contribution auteur | Anita Navarete Berbel

hiver 2018, recherches sur la nouvelle

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(rafraîchir la page si mise en boucle...)
Je rêve en ce moment d’écrire comme Yann Gourdon joue de la vielle à roue. J’ai la chance d’avoir rencontré depuis septembre dernier un super collectif qui se retrouve dans un Centre Culturel Autogéré à Nancy pour lire, écrire quelques fois. Sinon j’ai deux chantiers d’écriture, je continue d’écrire ici et . J’improvise à la cithare amplifiée seule, parfois avec mon ami Ebi. M, et j’ai commencé une nouvelle expérience avec Octave Mélèse et Pascal Hallou (son/image).

Ses contributions à l’atelier ville.

Propositions 1 _ 2 _ 3 _ 4 _ 5 _ 6 _ 7 _ 8 _ 9 _ 10

proposition n° 9

Cela ne s’arrêtera jamais.La cicatrice est parfaite. Des nuages blancs.Chaque nuage est une tête de mort, un poing levé. Le détail envahit et rompt la courbe fausse du temps. Sortie dans l’orage, la pluie tombe comme un bloc d’eau douce sur la peau jusqu’aux pieds.Les larmes. Le vent balance de grand coups de gris et de noir dans le bleu de l’été. Et j’entends les larmes, le rythme posé des larmes, quand j’entends les larmes, j’entends la voix des larmes,la voix dit peut-être je t’aime. Tout se mélange, l’image de l’été un son brutal qui coupe la fin d’une phrase, le passage d’une voiture dans une rue vide. Les larmes bouleversent par la beauté éphémère de leur forme l’absence de leur son. C’est comme la neige l’espace des larmes. Sortie dans l’orage, c’est l’été, tu marches jusqu’au lieu de rendez-vous. Entre la fin du rêve et le lever du jour : je vous rêve nous marchons sur une grande étendue de terre, la grande étendue se retire, reste une biche immobile une flèche plantée dans l’œil. Maudit soit ce jour maudit soit ce soir maudites les racines qui poussent du cœur à la tête, maudit ce troisième jour. Cela ne s’arrêtera jamais. Des nuages blancs sur un fond bleu, d’abord le visage de l’homme, puis sa main droite. La cicatrice est parfaite d’une longueur de sept cent trente millimètres L’empreinte des feuilles mortes sur le sol mouillé, chaque couleur reçoit un message d’une autre couleur. Des nuages blancs dans le bleu ramassé du ciel. Les larmes. Je t’aime vraiment. Le train. Silence.

proposition n° 8

Il porte un bouquet de roses jaunes, ne bouge pas reste planté devant la porte ouverte, sans émotion aucune.Il vient du nord d’ une ville grise entrecoupée de forêts de pistes cyclables de lacs artificiels. Il porte un sac à dos rempli de livres sur le Structured Query Language . Tout d’un coup, il lève son bras et masque son visage avec une cage : le rossignol au plumage gris. Elle regarde l’œil noir de l’oiseau. Vous me rêvez, je vous, pas de crainte, je me réveille avant de ne pas vous réveiller, vous me rêvez, je vous, ne vous inquiétez pas, je vais vous trouver. Elle reconnaît la chanson de Meret Becker, ich glaube du kommst nicht mehr. Elle jette un deuxième regard à l’œil noir de l’oiseau. Il regarde de l’autre côté, le ciel resplendit sur la neige gelée.

À la fin de sa vie Paola H. devint aveugle mais ne le dit à personne. Elle se tient toujours près d’une fenêtre avec un livre ouvert sur ses genoux. Aujourd’hui elle se tient tête renversée regard révulsé corps allongé sur le carrelage froid d’une auberge. Elle répète les mêmes mots de désolation. Autour d’elle les voix répètent les mêmes mots, vous m’entendez, serrez ma main, gardez les yeux ouverts, vous m’entendez.Tu vois une image , une image vient inattendue, c’est la mort c’est un visage de la mort aux yeux fermés, tes yeux résistent à l’image, à l’intérieur de ta tête, tu cherches quelque chose, tu poses tes mains sur la pierre. La tête tourne des centaines de fois jusqu’au blanc.Elle voit marcher trois enfants pieds nus dans leurs sabots, le chemin même au cours d’eau, elle voit les enfants patiner sur le cours d’eau, elle entend la glace craqueler s’ouvrir sous ses pieds, elle sent la brûlure de l’eau.L’eau brûlante couvre son corps.Elle se débat avec l’eau brûlante ses mains heurtent des plaques de glace, elle peine à respirer elle ouvre grand la bouche elle sent les larmes dans sa bouche.

comment parvenez-vous à faire votre travail et rester en lien avec les autres ? quel est le conseil que vous ne donnez jamais ? vous rêvez parfois d’ouvrir le jour ? quel est le son le plus proche de votre vie ? que recherchez - vous entre deux livres ? dans quelle partie de votre corps cachez-vous la peur ? à partir de quand êtes-vous devenu dépendant de votre vie ? partir ou rester, est-ce que la question de l’exil vous habite ? quel est votre pays ?Comment calmez-vous votre impératif coléreux ? de tous les mammifères carnivores le dauphin est le seul à ne pas rêver, et vous, rêvez-vous encore ? Pouvez-vous nous dire ce que vous voyez, face à vous, en ce moment ? qu’est ce qui fait l’intensité de votre vie ? dans quels temps vivez-vous ? Il se redresse à la dernière question, dans quel temps vit-il, le temps de quand il m’arrive quelque chose. Un soir je me trouvai dans une auberge.

proposition n° 7

je n’aime pas parler de l’intérieur, l’intérieur : celui là où je vis, j’associe ce manque d’intérêt au fait que je suis rarement là où je suis. Je suis un peu comme une voix off. Je vais tacher de vous décrire avec cette voix off, mon intérieur, et comment j’écris dans cet intérieur ; vous me suivez.Tout se dérobe la pesanteur de la terre la légèreté de l’air du ciel la pesanteur des pas sur la terre la terrifiante légèreté de l’air tout se dérobe, hybride brodé sculpture étoilée du chemin, pour aller ailleurs. L’appartement se trouve dans une maison qui a cent ans, les murs ont cent ans, l’entrée a sept marches de pierre de cent ans ; l’escalier de bois a peut-être cent ans, la porte de mon appartement n’a pas cent ans ; l’intérieur de mon appartement a cent ans quelque part. Commencer par un matin pour traverser le jour et finir dans la nuit. Une journée avec écriture commence pieds nus sur le plancher de bois, la traversée de la chambre thé avec tartines de miel la traversée du couloir. Je suis debout dans la grand pièce : une table ronde quatre chaises un petit meuble une cheminée et devant la cheminée vingt piles inégales de livres, sur le plancher d’autres piles de livres, des peintures de la peinture, des affiches, et sur la table des livres. Cette pièce est pleine d’autres voix, celle de. Je choisis un livre, Sidérer,considérer de Marielle Macé, ce qui se joue sur les bords internes d’une ville , un camp de réfugiés sur les bords de la Seine. Je lis, j’écris , je prends des notes, j’ouvre un autre livre sur la perception de l’espace ; l’espace est le moyen par lequel la position des choses et des êtres devient possible. Je comprends le principe de continuité, mais d’autres choses restent dans l’ombre. Je recopie un passage ou des mots seuls et de ces mots plus tard je reviendrai. Tu te souviens quel chemin tu dois prendre, tu te perds sous l’asile du ciel, combien d’heures à marcher sur un chemin qui ne veut pas venir. Et puis une image vient se plaque contre ta rétine, l’image est fascinante , floue, agressive.Tu joues avec l’image , à la garder le plus longtemps collée à ta rétine ou alors tu l’envoies loin hors de toi, tu l’enfonces dans une terre mouvante, tu ne retiens rien d’elle. Rien. Il faut jouer, alors tu joues le jeu, tu puises le passé , tu déroules l’image, tu écartes ses angles, tu aplatis l’image contre ta rétine, tu retiens ton souffle, l’air dans ta bouche, la respiration forte tu vois, la bande bleue de la mer , le sable permanent, le corps muet les corps muets. Il faut jouer, alors tu joues à la limite de l’image. Plus rien n’existe. Tu serres le passé fort contre toi, tu luttes tu appelles d’autres images, tu brouilles tu frottes tes yeux, tu dévores la haine de tes yeux qui ne veulent plus rien donner. Tu joues avec les images qui n’arrivent pas. Aucune image arrive. Tu cherches un lien tangible entre le lieu où tu es et l’image perdue. Autour de toi la nuit est là. Tu tournes la tête, tu es dans une autre maison ou peut être ailleurs.Sauvage silence.

proposition n° 6

La lumière est miraculeuse. Elle se pose en points irréguliers sur la tapisserie, le soleil ponctue la couleur de chaque cercle, au travers du rideau, vert orange rose , avec la fenêtre ouverte le vent bouge le rideau et le cercle se déplace sur la tapisserie. La couleurs change avec le mouvement du vent, et la lumière miraculeuse, celle qui empêche les yeux de se fermer sur le papier peint monotone.Le soleil plus fort change un cercle puis d’autres cercles en une forme de demi-sphère sur laquelle se fixent du vert du rose de l’orange. Un alphabet de lettres arrondies comme celui d’une langue kartvélienne métamorphose le papier peint, son absence de relief. Un paysage de cercles prend forme sur l’autre mur. La lumière se promène d’un mur à l’autre, les cercles jouent de l’apparition et la disparition de la couleur. Comment l’équilibre le rose l’orange le vert dans le cercle.Vu de loin le cercle n’est qu’un cercle, avec à l’intérieur une couleur. Rien ne bouge seul le rideau, et d’un coup le rythme des cercles du mouvement du vent de la lumière de la couleur commence recommence à dessiner une île provisoire. Dans l’angle, de ce côté là le début du soir, son obscurité soudaine. Les cercles ne se distinguent plus, la couleur se retire de la pièce entière. Le vide revient à sa gauche et à sa droite. La lumière apporte et retire la couleur. Il existe un avant empli de scénarios possibles, de décryptages de sens et de mouvements de têtes. Plus rien ne bouge, elle garde sa tête fixe et les yeux fixés sur le rideau. La nuit décharne la lumière, se pose sur l’écorce noueuse de l’arbre, dehors. La nuit projette le souvenir des ombres déformées se bat contre. La nuit, infaillible précise cassante. La lumière s’absente pour quelques heures. Elle ne joue plus avec les cercles. La nuit lacère crève le centre des cercles éteints.

proposition n° 5

Des étoiles sur une nappe brodée blanche un long ruban rouge des serviettes brodées blanches... une trace de rouge... le feu est une matière brûlante, tout le monde un jour s’est brûlé...deux bouteilles de vin une bouteille de champagne... un four un fer de l’eau bouillante le soleil... une bouteille de vodka...un paquet de cigarettes des verres onze chaises...il faut de la patience récupérer du silence attendre que ...des papiers de couleurs différentes déchirés sur les dalles du sol, une écharpe masculine...l’importance de... bleue...l’importance de garder dans sa tête... sur le bord d’une chaise ... des erreurs des hésitations la peur ... une table basse une coupelle vide une tasse à café... la brûlure laisse un érythème sur l’épiderme... sur une soucoupe... le silence du même mensonge... un abat-jour...mais le feu ne brûle pas que la peau... pour éviter de...sur le divan un corps allongé la porte d’une salle à manger ouverte...la voix s’accélère... un corps au milieu du couloir immobile...sa tête est une forteresse...le mauvais rêve...je peux dire maintenant comment ça c’est passé. Je ne raconte rien je ne vais rien raconter, je ne sais pas comment cette histoire semble réelle jusqu’au plus petit détail... il appuie sa main droite sur la table, il boit lentement un café ses yeux ne quittent pas la tasse ...ça continue...il rêve la main posée sur sa bouche...le bruit d’une chaise tirée renversée.

proposition n° 4

Froid sur l’œil collé au judas de la porte. Dehors la neige forme des monticules blancs de la longueur d’un corps. L’iris noir rencontre un autre iris noir de l’autre côté de la porte. Il est temps de jouer dehors. Les deux corps portent des habits de guerrier.Un mètre cinquante sépare les deux corps. Le plus petit corps ne bouge plus. L’œil se détache du judas. Lorsque la neige commence à couvrir le corps tombé. La lente descente blanche. La main disparaît, l’auriculaire l’annulaire le majeur l’index le pouce la face de la main le poignet. À gauche du visage les cheveux masquent le front le nez la bouche le menton. Depuis un certain temps nous ne sommes plus seuls. La porte s’ouvre, l’œil reste ouvert. Avoir vu tant de choses et ne rien dire. À nouveau la neige sur le corps. Une main bouge, une figure très puissante. Ailleurs la neige au bas de la porte, sur la première marche, une marche large. Là sur les branches d’un arbre fantomatique. Plus loin, dans un espace plus grand ouvert à la neige plus grande.

La porte se dérobe, coup porté sur la tête, les habits de guerrier, l’armure d’un noir transparent. Le corps de l’homme se brise comme du verre.Il dort dans un mauvais rêve, un rêve de brigand. Une main trace un dernier chiffre, le chiffre fondamental. Son corps soutenu par rien à une tête près de la neige. Le mécanisme de la boîte à musique s’interrompt, laisse suspendue la note attendue, la fin de la mélodie du rossignol au plumage gris.

Elle entre dans l’espace sonore dansant de la neige. La neige est prête depuis lontemps elle est là pour prolonger le temps du réveil, le temps du froid, la colère.

Les choses restent à leur place.Le vent remplace les chose. C’est le retour au silence, un grand vide limé.Le vent crie pour elle ou contre elle. ayúdame, la tête penchée en arrière les yeux fermés très fermés, la bouche répète ayúdame ayúdame ayúdame ayúdame. De dos les mains dans ses cheveux elle attache ses cheveux. Plus tard elle porte des fleurs.

proposition n° 3

Le premier temps de la colère se trouve dans le ciel. La colère descend de son Olympe poussée par
la main du crime.

Le deuxième temps de la colère se cache dans la lumière d’un petit village traversé par une voie ferrée aérienne et métallique comme le métro de New-York.Quand on remonte la rivière asséchée on arrive dans un autre village à moitié abandonné, un village sauvage avec un pont écroulé.

Le troisième temps de la colère porte le retour au silence.

La colère porte des ailes de grandes ailes frôlent les deux murs opposés du couloir, le ciel n’est plus la demeure de la colère, chaque voix porte sa colère, la colère de la mort violente, la colère se cache dans la lumière, prolonge le feu.

proposition n° 2

Dans une lumière éclatante de gris, un animal sur une route un cheval seul. Le gris graduel avance avec le cheval. Il avance tout droit dans le vent. Et dans le grand mouvement du vent et le grand mouvement du jour. Dans une lumière éclatante de gris de répétition de gris, comme si l’ avancée du cheval dépendait de l’avancée du gris, la permanence du gris. Même si dans le gris le commencement, le recommencement du gris se pose des taches de noir et de blanc. Le corps du cheval , la couleur de la robe du cheval attente à la domination du gris. Le corps du cheval blanc ne se fond pas dans l’espace gris. Le cheval se déplace très lentement, le mouvement de son déplacement s’accompagne du déplacement des couleurs, noir des arbres des arbustes des herbes. Au contraire le blanc de la robe du cheval donne toute sa force au gris, à la lumière éclatante du gris.Traversée d’une forêt furieuse, une forêt d’arbre brûlés.Ce désir de suivre avec le cheval blanc, la mort des autres couleurs. Ici un arbre fantôme entouré de braises, ici la fuite de trois apparitions, des herbes, des ronces, et un arbre de braise. Ici le vent entraîne le soulèvement de la crinière du cheval, le lancinant soulèvement des cheveux du cheval, des cheveux noirs. Ailleurs, le noir tire le ciel, grandit le ciel peu à peu. La solitude de l’animal, la solitude du cheval brusquement devient la présence d’un autre animal , d’un autre cheval. À nouveau dans une lumière éclatante de gris, un animal sur une route, un cheval seul poursuit l’avancée du gris. Un moment, le noir mouvant du dos du cheval, ellipse du noir, dans un tourbillon de gris.Au début apparition d’un oiseau , interruption brutale de l’image de l’oiseau, visage en gros plan d’un visage d’enfant, la lumière effleure le dessus des branches d’un arbre. Tout est calme, l’enfant dort au pied de l’arbre.

proposition n° 1

La neige est prête depuis longtemps, elle est là pour prolonger le temps du réveil le temps du froid la colère.

La guerre marquée en grand sur un mur. En contre - bas de taillis d’herbes mêlées un corps visage tourné vers un arbre.

Une rue dans une lumière jaune trouble.Des cris des voix.

Un homme devant une porte inévitable.

Sur une table les restes d’un repas de fête, des dessins abstraits sur le fond des assiettes.

Une grande pièce dans l’obscurité, rien ne bouge ou presque rien.Les volets sont fermés, sur les dalles du sol un trait, une diagonale de lumière.



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1ère mise en ligne 22 février 2019 et dernière modification le 8 mars 2019.
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