Erika Fülöp | Home

« construire une ville avec des mots », les contributions

Hongroise d’accent et d’énergie », selon la description de François Bon. Parle et écrit un français étrange et étranger (vous aurez été prévenus !). Parasite littéraire universitaire qui préfère réfléchir aux textes des autres plutôt que d’en faire d’autres. Elle en fait pourtant, au deuxième degré, de dernier ordre. Jamais rien fait de bien créatif sinon des jeux de mot à la con, si ça compte. Et des colloques, où les gens se rencontrent, dont elle est passablement fière quand même. Pas de blog créatif donc, mais sur Facebook.
proposition n° 1

Hazajött. Itthon van.

Home. A la maison. Dans cette ville.

Magyarok. Mindenki magyarul beszél. What a strange language. Coming home into this language. Ce n’est plus sa maison à elle. Elle a une autre maison qui ne lui appartient pas. Pas encore. Et une autre langue, qui ne lui appartiendra jamais. Deux autres langues. Otthonok. Lehet ennek a szónqk többes száma ? Rég nem volt egy otthona. Bő húsz éve mindig legalább kettő.

Le train repart derrière son dos. Elle reste là à absorber la langue de cette ville. Elle commence à la gare. Elle, la ville, et la langue. Tout commence à la gare.

Elle laisse les autres passagers passer à côté d’elle. Ils apportent la langue avec eux, des bouts de phrases qui flottent dans l’air. La maison, d’abord, c’est ces sons, les sons de sa langue qui n’est plus la sienne. Rentrer commence par la langue dans laquelle elle ne vit plus.

Tout commence à la gare. Cette appartenance qui n’en est plus une. Arriver, en train. Elle ne peut être qu’en train d’arriver. Sans jamais plus arriver à vraiment arriver. No way back.

proposition n° 2

Buszállomás, buszmegálló. Törött üveg, plakáton vigyorgó nő, fehér fogakkal. Az utca túloldalán nyomott, nyomasztó resti. Egy társasház földszintjén. Állomási panelresti. A amolyan kockás viszosvásznas típusú. Viaszkosvásznas. Kívül, az ajtó mellett rozoga kis asztal két műanyagszékkel. Az ajtón napszítta plakát. Cirkusz a Széchenyin. Rég volt. A kocsma mellett Állomásigazgatóság. Nagy szoci betűkkel. Rekkenő hőség. Minden mozdulatlan, még a rekkenés is. A buszmegálló aszfaltja hőhullámzik, átsüt a cipőtalpon, a plakáton vigyorgó nő grimaszolni tűnik. Középkorú asszony totyog a buszmegállóba. Belekotor a táskájába, előveszi a bérletét. Fekete műbőr, kínai. Fehér műszálas szoknya nagy rószaszín és piros virágokkal, rózsaszín póló. Kínai. A kocsma felett függő rozsdás állomásóra 2 óra 5-öt mutat.

(Google Translate : Fr) Arrêt de bus, arrêt de bus. Verre brisé sur une affiche grimaçant une femme avec des dents blanches. Il est déprimé de l’autre côté de la rue. Au rez-de-chaussée d’un condominium. Panneau fixe. Le genre de sac à dos à carreaux. Viaszkosvásznas. Dehors, à côté de la porte, une petite table rouillée avec deux chaises en plastique. Elle a tapé la porte sur la porte. Cirque de Széchenyin. C’était il y a longtemps. À côté du Pub, Station Direction. Grandes lettres de football. Chaleur répulsive. Tout est immobile, même un hululement. L’asphalte de l’arrêt de bus est chaud, le lacet se décolle, la femme qui sourit sur l’affiche ressemble à une grimace. Une femme d’âge moyen se rend à l’arrêt de bus. Belekotor met sa carte dans son sac à main. Cuir artificiel noir, chinois. Jupe synthétique blanche avec de grandes fleurs roses et rouges, t-shirt rose. Chine. Il montre 2 heures 5 à une station stationnaire au-dessus du pub.

(Google Translate : En) Bus station, bus stop. Broken glass on a poster grinning woman with white teeth. It is depressed on the other side of the street. On the ground floor of a condominium. Stationary panel. The kind of checkered backpack type. Viaszkosvásznas. Outside, beside the door, a rusty little table with two plastic chairs. She napped the door on the door. Circus of Széchenyin. It was a long time ago. Next to the Pub, Station Directorate. Big soccer letters. Repellent heat. Everything is motionless, even a hoot. The asphalt of the bus stop is hot, the shoelace peels over, the woman grinning on the poster looks like a grimace. A middle-aged woman goes to the bus stop. Belekotor puts his pass in his purse. Black artificial leather, Chinese. White synthetic skirt with big pink and red flowers, pink t-shirt. Chinese. It shows 2 hours 5 at a stationary rush station above the pub.

proposition n° 3

Elle se retourne. Derrière, le bas bâtiment blanc boude dans la chaleur. Bistrot somnolant, boutique de souvenirs avec objets inutiles. Portes en métal, vitres sales, salle des pas perdus. Bicyclette rouge rouillée attachée aux rails de l’escalier. Horloge de gare, 14 heures 7. Le temps en arrêt. Blancheur sale de la gare flotte au-dessus du trottoir. Chaleur de la chaussée fait vaciller la vision. Bruit de train qui freine, cri métallique. A vágány mellett kérem vigyázzanak. Rien à voir. Rien à voir derrière. Elle se retourne. Rien devant. 14 heures 8.

(Google Translate : Hu) Megfordul. Mögötte az alacsony fehér épület a hőben zuhan. Alvó bisztró, ajándékbolt, haszontalan tárgyakkal. Fém ajtók, piszkos ablakok, nem elveszett szoba. Rozsdás, piros kerékpár, amely a lépcső sínekhez csatlakozik. Állomásóra, 14 óra 7. Időzítés. Az állomás piszkos fehérsége lebeg a járdán. A járda hõje a látás lelógását lenyomja. A vonat zaját fékezi, fémes sírást. Egy vágány mellett kérem vigyázzanak. Semmi látnivaló. Semmi sem látni mögött. Megfordul. Semmi sem elöl. 14 óra 8.

(Google Translate : Hu -> Fr) Il se tourne. Derrière lui, le bâtiment bas et blanc tombe en chaleur. Bistro de nuit, boutique de souvenirs avec des objets inutiles. Portes métalliques, fenêtres sales, pas de pièce perdue. Rusty, vélo rouge attaché à l’escalier. Horloge de la station, 14 heures 7. Timing. La blancheur sale de la station flotte sur le trottoir. La bordure du trottoir presse l’éclat de la vue. Le bruit du train est interrompu par des pleurs métalliques. S’il vous plaît prendre soin d’une piste. Rien à voir. Rien à voir derrière. Il se tourne. Rien n’est devant. 14 heures 8.

proposition n° 44

Image de western urbain avec femme solitaire. Peu de mots, mais ils remplissent l’espace d’imaginaire. Une femme revient dans un espace vide, le vent qui souffle, emporte le regard avec un oiseau. Les mots, que des lignes de fuite pour la pensée, pour l’imagination. Un moment en devenir, on attend. Rien ne se passe, que du vent, mais on est bien dans cette attente. La promesse de l’histoire d’une femme mystérieuse que l’on ne finira jamais par connaitre. Elle vient d’arriver, de revenir, on ne voit pas en elle, mais ce n’est pas nécessaire. Ce livre est son histoire qui ne nous fait sentir que le vent qui souffle, personne autour. Un tour de force, rien ne se passe, elle est là, l’oiseau vole, le vent souffle, fort, mais c’est les mots qui nous emportent. On ne comprendra jamais comment, où, pourquoi. Mais peu importe, c’est son histoire, et elle est belle.

Nyelvében lakik. Nyelvébe tér haza, mikor hazatér. Mert nincs mindig otthon, és hazatérni egyre nehezebb. Dans quelle langue s’écrirait ce livre ? Interférences. Il parlerait des interférences des espaces et des temps et des langues. Il aurait parlé de… Il n’y aurait pas d’histoire autre que celle de sa langue – pas de la langue maternelle, mais de cet espace d’entrecroisement qu’elle habite. Où elle réside, toujours provisoirement. Impossible de confondre cette histoire avec une autre, elle se distingue trop par ses confusions. Revenir dans un espace, apporter le corps pour que l’oreille puisse absorber les sons, sentir l’étrangeté sur la peau même, se sentir étrange et pourtant chez soi, un chez-soi qui la dépasse désormais… et comment ce qui la dépasse devient son chez-soi, comment l’espace autre devient habitable, habituel… un château de mots qui prétendrait à dire tout cela. Ce serait ça, ce livre. Aurait été…

Fájdalomkönyv. Un livre de douleur, un livre en douleur. Lágy szóba öntött kemény fájdalom. Melankólia.

Il n’y a pas. Le livre impossible d’un manque. Le manque d’un livre impossible.

Il n’y a plus que le manque et le bleu du rien. D’abord.

Hiányérzet. Nincs rá szó. A szavak is hiányoznak.

Il faudra un livre pour remplir l’espace impossible du retour. Pour donner des mots qui rempliront cet espace. Ce livre parlera du manque qui n’en sera plus un. Il y aura des mots pour le dire. Les mots commencent ici. Ils hésitent à venir, mais doucement, timidement, ils commencent. Ils commencent à chuchoter. Chuchoter le manque. Puis le dire, le crier, le hurler, jusqu’à ce qu’il sorte des poumons, du cœur, du corps. Du cerveau, de l’espace.

Les paroles prennent la place de l’absence. Le sens prend la place de l’absence.

Une autre ville se construit. Une vie se reconstruit.



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1ère mise en ligne 16 juin 2018 et dernière modification le 20 septembre 2018.
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