Joachim Séné | Sans le GPS

« construire une ville avec des mots », les contributions

Écrivain, Joachim Séné multiplie les expériences numériques sur différents supports et médias, sonores notamment (collectif L’Air Nu), a aidé des dizaines d’auteurs dans l’élaboration de leur site web, est l’auteur de plusieurs livres-expériences chez publie.net, et n’aime pas être photographié. Il existe un point d’accès aux différents sites de Joachim Séné, nous déclinons toute responsabilité quant à non-retour éventuel. FB
proposition n° 1

Sans le GPS il n’aurait pas su revenir ici. Sa mémoire n’avait conservé que des fragments : un hangar, un arbre, un virage. Il se gare et passe à pied la barrière blanche, il voit les élèves courir dehors, on lui fait signe qu’il peut entrer. Maintenant, il respire l’odeur du gymnase vide. Dans l’odeur du gymnase il entend les crissements des baskets, le choc du ballon contre le sol et l’écho. Le chuintement du vieux filet. Deux points, il y a longtemps. Le lieu a perdu les couleurs dont il se souvenait. On ne se souvient de rien. Fermer les yeux et se concentrer sur un lieu c’est voir l’idée du lieu, son écho, et sans couleur, sans parfum, en fait on se souvient de se souvenir. Et aujourd’hui qu’il revient, il n’est pas dans le souvenir, ni dans le lieu, l’idée reste en lui, mais rien n’existe. Les cris qui partaient, et revenaient après avoir rebondi contre les hauts murs de plastiques translucides donnant sur les champs. Il revient, il se revoit pourtant ici, en fait il s’imagine, il réfléchit c’est ça, l’air transporte le son, la lumière transporte le temps, et ici il n’y a plus rien à rattraper, tout est parti il y a longtemps et très vite, à la vitesse des sensations pures. Il marche en faisant crisser le sol pour faire revenir une dernière fois, à l’intérieur, un match, un dribble, un panier à trois points, quelque chose d’un bonheur adolescent. Un banc de touche est disposé sur un bord du terrain, bancal. Il s’assoit.

proposition n° 2

Le cliquetis piézoélectrique répété. Le souffle soudain sans voir la flamme bleue, déjà savoir. Se posant dessus, le métal de la cafetière italienne à deux étages, celle avec la double-cheminée intérieure, à base décagonale, la Moka. Dans le silence de la réaction thermodynamique, ce qui est deviné : la pression créée par la chaleur en bas, le temps pris pour ça, l’ascension de l’eau par le conduit inférieur, et son mélange, alors, avec le café moulu, et la montée, encore, par le conduit supérieur, bien filtré. C’est ce bruit qui fait se lever, pendant que le réservoir à bec verseur se remplit. Éteindre le feu. Le bouillonnement continue quelques secondes, en haut. Et puis c’est le moment de verser dans la grande tasse ronde aux couleurs du club.



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1ère mise en ligne et dernière modification le 14 juin 2018.
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