Géraldine B. | Personne ne la reconnaît (titre provisoire)

« construire une ville avec des mots », les contributions

Optimiste, altiste, philatéliste, réaliste, humaniste, qui persiste et écrit à l’improviste.
proposition n° 1

Elle est revenue, mais seule une personne la reconnaît au milieu de cette foule qui fait la fête. Elle avait neuf ans quand elle est partie et tout lui paraît aujourd’hui plus petit qu’alors. Elle reconnaît l’escalier en bois aux marches usées par les petits pieds des élèves, toujours râpées aux mêmes endroits. Elle s’y revoit jouer et la maîtresse lui demander de redescendre quelques marches "normalement", histoire de vérifier que ces originalités n’étaient bien qu’un jeu et pas une tare cachée... Comme quoi descendre un escalier marche après marche, en alternant pied droit puis pied gauche peut avoir de l’importance pour quelqu’un. L’entorse du lycée lui rappellera cette leçon mal apprise.

Et puis il y a les classes aux tableaux verts, la poussière de craie. Ces tableaux qui sont maintenant à sa taille alors qu’ils la dominaient tant avant... Le banc attaché au bureau a rapetissé aussi : ses cuisses ne passent plus, elle ne pourra pas se contorsionner pour regarder dans la case si un livre y a été laissé.

Et la cour : les pavés de guingois sont toujours là. Les arbres servent toujours à jouer aux quatre coins et à faire la soupe de terre entre les racines. Elle ne peut plus jouer, elle est trop grande, et pourtant, ce qu’elle aimerait revivre une récréation comme celles-ci !

Elle respire un grand coup : l’odeur est la même. Celle de l’insouciance et des caractères qui se forgent dans un cocon bienveillant. Ces murs ont vu tant de destins imprimer leurs premières traces, les adultes se relayer pour léguer quelque chose de l’amour de la réflexion et de la découverte. C’est ici que j’ai appris à interagir avec d’autres apprenants, à percevoir qu’on fonctionne tous différemment et que c’est un effort constant de savoir se comprendre. Mais un effort récompensé par un bonheur certain, celui de pouvoir être soi-même avec d’autres, de surmonter ensemble des peurs et des idées nouvelles insoupçonnées.

Ce lieu est le terreau de mes illusions. Certaines persistent, d’autres ont changé, mais le fond reste le même : c’est possible.

proposition n° 2

La façade est gris clair, fraîchement ravalée. Au centre les quelques marches en pierre qui mènent à l’entrée sont larges et usées par endroit. De chaque côté, un pignon à la tête plate, pratique pour s’asseoir. La porte est tout à droite, rectangle blanc entourant une vitre opaque. A sa gauche des fenêtres par lesquelles on perçoit des papiers et un bureau : le secrétariat. D’autres fenêtres plus basses sur le reste du rez-de-chaussée : elles sont obstruées pour garder l’intimité des lieux intérieurs. Les deux étages supérieurs ont des hautes fenêtres identiques, on ne perçoit pas les bureaux d’écoliers qui s’y serrent.

proposition n° 3

Pour percevoir cette façade dans son ensemble gris-blanc, on se tient dans la cour, moitié pavée, moitié de terre battue. Derrière soi, des arbres qui forment sous-bois pour les petits, paravents aux immeubles pour les adultes. Tout à droite, un autre bâtiment, une cour minuscule et grillagée : les tout-petits ont une marelle et quelques jeux à leur taille, tout comme une cantine aux meubles de lutins. Tout à gauche, un autre bâtiment : la salle de théâtre qui sert de gymnase en hiver et de réserve de matériel : ballons, trampoline, costumes ... La façade en est de porte-fenêtre au bois grisé par les intempéries, et aux carreaux peints en blanc. Il sert parfois de fond aux jeux d’enfants, de décor neutre pour leur imagination.

proposition n° 4

Quand on arrive par la rue derrière et surplombant la cour en U, on passe par un escalier de béton, longeant un mur aveugle. L’endroit est à la fois utilitaire et charmant car il mène tout droit à un recoin de végétation où un autre escalier en colimaçon, de métal vert, donne sur la classe de CM2 (« les grands »). Mais il faut continuer à descendre le béton pour accéder à la cour, longer le gymnase-théâtre et tourner d’un demi-tour à gauche pour revoir la façade.

proposition n° 5


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1ère mise en ligne et dernière modification le 7 juillet 2018.
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