Dominique Hasselmann | Survirer

« construire une ville avec des mots », les contributions

Auteur de 140 tunnels (publie.net, février 2012), Dominique Hasselmann a contribué aux ateliers d’écriture de François Bon (Tiers Livre Editeur), et écrit un polar, Filatures en soi, aux Éditions QazaQ. Il a publié plusieurs notules dans le Dictionnaire des littératures policières de Claude Mesplède (éd. Joseph K., novembre 2007). Il a tenu plusieurs blogs depuis mai 2007 (« Le Chasse-clou », « L’Irréductible », « Le Tourne-à-gauche »), le dernier en date a été lancé en novembre 2014, il se nomme Métronomiques. Dominique Hasselmann se balade aussi, depuis juin 2009, sur Twitter.
proposition n° 1

Il y a cette odeur de moisi qui n’a pas décollé, semble-t-il, depuis des siècles. Elle imprègne les murs quand il monte l’escalier et quand il le redescend : celui-ci tourne comme un phare de haute mer. La cour est sombre même quand il fait jour. Un oiseau noir passe en quatrième vitesse. Il sait qu’il ne vit là que la nuit et que peu importent le confort, l’éclairage, la douceur du lit. C’est un simple havre temporaire, une sorte de couchette de bateau dont il faudra se séparer à chaque escale quotidienne. Il remue ces souvenirs persistants de caserne à Montbéliard, où il fallait faire son lit « au carré » tous les matins à six heures. Le logement ne lui a pas coûté cher, c’est dans les traboules de Lyon. Quand il grimpe la rue de la colline de la Croix-Rousse, il rencontre immanquablement le café « L’Abri côtier » dont le jeu de mot le rafraîchit à mi-parcours. Le matin il devra partir rejoindre l’Institut où il suit son stage d’une durée d’un an en tant que futur cadre dans les télécoms. Il verra le soleil se lever sur la ville ou la pluie courser les deux fleuves : c’est quitte ou double. Le soir, il naviguera avec des copains dans les « bouchons » pour boire et manger, en côtoyant les touristes, en oubliant ce qu’il a appris dans la journée, et en rêvant au lendemain qui sera sans doute encore identique. Il se sent à la fois prisonnier et libre ici, mais il repense à Paris, qui est aussi traversé par des flots fantasques.

proposition n° 2

Elle est facile à retrouver, il suffit de se garer dans la rue qui monte, à droite presque en face de la préfecture, pas loin du lycée, elle est en hauteur comme pour mieux dominer le monde des vivants, ceux qui continuent comme si de rien n’était, sur le marbre les lettres dorées ne sont pas encore effacées, le sculpteur a fait un travail soigné (qui gravera son nom ?), on peut lire les dates de naissance et de mort – il ne s’est rien passé entre les deux – et ici la mention « professeur honoraire » qui semble si désuète, la surface marron reflète le ciel nuageux, ce cimetière est comme une enclave au sein de la petite ville, plus ou moins caché pas loin de la chapelle de la Motte, il est en pente douce comme l’été, on s’y arrête mais pas définitivement, on y philosophe intérieurement (on est peu de chose), c’est une stèle de repos, une stalle où l’on s’assoit virtuellement, où l’on médite sur ce que d’autres feront pour nous, en nous imaginant sous la pierre tombale du caveau familial pourtant complet.

proposition n° 3

De l’autre côté, la ville n’émet pas de rumeur : elle est éloignée et en contrebas. Le toit de la préfecture imite une ligne d’horizon, on n’est pas si loin de celle des Vosges. Ressentir une présence dans le dos, comme un fantôme qui nous toucherait subrepticement. Je me retourne mais il n’y a personne. Le « boulevard des allongés » est forcément immobile. Un chat roux se faufile entre ces rectangles gris ou marron. Des pierres encadrent l’espace silencieux. La cité peut se laisser contempler du haut de ces parallélépipèdes alignés le temps d’une concession. Mon regard panoramique sur des cheminées qui ne crachent rien dans l’atmosphère. L’avion à réaction qui déchire le calme doit provenir de la base militaire de Luxeuil, à une trentaine de kilomètres d’ici. Le pilote a-t-il pu apercevoir, depuis son cockpit, l’ancien cimetière ? L’éternité se moque bien qu’il ait passé le mur du son. Il est seul, lui aussi, il doit penser à son futur atterrissage. Une sirène d’ambulance se fait entendre au loin : pourquoi cette indiscrétion ?

proposition n° 4

La colline (peut-être inspirée ?) émettait comme un appel d’air, avec sa chapelle la coiffant d’un chapeau religieux. De loin, on ne voyait qu’elle, fanal dans le jour gris, fatale dans la nuit descendue sans crier gare. La ville semblait sous sa protection : chapelle des pénitents ou des suppliants, lieu de fixation pour quelques ex-voto en vrac, petit cône aspirant au ciel et à l’éternité d’un jour ou plus. Qui montait encore la visiter ? J’avais réalisé un court-métrage avec mon frère dans ce décor : il jouait une sorte de Nosferatu diurne apparaissant puis disparaissant aux détours du chemin tortueux. Personne ne pouvait s’inquiéter de ces mises en scène clandestines. Il me manque juste un projecteur en état de marche pour revoir cette histoire en 8 mm et sauter dans le passé par la magie des images ayant franchi toutes ces années lointaines. La vie n’est sans doute qu’un film à rembobiner, sans que l’on sache le nombre de fois possible.

proposition n° 5

Les ronces griffent, les mûres se goûtent, celles-ci soignent les premières. Des graviers, des galets, des cailloux, des pierres, des pavés se disputent le sentier. Les orties piquent sans vergogne. Le vent se couche avec difficulté. Il est tard. L’ex-voto dit : « Merci, Sainte-Vierge, tu m’as rendu mon garçon, tu l’as guéri par ton immense bonté. Marie-Ange, 18 avril 1935. » La plaque blanche a tourné au beige. L’inscription noire pleure un peu mais demeure lisible. Les quatre clous tiennent bien au mur l’affichette épaisse de deux centimètres. La prière est ainsi « gravée dans le marbre ». Un ouvrier avait dû venir la fixer comme signe de reconnaissance visible même après que celle qui l’avait écrit a disparu. La surface est mouchetée comme par des taches de rousseur : on dirait un visage disposé à plat. Le cri muet vers les cieux ne cesse pas, l’enfant a peut-être grandi et vu de ses propres yeux la preuve que le miracle existe, comme lui. Les murs de la chapelle laissent passer, par leurs ogives, des lames de vent froid : il porte les plaintes sous forme de lettres qui s’échappent vers les nuages à la manière d’un pissenlit soufflé.

proposition n° 6

La place de la République existait déjà ici, comme celle de Paris que j’ai connue bien plus tard. Un jour vint le Général De Gaulle qui parcourait la France pour expliquer sa politique, il logea à la Préfecture, en face du lycée Gérôme -– j’avais longtemps cru qu’il s’agissait seulement d’un prénom et je découvrirai par hasard qu’il s’agissait en réalité d’un peintre. Comme nous habitions le logement de fonction réservé au proviseur, des policiers en civil vinrent inspecter par mesure de sécurité notre appartement avec ses fenêtres qui donnaient tout en haut sur le bâtiment où l’illustre visiteur allait passer la nuit.

Je me souviens de la rue de l’Aigle Noir (Barbara ne l’avait pas encore chanté) qui descendait depuis le lycée jusqu’au centre-ville : combien de fois l’ai-je arpentée à pied, je n’avais pas encore le permis de conduire à l’époque. Mais quand les copains sortaient du lycée, je rentrais, la plupart du temps, directement dans celui-ci : le piège des « privilèges » du métier de mon père. J’écoutais alors, dans la chambre partagée avec mon frère, « Salut les copains » sur Europe Numéro 1 puis, le soir, « Pour ceux qui aiment le jazz » (j’avais gagné mon premier 33 tours, Dizzy Gillespie & Sonny Stitt, en participant au concours radio et entendu mon nom sur les ondes).

Comme dans le film Le Cercle des poètes disparus, je garde surtout l’image de mon prof de philo que nous admirions tous, Clive Lamming, devenu plus tard spécialiste des chemins de fer, miniatures et à l’échelle 1/1, puis des gares et du métro, et celle de mon prof de français, Robert Morin (ses cheveux en brosse et ses fines lunettes), celle de mon prof d’allemand, Monsieur Peltier (« Toi, Hasselmann, c’est pas parce que ton père est le proviseur que tu peux croire que tu auras des passe-droits ! »), celle de mon prof de maths dont le nom m’échappe mais dont la moustache noire carrée me faisait penser à Charlot, celle du prof de gym proche de la retraite et qui n’avait pas du tout une carrure athlétique, celle du censeur, Monsieur Nou, dont le fils Jean-Louis, en terminale quand j’étais en première, utilisait un Rolleiflex, que j’enviais, et qui avait réussi à se faire embaucher par le journal L’Est républicain où il publiait régulièrement ses photos de reportage au style original par rapport à la production courante.
J’avais fait ma première communion à l’église Saint-Georges et je possède encore quelques photos en noir et blanc où je porte l’aube (du jour), j’avais reçu en cadeau de mes parents une montre Lip, l’usine était à Besançon, et le syndicaliste Charles Piaget (qui avait lui-même un nom de tocante concurrente !) ferait bientôt parler de lui.
Je n’avais pas « voulu voir Vesoul » mais, au gré des « mutations » professionnelles de mon père, j’avais été projeté à Belfort, Valenciennes puis ici, dans cette préfecture de Haute-Saône et ce lycée au nom artistique — Jean-Léon Gérôme était né le 11 mai 1824 à Vesoul — où j’avais passé le bac philo avec la mention « Très bien » (alors que j’avais récolté un 0,5/20 en maths malgré les « leçons particulières » prises au domicile de mon prof moustachu).

proposition n° 7

Oui, j’aurais pu écrire cette fiction : la disparition du lycée de Vesoul. J’y serais retourné récemment car j’y avais vécu un certain nombre d’années (comme lieu à la fois de scolarité et d’habitation, joignant l’utile à l’agréable), de la classe de quatrième à la terminale.

Je savais qu’un autre lycée avait ouvert ses portes, l’ancien étant transformé en simple collège. Or, un coup d’œil sur Wikipédia m’apprend que ce dernier fermera définitivement, sur décision du Conseil départemental de Haute-Saône, en juillet 2019 et sera transformé en une « Cité Jérôme » (centre commercial, culturel, industriel ?), avec apparemment un « J » comme joie.

Parfois, je suis passé, en allant vers « l’ancien cimetière » qui surplombe encore la ville, devant le bâtiment pédagogique et je regardais l’étage où nous avions habité. Les volets blancs n’avaient pas changé, la taille des fenêtres non plus, les appartements devaient être toujours occupés (celui du censeur étant, sans doute par respect de l’ordre hiérarchique, situé à l’avant-dernier étage sous celui du proviseur). Les grilles de la grand-porte apparaissaient le plus souvent fermées, protégeant le buste du peintre Jean-Léon Gérôme. La Préfecture était toujours à la même place.

J’aurais repris -– si cet effondrement virtuel n’avait pas eu lieu -– les mêmes escaliers (il n’y avait pas d’ascenseur à cette époque), j’aurais sonné à la porte d’entrée, une jolie femme serait venue m’ouvrir.

— Oui, c’est bien ici que vous viviez avec vos parents, votre sœur et votre frère, et votre chat « Minus » baptisé ainsi par votre père !

C’est vrai, il était « agrégé de grammaire » (un concours assez difficile, disait-il).

La femme, que je ne reconnaissais pas, même si elle semblait présenter quelques traits de ma mère, m’aurait conduit d’abord dans le salon avec notamment les deux grands fauteuils bleus à oreilles (des « bergères », que l’on vendit plus tard à un antiquaire, quand il nous fallut quitter les lieux pour une maison louée dans le quartier des Rêpes), sa table basse, sa commode, son grand miroir un peu tavelé.

Puis nous serions passés dans la salle à manger : le poste de radio en bakélite noir se reposait du flux fatigant des informations - la guerre d’Algérie, on l’avait vécue à Valenciennes (Nord) – il était toujours assis tranquillement sur le buffet. Je m’aperçus soudain dans la glace aux angles biseautés, de style art nouveau : je devais avoir une quinzaine d’années. Le temps ne m’avait pas marqué du tout.

La femme, en tailleur rose, me dit :
— Voulez-vous voir votre chambre ?
— Oui, bien sûr !

Nos deux lits de garçons se faisaient toujours face mais en équerre, quelques posters décoraient les murs : Duke Ellington, Charlie Parker. Mon petit transistor beige et vert montait la garde sur ma table de nuit, posé à côté d’un exemplaire de Jazz Magazine (plus chic comme mise en page, avec les photos de Jean-Pierre Leloir, que Jazz Hot).

La guide me conduisit ensuite dans la chambre de ma sœur, puis je redécouvrais la chambre des parents, la cuisine, la salle de bain avec sa baignoire aux pieds finement ciselés.

Par les fenêtres, j’avais vue d’un côté sur la « cour d’honneur » du lycée (vide de toute récréation), de l’autre sur la Préfecture (vide de toute réunion). On était dimanche. Je me souvins alors que lorsque j’étais malade, à cause d’une grippe, par exemple, je regardais avec un plaisir sadique tous les élèves qui travaillaient « en bas » et prenaient un moment de détente dehors, sous le regard du « surveillant général » et de quelques « pions », sans qu’ils puissent savoir que je les observais du haut de mon perchoir domestique.

La femme, à la fin de la visite, me demanda doucement :
— Cela vous a-t-il plu, ce retour sur les lieux d’une période de votre jeunesse ?
— Mais oui, répondis-je, je m’y sentais bien et j’avais l’impression de n’avoir jamais vécu autre chose ni ailleurs !
— Cela pourrait être une image de l’éternité ! me répondit-elle avec un grand sourire, et elle referma la porte d’entrée à double battant de l’appartement silencieux.

proposition n° 8

La pluie fait des flaquettes, le jour, à midi. La rue Saint-Georges n’en revient pas. Son imperméable lui fait penser à Humphrey Bogart, il est long mais n’a pas vraiment le look Burberry’s. Il aime bien relever le col, c’est une écharpe plus douce. Les voitures filent en faisant du bruit (elles ne sont pas encore électriques), la circulation est calme, il n’y a pas d’énervement : Paris est trop loin, encore inconnu. Ses pas le mènent vers la rue Aristide Briand – toutes ces plaques permettent de revisiter l’Histoire, voire de la découvrir en marchant. Une pédagogie à laquelle n’avait peut-être pas songé Michelet. Il se rappelle du garage Paillotet qui répandait ses odeurs d’essence juste en face de la maison du grand-père : souvent il garait même ses véhicules réparés juste devant la grille et sa tante pestait contre ce sans-gêne. Quand il habitait encore à Valenciennes et qu’il venait en famille durant certaines vacances scolaires à Vesoul, il logeait dans cette demeure qui est restée, sur le plan architectural, inchangée : seuls les propriétaires ne sont plus les mêmes. La sœur de son père avait acheté un jour une Rosengart, une voiture toute carrée qui ressemblait à une sorte de char d’assaut, la tourelle en moins. Le rythme de la pluie accompagne ces souvenirs. Les gouttes qui sonnent sur son grand parapluie noir sont des larmes amères, pourtant il ne faut pas pleurer sur le passé puisqu’il est toujours présent en nous. Il danse de manière ininterrompue comme une averse d’images pixellisées.

proposition n° 9

tambourin de la pluie sur le nylon du parapluie tendu voile d’une tente portable comme dans un camping mobile cliquetis des baleines mais leur chant au loin dans les profondeurs océaniques elles sont bien cachées au fond de la rivière dénommée le Durgeon qui traverse la ville qui en a vu d’autres des précipitations elle est surtout spécialiste de la neige et alors c’est le silence qui retentit comme en écho des flocons séparés espacés espérés plus ou moins gros et légers comme des pissenlits non diffractés le bruit des pas s’énonce lorsque l’un précède l’autre comme quelque chose de moelleux de doux de souple de spongieux la chaussure adhère puis décolle avant de retomber dans sa future empreinte au loin un moteur se fait entendre un camion de déménagement dans lequel doivent bringuebaler armoires et fauteuils lampes et assiettes livres et tables de chevet les cahots saccadent aux oreilles l’imagination du son mélange les harmoniques le manteau blanc de la neige pourquoi pas la houppelande bordée d’un col en vison quel est le cri de cet animal plus gros qu’un rat débusqué par un chasseur à fusil avec deux canons vision diurne en Bretagne mais ici le couvercle baudelairien étouffe les touches d’un piano l’ivoire provient-il toujours des défenses des éléphants mercredi premier du mois la sirène retentit à midi pile tous aux abris alors un bébé pleure au même moment dans son landau la mère ne le berce pas d’avant en arrière il lui manque sans doute une boîte à musique à remonter avec la petite clé mécanique pour lui faire entendre écouter enregistrer dans sa mémoire de cire vierge La Symphonie des jouets

proposition n° 10

Dans la rue le goudron, comme une lave éteinte, s’étendait pour transformer toute la chaussée en mini-autoroute. Les pavés avaient vécu. À l’époque, les ouvriers ne portaient pas encore de casques ni de gilets fluorescents. L’odeur prenait les narines, elle apparaissait spéciale, unique. Elle collait au nez, à la manière d’une pâte noire invisible, elle s’insinuait dans les poumons en dessinant une nouvelle cartographie urbaine. La rue Paul Morel avait été la première à être attaquée, le Cours François Villon n’était pas épargné, pas plus que la rue Raymond et Lucie Aubrac. Le mot lui-même était répulsif : « goudron », comme un édredon de cauchemar, quelque chose d’étouffant que l’on vous plaquerait sur le visage la nuit pour vous empêcher de respirer. Mais il portait aussi une sorte de plaisir pervers dans sa nouveauté, dans son inhalation même. Il demeurait présent à l’intérieur de soi comme une trace urbaine en train de s’établir et de se solidifier. Le goudron avait été précédé par les gravillons, c’était toute une famille minérale qui prenait le pouvoir mais la matière brûlante et noire était plus forte au goût qu’une tablette mince et verte d’Hollywood chewing-gum.

Les draps de son lit étaient doux et toujours bien repassés par la femme de ménage. Ses mains aimaient les sentir le soir sur son corps étendu, avec la radio allumée en sourdine (et peut-être Miles Davis jouant devant un ascenseur). Les draps deviendraient aussi plus tard alcôve, nuages, rêves éthérés, et suaire un jour. La couverture rêche faisait contraste avec la literie du dessous ; elle n’était pas là pour s’amuser. Il aimait aussi sentir l’interrupteur de sa lampe de chevet qui lui obéissait au doigt et à l’œil : faire jaillir d’un geste la lumière ou l’éteindre relevait presque du divin. La « fée électricité » avait dû apporter à ses débuts des émerveillements inconnus. Quand il avait embrassé une fille pour la première fois, il avait été étonné par la douceur incomparable des lèvres rencontrées. Il ne pouvait imaginer un tel niveau de délicatesse, d’effleurement, de fondant, de peau de pêche rouge et accueillante. Sa bouche explorait une autre bouche, sa langue forait comme un tunnelier mais dans le silence et la beauté, dans la lenteur et le ralenti.

Il se souvenait d’avoir bu du vin, pour la première fois, à table chez son grand-père, c’était à l’âge de dix ans. Tout le monde se trouvait réuni dans la grande pièce du séjour, à côté du salon défendu par des rideaux blancs, où l’horloge immense sonnait tous les quarts d’heure et marquait inlassablement, de son balancier, le temps qui s’écoulait de manière inexorable et rythmée. Les enfants avaient le droit de boire comme les adultes mais devaient mettre « de l’eau dans leur vin » (on le leur servait ainsi). Le goût de ce breuvage ressemblait à un médicament : on n’avait guère envie d’en reprendre. C’était un cocktail fade –- l’eau claire avait rosi, elle piquait, le vin titrait sans doute alors six ou sept degrés et sa couleur manquait de franchise. Le gigot du dimanche sentait, lui, encore les prés, on imaginait des moutons gambadant librement avant de se retrouver dans une assiette. La vie se terminait toujours mal, pour les bêtes comme pour les humains. C’était sans doute la seule égalité qui existait sur terre.

proposition n° 11

Je descends les marches de la station de métro, il n’y a pas encore d’escalator dans celle-ci ni de paroi vitrée empêchant les inconscients, les inattentifs ou les volontaires de tomber sur les rails à l’arrivée de la rame. Je préfère cent fois ce lieu « métropolitain » (ligne 5) aux célèbres stations République ou Châtelet ou gare du Nord ou Montparnasse remplies de monde, de foule, de gens pressés et déterminés. Ici, il n’y a qu’une trentaine de marches à descendre, place Jacques Bonsergent (Paris, 10ème), pour prendre le métro du même nom. Juste avant les tourniquets (ces barres métalliques horizontales et portes à battants censées interdire le passage des voyageurs sans titre de transport), j’achète des tickets au distributeur automatique et je montre à un couple de Japonais comment faire tourner le rouleau (prière urbaine) pour choisir le mode de circulation (RER ou métro), obtenir les tickets à la pièce ou au carnet, introduire leur carte bancaire dans la machine : je reçois beaucoup de remerciements pour cette aide. L’employé de la Ratp est tranquille derrière sa vitre, je me demande ce qu’il fait toute la journée. « Service » affichent des lettres majuscules au-dessus de sa cabine transparente. Sur le quai, le nom de la station Jacques Bonsergent est écrit en gros, blanc sur bleu avec, en plus petit, la mention suivante : « Ingénieur des Arts et Métiers, Premier Français victime de son courage et de ses sentiments fraternels, fusillé le 23 décembre 1940. » Il n’est pas indiqué par qui il a été tué ni pour quelle raison (se reporter à Wikipédia), les touristes Allemands ne se sentiront pas agressés. Peu de gens sur le quai, mais les voitures sont souvent bondées à cause des gares de l’Est et du Nord toutes proches. Cette station est déjà l’image du passé : pas moderne, petite, deux entrées (une sur la place, l’autre sur le boulevard de Magenta), baptisée du nom de ce résistant le 10 février 1946, Louis Aragon écrivit un poème pour cet homme mort « dans la fleur de l’âge ». L’Histoire est parfois présente ainsi de manière souterraine. Elle est comme la mémoire, affleurant au détour d’une plaque d’émail bleu en sous-sol ou d’une affichette de marbre boulonnée sur un mur -– encore un autre fusillé -– à la surface de la ville avec une rose fanée laissée dans un interstice par on ne sait qui.

proposition n° 12

Peut-on imaginer un escalator en bois – je me souviens en avoir déjà vus – cela remplacerait (au nom d’une écologie bien comprise) ceux en métal des stations de métro parisiennes, couverts pour certains de graffiti qui s’escamotent automatiquement, comme par enchantement, au moment de la montée, l’inscription rouge ou bleue est devenue alors une sorte de « gif » lui-même, une durée d’une ou deux secondes, l’espace d’un éclair ou d’un pas, tenir bien sa droite ou doubler par la gauche les gens qui se laissent porter lors de l’ascension – il faudrait aussi inventer des « premiers de cordée » dans les escaliers mécaniques du métropolitain républicain -– et l’escalade se poursuit, les marches s’avalent les unes les autres comme aspirées dans la gueule d’un monstre affamé, caché dans les profondeurs et qui se nourrirait exclusivement de métal (je pense soudain à la série télévisée L’Homme de fer), un appétit d’ogre, avaler et recracher sans cesse, rien ne se perd, rien ne se crée, recyclage en boucle, « parcoursup » underground, l’escalier, l’ai-je bien descendu ?, en sens inverse on peut tenir la rampe mobile, noire, en caoutchouc, elle accompagne la main, elle lui offre un support doux, un reposoir avant l’atterrissage programmé, on aime que la descente prenne du temps comme si l’on se dirigeait vers le centre de la terre, ce serait idéal si cela pouvait durer une demi-heure ou une heure, c’est le cœur du volcan qui va s’ouvrir, le quai apparaît, un grondement, la rame bondée arrive, on repart mais cette fois à l’horizontale et qui sait, tout dépend de la ligne, on verra peut-être le jour ou la nuit depuis cet avion monté sur rails qui fait du rase-mottes au-dessus de la ville et de son fleuve parfois bougon.

proposition n° 13

La passerelle a pour elle la légèreté du mot et l’imaginaire qu’elle trimballe (avec deux l), elle joint une rive à l’autre, les mouettes lui servent de pont d’envol, leur ailes correspondent à la balustrade d’appontage, elles se tiennent en équilibre stable, elles n’ont pas peur du vide ni de l’eau, ni du ciel, ni des corbeaux -– certaines aiment le noir et blanc. Au-dessus du canal, elle se reflète lorsque le soleil joue malicieusement au miroir : elle est alors dédoublée dans l’eau verte qui ne bouge que lorsqu’une « vedette » du Pont Neuf ou une péniche moins touristique vient mettre un peu de désordre dans sa surface placide. Cette passerelle qui « enjambe » (d’un coup de ses jambes fines) le canal Saint-Martin n’est pas la seule à permettre ce rapprochement entre le quai de Jemmapes et le quai de Valmy. L’Histoire et ses batailles s’apprennent aussi (ou se rappellent à notre mémoire) au détour des rues. En fait, il suffit à chaque fois de gravir les marches d’un côté puis de les descendre de l’autre. Au milieu du passage bitumé on s’arrête pour dominer la situation, les voitures roulent de chaque côté de la départementale aquatique qui est sans limitation de vitesse apparente. La passerelle possède bien deux ailes et ses deux s ressemblent à ses escaliers. Il faudrait juste pouvoir poser un accent circonflexe quelque part sur le mot lui-même pour y faire vraiment jouer une de ses locataires permanentes : une « mouette rieuse ». Les oiseaux dans la ville lui ouvrent de l’espace, le ciel est alors aussi à notre portée d’un seul regard soudain entraîné par leur vol.

proposition n° 14

Passant comme un vol d’alouettes, silhouettes à contre-jour, une esquisse, un trait de crayon, quelques hachures et cinq personnes vues de dos sur une route de campagne, c’est la promenade du dimanche après-midi. L’appareil photo a soufflé. Le viseur minuscule rétrécit les êtres vivants et les paysages : il faudra attendre les épreuves tirées par le marchand pour les retrouver à une échelle plus humaine mais pas à cent pour cent. À l’extrême gauche, c’est le père, il porte un chapeau de feutre marron et un grand manteau gris. Puis, sa femme, une tête de moins, un fichu pour se protéger du vent ou du froid (ce doit être en hiver), elle est habillée d’un tailleur à carreaux et marche avec des chaussures à petits talons. Au centre, c’est la sœur du père, ses cheveux frisés ne bougent pas du tout, elle a la démarche sportive et une espèce d’imperméable mastic. Puis c’est l’un des deux frères, on remarque ses cheveux coupés en brosse, son blouson de nylon bleu, son pantalon indéfinissable. Enfin, la sœur, qui semble perdue dans ses pensées, elle regarde le sol, se retourne, s’arrête, reprend sa marche. Les silhouettes s’éloignent, elles ont fait une furtive apparition, comme un retour sur image. Une seule d’entre elles est encore actuellement de ce monde. La route est déserte, les arbres immobiles, les nuages n’avancent pas du tout là-haut, comme si Éole avait pris, lui aussi, un jour de repos. La mémoire est décidément sélective, on dirait que c’est elle qui fait disparaître, au moyen d’un simple souvenir précis, les personnes que l’on a connues et aimées.

proposition n° 15


— Mais toi, tu les suis à distance, comme si tu ne faisais pas partie du groupe…
— Je reste en retrait, je me fais discret, je marche sans que l’on sache que je suis là !
— Pourquoi les prendre en photo ?
— Envie de prendre, de fixer, de garder ce moment d’un jour de la semaine, celui, privilégié, où toute la famille est réunie pour une promenade qui ressemble à un rite de passage.
— Mais la photo demeurera inanimée, comme morte, au lieu qu’un film aurait pu restituer, en ce moment particulier, la vie dans son instantanéité ?
— Sauf que la photo identifie une seconde (ou un trentième) de l’événement, elle l’encadre sans qu’il ne puisse justement plus bouger, elle l’épingle comme le papillon dans la mémoire.
— Pourtant, tu as fait aussi des films en 8 mm, on y voit ton père dans la cour du lycée (peu avant sa mort) lors d’une bataille de boules de neige en hiver, vous osiez le prendre aussi pour cible…
— Ces petits films sont trop émouvants pour que je les regarde de nouveau : c’est vrai que la vie elle-même y a été saisie, captée, enregistrée et qu’elle demeure là dans son élan pour quelques minutes. Mais cela fait trop penser à une « bande d’actualités » rayée, muette, comme si l’on regardait Proust bouger sur l’écran alors qu’on le connaît photographié soit en « pause » soit sur un balcon, sans apparat.
— La photo du groupe sur la route de campagne peut se contempler à loisir et sans dégager une quelconque cruauté : tu as su rendre une certaine sérénité à cette promenade du dimanche…
— Je ne regrette pas de l’avoir prise : elle se trouve dans un album carré à couverture noire, les photos sont maintenues par ces coins transparents dans lesquelles ont les enserrait, j’ai souvent pensé à des petits beurres Lu enserrés dans ces pages.

proposition n° 16

Le mauvais élève avait imaginé que le lycée était en réalité une construction sous terre. Rien ne dépassait à la surface bétonnée, où de rares herbes folles pointaient entre des interstices et apportaient une touche de vert à cette dalle déserte (seul le buste en pierre blanche d’un peintre du XIXe siècle rappelait un lointain passé). Mais sous celle-ci le bâtiment bruissait des cris, des rires, des coups de sifflet d’une récréation éclairée aux néons sur un espace rectangulaire ressemblant à un cours de tennis. L’enseignement se faisait désormais à l’air fermé, en dehors de tout regard étranger –- les parents des enfants scolarisés n’avaient pas le droit d’entrer dans ce lieu inconnu et non signalé — à l’abri de toute contestation pouvant venir perturber l’état régulé des choses. On accédait aux différentes classes en descendant par des escaliers mécaniques silencieux. Personne ne savait combien d’étages souterrains comptait le bâtiment. L’ensemble du personnel pédagogique portait des casques de chantier de couleur orange et chaque prof avait une matraque accrochée à la ceinture de sa blouse. L’uniforme était obligatoire pour les « apprenants » : pantalon noir et chemise blanche avec cravate tricolore, valables aussi bien pour les filles que les garçons. On n’apercevait nulle part la lumière du jour, cela évitait d’être distrait par le monde environnant. Sur les écrans de chaque tablette individuelle, des photos ou des films de pays enchanteurs pouvaient être contemplés, mais Internet n’était accessible que par l’intermédiaire de certains sites autorisés : la libre balade était interdite, le contrôle des connaissances partait déjà de cette restriction décrétée et appliquée d’en-haut. Les matières enseignées faisaient l’objet de programmes soigneusement définis et réglementés. L’Histoire, par exemple, avait été expurgée de tout ce qui n’allait pas dans son sens : les révolutions sociales et leurs conquêtes, la fin de l’époque coloniale, le renversement des dictatures, la construction européenne, l’abolition théorique des frontières, l’irrésistible aspiration des peuples à l’obtention et au respect des droits de l’homme. Il ne s’agissait pas de révisionnisme mais de pragmatisme, pas de constructivisme à rebours mais d’efficacité pratique. Pourquoi s’encombrer des vieilles lunes ? Pourquoi ressasser les événements de 1936, 1945, 1968 ? Le futur reposait désormais sur une vision réaliste et non passéiste d’un présent dynamique. Grâce au lycée creusé sous la terre, et à son organisation paramilitaire, les miasmes détestables de la contestation avaient disparu. Les cerveaux étaient devenus carrés, formatés, semblables à des produits issus de chaînes industrielles. L’avenir radieux n’était plus une utopie, l’éducation privatisée apportait enfin sa contribution à la marche en avant d’un État efficace, sans complexe et dont le seul but était la réussite de quelques-uns pouvant logiquement entraîner, par effet d’imitation, celle de tous. On comprenait alors pourquoi cette entreprise capitale devait se dérouler dans le secret d’un établissement véritablement underground, comme les brochures de propagande le décrivaient sans sourciller.

proposition n° 17

La ligne est blanche et en relief, avec des petites bosses pour les aveugles (comme s’ils étaient des milliers à prendre le métro). Une sorte de bande d’arrêt d’urgence avant que la rame n’arrive.

Il ferme les yeux, le grondement se rapproche : faut-il sauter ?

La faille ou le trou est là. C’est une tentation, il faudrait choisir le moment exact.
Un groupe de la sécurité RATP s’approche, on a du mal à les distinguer des policiers ordinaires : même équipement, même bleu marine, même têtes de l’emploi. L’un deux interpelle le type au bord du quai :
— Vous devriez vous reculer, vous êtes en dehors des clous !
— Excusez-moi, je ne vois pas très clair !
— Alors, prenez un autre moyen de transport…

Le bref dialogue se termine. Le métro arrive, il freine, les portes s’ouvrent, ça grince, ça souffle, des gens descendent, d’autres montent.

Le narrateur suit le mouvement et va s’asseoir sur un siège tagué en rouge. Il écrit sur son calepin : « La tentation est un plaisir qu’il faut toujours pouvoir renouveler. »

proposition n° 18

Quand il avait écrit cette phrase, en parlant d’un album de photos : « J’ai souvent pensé à des petits-beurre Lu enserrés dans ces pages », il se rappela soudain leur goût, le craquement sous la dent et la découpe ordonnée des quatre coins. Ceux-ci se cassaient comme avec assentiment, ils n’offraient pas de résistance inopportune. Les photos ne perdaient pas leurs angles aussi facilement. Le format 6 x 6 correspondait presque trait pour trait aux biscuits. Chaque petit gâteau était comme une épreuve révélée : la saveur apparaissait après le bain de bouche. Une photo était un instantané gustatif. Sa durée serait enfermée plus tard dans l’album qui serait ouvert un jour par hasard et le passé frapperait à la porte de la mémoire comme la madeleine venue, dans un dédoublement à la Proust, nous servir à boire. Le petit-beurre accompagnait ce dur désir de revoir. Les photos carrées n’étaient pas empaquetées mais étalées sur fond noir. Chacune d’elle comportait des arrière-plans ou en créait de nouveaux dès lors que l’on se laissait guider tout simplement par le regard méticuleux. Les biscuits disparaissaient en miettes, les images s’évaporaient puis réapparaissaient – leur trace indélébile (durée incroyable du fixateur) avait créé un bégaiement du souvenir personnel, pas seulement réservé à la grande Histoire.

proposition n° 19

Ces cours de lycée, il aurait fallu les supprimer, comme les récréations qui les avaient fait naître. Si on devait travailler, pourquoi aller s’amuser entretemps ? Il rêvait d’un espace long, ininterrompu, celui des « études », et non des épisodes renouvelés du jeu de ballon, des courses à perdre haleine, des bagarres avec des camarades plus forts que lui, du coup de poing sur le nez. À quoi servaient les « pions » qui rôdaient dans l’enceinte semblable à celle d’une prison (plus tard, peut-être, quelques-uns des élèves la retrouveraient avec cette fois-là des surveillants à casquette et en uniforme) ? Le lycée des Grecs était-il le lieu d’ébats ludiques ou de débats philosophiques ? Les classes devaient avoir lieu sur des forums mais concernant la course à pied, on se réservait pour le marathon. L’enseignement se faisait par l’écoute et la discussion avec les maîtres. L’échange, et non le cours magistral, était de règle. Il n’y avait sûrement pas de tableau noir ou vert avec le crissement de la craie qui hérissait, qui cisaillait les oreilles, qui irritait la bouche, qui laissait comme un parfum de poudre interdite. Le lycée signifiait peut-être, en latin, « licet », tout serait permis, comme on put le croire en Mai 68. Un creuset, parfois un volcan, où l’avenir était en route, même si l’on ignorait pour quelle destination, quelle vie, quelle fin.

proposition n° 20

Il n’y a pas un rat entre les rayons. Normal, le Carrefour est fermé durant la nuit : on se demande pourquoi, d’ailleurs, car ce sont des clients perdus, il y a toujours quelqu’un qui a envie, le soir, d’une bière ou d’une bouteille de whisky. Les boîtes d’aliments tout préparés sont alignées sagement derrière les vitres des frigos mais aucune main ne vient les caresser. Les allées ressemblent à des routes sans séparateur central – penser à limiter ici aussi la vitesse des chariots – et c’est étrange comme en temps normal (celui de l’ouverture commerciale) les clients marchent à droite. Il faudrait peut-être installer des feux rouges, à hauteur d’homme, aux intersections. La musique a été coupée en même temps que les lumières : bizarre comme le flux des chansons se remarque par son absence. Marcher dans cet espace inhumain ressemble à un mauvais rêve. On pousse le caddie vide devant soi sans conviction. De toute façon il n’y aura personne aux caisses (à moins qu’il suffise de scanner soi-même ses courses). La lampe de poche ressemble à un phare dans la nuit. Aucun vigile mais les boules des caméras de vidéo-surveillance doivent enregistrer la promenade nocturne : c’est amusant d’imaginer la tête de celui qui, demain matin, regardera les images enregistrées. Il verra un promeneur dans le supermarché qui n’achète rien, qui fait un tour, on se demande par où il a pu entrer sans déclencher les systèmes d’alarme (à revoir). Un client venu faire un « repérage » ? Décidément, les « temples de la consommation » recrutaient de drôles d’adeptes.



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1ère mise en ligne 14 juin 2018 et dernière modification le 31 juillet 2018.
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