert intense. Des morceaux de routes rapiécées en nuances de gris. Une pente légère et une bifurcation possible sur la gauche partant vers une autre mare enfouie sous les feuillages. Profusion. Le chemin s’élève en pente légère laissant voir tout à coup un horizon et d’autres chemins rectilignes sur la droite. Plus aucun arbre. Piquets de bois et fils de fer barbelés. Le ciel s’agrandit. Sur la gauche un champ de jeunes plants de maïs. Puis le chemin s’incline. Un hangar de tôle grise apparaît, des toits d’ardoise, un poteau électrique en ciment percé de trous s’élève d’où partent des rangées de fils parallèles. Des vaches noires et blanches se tiennent dans l’enclos près du hangar. La première maison sur la gauche est basse. Son entrée donne directement sur le chemin. De l’autre côté, un bâtiment tout en longueur, maison d’habitation qui fait face à un autre hangar beaucoup plus haut. Entre la maison et le hangar ouvert sur un échafaudage de bottes de foin, une basse-cour où picorent des dindons. Ils viennent s’agglutiner le long d’une barrière en poussant leur cri.

proposition n° 5

La maison en contrebas de la route. En cours de rénovation, très certainement. On aperçoit la coupe dure d’un coffrage en béton le long d’une porte entr’ouverte. Contraste avec les poutres en vieux bois qui font linteau au-dessus de la porte. Un amoncellement de branches coupées comme pour faire des fagots est posé à l’entrée. Une femme sort de la maison. Ses cheveux bruns très longs retombent sur ses épaules. Ses manches sont retroussées, elle tient dans sa main droite un arrosoir et semble partir, déterminée, vers le jardin tout proche. Une longue étole passe autour du cou et d’une épaule, soutenant un jeune enfant attaché ainsi dans son dos. Derrière eux, le mur de pierres aux contours irréguliers de couleur sombre.



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1ère mise en ligne 12 juin 2018 et dernière modification le 19 juin 2018.
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