contribution auteur | Charlie Sieffie

hiver 2018, recherches sur la nouvelle

découvrir un auteur au hasard !
(rafraîchir la page si mise en boucle...)

Charlie Sieffie est un pseudo. Née dans les années 50, j’ai beaucoup lu, travaillé et vécu (ordre alphabétique). Je suis assez nouvelle en écriture et je voudrais apprendre.

Ses contributions à l’atelier ville.

Propositions 1 _ 2 _ 3 _ 4 _5 _6 _ 7 _ 8 _ 9 _ 10

proposition n° 3

Il fut un temps, le geek.

Il fut un temps, le geek, dans l’esprit de la plupart du monde, était un homme le plus souvent, une femme parfois, qui consacrait une énorme portion de sa phase éveillée, en face d’un ordinateur à le programmer ou s’en servir, ou derrière celui-ci à le monter. Sa vie familiale ou publique avait peu de part dans l’organisation de ses activités.

Selon le point de vue de sa famille, il était principalement le dos d’une structure vivante pianotant un clavier, dos que le chat aimait utiliser comme un magnifique agrès, bondissant, toutes griffes sorties, sur les épaules de l’humain, pour descendre sans rappel le toboggan des côtes en se préparant à la réaction décalée de quelques secondes du mobilier humain qui le projetterait vers la droite ou la gauche dans une explosion de cris furieux et de rires des enfants ravis.

Selon les magazines branchés, le geek porte un nom célèbre, souvent celui d’un millionnaire ou milliardaire, dont le pouvoir actuel supplante celui de bien des gouvernements. Si certains articles fustigent la rapacité de son groupe, un plus grand nombre relate avec délices les qualités inventives et entrepreneuriales de celui dont la monomanie première fut à l’origine de leur sujet vendeur.

Selon divers observateurs, le geek s’est fondu dans l’humanité cosmopolite et mixte. Chacun et chacune porte aujourd’hui ses objets connectés, les consulte et les enrichit à tout instant, relativement inconscient du fait qu’il est lui-même simultanément consultable, observable et exploitable. Le nombre des dissidents au branchement permanent se rapproche rapidement du seuil d’extinction.

proposition n° 2

James est enfant, il est assis sur les marches et regarde la voisine qui bavarde avec ses amies. Dans ses mouvements, sa longue natte danse le long de son dos gracile, elle joue comme un serpent animé par un yogi. Elle l’hypnotise et il se soumet à ses volontés mais il se trouve devant une entrée sombre. En arrière-plan la porte est la bouche ouverte d’un ogre. Il sait que les femmes endeuillées y sont et ce n’est pas elles qui pourront lui expliquer le mystère des mots compliqués du vieux prêtre. Maria a ramassé la glaise, les adultes ont ri en catimini. La femme dans la grande bibliothèque de Trinity, pourquoi est-elle habillée comme sur les photos d’autrefois ? Taille serrée par un corset, col montant, la jupe jusqu’aux pieds. Elle est fascinée par un homme étranger, à la peau noire. Dans une forêt, une église de livres, c’est sûrement péché, les vieux chuchotent. James est devenu étudiant, il est fatigué, fiévreux, d’avoir trop bu et parlé, et sa mère malade qui l’énerve. La terre humide, accueillante, riche tend ses langues de vie et de mort. Il veut être le laboureur polyglotte et œuvrer dans ses bras. Elle, oui.

proposition n° 1

Elle était assise sur le rebord du muret, adossée à la vitrine de la buanderie où les machines esclaves tournaient et lavaient son linge. Satisfaite de ce confort proche, elle se sentait de bonne humeur et ses pensées étaient vagues. Subitement, elle sentit quelque chose de flasque tomber sur son épaule. Elle s’était fait bénir par le ciel ! Elle réalisa alors qu’elle pouvait être considérée comme un terreau. À quand les tubercules ?

Dans ce lieu, la lumière est forte, blanche, bleue. On se croirait dehors pendant une journée ensoleillée. C’est l’intérieur sous les néons. Dans le dos des cinq personnes qui font face aux deux en blouses blanches, de grandes vitres donnent sur d’autres pièces. Dans une de ces pièces, un homme est couché, en petite tenue, la mâchoire retenue par un dispositif retenu par un sparadrap blanc. Un des hommes en blanc parle, les autres se regardent à peine, sont pourtant conscients de leur communauté d’angoisse. Ils ne se touchent pas. Plus tard. Ils sont là en face des hommes en blanc et doivent les écouter et il faudra leur répondre. Ils ne peuvent que grommeler pour l’instant, discuter, mais il faudra leur répondre. Et l’un ou l’une finira par soulager la contrition de ceux en blanc qui n’ont rien pu ou ont mal fait ce qui était à faire. L’éclat, l’irrémédiable.

Elle donne une impression d’arrondi alors que je sais bien qu’elle est plate. C’est l’image qui est arrondie ou plutôt la projection de mon esprit qui est arrondie. Je me dis que cela provient peut-être de son ombre portée en diagonale sur le mur qui forme un angle d’une centaine de degrés avec les barres horizontales de son dossier et avec la tranche plus sombre au bas de chaque planche et de la barre supérieure plus large qui forme le haut du dossier. Je ne m’y connais pas en perspective graphique mais je suppose que l’utilisation de ces particularités permet cette impression de profondeur vers le milieu, ou d’arrondi des parties horizontales. Le cerveau fait son travail, le cerveau sait que lorsqu’on est adossé à une chaise, on a envie de cet arrondi autour de notre dos. Alors, en voyant le dossier, de loin, il anticipe le plaisir de s’adosser contre cette surface verticale et il l’arrondit pour rendre notre assise imaginaire ou projetée plus confortable.



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1ère mise en ligne 18 décembre 2018 et dernière modification le 24 décembre 2018.
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