contribution auteur | Réjane Meilley

hiver 2018, recherches sur la nouvelle

découvrir un auteur au hasard !
(rafraîchir la page si mise en boucle...)
Son blog : sites à la ligne

Propositions 1 _ 2 _ 3 _ 4 _5 _6 _ 7 _ 8 _ 9 _ 10

proposition n° 1

Dans les champs de fin d’automne, bordés par une haie protectrice, où prédomine la terre mouillée piquée de quelques touffes vertes, herbe en résistance ou prémisse de blé, deux rapaces se font face. Coopérants ou concurrents, amis ou ennemis ? Leur attitude fière vient-elle d’une complicité d’une proie sous chaque serre ou d’un défi pour une proie commune ? Leurs plumes tachetées se gonflent, isolation thermique ou intimidation ? Mon passage furtif de bipède ne m’a pas permis de les observer plus longtemps, de rentrer dans leur univers.

La route défile son long ruban gris. Au loin, l’horizon brille presque dans une luminosité étrange qui tranche avec le bleu sous lequel je roule. L’air se régale des derniers rayons de cette journée automnale. J’avance sans souci et soudain je me cogne à un mur blanc, j’entre dans du coton qui me coupe de tout repère. Instinctivement, je ralentis. Plus de bruit, plus de vision, tout peut arriver. Ce pourrait être fantastique de flotter dans l’incertain, mais je pilote une machine sur un espace partagé. Deux points blafards viennent de me croiser sans que j’aie pu anticiper, ils sont apparus comme ça, brusquement. Je pourrais heurter une semblable qui roulerait devant moi, ou être percutée par l’arrière, cette purée me fait jouer avec le hasard sans que je l’aie demandé. Je scrute les lignes au sol, traces directives, en remerciant mentalement ses scripteurs vitaux.

Deux murs inégaux, des pierres qui en ont vu, des lichens, du lierre et autre verdure qui colonisent pour donner vie au minéral et la ruelle qui se faufile. Le sol est inégal, des paquets de feuilles que l’automne arrache aux arbres dont on ne voit que la houpe se rassemblent au hasard des croisements, des courants d’airs. Quelques maisons cachées au milieu d’une parcelle ou appuyées au bout d’un mur, des ouvertures au petit bonheur, pour nains ou lutins, ou de belles entrées travaillées, les portes obstruent le regard. Rien ne se laisse regarder dans ce dédalle.



Tiers Livre Éditeur, la revue – mentions légales.
Droits & copyrights réservés à l'auteur du texte, qui reste libre en permanence de son éventuel retrait.
1ère mise en ligne et dernière modification le 21 décembre 2018.
Cette page a reçu 138 visites hors robots et flux (compteur à 1 minute).