Jeremy Elyerm | En rêve, en flânerie ou en voiture

« construire une ville avec des mots », les propositions

Mini bio et liens à compléter.
proposition n° 1

Il ne pourra pas te dire combien de fois il est passé là – en rêve, en flânerie ou en voiture – devant ce bâtiment F. Il ne pourra pas te dire quand c’était la dernière fois – si c’était en rêve, en flânerie ou en voiture. Il pourra te dire qu’en voiture il ralentit lors du passage devant ce bâtiment. Il ralentit bien en dessous des 30 km/h affichés sur le panneau de cette zone. Jamais il n’a pensé s’arrêter, ou plutôt il se l’est interdit en murmure, en voix pour soi, une fois, deux fois, peut-être toutes les fois où il y est passé. Si tu lui demandes, il dira que non, non il n’a jamais pensé s’arrêter – illustration de ce que la parole prend à la pensée : une sorte d’absolu bien illusoire. Alors, le jour où son pied pris dans la confusion de son esprit a pressé la pédale de frein au lieu de l’autre, il a rédigé le constat amiable sur le parking, en bas du bâtiment F. C’est sur ce parking qu’il a essayé sa première voiture téléguidée entouré de son père et de ses frères. C’est sur ce parking que tous les quinze jours il montait avec ses frères dans la voiture, celle de son père. Il embrassait sa mère sur le palier du premier étage et descendait dans l’euphorie de la fratrie. Il avait six ans.

proposition n° 2

Une palette horizontale de noir, une palette verticale de gris et des tâches vertes. Dans le noir, d’abord le granité du goudron de la route qui s’étale en une large bande, puis le trottoir troué de cercles de tailles variables remplis de cailloux mazoutés, derrière le parking épais – sorte de rectangle carré sans lignes blanches au sol – et enfin l’allée au goudron poli parallèle à la route qui relie les entrées des bâtiments. Dans le gris, les poteaux d’acier de différents calibres, porteurs de poubelles, de panneaux, de lampes, de fils, d’antennes tout là-haut sur les toits plats des bâtiments, eux-mêmes imposantes masses grises qui s’élèvent du sol au ciel en volumes conquérants à l’assaut des espaces nuancés de gris d’un ciel changeant. Dans le vert, les touffes d’herbe sauvage qui habitent les craquelures des goudrons – de la route à l’allée –, le toit plat de l’abribus et les tuyaux d’évacuation de l’eau des balcons, les pelouses domestiquées en surfaces géométriques et les feuilles de quelques arbres grêles béquillés au sol. De la transparence par les vitres : celles de l’abribus, des voitures stationnées, des portes du hall d’entrée et fenêtres du bâtiment F.

proposition n° 3

Face aux bâtiments F, E, G, H, de l’autre côté de la route, c’est la réunion de l’ensemble de ses désirs ou plutôt les principaux désirs de l’enfant de six ans qui habitait au bâtiment F. Ils infiltrent sa peau, sa pensée, ses rêves, encore aujourd’hui déterminent la plus grande partie de ses envies. C’est puissant le désir. Sont disposées là des maisons, des maisons avec au moins une voiture, des maisons avec des parents et leurs enfants, des maisons avec des chiens, des maisons avec un jardin –- un jardin avec des jeux –-, des maisons avec un portail et des haies bien taillées, des maisons avec un étage –- un étage avec chacun sa chambre -–, des maisons avec un sous-sol -– un sous-sol avec une table de ping-pong -–, des maisons avec un congélateur -– un congélateur rempli de glaces –-, des maisons fermées pendant les vacances -– ne pas pouvoir jouer avec les copains (les copains tout bronzés au retour). Comment décrire autrement ce qui lui faisait face au moment d’attendre le TUB, à l’abribus. C’est bien ça qu’il voit, aujourd’hui encore, lorsqu’il revient en voiture et qu’arrivé au dernier dos d’âne -– la fin de son passage -– il jette un œil rapide à gauche.

proposition n° 4

Descente puis montée jusqu’au pont du chemin de fer : frontière du quartier. Au pied du pont, à gauche, maison d’architecte : il n’y est jamais entré. Au pied, à droite, gendarmerie : il y est entré. Tu passes le pont, tu sens le danger. C’est comme ça... ton quartier, ta sécurité. Ce n’est que bien plus tard, à l’adolescence, qu’il a su ce qu’il y avait après... après le pont. Face au bâtiment F, les maisons et cette route qui conduit à une impasse. Là, deux barrières métalliques grises empêchent le passage des deux roues à moteur par ce chemin à lattes de bois. C’est le petit bois en bas. C’est là le vert avec un ruisseau. Maintenant, viens, on s’éloigne du quartier, on suit le ruisseau. Ici, il a tué l’ennui, il a combattu la nuit. Au bout du chemin, ensemble de petites maisons en pierre, un chien et une dame en tablier-voile qui crie avec un bâton à la main quand on s’approche. Elle sort d’où ?... combien de rêves autour de ça ?... elle sort d’où ?... Au-dessus –- il monte en courant avec ses frères – c’est la réserve, le parking et la grande surface Leclerc. Pas de parking aérien, pas de protections anti-pluie à l’endroit des places de parking. La réserve, il y est entré. Le parking, il a zoné. La grande surface, il est venu, il a vu, il a pris.

proposition n° 5

C’est à la sortie d’un rêve –- ou bien d’un cauchemar, d’ailleurs, il est souvent incapable de poser cette frontière : c’était un rêve ?... un cauchemar ?... quelque chose quoi... – qu’il a pensé à Street View. Il y a pensé pour le bâtiment F. C’est en bas du bâtiment qu’il s’envolait. Y avait une voiture avec des hommes armés au bout de l’allée, il était pris au piège jusqu’au moment où, voulant si fort s’envoler, des ailes l’ont élevé. Tu comprends bien qu’en déplaçant le bonhomme orange de Street View – qui se balance mollement au bout du clic -– sur la route qui passe en face du bâtiment, et qu’il lit coup sur coup : Avenue de Bretagne, Place du Périgord, quelque chose le dérange. Et plus encore, une sorte de révélation l’envahit : ces noms ne signifient rien pour lui. Il ne les connaît pas. Ces noms inconnus bousculent ses souvenirs qui s’empressent de les chasser. Il ne peut y avoir dissolution de ces derniers, trop d’importance. L’adulte qu’il est, en utilisant Street View, agit et voit avec les yeux de l’enfant de 6 ans. Il a tapé Ploufragan, a cherché le chemin de fer entre le bourg et la pharmacie puis la route qui mène au ptit bois. Là, en déplaçant le bonhomme, en lisant Avenue de Bretagne écrit en long sur la route, ce sont ses 6 ans qu’on cherche à effacer. Pour lui, il y avait jusqu’à aujourd’hui : la rue devant l’abribus, la rue qui va au bourg, la rue qui monte au pont, la rue qui va au rond-point de la pharmacie. Tout ça était réduit en trois mots : Avenue de Bretagne. J’habite au bâtiment F, HLM des Villes Moisan, voilà ce qu’il répondait aux profs, parents de copains, monos de colo et à ses cousines. Par curiosité il a tout de même zoomer sur la façade du bâtiment. La lettre F, seule, est collée au dessus du hall d’entrée. Il zoome davantage et se rapproche des vitres. Il aperçoit sur la capture de 2012 -– absent sur celle de 2010 -– , au bas de l’une des fenêtres, un tissu imprimé de bandes noires et blanches verticales avec des hermines horizontales.

proposition n° 6

Ça le bouffe... faut qu’il le fasse ce putain de récit, celui de ses six ans. Pour toi, c’est quoi la ville quand t’as six ans ? c’est quoi les noms dans cette ville ? Pour lui, c’est pas celle de la tournée du facteur, c’est pas celle du magazine de la commune, c’est pas celle des transports, c’est pas celle de ses parents, c’est pas celle de ses potes d’en bas, de là-bas, c’est pas celle de ses frères. C’est la sienne propre, c’est son vécu et rien d’autre. C’est tout à la fois et seulement ça. Langage qui le soude aux siens, langage qui n’existe qu’à la condition d’être éprouvé. C’est l’épreuve, le terrain, le dehors qui constituent le récit d’acquisition d’une langue parlée parce que vécue. Dans cette langue, l’école des Villes Moisan sera l’école (Ici à Ploufragan, le nom du quartier donne le nom de l’école, sauf pour le quartier de Saint-Hervé, comme il a pu le lire sur le site internet de la ville. Pour les autres écoles on trouve Louise Michel, Anne Frank, Louis Guilloux et Saint-Anne). Dans cette langue, le ruisseau de l’Étang des châtelets sera le ruisseau, la Vallée du Goëlo sera le petit bois, l’hôtel Formule 1 l’hôtel, la Renault 5 la voiture. Dans cette langue, le bâtiment F sera le bâtiment F, les Meillans seront les Meillans, Sico sera Sico, Stenou sera Stenou, Joseph Joseph, Sylvain Sylvain, Jean-Christophe Jean-Christophe.

proposition n° 7

Il le sait, il se le dit, il se le répète : si je m’arrête, si je descends, si je marche, si je m’approche du bâtiment F, tout s’effondre, le nouveau monde engloutira l’ancien (mon nouveau monde), et un à un les mots s’effriteront en fines poussières qu’un vent dispersera, d’autres mots viendront, en blocs solides, trahir mes souvenirs, viendront construire sous mes yeux impuissants une ville nouvelle, un nouveau vécu de cette ville, de ce quartier. Il a déjà fait l’erreur, une fois, pour un autre lieu de l’enfance. Résultat, rêverie et flânerie ont disparu tout autant que l’envie d’y retourner. Ça ne l’intéresse pas de venir et voir une silhouette, de venir et voir un fantôme, une ombre ou un spectre. Ce qui l’intéresse c’est de voir ici ce que sa mémoire veut bien lui donner à voir, à penser, à imaginer : les silhouettes, les visages, les gestes, les voix, les attitudes. Il y a, dans ses souvenirs, peu de place pour les objets. En somme, ce qui l’intéresse c’est le récit que lui propose sa mémoire, avec ses raccourcis, ses oublis, ses rappels, ses fabulations, ses priorités. Il ne poussera pas la porte d’entrée du hall du bâtiment F, il continuera de passer en rêve, en flânerie ou en voiture. Il n’a pas perdu le chemin pour y retourner. Il sait simplement qu’il ne veut pas emprunter à nouveau, par la déambulation, les chemins de l’enfance. Il se contentera de ses souvenirs, aussi imparfaits soient-ils.

proposition n° 8

Toujours autant de pluie chez moi... mais il fait quand même beau... il fait beau... c’est le clip qu’il regarde sur Youtube, OrelSan feat. Stromae, avant de partir en flânerie au bâtiment F. Là-bas, la pluie est chez elle. Le matin, toujours il jetait un oeil dehors avant de rejoindre la cage d’escalier. Les jours d’école la pluie ça voulait dire : interdiction de prendre les pneus lors des récréations. C’était la principale activité, faire rouler les pneus, les fins, les larges, les légers, les lourds. Là se nouaient les amitiés, autour de courses de pneus, autour des évaluations que les enfants rendaient de l’art de faire rouler les pneus, sur le plat, sur le parcours cabossé. Une récréation sans pneus c’était comme une classe sans prof : une absence de cap et d’envie. Regroupés sous le préau, les enfants étaient perdus. La pluie pleurait leurs larmes cachées et déclarait souverain le temps. Parfois, c’était juste une averse, mais là aussi : interdiction de prendre les pneus, trop dangereux. Alors, les flaques fraîchement constituées voyaient s’agglutiner en nombre, comme les abeilles aux nectars des fleurs, les enfants autour d’elles. Il y avait là de quoi savourer l’invention d’un nouveau jeu : frapper du pied le miroir d’eau et par les bris multiples tenter d’atteindre les camarades. Les mercredis après-midi, les weekends et pendant les vacances la pluie retardait sa sortie dehors. Lui et ses frères restaient faire des cabanes, à l’intérieur, avec canapé, chaises, tables, couvertures, tapis et tout ce qui leur passait sous la main. Ils creusaient des galeries dans le salon, y amenaient la lumière d’une lampe. Chacun son coin que l’autre voulait finir par détruire. Quand les galeries s’effondraient, il était temps de sortir. Sortir dehors pour prendre l’air, sortir pour échapper à la bagarre. Dehors, tout commençait au sec et tous finissaient trempés : les flaques, les ruisseaux éphémères près de l’abribus ou avant le pont, le ruisseau du petit bois, être cap de rester sous l’averse.

proposition n° 9

La radio, branchée dans la cuisine, grésillements quand sa mère passe au près, jingle répété de la station – tous les matins la même station – lors des bulletins d’information qui se suivent du réveil au départ. Il n’y a pas de bruits de clocher (cliquetis de balancement et son de cloche), pas d’église dans le quartier. Bruit sourd et sec de la table de cuisine dont le plateau cogne la cloison au rythme de la découpe de la boule de pain complet. La lame du couteau à pain cogne le plateau en fin de découpe, bruit sec d’éclat, cette même lame pour la découpe en deux de l’orange, bruit sec d’éclat. Puis le robot qui vrombit et tout vrombit tandis que les moitiés d’orange dégorgent. Silence. Le grincement de la porte de la chambre qui s’ouvre. Voix aimante de sa mère qui finit de les réveiller, lui et ses frères, en ouvrant la porte de la chambre qu’ils partagent. Les grincements des trois lits en réponse, parfois des geignements associés. Le froissement des draps, des oreillers, des couettes. Le couinement des lits sur les bords desquels on se met assis avant de se lever ou de retomber dans un bruit étouffé de matelas. L’armoire qu’on ouvre et la porte qui claque, non retenue par ses gonds. Les pyjamas qui se frôlent et frémissent. Le sifflement métallique du robinet qu’on tourne. L’eau qui coule et file dans les tuyaux en gargouillant généreusement, même en baissant le débit pour penser aux voisins. L’urine qui, selon les matins, sonne grave dans le fond ou bien aigüe sur les côtés. Silence. Voix douce de sa mère qui les invite à venir déjeuner. Froissement des habits qu’on enfile. Grincement des chaises et bruit sourd des pieds de chaise contre pieds de table. Le carton de lait qu’on presse près des narines pour vérifier l’absence de mauvaise odeur qui dirait que le lait a tourné. Le sachet plastique de céréales qu’on sort du paquet cartonné. Les céréales qui tombent dans le bol et le lait par-dessus qui vient les faire crépiter. Les bouches ouvertes pendant la mastication et les chocs répétées des cuillères contre les bols. On débarrasse et les bruits qui vont avec. Le brossage des dents et le lavage répété de la bouche avec ses crachats en jets sur les côtés, bruits aigus. Le froissement des vêtements quand il croise, laisse place à ses frères (dans la chambre, le couloir, la salle de bains, les toilettes, la cuisine, le salon). Silence. Voix ferme de sa mère qui leur dit d’y aller. Les cris de goélands, de mouettes, certains matins.

proposition n° 10

Il y a le cou de sa mère, celui dans lequel il plonge au moment d’aller au lit, le parfum frais qui le calme, qui ralentit son cœur, qui ralentit sa respiration, qui ralentit ses pensées, le parfum préambule des rêves, parfum qui le dissout comme un sucre à l’eau. Il y a le lit de sa mère, celui qu’il rejoint parfois, la nuit tombée, parfums d’huiles essentielles et de sa peau. Il y a la peau de ses frères, l’odeur de la bagarre d’un lit à l’autre, la sueur de leurs corps lorsqu’ils s’activent à l’intérieur tout juste vêtus d’un slip, les odeurs plus vives encore lors du bain : vapeurs et condensation de peau. Il y a son haleine puisqu’il y a leurs haleines, celles du matin et des premiers mots échangés, des premières blagues, des premiers éclats de rire. Il y a l’odeur de la chambre, au matin, pas remarquable tout de suite mais seulement quand on y revient, quand on y revient après être allés aux toilettes, après avoir brossé ses dents, après avoir déjeuné : une odeur forte, chaude, nauséeuse qui pousse les fenêtres à s’ouvrir grand. Il y a la triple odeur des pieds, des chaussettes et des chaussures. Les pieds marchent, se posent ici et là, courent et va te laver les pieds !... dit sa mère ou un des frères. Les chaussettes qui trainent sont repérées et aussitôt enfermées dans le panier après des c’est à qui ?... c’est à toi ?... c’est pas moi... qui a laissé ça là ?... viens les ramasser !... je suis pas ta bonniche !... y a un panier !... Les paires de chaussures, par terre dans le couloir, proche la porte d’entrée, toutes chaudes après une journée aux pieds, balancent leurs odeurs qui gagnent quelques fois la cuisine ou le salon, c’est les tiennes ?... mets les sur le balcon !... mets les à l’entrée (devant la porte d’entrée) !... Il y a le tabac, l’odeur du paquet que l’on ouvre, l’odeur de la cigarette tenue au bout des doigts, l’odeur de la fumée de cigarette brûlée, l’odeur des doigts, l’odeur des habits. Il y a aussi l’odeur acide du lait caillé, ouvert la veille – voire davantage, ça dépend de la saison.

Ce lait caillé qu’il recrache vite, avec la nausée brève qui l’accompagne ; ça c’est quand il est le premier à prendre la brique et que, soit il a oublié de sentir –- chose rare – soit il est enrhumé, alors il se rince la bouche au robinet dégoûté de s’être fait avoir, ses frères l’entendent, comprennent et rigolent et lui finit par rigoler. Il y a le pain complet au goût de vieux, le miel au goût de récompense, la purée d’amandes au goût de pâte sablée, le pollen au goût d’âpreté, tout ça le matin, au petit déjeuner. Il y a les goûts de l’école, les détestés salsifis, choux de Bruxelles et autre langue de bœuf. Il y a la bière qu’un ami de sa mère propose de faire goûter, la confiance de l’enfant et le dégoût de l’amertume, de cette souillure et au final de ce type qui boit ça, le passage par le robinet pour rincer plusieurs fois et constater que le goût reste, la méfiance envers ce genre de type. Il y a aussi le goût de la peur, celui de la salive produite dans ces moments de panique : course poursuite avec des gars d’autres quartiers, avec des gars plus grands, menace d’être tué, peur de mourir, avoir le pressentiment qu’on pourrait y passer, si je le trouve, je le tue ! disent certains pour une connerie et les enfant y croient, le vivent dans tout le corps et par toute la puissance de pensée imaginable.

Il y a les caresses de sa mère, de sa main, du dos de sa main, du dos de ses doigts, de ses doigts de fées, aussi le rythme du balayage de ses doigts sur son visage et surtout le front, les tempes et les joues. Il s’endort par ce contact léger, répété, rythmé, celui des plumes de la fée. Pas d’histoires. Il y a les bagarres avec les coups, les claques, les corps à corps, rarement les pincements, les morsures parce que sinon t’es une pédale !... Il y a les pneus, ceux de l’école, leur contact rêche, celui du caoutchouc -– et l’odeur -– aussi la surprise du petit caillou trouvé dans une rainure du pneu usé qu’on caresse puis qu’on souhaite retiré en pensant que ça roulera mieux sans. Il y a les pétards, parfaitement lisses et rouges à la mèche poudrée qui laisse une teinte grise sur les doigts qu’on frotte pour s’en débarrasser, aussi l’allumette qu’on craque, qu’on essaye de craquer – et l’odeur. Il y a le bois, la branche avec son écorce, ses mousses et ses lichens, aussi la pierre glissante gagnée par les algues vertes au ruisseau, la façade du bâtiment F trouée d’irrégularités des coulées de béton, le goudron et ses petits cailloux mazoutés qui collent, les graviers de l’allée qu’on se jette à la gueule et aux vitres. Il y a la peau mal rasée –- c’est le weekend –- de son père qu’il embrasse en bas parce que vous descendrez en bas quand il arrivera, je ne veux pas qu’il monte !



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1ère mise en ligne 21 juin 2018 et dernière modification le 21 juillet 2018.
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