contribution auteur | Christiane Mansaud

hiver 2018, recherches sur la nouvelle

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Mini bio et liens à compléter.

Ses contributions à l’atelier ville.

Propositions 1 _ 2 _ 3 _ 4 _ 5 _ 6 _ 7 _ 8 _ 9 _ 10

proposition n° 9

source de l’apocryphe

… les quatre oncles ne s’étaient pas laissé piéger dans l’attente, eux, songea Alberta, ils avaient réagi. Si on ne bouge pas on meurt, disait Jacques Brel, et il avait bien raison. En dépit des racines, en dépit du chagrin des parents – d’ailleurs y avaient-ils seulement pensé à ce chagrin-là ? – lorsque les quatre frères avaient compris qu’ils n’avaient plus aucun avenir en terre picarde, ils l’avaient quittée. La décision n’avait pas dû être facile... ils auraient pu s’entêter, feindre de ne pas comprendre ou bien, comme elle-même, se dit encore Alberta, apprendre à attendre à force d’attendre... pourquoi eux aussi n’avaient-ils pas attendu quelque miraculeux déluge ou cataclysme pour mettre fin à l’insoutenable attente ? ils l’avaient refusé ce délitement mortifère, ils avaient rompu le cordon – encore que Joseph et Jules, les jumeaux, ne l’avaient jamais vraiment rompu ; après être revenus en 14 (« par loyauté » comme ils avaient répondu à leur mère lorsque dans sa langue picarde elle les avaient traités denig-doulle), ils n’étaient pas retournés à New York, où, assurément, les attendait impatiemment l’enfer des tunnels du métro : de pauvres bougres d’émigrés comme eux, qui s’accrochaient à leur rêve d’un Eldorado, les creusaient à coups de pelles, de pioches, progressant dans l’espace boueux d’une infâme boyauterie. Leur rêve ne serait pas à ce prix. Après la guerre, Jules et Joseph étaient repartis mais sans trop savoir vers quoi ni vers où cette fois, cependant viscéralement tenus par cet attachement à la terre qui ne les avait jamais vraiment quittés ; ils s’étaient installés dans le Wyoming... Auguste et Valentin n’avaient pas eu cette force. Non seulement ils n’étaient pas revenus en 14 mais ils s’étaient laissé piéger, s’étaient enlisés dans une certaine vision d’eux-mêmes, prêts à tout endurer dans l’attente, dans un rêve qu’il aurait fallu réinventer, remodeler pour survivre, mais voilà, tout le monde ne l’a pas la force... et la ville les avaient cueillis, dévorés, engloutis dans ses boyaux barbares et avait réglé pour eux la question de l’attente... une autre image qu’une vie en apnée traversa l’esprit d’Alberta... l’apnée était une gestion contrôlée du souffle, tandis que ce qu’elle percevait soudain, c’était l’oppression d’un sas... un sas dans lequel Auguste, Valentin et elle, pour des raisons différentes, étaient restés coincés. Un sas entre l’avant et l’après, un sas dont la porte de sortie ne se serait jamais ouverte parce qu’ils n’avaient jamais pu la pousser – osé, elle se garda bien de le penser... comme elle, ils avaient dû connaître l’horloge d’un corps qui s’arrête d’avancer quand tout autour le monde continue de tourner... la douleur d’une interminable attente, de l’inhibition, de l’absence aussi... d’un trou béant que rien ne comble – ni le rêve accompli, ni la chaleur de l’aimé... rien si ce n’est le regret et des suffocations. Et puis Alberta se revit assise à son secrétaire après le décès d’André et celui de leur fils ; elle se surprit à sourire tout doucement... au moins, elle avait tenté de s’en sortir, elle avait écrit.

proposition n° 8

La commune de M. bénéficie d’un climat océanique aux hivers frais et aux étés doux. Elle connaît en moyenne une différence négative d’un à deux degrés Celsius par rapport à Paris. Elle se situe dans un espace rural qui couvre 92,4% du territoire communal. Elle n’est traversée par aucun cours d’eau ; par conséquent, elle ne possède pas de lavoir et n’est quasiment pas sujette au phénomène de brume rencontré dans des zones plus arrosées du département. Elle a été fondée en 1793 et comptait alors 457 habitants ; elle en compte aujourd’hui 712. Outre le bourg, elle se compose d’un hameau, se trouve à environ trois kilomètres de la commune la plus proche (distance sensiblement la même à vol d’oiseau). Elle est très peu desservie par les réseaux de transports en commun. Elle dispose d’une école primaire ; des cars de transports scolaires la relie aux collèges et lycée des communes de C., M. et E.. Elle n’a jusqu’à ce jour hébergé aucune personnalité qui justifie son inscription au patrimoine régional ou national. Une annexe postale est ouverte quatre demi-journées par semaine. On y trouve une superette, Au bonheur de M., qui fait également office de dépôt de pain et de point relais de La Poste. Pas de marché à M., un boucher-charcutier ambulant s’arrête deux fois par semaine sur la place de l’église. Cette église date des 12è et 13è siècles ; lors de sa restauration partielle, un certain nombre d’ornements sculptés, type chapiteaux, gargouilles, ont mystérieusement disparus, dont, également, sur le fronton, une sculpture de Saint-Martin offrant son manteau à un pauvre ; on a également noté la disparition de ses fonts baptismaux. Le cantonnier en est également le fossoyeur de la commune ; on fait en général appel à son frère, menuisier à V., pour la fabrication des cercueils ; tous les deux se seraient chargés de porter en terre le dernier suicidé du village.

proposition n° 7

Avons quitté S.M. jeudi matin pour la French Riviera et les doigts tapotent leur blablabla – baie vitrée, mer, mimosa en fleur sur les collines, le parfum qui flotte... l’espace n’est pas le mien et pourtant... pourquoi, pourquoi mon bureau – je veux dire l’espace contenu entre quatre murs, eux-mêmes contenus entre quatre autres murs et quatre autres murs encore et ce qui les justifie – pourquoi cet espace ne me manque-t-il pas ? pourquoi cet espace en bois de deux mètres de long qui bute contre le mur et ses quatorze tiroirs (plus deux – ceux qui sont trop lourds pour que je les ouvre) ne me manquent-ils pas ?! On dirait qu’il n’y a plus que cet ordi, sa clé USB et sa souris qui comptent, pas question de les laisser à S.M. – depuis longtemps, mes stylos dans leur pot ne servent plus qu’à noter un mot, une phrase, un incipit qui vient, des titres de lectures prioritaires, une émission, une vidéo à réécouter ; un stylo, c’est de la matière au bout de notre matière à nous, l’avant-dernière avant de lâcher les mots ; pourtant un jour j’ai arrêté d’écrire avec eux. Ne supportais plus la lourdeur de la main qui écrit, ni sa lenteur – de l’œuf ou de la poule, est-ce l’outil qui a démultiplié la vitesse de l’enchaînement des phrases dans a tête ou les phrases qui sont régimentées par la vitesse de la main ? Peut-être viendra-t-il l’outil qui écrira, effacera, réécrira les pensées sans qu’elles aient à se dire ou à se taper sur un clavier ? peut-être existe-t-il déjà et je ne le sais même pas ! Regretterai-je l’agilité des doigts sur le clavier comme je regrette un peu cette sensation de graver en écrivant avec un crayon ?... à impliquer de moins en moins mon corps entier dans cet acte d’écrire, regretterai-je de ne plus avoir besoin de bouger du tout pour écrire, ne plus avoir besoin d’aller à Fianarantsoa pour savoir comment et ce que Fianarantsoa me donne envie d’écrire ?... insupportables les trois doigts crispés sur le stylo, les brouillons raturés, surchargés, le papier sacrifié, les paragraphes numérotés à relire comme on assemblerait un puzzle... mais me dis que s’il le fallait, reprendrais mes bics, mon crayon et ma gomme. Pourquoi ne me manquent-t-ils pas ce papier peint vieilli, ces Bonne Fête Maman en hiéroglyphes, en morse et je ne sais quoi d’autre, qui datent de plus de vingt-cinq ans, ces boites de cartes postales reçues d’un peu partout, le déclencheur de ma boite à images (faux ! elle me manque !), mes toiles inachevées en attente, ces brouillons de brouillons, ces pistes éparpillées sur des feuilles à carreaux, ces marque-pages pour lire trente-six mille livres à la fois ?! Le lieu importe pourtant, non ?, puisqu’à G., les montagnes font écrire autrement ! Ici, sans compter le mimosa, une mer à perte de vue et surtout sans marées, ça vous lénifie – zénifie ? – l’écriture. Combien de temps tiendra cette indifférence à l’absence ? Combien de temps parviendrai-je à me passer de tous ces en-cas de la lecture et de l’écriture qui m’entourent à S.M. ? de leur présence active ou passive ? de ces priorités absolues de relectures entassées de chaque côté du clavier – comme si celles de la lecture ne suffisaient pas ! elles rentrent par la pression qu’elles imposent, par les yeux avant même que les doigts ne s’y posent, par les fragments picorés et l’écriture s’en imbibe tout comme le corps s’imbibe de l’eau qu’il boit... les priorités tuent les priorités, en génèrent d’autres encore. Cette semaine, suis partie avec le journal de V. Woolf et les nouvelles d’Henry James, ce seront mesantipasti – efficaces mais addictifs les antipasti qui déclenchent et lancent l’exploration – et si je ne savais plus qu’être déclenchée ?... Et de mes zap books spiralés, avec leurs notes pêle-mêle, combien de temps parviendrai-je à m’en passer de ceux-là ? un pour les citations, un pour les croquis, un pour les pistes d’écriture et un pour tout le reste. Et mes grammaires, ces grosses dormeuses que je vénère mais que je n’ouvre plus depuis longtemps, qui sont là comme des traces ou des piliers dont je tente de m’écarter pour perdre mes repères ? et mes dictionnaires de tout poil, qui se croisent dans mon dos ? s’entrecroisent, se répondent, m’interpellent quand le rythme n’est pas le bon parce que le mot n’est pas le bon ... Il y a celui posé jour et nuit à côté du clavier (il est resté à S .M.), ce thesaurus franco-français, je le fouille, y farfouille comme on chine. Il y a aussi celui, tout petit, qui de l’anglais me renvoie aux expressions insoupçonnées de ma langue, argotique, pittoresque, libre – il me dit que puisque ça se dit, ça s’écrit aussi – outil solide, papier, à double sens, qui pourtant me fait entrer dans des mots connus comme en terre inconnue – il est le contraire d’une mer lénifiante ! Pas de musique, surtout pas de musique – impossible de la réduire à un fond sonore, impossible d’être dans deux rythmes à la fois, dommage – elle réveille le corps, distrait les doigts, le pied... Il y a cet échange de l’autre jour, celui qui parlait de la statique d’un corps qui écrit... Dany Laferrière dit que pour être écrivain il faut avant tout avoir de bonnes fesses – raté pour moi, il faut que je me lève souvent pour me dégourdir le bassin. Et une épaule ? on écrit aussi avec l’épaule. Avec le pied qui s’impatiente quand les doigts butent. Avec les bruits de la rue qui passent, avec les paupières qui battent, une seule qui frémit ou une lèvre aussi, et les deux qui s’entrouvrent, la bouche qui sourit, la langue qui sort, la mâchoire qui se crispe ou se détend, les poils qui se dressent, un frisson qui passe, les yeux qui se mouillent aussi parfois... Juste le son de la voix pour relire, vérifier que tout est dit dans le rythme souhaité. La relecture – une fois, deux fois, autant qu’il le faudra – c’est toujours le jour. Laisser mijoter le temps d’oublier, jusqu’à ce que de la distance s’installe... et puis reprendre les mots par surprise – le jour, toujours le jour. Le déclenchement, lui, invariablement, se produit la nuit, en pleine nuit, entre deux heures (parfois un peu avant) et cinq heures du matin au plus tard. Pleine confiance en ce déclenchement impérieux – aussi despotique soit-il. Le plus dur est de savoir l’attendre sans s’impatienter. Me suis déjà laissé prendre à ne pas vouloir me lever : au matin tout s’était envolé ; ne reste plus alors que la détestable sensation d’être passé à côté de quelque chose. Donc, se lever, lampe frontale allumée pour ne réveiller personne dans la maisonnée (cependant habituée, aujourd’hui), enfiler un pull et me diriger vers le clavier. C’est pour ce déclenchement que l’ordi reste en veille ; une relecture peut attendre, pas une phrase qui naît la nuit. En pleine nuit ou la pleine mer, les repères de surface disparaissent mais la houle demeure.

proposition n° 6

Au marché, la question – c’est pour vous ou pour offrir ? Parfois, elle ne se pose pas. D’office, le fleuriste tire à lui une feuille de papier journal froissée, opaque, d’un blanc médiocre jauni ou bien taché. Obsolète, surtout. Obsolète, elle n’est plus rien, la feuille. Prise au piège de sa gloire d’un jour – l’actualité, le piège du temps qui passe, alimenter chaque jour le papier du journal avec des mots nouveaux. La feuille a fait son temps, éphémère. On l’a oubliée sur un établi, dans une arrière-boutique, elle distrait, révèle ses petits secrets de second ordre, avant de disparaître sous un tas d’épluchures – elle n’en a rien à faire des épluchures, ses nouvelles datent. Ses pronostics aussi... sur la crise de Cuba, le OUI au futur referendum, un américain prix Nobel pour sa littérature d’une autre crise, le résultat des courses à Vincennes, les derniers matches de foot... C’est plus pratique pour la bruyère une feuille de papier journal - elle absorbe l’humidité de la motte... En forêt, ici, la bruyère pousse comme du chiendent, ça ne mérite pas plus qu’une feuille obsolète d’un papier journal froissé, jauni ou bien taché – et inversement– pour le fleuriste, c’est aussi simple que ça... et puis, des nouvelles dans le journal, il en vient tous les jours, des bonnes et des moins bonnes – sans intérêt pour les uns, addictives chez les autres... elles vont, elles viennent. Reviennent si besoin est. Entretiennent le suspense. Éclatent, s’éclatent en se vendant fort, à bout de bras. À bout de bras d’un gars qui veut juste gagner sa croûte... Demain, il vendra le même bouquet de feuilles opaques, avec leur blancheur médiocre. Et après-demain. Et après après-demain, avec l’assurance que si l’histoire est la même, les mots, eux, auront changé. On achète, on feuillette, on plie, on déplie, on replie – en confetti parfois. Pas peur de la froisser, de l’oublier sur un banc, la feuille. Pas peur d’oublier ses mots parce que demain on connaîtra la suite. Des nouvelles, il en fleurit tous les jours. Et le papier journal est là, qui les brasse. Frénétique. Jour après jour d’un temps qui file entre les doigts si l’on n’y prend garde – si l’on se laisse prendre à la frénésie du papier journal, à son addiction addictive... Entre la bruyère et la feuille obsolète, jusqu’au portail du cimetière, trajet commun. Mais autant la bruyère revient à son élément – de la terre molle et brune, autant la feuille de papier journal a quelque chose de déplacé, d’indécent presque lorsqu’elle franchit le portail. Dans cet espace où le temps s’est arrêté, où chacun a fait son deuil d’un rôle à jouer, où les vies se résument à des noms, des dates, quelques portraits et des épitaphes tristement identiques, cette profusion de mots, d’avis et d’hypothèses, cet intérêt pour l’éphémère, un monde en surface qui les dépasse tous... tout, tout condamne la feuille de papier journal, légère, volubile et prise à son propre jeu, à finir son existence dans ce cimetière du cimetière : un tas de chrysanthèmes fanés, d’œillets en plastique, d’oiseaux en décomposition, tout au fond, dans un coin du mur d’enceinte qui s’affale.

proposition n° 5

… ça tiendra bien, la bruyère... Elle essuie la buée, sa bague frotte contre la vitre. Sur la banquette arrière, un pleurnichement... quand est-ce-qu’on arrive, Maman ?... la bruyère finit toujours par refleurir... la forêt, rose en ce moment, comme au Bois de la Jouanne... La ferme était bien placée, elle avait été réquisitionnée. Ils avaient dû la quitter. Contre une paroi rocheuse, dans la forêt qu’il connaissait bien, le grand-père avait construit à la hâte un abri de fortune avec du bois déjà humide. Il sifflotait pour donner le change... le temps de voir venir... C’était de l’autre coté du cimetière. Girolles, pieds-bleus, braconnage la nuit... la nuit, la forêt et son raffut nocturne, ses craquements, ses frémissements, ses râles et ses borborygmes, ses chuintements, une chouette qui se réveillait... un chien qui hurlait au loin, un autre qui lui répondait... c’est avec ça qu’on a vécu pendant deux mois... Même teinté d’un fort accent, le français de l’officier avait été correct, et le ton poli... où puis-je prentre une douche, s’il fous plaît ?... Regards en coin. Les deux fillettes s’étaient retenu de rire... une douche ?! On n’a pas de douche ici, hein, Grand-père ?!... et le grand-père avait pointé du menton le tuyau d’arrosage qui traînait dans un coin de la cour. L’officier avait haussé les épaules, puis, il avait souri ; les deux fillettes se tenaient par la main, on aurait dit deux sœurs ...bonjour, met’moisselles... Dis, quand est-ce-qu’on arrive, Maman ? c’est bientôt ?... la voix du garçon est de plus en plus pressante, inquiète presque... Laisse ta mère tranquille, tu ne vois pas qu’elle se repose ? on arrive dans deux minutes, j’aperçois le clocher... et le père s’est mis à chantonner... deux lièvres sont dedans le bois... Sur la banquette arrière, instantanément, la fillette se joint à lui... pingui, pingo, pingo les noix...bibelin, bibelo, popolaguénago, pingui, pingo, c’est son passage préféré... Qu’est-ce-que ça veut dire popolaguénago ? Elle lève les yeux au ciel... rien ! ça veut rien dire, justement... c’est ça qu’on aime !... En dépassant la mare, sur la place de l’église, coup de klaxon. Résultat escompté : les canards s’affolent, le garçon jubile. Un dernier virage, le chemin caillouteux commence... on y est presque, tu reconnais ?... La voiture avance comme elle peut, elle cahute, brinquebale, le père s’inquiète... quand est-ce qu’ils vont la prolonger cette fichue rue ? elle va me défoncer le pot d’échappement... Et puis enfin, d’un côté du chemin, le hangar rouillé. De l’autre, nez au vent, avec son mur d’enceinte ventru, le cimetière, face à la plaine... Et le moteur s’arrête. Enfin... terminus... Les portières s’ouvrent... enfilez vite vos manteaux avant d’attraper froid !... La fillette boutonne le sien, le père aide le garçon, remonte la femeture-éclair de l’anorak... lève un peu le menton !... La mère sort du coffre les plants de bruyère enveloppés dans du papier journal... oui, ce sera très bien, la bruyère, ça tiendra bien... j’ai froid aux jambes... Le garçon se moque... oh, la fille ! … Avec son pantalon, c’est sa façon de faire le brave. Une bourrasque s’engouffre sous le hangar. Un coup de feu claque. Comme un signal de départ. La tôle ondulée frissonne, la fillette aussi... fait froid aux jambes... La mère a relevé la tête, la tourne vers le bois... la chasse a déjà commencé ?! j’avais oublié... pas question d’aller à la Jouanne, alors... Bruissements d’ailes, trois perdreaux s’envolent au-dessus de l’ocre roux des labours, le garçon court, court, galope, fait mine de les attraper, il rit, rit... vole, m’envole... La fillette ramasse son ballon, s’élance à son tour... vole, m’envole, popolaguénago pingo les noix... Se réchauffe. Un chien aboie quelque part sur la plaine ou dans le bois... il est où le chien ?... Le père referme les portières de la Dauphine. La bruyère dans les bras, déjà la mère s’avance vers le portail, le pousse, il grince. Les enfants la suivent de près, ils voudraient qu’elle les voit... regarde, Maman, on a trouvé un escargot... La ramener de là où son esprit vagabonde depuis qu’ils ont quitté Paris. Elle se retourne, fronce les sourcils et, un doigt sur la bouche, leur intime l’ordre de se taire, de se tenir tranquille... Ils pouffent. Le père referme le portail. Qui grince à nouveau... Première allée, et puis, à droite, entre les Robert et les Martin... la quatrième après celle du père Gallien, c’est celle-ci.... six ans, ce mois-ci... La fillette glisse sa main dans celle de sa mère... Rousseau... comme ruisseau !... Masson sans c cédille... Et la valse des mots et des chiffres commence. Ici, avec leurs messages à décrypter ou à interpréter. Le cimetière en est plein... La fillette va s’éclipser lire, relire, chuchoter. S’attarder sur une photo, une épitaphe, la lire, la dire... à ma chère Angèle... à mon Lulu... à mon amour.. à notre fils... Beaucoup sont morts à la guerre.... laquelle ? il n’y a que ça, des gens qui meurent à la guerre... Presque au bout de l’allée, il y a ce nom... Minh Châu Lien, on dirait une phrase douce... épouse Vilieux... une phrase qui viendrait d’où ?... décédée le 9 mars 1961... j’avais sept ans. La fillette a cherché dans le cimetière. Aucun des noms gravés ne résonne comme celui-ci. Il y en a même qui ne résonnent même plus du tout, ils ne laissent rien passer... pas une consonne, pas une voyelle, ils se sont effacés pour se cacher... pour qu’on les oublie.... Celle-ci est la dernière étape de l’enfant dans cette petite ville qu’elle connaît bien, à présent. Un lit de verre pilé multicolore avec sa croix sans nom. A chaque fois, elle lui pose la même question... tu sais d’où elle vient, la dame qui s’appelle Minh Châu Lien ?

proposition n° 4

Quelque part dans l’Essonne, sur la plaine, il y a un cimetière. À peine plus loin que les dernières maisons du village. Le village, c’est M. Pour y être enterré, les démarches se font auprès de la mairie de V..

Ce n’est pas seulement un mur d’enceinte, ce cimetière, deux, trois caveaux de famille et une centaine de sépultures : il occupe la plaine entière. Il est partout. Intra, extra-muros. Se niche sous la terre, s’impose à la surface et puis s’évade par les corps qui le traversent. Dans l’espace que brasse le vent – celui qu’embrasse le gros œil d’un invisible drone... il est dans l’ocre roux des labours, dans une motte grasse et féconde qu’on tient au creux de la main... il est dans le brun rouillé du hangar d’en face, dans le cliquetis de la tôle ondulée, il est dans les tripes du vieux tracteur.. il est dans le bleu cru du ciel ou dans son plafond bas, il est dans le mur d’enceinte, fatigué, qui ventre ou bien s’affaisse ; il est dans l’envol de trois perdreaux que lève le rire de deux enfants, il est dans le portail qui grince et couine... . il est là où les fondrières reprennent leurs droits sur le bitume, au bout du bout de la Rue de la Mairie, le long du chemin qui se perd tout au loin, au loin sur la plaine... Quelques croix entre elles, celles des caveaux de famille, se dressent au dessus du mur d’enceinte, à l’entrée, augurant de l’ombre qu’elles font aux autres quand il fait beau...

Un cimetière sur une plaine de l’Essonne – sans tags, sans vandalisme, sans vidéoclip du Roi de la Pop, on serait tenté de dire que c’est un cimetière sans histoires. Pourtant, il suffit de pousser son portail, de s’arrêter devant chaque sépulture pour comprendre qu’il n’est fait que de ça : qu’il déborde d’histoires, qu’il est un collectif d’histoires, qu’il n’en peut plus de tous ces amours et désamours, de leurs tabous, de toutes ces morts sur les champs de bataille, des maladies, de la foudre ou d’une charrette quand elles s’abattent, là, sur celui-ci plutôt que celui-là. Silence sur les suicidés... Chacun au village en racontera des bribes – complémentaires, parfois contradictoires. On connaît toujours quelqu’un au cimetière quand on est du village. Le fossoyeur-cantonnier, le garde-champêtre, le propriétaire de la grande ferme, le boucher ambulant... L’histoire serait peut-être d’en trouver une dont on n’ait rien à dire : un drap d’éclats de verre pilé multicolores éparpillés au sol, de la longueur approximative d’un corps... et les éclats de verre pilé scintilleraient au soleil, il n’y aurait plus de nom sur le bois de la croix, il y aurait... il y aurait une poignée de pissenlits, des pâquerettes au printemps, un calot, une cuillère de dînette, le début d’un cairn...

À force de s’effacer devant toutes ces vies, le cimetière finit par oublier la sienne. Lui, le cimetière du village, à la dérive sur la plaine. À regarder deux enfants jouer au ballon. Quel rapport a-t-il donc entretenu avec ces deux vies-là ?...

Après l’avoir fréquenté encore et encore, ce cimetière-là, on ne s’en défait pas. Il s’immisce par les pores de la peau, par les yeux, par la bouche et les oreilles. Il est dans tous les cimetières que l’on croisera sur la terre, les grands, les petits, les militaires et les civils, les lointains du bout du monde, ceux où jamais on ne remet les pieds tant la douleur déchire – comme si c’était là, dans celui-ci, à soixante kilomètres de Paris que les absents qu’on pleure finissent par se retrouver tous... il est dans le livre qu’on tient à la main, le livre qui parle d’une dalle de granit gris clair, partout... Partout, sauf dans le rire des enfants. Non pas qu’ils se moquent du cimetière, ces enfants-là – ils ont même l’air de l’aimer plutôt bien. C’est la mort qui les indiffère, la mort intra-muros – elle n’est pas leur souci. Le mot est creux. Ça mature lentement la mort dans les corps. À force de fréquenter un cimetière, peut-être... et puis, très vite tout à coup ; elle surgit et on comprend enfin à quoi servent les cimetières... C’est l’insolente insouciance des enfants qui interpelle. La mort est là et ils l’ignorent. Ils ne la comprennent pas. Ils ont cinq ou six ans et, pour peu qu’ils promettent de ne pas grimper sur les tombes, de ne pas crier, de ne pas rire une fois le portail franchi, de ne pas toucher aux fleurs, ils circulent légers comme l’air, ils sautillent, la petite ville de granit est à leur mesure... Tous ceux qui passent le portail ont un point d’ancrage dans le cimetière, un père, une mère, des grands-parents... Pour les deux enfants, il s’agirait plutôt d’un point de ralliement, un camp de base. Ils larguent aisément les amarres, s’élancent pour une exploration sans carte ni boussole... font connaissance d’inconnus – mais un inconnu, c’est quelqu’un, quelqu’un avec un nom, des prénoms, quelqu’un né ou reparti au printemps ou à la fin de l’été... en laissant parfois une photo à l’appui. Ils se retrouvent à chaque visite, cherchent l’inconnu sous ses éclats de verre pilé multicolores – celui dont le nom s’est effacé sur la croix. Ce cimetière-là, c’est une exploration, une traversée. Une traversée initiatique qui s’ignore.

Le cimetière a archivé les histoires du village... mais ne pas confondre la sienne avec les autres. La sienne a quelque chose à voir avec ces deux enfants-là. Avec ces deux-là parce qu’ils viennent d’ailleurs, de plus loin.... Peut-être parce que ce sont des enfants justement, et que leur insolente insouciance fait du bien... parce qu’ils sont curieux, parce qu’ils explorent. Peut-être que le cimetière n’a pas d’histoire à lui, après tout. Plutôt... peut-être n’en n’aurait-il pas sans les deux enfants. Peut-être que son histoire à lui, est faite de ce qui s’est inscrit en eux à force de le fréquenter. Qu’en raconteraient-ils ? leurs jeux ? la croix sans nom et les éclats de verre pilé multicolores ?... ou leurs traversées initiatiques ? mais une initiation... à quoi ?

proposition n° 3

L’on retient qu’elles furent condamnées par les dieux de l’Olympe à remplir une jarre percée. L’on se souvient parfois qu’elles furent au nombre de cinquante. Qu’elles furent les filles de Danaos – le mythique fondateur de la cité d’Argos. L’on sait rarement que toutes naquirent d’une mère différente.

Et l’on se prend à penser à ce geste. Vain, énergivore et sans fin. Et tant l’empathie est grande que l’on oublie souvent de se demander pourquoi – pourquoi dans les eaux du Tartare, ce supplice éternel.

L’on apprend que l’oncle, frère jumeau de Danaos, souhaita les marier à ses cinquante fils. Qu’elles et leur père refusèrent mais qu’à l’issue d’une course-poursuite et d’un siège, contraintes et forcées, elles épousèrent leur cinquante cousins. L’on nous dit rarement que, sur ordre de Danaos visité par l’oracle, elles transpercèrent d’une longue épingle à cheveux, la nuit-même de leurs noces, le cœur de leur époux. Cette fois, l’on sait pourquoi : inquiet pour la succession – révéla l’oracle, l’oncle avait ordonné à ses cinquante fils d’éliminer au plus vite les cinquante épousées. L’on en déduit que les cinquante sœurs dégainèrent les premières, sauvant ainsi leur vie. Elles n’avaient eu qu’un tort : être nées toutes de mères différentes.

L’on sait rarement que l’aînée, Clitemnestre, épargna son époux, Lyncée. Que l’époux épargné revint quelques années plus tard égorger son beau-père et chacune de ses belles-sœurs – et l’on constate que l’oracle finit pas s’accomplir. Ce que l’on se garde bien de nous dire, c’est que les cinquante crimes d’un même époux vengeur ne pesèrent pas autant dans la balance des dieux que le meurtre unique commis par chacune : l’époux ne fut nullement châtié. Et l’on constate qu’il fut plus facile aux dieux de condamner cinquante femmes cherchant à sauver leur peau qu’un redresseur de tort cinquante fois assassin.

Et l’on se prend à vouloir détricoter le mythe. Les cinquante Danaïdes seraient nées d’une même mère. Le frère jumeau n’aurait pas craint pour la succession. N’’aurait pas ordonné à ses fils d’éliminer leur épouse. Danaos n’aurait pas été visité par l’oracle révélant l’intention de son frère et des cinquante fils. Les cinquante épouses n’auraient pas eu à transpercer le cœur de leur époux. N’auraient pas été condamnées au supplice de la jarre percée jusqu’à la fin des temps. Ainsi donc, le renvoi à nos propres jarres intérieures n’auraient eu ni d’images ni de voix.

L’on dit aussi que les Danaïdes furent issues d’une même mère et de cinquante pères différents. L’on dit qu’Apollon fut l’un d’eux – apparu sous l’aspect d’une phrase à l’équilibre parfait, d’un seizième de soupir, d’un mot inconnu en forme de clé d’ut et bien d’autres aspects encore... L’on dit que la mère révéla à chacune des ses filles l’origine de sa naissance et qu’Apollon en prit ombrage. Et que pour la punir, les condamna toutes sans distinction au supplice de la jarre percée. L’on certifie parfois que les cinquante filles remplirent la jarre non pas d’eau mais bien plutôt de mots. Et que lorsque les mots manquaient, elles les inventaient.

Et l’on se prend à penser que l’on est en train de remplir sa propre jarre de mots. De mots pour conter des histoires ou pour en inventer. Et l’on se dit que peut-être l’on est la cinquante-et-unième des cinquante Danaïdes, à remplir de mots la jarre.

proposition n° 2

J.MG. s’endort. Et rêve. Il rêve qu’il est en bateau, assis sur la dalle en béton devant la case familiale, en pays ibo. À l’intérieur, la voix de sa mère lit avec celle de son frère. J.M.G. scrute la plaine rousse qui s’étale et ondule devant lui. Des mots lui poussent au corps – comme les fruits juteux au bout des branches des manguiers, des goyaviers et des limettiers que son père a plantés. J.M.G. sent les mots frémir et se dit qu’à se nourrir de la plaine rousse et ondulante, à téter la sève de cette terre rouge en ce pays ibo, bientôt, tant lui pousseront au corps qu’il n’en aura jamais fini d’écrire avec tous ces mots-là. Et que s’il n’écrit pas, ils pourriront. Et que toute cette sève tétée, c’est en vain que la terre du pays ibo l’en aura nourri de son sein. Peut-être même qu’il pourrirait avec eux, lui aussi... Et voilà que sur la route d’Ogoja vers Obudu, s’avancent deux garçons de son âge. Leur corps est mature et leur peau noir-bleuté. D’un noir-bleuté qui luit sous le soleil dardant. Et J.M.G. se dit que le sien est semblable, mature et noir-bleuté sous ses vêtements de coton. Et il se déshabille – là], devant la case familiale, sur la dalle de béton, tandis que la voix de sa mère poursuit sa lecture avec celle de son frère. Les deux garçons se tiennent à présent devant lui et rient. Ils rient d’un rire sonore et authentique. D’un rire sans moquerie. Mais où est donc ton corps, fils de toubab ? Et J.M.G. se fâche – il n’aime pas qu’on l’appelle fils de toubab : il est fils du pays ibo, comme eux – comme son père si longtemps absent lorsqu’il part sur les pistes. Et comme il s’apprête à le prouver en leur désignant son corps qui frémit encore des derniers mots poussés en lui sur son bateau comme des goyaves mauves, la stupeur le prend. De ce corps à présent dévêtu, il n’y a rien. On ne voit rien. Rien, sinon les chaussures que son père lui fait porter le jour... et les mots qui drageonnent et bourgeonnent, mêlant ceux des langues de son père, de sa mère et du pays ibo. L’instant d’après, la stupeur fait place à la détresse. Les deux garçons l’ont senti. Ils ont cessé de rire. Marche jusqu’au grand okoumé, au delà des marécages. Il te faudra traverser la termitière géante. Si vraiment tu es fils du pays ibo, Grand Okoumé te rendra ton corps. Et J.M.G. se met en route, passe les marécages, traverse la termitière géante et parvient enfin au pied du grand okoumé. S’il te plaît, rends-moi mon corps, implore-t-il, je suis fils du pays ibo ! Dominer la forêt a pris beaucoup de temps au grand okoumé. Qui réfléchit longuement. Observe. Entend et lit les mots poussés au corps de J.M.G. comme les fruits juteux aux branches des manguiers, des goyaviers et des limettiers plantés par le père. Mais le grand okoumé reste perplexe devant d’autres venus d’ailleurs. Il répond enfin : Réjouis-toi, je te rendrai ton corps, tu es bien fils du pays ibo et ta mère est bien noire... mais d’autres sèves t’ont nourri et d’autres te nourriront... tu es fils du pays ibo et fils d’autres terres encore. Tu es ainsi fait que partout où tes pas te mèneront, les mots qui te pousseront au corps feront de toi le fils de là où tu seras. Va, ne regrette pas... mais n’oublie jamais : cette vérité-là, c’est le grand okoumé de ton pays ibo qui te la révéla.

Ainsi s’acheva le rêve étrange de J.M.G. Le Clézio, dont nul n’est sûr qu’il fut vraiment rêvé.

proposition n° 1

1.

Le vent d’une petite mort. Extatique béatitude sous le doux soleil de la conformité sans fin ni commencement. Glacial. Quatre fauteuils alignés, les mêmes. Deux hommes. Deux femmes. Les mêmes. Quatre regards vagues comme l’ennui de la satisfaction, du repos bien mérité, les mêmes. Portés vers un hors-champ, le même. Les collines aussi se succèdent. À l’identique. Elles clapotent. Proche et néanmoins distant, le cinquième regard tranche, diverge. L’homme est assis derrière. Penché sur un livre. Il vit. Il rêve. Tous vivants et morts cependant. Sauf lui.

2.

Intra-muros, le vent s’arrête. Elle n’a plus froid aux jambes. Ça crisse. Un lieu habité, cadastré, bâti – une ville à son échelle en somme. La pompe à eau, la manivelle trop grosse pour sa paume. L’arrosoir. Les parents qui s’affairent. La balayette sur la pierre et les noms dorés dépoussiérés. La bruyère dans une bordure. Elle se promène. Lit à haute voix. Soustraie. Mesure sa jeunesse à l’aune de l’étrangeté des prénoms et des dates. Dernier arrêt, toujours le même : une tombe sans pierre, juste des éclats de verre pilé beaux comme de gros diamants.

3.

Le médecin qui essaie de lui dire... de dire quoi ?! Elle ne comprend pas. Vous avez des antécédents ? Des antécédents de quoi ?

et encore...

Et la musique joue. Et, du fond du corps, la sensation que l’on est derviche tourneur.

Sous l’orage, fin juillet, le Brévent avec douze kilos sur le dos et n’avoir d’autre abri que... des conifères un peu plus bas !

Éclats de rire … quel con, ce mec, mais qu’est-ce-que tu peux être con !Elle le sert contre son cœur. Elle est bretonne, il vient de lui annoncer que plus tard il sera marin. Ça veut dire quoi con ?

Le long d’un mur de classe, le pinceau à la main, debout devant une fresque fraîche, on est l’esquimau qui descend du kayak...

1972. Première voiture, une R10 de seconde main, qui, chaque été, a connu les retours au pays de son propriétaire. Depuis les Landes, escapade prévue jusqu’à Madrid. En fait de Madrid, ce sera Tarife – pointe sud de l’Espagne (encore franquiste, en pesetas, avec douanier à la fronteraet carte d’identité cartonnée beige clair). Depuis Tarife, trajet retour avec une fumée bleue à l’arrière et un radiateur fissuré. Le filet rougeâtre qui s’écoule des pompes à eau andalouses, nos gourdes pour le remplir le radiateur en priorité, un peu aussi pour nous désaltérer.



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1ère mise en ligne 25 décembre 2018 et dernière modification le 22 février 2019.
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