contribution auteur | Ista Pouss

hiver 2018, recherches sur la nouvelle

découvrir un auteur au hasard !
(rafraîchir la page si mise en boucle...)
Mon blog Les dérives de rue, avec le Fantastique Dictionnaire. Sur Twitter et sur Facebook. Habite Saint-Étienne voilà je crois que c’est tout si j’ai oublié quelque chose dites-moi.

Ses contributions à l’atelier ville.

Propositions 1 _ 2 _ 3 _ 4 _ 5 _ 6 _ 7 _ 8 _ 9 _ 10

proposition n° 7

C’était en juillet, à caboter le long de la côte nord de l’Irlande. Pour des français des villes, un air de bout du monde. En plus, n’étions-nous pas dans une zone de guerre ?… C’était tout nouveau. Il convenait comme si alors quoi non ça oui là pour et. Le voilier se fondait dans le liquide gris de l’océan. Nous étions un peu fatigués, un caractère de fin de journée. Une anse sur la côte, un mouillage. Le bateau s’arrêta tout seul, l’ancre tomba sur le sable sans rien mordre, le chef de bord inscrivit sur le livre de bord l’arrivée. Il inscrira le départ le lendemain, c’est tout. Sur le rivage, à proximité, tranquilles, des passants. Peut-être une petite route, un pub, d’ambiance familiale, les meilleurs, mais personne n’a d’énergie pour sortir l’annexe et débarquer. Les passants, nous voyant, forment un attroupement sur le rivage pour nous regarder. Nous, nous formons un attroupement sur notre bateau pour les regarder qui forment un attroupement qui nous regarde. Quelque chose, ici, s’écrirait... Ou non, plutôt, rien. Il n’y a que de l’air. D’attroupements d’un à l’autre, envolés par dessus la surface liquide blanche, sans doute des gens comme vous et moi juste qu’ils parlent anglais et pas français ou peut-être l’irlandais si ça existe encore. Et on prépare à manger avec les réserves du bord. On mange dehors, il fait si beau si calme. On sort les sourires. La mer est vraiment sans aucune ride, ni ondelette ni signe, pas un souffle de vent, le bateau ne tire même pas sur son ancre. Il tient sur l’eau comme une cloche, c’est dingue. Ici c’est le nord, quand même, et non Porquerolles, et pourtant. De l’autre coté de notre océan ce n’est pas l’Afrique ou l’Amérique, c’est le Pôle. On n’imagine pas. Et pourtant rien ne bouge. Même le soir arrive si lentement qu’on ne croit pas qu’il vient. On allume une bougie sur le pont pour rigoler qu’il y a si peu de vent qu’il n’éteint même pas la bougie et qu’il fait si peu nuit qu’elle n’éclaire rien. On y voit encore comme en plein jour, mais il est quoi ? 22, 23 heures ?… Une bougie, dehors, en Irlande, est allumée. Aucun vent ne vient l’éteindre. Aucune nuit ne vient lui donner de la lumière. La lumière reste dans l’air. Quelque chose, ici, s’écrit. Ou non plutôt rien. Non rien ne s’écrit. La bougie restera allumée posée sur le pont dehors plusieurs heures. La nuit arrivera, la bougie toujours allumée. Posée. À la place de fleurs, par exemple. Nos voix se faisaient feutrées, nos regards prudents, évitant, guettant le premier souffle de vent qui éteindrait l’insolente. Ou peut-être était-ce le premier souffle de vent qui nous regardait. Il s’était attroupé pour nous regarder. Il y a entre lui et nous un grimoire vide. De toutes façons, nous ne voyons rien : la bougie nous aveugle un petit peu. Il y a ici quelque chose que nous n’avons pas le droit de voir. Allez vous coucher les enfants. À notre réveil la bougie est éteinte. La mer est ridée, le voilier tire sur son ancre. Sur la côte les voitures se pressent. Ça y est tout est écrit.

proposition n° 6

La dernière personne qu’on a vu avec cette lampe de poche était Corinne. Mais Corinne dit qu’elle ne l’avait jamais prise. On lui répond qu’elle avait été de là à là, qu’elle avait pris la lampe là, et, que après, on ne l’avait plus revue. Non, dit-elle. On se souvient. Cette lampe avait un aspect métallique, un corps en cylindre allongé, une sorte de tête d’où paraissait la lumière, pour peu qu’on appuie sur le bouton situé sur une des génératrices du cylindre. On aimait bien ce terme de génératrice, mais ce n’était pas le sujet. On ne savait plus qui du groupe l’avait dit, rendant perplexe les autres à ce moment là. Sa couleur était ocre. À défaut de la retrouver physiquement, on essayait de la retrouver de mémoire, comme si l’on doutait de son existence. On précisait qu’elle était ocre un peu, métallique un peu. Le bouton marchait quelquefois, quelquefois était dur ou mou, mou c’est à dire qu’il ne faisait pas clic quand on appuyait dessus. Alors, ça n’était plus un bouton, c’est à dire, disons, c’était une touche ou un ergot. C’est curieux comme les choses peuvent se transformer. Quelqu’un avait changé les piles. Meilleure preuve, s’il en fallait, que cette lampe disparue avait bien existé ? C’était des piles AAA. Dans la chambre des piles, il fallait les aligner avec leur petite tête vers le haut, dans la même direction que la tête de la lampe. À la tête de la lampe correspondait la tête des piles, un moyen mnémotechnique utile lorsqu’il fallait changer la lampe dans la nuit. Cela arrivait souvent puisque, une lampe, justement, s’utilise la nuit. D’où le fait que, le jour venu, si on ne la revoit pas, on a un peu de mal à être sûr qu’elle existait. Si au moins Corinne disait que c’était elle. On avait cherché dans tout le bateau. On était sûr qu’elle y était encore, car on avait imaginé qu’elle était tombé à l’eau dans une des déferlantes du cap Lizard, mais c’est impossible puisque, arrivés au mouillage dans l’abri des îles Scilly, nous l’avons utilisée pour nous éclairer pour nous coucher, la batterie du bateau, étant dans l’eau, ne pouvait plus donner d’électricité. Le dernier à se coucher l’avait éteinte, l’avait posée, dans son rangement habituel, puis était revenu dans le noir à tâtons dormir dans son duvet. Pourquoi, au fond, avions-nous fait comme ça ? En y réfléchissant il aurait pu garder la lampe à coté de lui. Nous étions un peu fatigués, voilà tout. Le matin, dans son rangement, elle n’y était pas. La lumière du jour était grande et belle. Le rangement était vide. On a demandé, à celui qui s’était couché le dernier, de refaire ses gestes et son parcours en fermant les yeux, mais il s’est défendu que c’était stupide puisque pour la ranger il l’avait allumée, donc il voyait bien le bon rangement, et ce n’est qu’au retour qu’il était dans l’obscurité complète, qu’il avait dû se coucher à tâtons, et là il ne s’était pas trompé de bannette - rires gras -, donc il avait encore toute sa raison. Pourquoi, alors, le jour avec plein de lumière, au calme, n’avions-nous plus notre raison, faut-il croire ? Quelque chose nous aveuglait ? Celui qui l’avait rangée en dernier se souvenait même de son touché sur sa main, de son corps allongé un peu froid, de sa matière lisse et anguleuse, du relief du bouton au bout de ses doigts. Il montrait sa main, ses doigts, sa paume, sa forme... sa main était vide. Il arrivait même à être un peu ébloui par le reste de sa lumière qu’il avait en mémoire. Pourtant, le doute nous envahissait. Nous nous regardions. Nous revoyions encore sa lumière, nous la voyions de plus en plus forte, de plus en plus brillante. Notre lampe de poche, avec sa tête ocre, devenait insolente. Peut-être y avait-il une mauvaise lampe de poche ? Certains d’entre nous avaient été électrifiés par elle. Et puis, elle chauffait. Et sa lumière de plus en plus forte, de plus en plus brillante. Nous nous rassemblions, elle posée au milieu de la table, nous faisions cercle autour d’elle comme si nous étions des scouts, et nous la regardions comme un feu. Alors, paniqués, nous avons fui du bateau, plongé dans la mer et gagné le rivage à la nage.

proposition n° 5

Vite on me dit. Je saute la descente, entre dans l’habitacle, marche sur la table, me retient au plafond, tombe sur la porte, tombe dans la soute d’avant sur des sacs. La mer s’est démontée d’un coup au passage du cap Lizard. Une déferlante nous a balayés, le vent est passé de 4 à 8 d’un coup, mais nous sommes encore sous génois et un seul ris à la grand-voile. Même la nuit nous a surpris. De la soute en plein noir je dois sortir le foc par le panneau d’avant et recueillir le génois, s’il est encore entier. Du pont au dessus on me dit ouvre, on tape. Dans cette cale fermée je sens le mal de mer. Je tourne à tâtons les poignées du panneau, je pousse, ça ouvre sur la plage avant. Une main jaillit du ciel et me dit passe moi le foc. Je cherche. Un cri dehors. Le bateau plonge. Une vague s’écrase. Une masse liquide s’engouffre par le panneau ouvert, me fait chuter et je sens une violente douleur au tibia. Déséquilibré par les paquets d’eau et un roulis déchaîné je m’effondre sur des sacs de voile, ma jambe tapant sur quelque chose. La douleur est si vive que je suis près de perdre conscience. Mes vêtements, d’un coup gorgés d’eau, me collent et m’enserrent de froid. Ma tête s’illumine et la souffrance éblouit mes oreilles. J’entends l’eau qui glisse à l’extérieur du bateau et explose au long de la coque de ses myriades de bulles marines. Je pense à un feuillage sans fin qui s’estompe en fuyant vers l’arrière. Le hurlement du vent balance de droite et gauche, si fort que j’aperçois quelques fois l’horizon par le panneau supérieur toujours ouvert. Plus haut en suivant le mât le vent devient sifflement et les drisses tremblent en une foudre métallique. Empli de peur, qu’un faux mouvement pourrait faire crier ma douleur, allongé, raide, je guette les pas qui courent sous la grand-voile. Un dit d’enfourner le génois dans la soute sans le ranger on verra après. Une – Corinne – veut de la lumière pour serrer une attache. Je vois une main qui crie et le foc, je ne peux répondre, j’ai peur du moindre bougé en moi, moi je tends ma main vers la main, mais rien ne sort de ma voix. Plions le génois dit l’un. Des pas viennent de l’arrière, la ligne de vie glisse. Les pas me labourent, mais je réussis à décaler mes hanches et la ligne de vie devient douce. J’entends fait descendre le génois sans le plier il le récupérera. J’entends Corinne ta lumière pour le génois. Ils l’enfournent. Un ciel blanc descend par le panneau. Des pas courent encore, aider le ciel à descendre par le panneau. Et à travers la coque on entend le choc des vagues qui tapent sur la plage avant. Il y a toute une population juste au dessus de moi. J’entends tenez-vous et une nouvelle déferlante balaye tout et j’entends heureusement que tout le monde est attaché. Et le ciel continue de descendre. Il se plie, il se courbe, il entre, se love en désordre dans la soute, il s’étend autour de moi. Mon corps s’étend à mesure. Il se love aussi avec moins de crainte. Doucement enlevez l’eau, attention aux accrocs, j’entends. La furie observe une attente. La matière du génois céleste entre et enveloppe la soute de matière feutrée autour de moi. Le froid hésite et ma peau se réchauffe. J’entends mais que fait-il.

proposition n° 4

Ce que je veux faire : juste écrire le nom d’un bateau. Découvrir son nom. Juste ça. Ce pourrait être la Marie-Jeanne ou la Marie-Pierre, je ne sais pas. C’est important. Juste ça. Si je trouve, je crois que je serai heureux. Mieux : fier. Je vais faire ma recherche très sérieusement, avec beaucoup de soin. Je vais tout écrire de mes pensées, du processus, de ce qu’on me dira, pour être sûr de ne rien oublier des signes que le destin me donnera. Car le nom d’un bateau, c’est le destin. Et le destin, si on le comprend bien, est généreux ; il sait vous écouter, vous comprendre, il ne vous fera pas de coup en douce. Ce n’est que si on le méprise qu’il devient fatal, qu’il ferme. Mais si l’on trouve le bon nom, le bon mot, la bonne phrase, qui ouvre, qui dit, alors tout le monde est reconnaissant et ce bonheur s’étend à tous ceux qui montent sur le bateau qui porte ce nom. Situation similaire pour les mots et les phrases, les romans et proverbes. Je dis.

Quand une vague se soulève, caresse du vent, dressant le bateau. Le bateau, brin d’herbe au printemps ; quand le vide derrière la vague donne un instant d’apesanteur ; quand la risée accélère la voile ; quand elle éclaire une lande de terre, sculpte les ombres ; quand la terre quitte le brun et vire au vert et au violet ; quand l’embrun devient parfum ; il faudrait donner un nom à chaque vague, à chaque creux : Corinne, Françoise, Éric, Arthur, à chaque caillou : Catherine, Viviane, Éléonore, Éléonore, Éléonore. La nuit, un frais. Le vent enfante le poumon, la pluie caresse l’oreille, le rocher assure le pied, le sable couvre les fesses, l’horizon équilibre le ventre.

Alors on sait qu’il y a un signe. Il faut le noter, le prendre en photo, le boire. On ne sait ni sa langue ni son auteur. Car il y a une fille dans une jupe qui ondule au vent, il y a une panthère derrière le bruit si léger que seule une étoile peut entendre. Noter l’étoile. Relever son visage. Lui faire déclarer ses intentions. Sa famille. La presser comme un citron. Mais classer l’affaire (ne pas la jeter) s’il apparaît que cette piste ne mène à rien. Le signe sera pour un autre. Ne pas s’entêter. Rester discret, respectueux. De temps en temps, prendre une poignée de sable et la jeter au vent. Sentir son bras s’envoler et ses entrailles se dresser. Vigilance.

J’ai pratiqué longtemps cet exercice : jeter du sable en l’air. Mais je n’étais sans doute pas le seul. Partant de Ouessant, juste avant. Un vent chaud d’ouest avait séché le sable. Il poussait le voilier à longer la côte Nord vers les îles Chausey. De la barre menée avec finesse on sentait les glissades qui étrillaient le safran. Trois jours à chauffer vers les Chausey. Puis le vent passant sud nous avons obliqué vers les Scilly à la pointe de l’Angleterre. Une belle traversée de la Manche en compagnie des Fous de Bassan. Je ne sais comment au matin il y avait un peu de sable déposé sur le bateau. Il crissait sous nos bottes et nous le sentions pieds nus. Et des Scilly retour à Ouessant, le vent avait basculé nord. Tout de suite le froid. Mais, encore, le matin, un peu de sable sur le bateau, même sur les voiles et les écoutes. Au large d’Ouessant, nous déroutons vers le Raz de Sein et Belle-Île. Nous étions dix à bord, nous n’avons pas échangé trois mots. Peut-être, ces mots que je cherche aujourd’hui.

proposition n° 3

Premièrement on leur dit qu’un petit bébé naît dans une étable abandonnée ; autour de lui sa mère, son père, un âne et une vache. Deuxièmement, à l’époque où les jours commencent à rallonger, fin décembre, on dit qu’un homme vêtu d’un grand manteau rouge voyage sur un traîneau tiré par des rennes ; cet homme s’appelle Père Noël ; il distribue pendant son voyage des cadeaux aux enfants du monde ; on dit que cela commémore la naissance du petit bébé. Troisièmement, on dit que cet anniversaire est une fête familiale, car cela fait du bien d’être ensemble. Pour preuve on invite des gens extérieurs qui sont seuls. Comme les jours rallongent à ce moment là on dit que cet anniversaire est la fête de la lumière. C’est un beau symbole. Quatrièmement, à cause des Gilets Jaunes qui ont perturbé le commerce des cadeaux tout le mois de décembre, les magasins doivent ouvrir le dimanche. Le manque a gagner est énorme, pour rattraper leur chiffre d’affaires, ils sont obligés. On dit qu’on sait bien que le Père Noël achète ses cadeaux dans des magasins. On dit que de telles violences devraient être sanctionnées ou au moins indemnisées. On dit que le petit bébé est une légende ; que le Père Noël n’existe pas ; qu’on jette une bonne moitié des cadeaux ; qu’avec la famille recomposée il faut recommencer plusieurs fois le même anniversaire. Ils disent que c’est pas ça la vie.

proposition n° 2

Au pied, hardi ! Feu, feu ! Pan ! Pan ! On rejoue, un autre beau château ! Un à tuer ! Encore ! Pause fusil… mes camarades de peloton arrivent… le chef dit… mort, mort, tuer, tuer… comme ça... flot d’injures, de mots, me montent à la gorge… de mon ventre… et tête… le chef a dit… peut pas autrement… si, les mots, la littérature ! Je révise, mes Classiques !... Putain de sales juifs de Céline, et j’emmerde ce con de Sigmaringen ! « Pourtant quel pittoresque séjour » !… Mais le condamné arrive… pas très fier… ras les pâquerettes… cul de vache… jambes de bois mort… ouais déjà… je vais tuer ! Moi ! Moi ! Mon fusil est là, au pied, hardi ! Les mots se bousculent, ma tête ! En pression ! Ma façon de survivre… un peu de culpabilité, ça gratifie… Salle monde ! Hideux répugnants camarades ! Putains de Russes et d’austrazopothèques, salles gonzesses pleurantes... Goriots en vermines ! Avant de tirer ! Avant de tuer ! Les mots montent ma tête ! Les insultes de préférence ! Dix fois je tue, dix fois de peloton, dix fois le même vomi ! Et je tire et je te tue ! Vais me coucher ensuite… Ah ! Quoi ?… De Camus, par l’Académie ? N’ont même pas retenu l’Algérie ces langagiers administratifs béni-oui-oui ! Trop d’Arabes ! Et que j’t’enquille le soleil, et qu’j’t’entourloupe le Nobel, et peste j’t’la répands partout ! Je crache mes glaviots, chaque fois que je tire, ce peloton, je dois me dire, monter, monter, si je veux vivre ! Bol d’air ! Putain de crapule ce condamné ! Le chef arrive ! On s’aligne ! C’est pas moi… qu’un exécutant… pardon Hannah Arendt… je dois, ailleurs… une urgence… emploi du temps de ministre… je pisse, mon froc… je défroque… le chef dit « Votre nom, dites votre nom ! »… le protocole… on serait à l’église... Le condamné, le souffle, dites son nom…
— Fiodor Dostoïevsky.

Énième fumier de révolutionnaire mmoonstre soupière légume charbine mragboul guapos vbaastppq ! Protocole, suite ! Le chef se dresse ! Sa main, son bras... Lève !… En joue, il dit !… mon tour de cérémonie… La crosse me mort ! Je saisis le fusil !

proposition n° 1

La mer, l’océan ; l’océan : l’Atlantique, la Manche, ses sœurs. Petits univers, criques, « micro-climat » de touristes – ce nuisible jamais très loin, d’autant que, soi-même, on en est une part. Et le large, ce large. Et le vent vivant. Magie lumière. La nuit le vent porte encore la lumière. De temps en temps même avec le vent il n’y a aucune lumière, juste un grand mur noir devant. Montagnes d’eau. Elles sont plates et montent par dessous vous. Une humidité qui colle ; quand ça sèche ça vous sèche aussi. Translucide, glissements, flottements, embruns volent.

Une ville ; mais pas hors de la campagne. Entre les deux rode une limite administrative. Loin, une campagne, près, une ville. Des pâtés. Maisons. Immeubles. Des voies, droites. Les courbes sont étranges. Entassements par petits lieux, plutôt des coins, des ombres, des trous, in fine. Des dynamiques, des transports. Quelque chose de la femme, mais sans beauté ni tonicité. Une beauté... comme disent les bourgeois… plutôt un « bien ». Choses cachées derrière les murs et les façades ; pareil qu’à la campagne. L’espace public, pour les postures ; c’est pour jouer, si on a le courage. Que des lumières artificielles. Déplacements horizontaux et verticaux. Des fluides. Une écologie de pollueur. Quelque part un banquier. Des liquides. Aussi quelque part un esclave, une victime.

Krita, krr, krr… le logiciel, du dessin. Krita, le logiciel, des images. Pinceau, toile, peinture, huile, texture, ici toute matière est virtuelle. Ah, quoi, oh, le stylet, la tablette graphique, elles, elles sont réelles. Il faut pousser des trucs. Ici, dans l’ambiance, une souris ça fait has been, ça fait peine. Et un vrai son s’entend sur la tablette graphique, le stylet fait vrai ressenti, il fait krr… krr… (ita) ; il gratte comme un vrai crayon HB. Dans les outils (« Tools ») : des éponges, des chiffons, des gommes, du charbon, myriades du quotidien du peintre. Un trait d’aquarelle à bluffer les bergères. Technique de la perspective comme dans la Renaissance italienne ; enluminures mieux que Saint-Jacques de Compostelle. Couleurs de toutes brillances, saturations, mat, teinte, variance. Grossissements et éloignements sans fin. Combinaisons de dessin mieux que de l’ADN répliqué. Des « bugs » obscurs. Frustrations, angoisses, insécurité. Mais une vraie communauté. Des artistes et des techniciens de l’informatique et de l’art. Art, technique.



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1ère mise en ligne 19 décembre 2018 et dernière modification le 10 février 2019.
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