Danielle Masson | Atterrissage en douceur

« construire une ville avec des mots », les contributions

Elle aime écrire, elle aime faire écrire les autres.
Dans sa campagne en Provence verte, elle n’a jamais le temps de s’ennuyer : il manque des heures à ses journées.
Car il en faut du temps pour regarder s’épanouir la nature et tous ses trésors.
Elle s’appelle Danielle mais signe 32 Octobre.
Son blog à l’abandon : jetons l’encre
proposition n° 1

Il ne peut utiliser le je pour son retour là-bas. Cela fait combien de temps qu’il n’y a plus mis les pieds. Tant que cela. Cela l’étonne. Mais non, sa mémoire, elle, n’a rien oublié. C’était il y a vingt ans sa dernière escapade de quarante-huit heures dans sa ville natale.

Mais tout d’un coup, après cette demande de pacte de surprise, la ville ne peut être que celle-là. Il prend son élan. il s’y projette. Ça y est : retour dans le passé. Il est sur la place de la lune de Pont lieue.
Atterrissage en douceur.
Mais il ne reconnaît rien.

Il doit fermer les yeux après s’être assis sur le banc qui lui semble d’un autre temsp.
Il en est sûr : il a caressé son bois il y a presque cinquante ans.
Non, il n’y a jamais gravé ses initiales.
Non, mais il s’y est assis très souvent en attendant sa correspondance pour le Maroc ou l’Oasis.

La place de la lune de Pont lieue… de la lune…mais elle avait un autre nom… il creuse au plus profond de sa mémoire… le nom va lui revenir… il lui revient... place Adrien Tironneau… oui c’est cela. Il n’a jamais su qui était cet Adrien dans ce temps-là... maintenant il sait que c’était un ancien maire de sa ville du 27 avril 1906 au 16 mai 1908. Il est fier de le savoir, maintenant.

Ainsi Adrien l’accompagnait partout, pense-t-il tout en se moquant de cette familiarité avec cet homme.

Vers le Sud, grâce à Félix Géneslay, il volait vers cette route d’Angers où il habitait, où presque tous demeuraient dans sa famille.

Vers le Nord, sous la direction de Jean Jaurès, il prenait le trolley ou le bus pour aller au lycée rencontrer Berthelot puis Bellevue sans oublier Montesquieu et cette place des Jacobins.

Vers l’Est, il avait le choix : Georges Durand l’aurait bien accompagné à Tours mais seulement en rêve : lui, il n’allait que sur la place du marché. Parfois, c’était le Docteur Jean-Marc qui voulait l’entraîner à Chartres ou Orléans, pour rejoindre la Pucelle.

À l’Ouest, il y avait ce grand érudit qui était Jean-Jacques Rousseau qui le poussait à aller rejoindre la gare, pas celle des voyageurs, non la gare de triage. Il y en a laissé des rêves là-bas au bout de ces rails qui le faisaient tant imaginer sa vie future.

Et soudain il se souvient. Il manque quelque chose là face à lui : mais où est la Pyramide, celle sur laquelle était gravé le nom de tous les officiers, sous-officiers et soldats du département de la Sarthe qui avaient succombé pendant la guerre de 1870-1871 ?

proposition n° 2

La pyramide a disparu. Elle n’est plus au centre de la fameuse place de la lune de Pontlieue. Qui l’a déplacée ? Qui l’a volée ? Où est-elle ? Mais peut-être n’était-elle pas vraiment une pyramide ? Pourtant le monument s’élevait droit et fier célébrant les morts de son département. Elle servait de point de repère de loin, de très loin. Elle était l’Arc de triomphe de la ville. Qui l’a déménagée ? Au vol ! Mobilisons-nous pour retrouver la pyramide de mes souvenirs. Merci d’avance.

proposition n° 3

Il est toujours assis sur le banc. Il cherche toujours la pyramide quand soudain, il entend dans son dos un bruit familier.

Il se lève, contourne le banc, prend vers l’Ouest. Il s’arrêtera avant la pointe du Raz. Ce n’est pas son jour.

Il avance à petits pas, ne reconnait pas complètement le lieu. Si, l’agence bancaire est toujours là. Plus tout à fait le même sigle, mais c’est la même banque, la sienne depuis maintenant plus de quarante-cinq ans. C’est ça la fidélité.

Il reconnaît aussi un peu sur sa droite le marchand de fleurs, la même enseigne aussi, mais plus la même fleuriste, il en est sûr. Peut-être sa petite-fille.

Il entend ce bruit si familier qui se rapproche au fur et à mesure qu’il s’avance.

Encore trop lointain, il faut continuer d’avancer. Il hâte le pas, le bruit l’attire.
Ce n’est plus tout à fait le même bruit, mais il sait que s’il fait un petit kilomètre, il y sera.

Il apercevra d’abord le groupe scolaire de — il ne peut avoir disparu et doit toujours s’appeler Jules Ferry — puis au bout de la rue, les rails. Et la cabine de la gare de triage.

Il s’arrêtera, fermera les yeux.

Tout reviendra — ce qu’il a vu, ce qu’on lui a raconté et surtout ce qu’il a inventé —

proposition n° 4

Il a tourné le dos une première fois à la pyramide, celle qui a disparu. Il est revenu s’asseoir, mais Jean-Jacques Rousseau l’a pris par la main pour l’entraîner à la gare de triage. Il l’a laissé là en lui faisant croire que « les habitants d’une même ville ne sauraient vivre toujours seuls et séparés », donc il n’avait plus besoin de lui. Il devrait continuer son exploration seul.

Il fallait qu’il trouve des gens à qui parler. Il lui dirait pourquoi et quand la ville avait tant changé.

Ce sont ses pieds qui le dirigeront vers le bout du bout. C’est loin, pense-t-il trop loin pour aujourd’hui. On verra demain ou plutôt après-demain.

Quand il était petit, la ville s’arrêtait à la maison de ses grands-parents sur la route d’Angers, la voie ferrée y est presque parallèle. Ensuite, il y avait à perte de vue la nature.
Cela lui semblait loin, très loin.

Maintenant, c’est la route, c’est la déviation, c’est une autre histoire. Ce n’est plus la sienne. C’est devenu l’histoire de nouveaux habitants.

C’est son côté de la ville, c’est son domaine.

proposition n° 5

Il s’est assis comme avant à l’arrêt de bus.

Il en a attendu des bus, mais là, ce sont ses souvenirs qu’il va aller repêcher.
Il aurait aimé s’asseoir au milieu du rond-point, planté sa tente bien au centre où était autrefois la Pyramide — ils auraient pu mettre une affiche : la pyramide a été déplacée ou a été détruite ou a été offerte, non toujours rien —. Mais il n’a pas osé. Il revenait et n’allait pas se faire remarquer.

Il est sur le banc du retour vers sa maison, son quartier.

Son regard s’arrête sur la banque. Tiens à côté la Poste. Oh ! il ne savait pas. Avant elle était au milieu de la route d’Angers. Plus pratique ici pour une partie de la population. On descend du car, on court acheter des timbres ou récupérer un paquet.

Toujours les mêmes fenêtres à petits carreaux. Il se rappelle, en attendant le car, il les comptait. Là, les fenêtres de gauche en ont huit chacune ; celles de droites sont plus généreuses, elles en ont vingt-quatre, trois fois plus. Bonjour, la corvée ! et toujours les mêmes persiennes en fer. En zoomant, peinture écaillée non tout semble comme repeint.

Et le panneau d’une maison de retraite : non, il ne se souvient pas. Et les pompes funèbres. Des souvenirs de plaque avec un petit ange prêt à s’envoler.

Et la fleuriste… Béatrice ! il ne sait plus. Trop longtemps qu’il est parti. Puis il n’aime pas offrir des fleurs.

Encore un pompes funèbres. Pas sympa pour la maison de retraite à côté. Direct… il aperçoit les grands arbres sur la droite et ensuite… il ne voit pas bien l’enseigne. Écrite trop petite ou ses yeux trop usés.

Interdit de stationner donc continuons notre tour sur nous-mêmes.

Attention à la concordance de temps et de pronom. Il est il, donc il est seul. Pourquoi tout d’un coup se parler au pluriel. Il est seul à courir après ses souvenirs.

Des voitures sagement garées dans les emplacements réservés à cet effet.

Il se décide de changer de banc. Ne pas torturer son corps en plus de ses souvenirs.
En bois, propre. Le service de nettoyage veille ou leur bois repousse les graffitis.

Il ne traverse pas l’avenue Jean-Jaurès, il ne s’avance pas, ne retrouve pas le magasin à la devanture rouge, le magasin J de son enfance. Il y a une agence immobilière. Mais il ne passera pas devant, il ne saura pas le prix des maisons ou des appartements. Il ne veut pas savoir. Il ne reviendra pas ici s’établir. Plus de retour possible pour lui.

Tiens, il y a un immeuble. Il a poussé il a grandi. Les arbres sont maigrichons. Les anciens ont été dits malades et ont été arrachés.
— Bonjour Monsieur. Vous semblez bien pensif.
— La roue tourne, Monsieur. Bonne fin de journée.

Sa tête tourne, la rue du Docteur Jean-Mac ne semble pas avoir changé. Toujours sa bande centrale plus ou moins verte.

Il change de nouveau de banc. Ils ont raison d’en mettre autant. On peut voir la place de tous les angles sans se tordre le cou. Il est seul ou presque seul sur la place. Heureusement ! Comment aurait-on interprété ses déplacements d’un banc à un autre. Ils sont tous identiques. Dans sa nouvelle ville, ils sont en fer et de couleurs vives. Cela est plus joyeux.

Il continue de tenter de se rappeler. Le bureau de tabac, facile la carotte l’a aidé au coin de l’avenue Georges-Durand. Toujours le même nom, le Maryland. Un salon de coiffure… Tiens, il pourrait aller se faire rafraichir sa coupe, à l’Opéra coiffure. Ses cheveux ont vite poussé. Et toujours les mêmes persiennes en fer. Combien de posées autour du carrefour ? Pas les mêmes fenêtres. Et les toits sur les mansardes. Et là sur le terre-plein central, un tramway rouge. S’appelle-t-il Désir ?

Son regard s’est perdu. S’est-il endormi sur son banc ? Un moment d’absence. Se raccrocher au connu. Son regard de retour sur la poste, la banque. Tiens une boulangerie. Ne se souvient plus. Un vélo blanc. C’est vrai on n’est pas à Marseille, il ne disparaitra en moins d’une minute.

Le café de la lune, toujours bleu, toujours PMU.

Mais en face, où est Marcadé, le magasin de vêtements pour tous. Un immeuble futuriste, une banque le remplace.

Le ciel est moutonneux, le vent va se lever ou la pluie tomber. Il n’a rien, ni parapluie, ni imper.

Et la charcuterie et ses rillettes. Il va falloir qu’il y aille faire provision avant de quitter la ville. Son péché mignon, sa madeleine de Proust.

Un maitre barbier, nouveau, une assurance, nouveau, un coiffeur… il ne se souvient pas.
Le poissonnier… ouf ! « Le pêcheur breton » est toujours là. Les traditions perdurent.

Son esprit s’envole… il va passer sur l’autopont… où a-t-il lui aussi disparu ? Son esprit vagabonde.
Trop vite, trop loin… il est toujours sur son banc place Adrien Tironneau.

Il est fatigué comme s’il avait parcouru toutes ses avenues. À presque un kilomètre, la ville a créé une route-ceinture pour les rejoindre.

Il est au centre du soleil du sud de la ville.

Il ferme les yeux. Il revient au temps où il attendait le car, matin et soir.

proposition n° 6

Le lieu du retour, le vrai, l’unique un peu plus loin que la place Adrien-Tironneau.

Il prend l’avenue Felix-Geneslay, tourne à droite sur le boulevard Pierre-Brossolette, puis à gauche sur le boulevard Jean-Jacques-Rousseau puis sur la première à gauche.

Quand il disait son adresse, il précisait toujours « pas pivoine, mais Pavoine, Pierre de son prénom. »

Il se rappelle que sur la plaque de la rue, au coin, était écrit : « Résistant — fusillé », mais il n’en savait pas plus. Mais maintenant, il veut savoir. Les deux mots lui trottent dans la tête. Il cherche, trouve : Pierre Pavoine est parti trop tôt, à peine âgé de 40 ans en 1942. Une condamnation à quinze ans de travaux forcés et vingt ans d’interdiction de séjour pour propagande communiste et distribution de tracts auraient dû l’épargner et le voir revenir prendre son poste de chef de sous-station électrique au Mans. Mais le 21 février 1942, à Fontevraud, les Allemands exécuteront dix otages. Représailles à la suite d’un attentat contre des soldats allemands.

De la place Adrien-Tironneau à la rue Pierre-Pavoine, il en a rencontré des noms propres. Mais il ne se rappelle pas tous. Certains sont gravés à jamais dans sa mémoire.

Celui de Madame Caudan : elle habitait la grande maison à un étage au coin d’une rue pas loin de chez lui. Elle avait été son institutrice en cours élémentaire, croit-il se rappeler. Mais un jour, elle n’a pas repris le chemin de l’école. Elle s’est endormie à jamais dans sa baignoire. Elle n’aurait pas supporté sa mise à la retraite. Il avait une quinzaine d’années quand c’était arrivé. À partir de ce jour, il fit un détour et ne voulut plus passer au coin de cette rue pendant de nombreuses années.

Celui du pharmacien Yannick Bru, il pensa, mais maintenant ? La devanture verte, imposante, au coin de la rue presque en face Madame Caudan.

Celui de Madame Lascoume revint à son esprit. Sa maîtresse de CM2, joviale, géante à ses yeux, admiratrice de Van Gogh et de ses tournesols.

L’école Jules-Ferry surgit dans ses souvenirs : l’école maternelle — et ses bacs à sable où il menait à la baguette ses copains de classe. Soudain, un visage surgit et s’estompa trop vite : il ne se rappelle plus son prénom, juste qu’il a choisi de quitter le siècle dernier avant ses vingt-ans, leurs vingt-ans ont pris un goût amer.

Et l’école primaire où il ne connut pas les coups de règle sur les doigts, mais un jour l’humiliation de tourner toute une récréation avec son cahier dans le dos. Une grosse tache d’encre maculait une page. Mais était-ce cela la vraie raison, il ne sait plus. Mais il se fâcha avec son copain d’enfance, Patrick Belleuvre car il avait mouchardé auprès de sa mère. Le traître !

Il y avait aussi ces rangées de maisons, toutes semblables. Dans son souvenir, des maisons pour les cheminots avec leur petit jardin. Les noms lui reviennent — rue de la Collectivité, rue Courard, rue Denis Papin, rue de la Foucaudière et d’autres qu’il a sur le bout de la langue.

D’autres noms surgissent : les chaussures Hanse, le grand magasin où il y avait tout Duvernois où son grand-père mourut d’un malaise cardiaque et le cinéma le Royal et le magasin des Comptoirs Modernes où il porta des caisses et des caisses et des cageots pendant les vacances scolaires — les bouteilles d’eau et de vin en verre, leurs consignes pour les bouteilles étoilées, les sacs de pommes de terre, etc.

Il doit s’arrêter de réfléchir, de penser à ceux ou à celles qui dorment dans un coin de sa mémoire.

proposition n° 7

Il savait que ce n’était pas très loin. Mais il fallait que le nom de l’endroit lui revienne. Mais, il ne se rappelait pas.

Pourtant, il se souvenait exactement de toute la scène : son cousin, Christian, d’un an plus jeune que lui, battait la mesure devant un orchestre fantôme. Il avait une chemisette blanche, un short bleu marine et une casquette de capitaine sur la tête. Il ne lui avait jamais vu avant.

Il était sur une estrade.

Il revoyait tout, mais ne retrouvait pas le chemin.

Pourtant…

C’était il y a une bonne quarantaine d’années, son oncle leur avait parlé d’une fête en fin d’après-midi au centre de loisirs — c’est le mot d’aujourd’hui, il ne se rappelle pas le mot de ce temps-là — ils avaient sauté de joie. Une fête où il y aurait de la musique, des gâteaux, des bonbons…

Soudain, il se rappela.

Ils avaient marché sur la route qui longeait la voie ferrée, ils avaient dépassé des entrepôts, laissé passer des camions, puis continué de cheminer pendant presque une demi-heure.

La voie ferrée à droite et un alignement de maisons à gauche. Des jardins, des potagers, des balançoires et un nom qui ne revenait pas. Un boulevard, une rue, une avenue… ce nom qui restait enfoui dans sa mémoire.

Ils se dirigèrent toujours tout droit et ils virent, le terrain de foot, les terrains de tennis où ils apprenaient à pousser la balle contre le mur — enfin la passerelle pour passer au-dessus de la voie ferrée. Ils aimaient courir dessus, le bruit de leurs pieds résonnait. Ils la franchirent.

Ils arrivèrent vers la grande halle où aurait lieu la fête.

Mais là, tout se brouilla dans sa tête.

Soudain, revint seulement le nom de l’avenue, l’avenue de Bretagne.

Une avenue de Bretagne dans un quartier appelé le Maroc, qui les emmenait au terminus de l’Oasis.

proposition n° 8

Il pleut sur ma ville.

Oui, il se souvient.

Dans sa chambre au premier étage de la maison familiale, en haut de l’escalier à droite, il pousse la porte : son cosy de bois brun, le couvre-lit de tissu rouge, les double-rideaux du même tissu, l’armoire à deux portes — un côté lingère, un coté penderie — et son secrétaire — avec ses livres, ses cahiers et son stylo-plume à l’encre violette.

Il pleut sur la ville.

Oui, il se souvient.

Il pleure dans son cœur. Sa tête appuyée sur la vitre, il regarde au loin.
Il regarde la pluie tomber, les gouttes glissent le long des carreaux. Il pense à elle. Ses larmes caressent le vitrage. Il l’essuie avec le tissu rouge. D’ordinaire, il aime la pluie. Elle le lave de tous ses chagrins. Mais pas aujourd’hui, son cœur est trop gros. Son doigt dessine un cœur brisé.

Il pleut dans la ville.

Oui, il se souvient.

L’eau coule dans les caniveaux. Il s’accroupit et souffle sur les bateaux de papier — qu’il a fabriqués avec des pages arrachées à son cahier de brouillon —. Les embarcations naviguent vers la mer. Il en est sûr, ils iront jusqu’au rivage de Bretagne. Parfois, ils chavirent et n’arrivent pas à la bouche d’égout. Ils sombrent.

Il pleut sur ma ville.

proposition n°9

Il a du mal à se rappeler les bruits de sa ville. Les bruits de tous les jours sont indistincts. Il y a le coq du voisin de la maison la plus proche, il y a les deux chiens du voisin d’en face. Des bruits que tout chacun peut entendre dans sa ville.

Il y a aussi le bruit de la sonnette quand il pousse la porte de la boulangerie, très différente de celle de la boucherie ou de la mercerie ou de la charcuterie. Des ribambelles de notes qui le traversent dès qu’il ferme les yeux : ce sont les souvenirs d’enfance qui le poursuivent.

Un autre bruit se rappelle à son souvenir.

Celui du sécateur de son grand-père qui coupe l’osier pour faire des paniers. Il l’a aidé à le ramasser, il a rapporté des brassées, mais n’a jamais réussi à apprendre à faire un panier. Un de ses regrets d’enfant pas très doué pour les travaux manuels.

Mais il se rappelle les bruits des évènements qui font bruire sa ville. Nulle part ailleurs ils existent.

Les bruits de vrombissements si forts qu’il a fallu parfois qu’il se bouche les oreilles.
Oui ces jours-là, il rentrait par une porte dérobée sur le fameux circuit des 24 heures. Il suivait son oncle, très tôt le matin avec son cousin, Christian. Ils devaient se faire les plus petits possibles. Ils s’asseyaient dans un coin, près d’une grande baie vitrée. Le son des voitures de course traversait les vitres. Pendant la pause, ils s’en allaient tous les trois à la passerelle Dunlop. Les voitures tournaient, tournaient et leurs oreilles bourdonnaient et leurs yeux brillaient.

Il ferme de nouveau les yeux.

Il se rappelle ainsi les clameurs dans la toute nouvelle salle de la Rotonde. Elles ont succédé à celles plus discrètes de la salle Gouloumès. Vous ne connaissez pas ? Vous ne vous intéressez pas au sport ?
Il avait quelques mois quand sa poussette a roulé sur le parquet de Goulou — comme on appelait la fameuse salle de basket. Il a grandi avec l’équipe au maillot tango. Les coups de sifflet de l’arbitre, le silence quand un lancer franc était tenté, les huées quand c’était l’adversaire du jour, les acclamations lors des victoires.

Tout d’un coup, il se rappelle les repas familiaux et le silence pendant la diffusion de la famille Duraton, Sur le banc ou Ça va bouillir ! Que de souvenirs !

proposition n° 10
1

Il rôde au fond du jardin, celui des souvenirs, car tout a changé maintenant. Il essaie de se rappeler.

L’allée en carreaux de ciment — au moins 20 sur 20 — qu’il parcourait à cloche-pied ou en s’interdisant de marcher sur les joints le mène à droite vers le poulailler et à gauche vers les cabinets d’aisances. Il s’est toujours demandé pourquoi il y en avait deux et n’a jamais eu la réponse à cette question jamais posée.

Que des suppositions. Celle de gauche pour les garçons, celle de droite pour les filles. Celle de gauche pour juste se soulager, celle de droite pour la grosse commission. Celle de gauche pour la famille, celle de droite pour les invités.

En tout cas, il a toujours utilisé celle de gauche, jamais celle de droite. Il se souvient encore de la drôle d’odeur qui le faisait faire un pas en arrière quand il ouvrait la porte — qu’il avait peur de fermer avec le loquet intérieur —. Il évitait d’aller au petit coin quand il allait chez ses grands-parents : le lieu lui faisait peur.

Peur de tomber dans un trou sans fond, peur de se faire mordre les fesses pas un rat… des peurs enfantines qui lui donnent encore des frissons. Mais le pire était l’odeur : cela ne sentait vraiment pas la rose !

2

Le rituel du jeudi.

C’était jeudi aux environs de trois heures de l’après-midi — on ne disait pas 15 heures comme maintenant — la sonnette de la porte d’entrée tintait. C’était sa grand-mère maternelle qui arrivait. Il dévalait l’escalier, se précipitait pour ouvrir la porte pour accueillir Mémé B. il se régalait d’avance. Sa grand-mère entrait, suivie de son odeur d’eau de Cologne à la lavande, déposait son vêtement sur le portemanteau du couloir et allait s’asseoir dans la cuisine.

La visite hebdomadaire, réglée comme du papier à musique pouvait commencer.
Sa mère servait un café à Mémé B., lui préparait un chocolat et là, ses papilles se mettaient en alerte : le parfum de la galette sablé commençait à se répandre. Il bougeait de plus en plus sur sa chaise jusqu’au moment où Mémé B. sortait de son sac, resté tout près d’elle, le délice, qui lui mettait encore aujourd’hui l’eau à la bouche. Il en saliverait presque encore.

3

Soudain, il se rappelle. Il est chez ses grands-parents maternels.

Sa main droite caresse le tronc du vieux cerisier dans le fond du jardin. Ses bras ne sont pas assez longs pour l’enlacer. Sa main parcourt son écorce, en suit les dessins. Elle va et vient, un de ses doigts se glisse dans un interstice. Il recule brusquement. Une fourmi vient d’escalader sa main. Cela le chatouille et le fait sourire.

Caresser le bois, recevoir sa force. Mettre une feuille de papier sur le tronc, passer un crayon de bois sur la feuille et voir apparaitre la carte d’identité de l’arbre. Il en a tout un tas de ces feuilles sur lesquelles il a écrit — en bas à droite — la date, le lieu et le nom de l’arbre. Sa collection d’arbres — comme il dit — a grossi au fil de son adolescence.

Il faudrait qu’il retrouve la boîte où il a entassé les feuilles. Beaucoup de souvenirs s’y rattachent.

proposition n° 11

Dans la ville du retour, de nombreuses petites bulles d’intérieur qui pétillent dans la tête.

Une salle de basket, un foyer portant le nom de son grand-père… il ne sait où ses pas vont le mener. Mais, il s’en réjouit d’avance. Retrouver ces lieux où il a pris tant de plaisir.

Mais malheureusement, il ne retrouvera rien… que ses souvenirs.

Tout a disparu. Plus aucune trace. Et qui s’en souvient ?

La salle de sport où il a crié, tremblé, applaudi n’existe plus.

Le 4 septembre 2013, elle a fermé ses portes et le 5 novembre de la même année, place nette.

Pourtant, il se souvient.

Des matchs de basket, des combats de boxe — Tonton Paul a arbitré lors d’une réunion… mais en quelle année… sa mémoire flanche — Combien de fois y est-il allé ? Il ne saurait le dire
Les souvenirs affluent — la traction de son grand-père qui lui écrase le pied, un jour où ils étaient en retard pour assister à un match, la montée dans l’élite, le retour après avoir gagné la Coupe de France, les tables de marque qu’il a tenues — les noms se bousculent — Christian Baltzer, Jean-Pierre Goisbault, Pierre Cordevant, Jean-Paul Beugnot, Bob Purkhiser et tant d’autres… le premier américain qui débarque — les images défilent devant ses yeux… son cœur s’emballe.

Il est revenu, il n’aurait pas dû.

Trop dur… il est troublé…

Il veut retourner sur un autre lieu qui lui est cher. Un terrain de boules où il a appris à pointer, tirer. Retour au Maroc. Mais pareil que sa première recherche. Plus de terrain de boules.

À la place du petit bâtiment tout simple aves ses tables en bois, des chaises disparates, le gros réfrigérateur et la convivialité, un bâtiment devenu maison de quartier. Il a dû être rasé, car beaucoup plus grand. Toujours au même coin de rue, mais plus de terrains de boules, un parking. Le nom de son grand-père écrit en gros pour ne pas oublier.

Mais qui s’en souvient à part lui ? Personne, il en est persuadé.

Dur, dur se retour dans ces lieux qui l’ont tant fait vibrer.

Un malicieux sourire se dessine sur son visage.

« Moi, je sais » se dit-il.

proposition n° 12

Ils étaient trois à prendre le même car chaque jour de l’année scolaire.

Le car s’arrêtait à Préfecture.

Ensuite direction de ce qui était à l’époque le lycée Berthelot.

Un jour — à la suite de quel pari stupide, il ne sait plus —, ils décidèrent de prendre un raccourci.

Cela faisait longtemps que cela trottait dans leurs têtes d’adolescents : oser traverser l’église Notre-Dame de la Couture. Un gain de temps, être à l’abri par mauvais temps, découvrir un monument de l’intérieur.

Ils ne voyaient que la façade gothique majestueuse quand ils passaient au bout de la grande allée avant de passer devant le marchand d’instruments de musique — Kerner, le nom était resté dans sa mémoire — puis de tourner à droite avant de descendre la rue Berthelot. Ils passèrent devant un grand portail vert qui les intriguait. Quelques marches puis une allée pavée qui semblait mener vers la fameuse église où styles gothique et roman se côtoyaient.

— Il va falloir qu’on passe par là, dit l’un.
— Tu es fou. On ne va pas traverser une église, dit l’autre.
— Peureux. Chiche ! il faut qu’on sache, dit-il.

Il se passa quelques jours quand un vendredi matin — bizarre qu’il se rappelle le jour de la semaine, mais il en était sûr c’était un vendredi matin et il pleuvait —

— L’occasion ou jamais de prendre le raccourci, dit-il
— Quand tu as une idée…, dit l’un
— Oui, c’est le moment.

Ils prirent la grande allée bordée d’arbres, virent une petite porte sur le côté — ils n’osèrent pas passer par le grand portail ouvragé — poussèrent la porte et furent saisi par la pénombre à l’intérieur du l’édifice.

Seuls les vitraux semblaient illuminés. Ils avancèrent précautionneusement, cherchèrent à s’orienter — il fallait trouver une porte de sortie qui ne pouvait être que sur leur gauche — ils avancèrent, l’aperçurent, marchèrent plus vite vers ce qui leur apparaissait comme une issue de secours à leur hardiesse. Ils poussèrent la porte, descendirent l’allée, les trois marches, se retrouvèrent rue Berthelot et poussèrent — ensemble — un gros soupir de soulagement.

Ils entrèrent, au lycée, ne parlèrent que le soir dans le bus de retour de leur « exploit », décidèrent de prendre plus tôt le car le lendemain pour commencer à explorer l’édifice.

Au bout de trois mois, ils le connaissaient sur le bout des doigts.

Ils étaient très fiers d’eux.

Surtout qu’ils durent vaincre quelques frayeurs.

proposition n° 13

Quel point de la ville l’attirait le plus quand il était enfant, adolescent ou jeune adulte ? Le même qu’aujourd’hui ?

Il ne sait pas.

Il est de retour dans sa ville et tout d’un coup, il sait où il veut aller.

À ce point central de la cité Plantagenêt, la place des Jacobins.

La vieille ville où il a passé tant de temps à déambuler à la poursuite des Chimères, des Scarron et compagnie qui l’ont hanté et sont ressuscités dans des longs métrages.

La place et son théâtre — avec les spectacles du jour de l’an — la place du Jet d’eau et sa cathédrale grandiose qui marie les arts roman, pour sa nef et gothique, pour son chœur et son transept — avec sa tour qui culmine à soixante-quatre mètres — le jardin des plantes — les cavalcades dans les allées et les bancs pour les premières déclarations — et les journées annuelles des 24 heures automobiles — pesage des véhicules, défilés et autres présentations —

Oui, là il peut tourner sur lui-même, là il peut voir sa ville à 360° et s’élancer dans toutes les directions à la recherche de ses souvenirs dans toutes les directions, il retrouvera un souvenir : c’est bon, se dit-il !

proposition n° 14

Il est de retour chez lui et des personnages, des silhouettes, des ombres, des notables, des fantômes tout d’un coup défilent devant ses yeux.

S’il tendait le bras, il pourrait presque les toucher.

Le premier personnage est l’homme au feutre noir, vêtu d’un habit de maquignon, suivi de son cheval. il est l’éboueur qui passe chaque samedi avant la création d’un service municipal. Il est fier de son compagnon de route. Il vante ce cheval à nul autre pareil à chaque personne croisée. Après leur passage, l’enfant qu’il était ramasse le crottin qui finira — suivant la saison — au pied des tomates ou des dahlias ou des rosiers. Merci, Firmin et Pégase — dont le maître était un lettré !

Il est de retour dans sa ville et une nouvelle silhouette apparait devant ses yeux.

S’il tendait le bras, il pourrait presque la toucher.

La silhouette, visible derrière la devanture à l’enseigne rouge, a un grand tablier, qui devrait être blanc, mais des traces rouges le souille. Lui n’a que cinq ans et cela lui fait peur. Quand il franchit le seuil de la boucherie, il tremble un peu. Les couteaux sont grands — immenses, à ses yeux — la tête de veau dans la vitrine l’effraie, mais le petit bonhomme qu’il est adore les rillettes que Monsieur l’ogre — comme il l’appelle dans sa tête — cuisine. Il en rêve encore aujourd’hui du petit pot avec le dessin du cochon debout sur ses pattes arrière et portant un tablier à carreaux rouges et blancs. Il en salive presque.

Il est de retour dans son quartier et une ombre passe soudain devant lui.

S’il tendait le bras, il pourrait presque la toucher.

Elle est à vélo. Son vélo a deux porte-bagages. Dans les porte-bagages — rouges alors que son vélo est d’un jaune pétant — les nouvelles fraiches qu’il dépose dans les boites à lettres dès potron-minet. Avant l’aube, les rotatives ont tourné et imprimé des chroniques, des articles sur le monde, les pays, son pays, sa ville, son quartier. Dans les quartiers, il va de porte en porte sur son vélo.

Il est de retour au coin de sa rue et un notable s’affiche sur la plaque de sa rue.

S’il tendait le bras, il pourrait presque la toucher.

La plaque porte le nom de cet homme que la barbarie humaine a empêché de revenir chez lui. Il parcourt sa rue et à chaque croisement, le même nom, mais parfois sans précision, juste le nom de la rue, parfois deux dates en plus, parfois la mention de son sacrifice. Il a compté quatorze plaques, quatre types de plaques, deux couleurs de plaques, trois types d’écriture sur les plaques. Une rue avec un seul angle droit, mais cinq intersections. Elle ne serpente pas dans son quartier, elle est parallèle à Rousseau, croise le Maroc, le Rif et le Val de Loir.

Il est de retour chez lui et un fantôme le poursuit.

S’il tendait le bras, il pourrait presque le toucher.

Le poète maudit, poète tordu dans la forme d’un Z, court de maison en maison avant de devenir secrétaire de l’évêque, avant de quitter au bout de huit ans la vieille ville, avant d’épouser cette jeune orpheline qui deviendra célèbre — future Madame de Maintenon —, avant de tenir salon littéraire à son retour dans la capitale du royaume. Quand lui, tout jeune bachelier se piquant de poésie, il traqua le poète dans les ruelles sombres — des anciens coupe-gorges — à la recherche des lieux et personnages qu’il décrira quelques années après son départ. Lui, l’écrivant, aurait tant aimé écrire la troisième partie du roman satirique et burlesque, laissé inachevé.

Il est enfin de retour chez lui.

proposition n° 15

Eh vous là-bas… vous pourriez m’attendre… je cours après vous — vous ne me regardez même pas — je dirais même plus vous ne me calculez pas et pourtant, sans moi vous n’existeriez plus ou pas, suivant mon humeur… bon, d’accord, sans vous je n’existerais aps non plus mais arrêtez de cavaler… mais qu’en même il ne faudrait pas exagérer… stop … stop et re-stop… stop… S … T … O … P — vous comprenez le français ou pas — d’ailleurs en n’importe quelle langue cela se dit pareil ; je le sais — STOP — en majuscules, vous voyez mieux ; il a vraiment fallu que je hurle pour que vous vous arrêtiez — d’ailleurs au dernier congrès des entités pareilles à moi-même nous avons toutes fait la même constatation : vous vous fichez de nous alors que nous sommes inséparables… nous sommes liés à jamais — et en plus moi, j’ai un grand avantage sur vous… selon l’heure je suis plus ou moins grande que vous bien sûr — … en un mot comme en mille je suis… je suis — comment cela vous vous en fichez de savoir qui je suis — je suis… allez un petit effort — on ne va pas jouer au pendu — nous ne sommes plus des enfants — je vous aide : mon nom comporte cinq lettres toutes différentes ; deux voyelles et trois consonnes — je vous signale que j’ai le même âge que vous, que cela vous plaise ou non — vous donnez votre langue au chat — je suis votre ombre… vous avez entendu… cela n’a pas l’air — même pas un petit ralentissement pour me prouver qu’il m’écoute — il me fatigue, il se met à faire de grandes enjambées, il tourne brusquement à droite — sans clignotant pour m’avertir de ce brusque changement de direction — je n’arrive plus à le suivre ; il court après ses souvenirs ; il revient sur ses pas, gesticule — regardez comme je suis belle, cela vaudrait bien une photo — je m’essouffle ; je crois que je vais m’asseoir et le laisser courir dans sa ville… il me reprendra au passage quand il repassera pas là ; je jette l’éponge.

proposition n° 16

Eh, vous là-bas… vous pourriez m’attendre… je cours après vous… oui je sais que je radote, mais y’en a marre.

D’ailleurs, je vais vous tutoyer car ça fait longtemps qu’on se connaît.

On vit ensemble depuis ta naissance.

Et arrête de tourner en rond, j’ai le tournis.

On ne sait pas que la vie d’une ombre est difficile.

Tu m’épuises à toujours chercher ton espèce de pyramide.

D’ailleurs, qu’en as-tu à faire de cette commémoration du 13 janvier 1871 ?

C’était il y a très longtemps, trop longtemps.

On a oublié cet événement.

Toi et moi, est-ce que nous sommes concernés ? Je ne crois pas, mais j’aimerais savoir pourquoi cela t’obsède tant.

Quand tu étais plus jeune, tu as vu un nom qui t’a intrigué ? Dis-moi… parle-moi.

Alors, dis-moi !

proposition n° 17

Oh ! il s’en souvient comme si c’était hier.
Belle journée en perspective. Un jeudi après-midi.
Seulement, elle le marquera à vie.
Trente-deux marches, ou plus ou moins, il ne sait plus trop, en ciment brut, mais cela n’a pas d’importance pour la suite de l’histoire.
Arrivé en bas, une plateforme, sur sa droite, une grande porte, il fit demi-tour.
Clé lourde dans la main, il la glissa dans le cylindre. Un tour, deux tours.
La porte s’ouvrit en grinçant.
Et son sang se glaça…

Où, une autre fois, son cœur battit très fort.
Battant des doigts la mesure de la chanson tournant en boucle dans sa tête
S’avançant sur la passerelle de fer, étroite, qui surplombe toujours la voie ferrée
Train de marchandises approchant
À droite, à gauche, un coup d’œil
Crachant sa vapeur, il s’approcha de plus en plus
Les doigts se crispèrent sur la rambarde, il se tétanisa
Et il crut que son cœur s’arrêtait tant tout trembla…

Ouïe ! il eut très mal à son pied gauche.
S’étant extrait de la Traction de son grand-père avant l’arrêt complet
Trébuchant dans le caniveau
Aïe ! son pied passa sous la roue
Criant... heureusement
La roue continua son chemin
Et il en garda une faiblesse à jamais dans ce pied.

proposition n° 18

Tout reviendra — ce qu’il a vu, ce qu’on lui a raconté et surtout ce qu’il a inventé —

Tout reviendra.
Il a vu.
On lui a raconté.
Il a inventé.
Il se souviendra. Rien ne reviendra
Il n’a rien vu.
Personne ne lui a raconté.
Il n’a rien inventé.
Il ne se souvient de rien.

Il reviendra.
Il verra.
On lui racontera.
Il n’inventera plus rien.
Il se souvient de tout. Il ne reviendra pas.
Il ne verra plus.
Il n’écoutera plus.
Il racontera des histoires.
Il sera encore en vie.

Il devait revenir.
Il voulait revoir sa ville.
Il voulait entendre des histoires.
Il ne les inventera pas.
La ville lui appartiendra.



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1ère mise en ligne 25 juillet 2018 et dernière modification le 12 août 2018.
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