Maria Duran | (titre en attente)

« construire une ville avec des mots », les contributions

« Parler de moi n’est pas facile. Retour difficile en France après plus de 30 ans ailleurs. Déracinement dans sa propre terre et et dans sa chair. Je lis par à-coups. Je n’écris pas vraiment. Je jette plutôt des mots sous des images qui sont, avant tout, des émotions, des souvenirs et donc des retours. »
proposition n° 1

Le soleil commençait tout juste à soulever le voile du ciel. Silhouettes diffuses sur aquarelle rosée. Imperturbable, le vieil ambassador blanc poursuivait sa course folle et se délestait de liasses de journaux, aux quatre coins de la ville. Crissement de freins devant une grande façade carrée. Le chauffeur descendit, scrutant de près la boîte aux lettres. Un tintement de cloche ébranla le quartier endormi. Quelques minutes interminables pour que la lourde porte s’entrouvre. En haut des marches, la silhouette d’une grande et forte femme. La tenue de nuit, le châle jeté sur ses épaules et les longs cheveux défaits en disaient long sur l’heure intempestive. Dans la lumière, son chaleureux sourire.

La portière arrière du taxi s’était entrouverte sur deux voyageurs un peu sonnés, eux aussi. Coffre béant. Le petit homme nerveux avait déjà extirpé deux lourds sacs à dos. Faute de mots, le jeune couple sourit en remerciement.

Le grincement déchirant du portail les fit se retourner. La femme les avait rejoints sur le trottoir et leur ouvrait tout grand les bras. Le jeune homme s’approcha en premier, échangea quelques mots, un rire, avant de s’abandonner à ce doux accueil. La jeune fille, intimidée, avait gardé ses distances. Avant qu’elle ait eu le temps de réagir, des bras vigoureux l’enveloppèrent. Elle se retrouva plaquée contre un corps généreux et maternant.

Un raclement de gorge mit fin au flottement complice de l’instant. Le chauffeur s’impatientait. Tout alla très vite, quelques sons fermement exprimés, des dodelinements de tête, des bras qui s’agitent, le visage de la femme un peu crispé. Mains qui se tendent, mains qui donnent. Un claquement de portière. Le moteur s’ébroue.

Sans attendre, la femme ouvrit le pas à ses hôtes. Avant de la suivre, les deux jeunes prirent le temps de se retourner en geste d’adieu. Ils étaient scindés et souriants. Leur improbable périple nocturne venait de s’évanouir à un coin de rue.



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1ère mise en ligne et dernière modification le 16 juillet 2018.
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