le roman de Nathanaëlle Quoirez
Nathanaëlle Quoirez entre autres gribouille.

9. Comment voir


proposition de départ

T R O U S D ’ O B U S, pour oublier la guerre la main doit repasser à l’endroit de ses restes.

La main, attaque de la belliqueuse. Elle hésite, elle remue. Pof pof. Écoulement de la flaque. Chas d’une aiguille à convulsions. Pof pof. À la guerre comme à la guerre : on pique, on plante. Sang de vérité, le c ?ur verse dans l’émotion. reding landscape. On dirait une pâté pour chat. Quelle barbarie ! Peut-être une offrande faite aux dieux convalescents. On les avait épuisés à la tache.

T R O U S D ’ O B U S, pour oublier la guerre la main doit repasser à l’endroit de ses restes.

Vision froide, une guerre a violé le pays. Elle ressemble à ces filles exsangues mais rouges, désincarnées et ahuries. Plus l’attaque est précise plus l’abomination se répand depuis le c ?ur du bombardement. Au trou : une fois la main, deux fois la main, trois fois le main. fucking landscape. Vieille chaudière prise dans les glaces de l’hiver. Éternellement prisonnière la stalactite goutte et goutte le vieux battement de c ?ur du monde.

T R O U S D ’ O B U S, pour oublier la guerre la main doit repasser à l’endroit de ses restes.

Concave.
Con de cave.
Avant que la fuite d’eau n’inonde tout l’immeuble, elle l’avait colmatée de sa main entière.
fisting landscape

Codicille : déclinaison.

4. L’amour, voyez-vous, ça n’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit


proposition de départ
m a d o u c e

est une bouche aux lèvres prêtes, encore ouverte sous un prunier. Elle est cent ans, je suis sur elle. Ma douce a je crois trois fois la vie qui n’est pour moi jamais passée. Est une. Fille à crépuscules, toujours me le répète, toujours me le promet. Elle est ma tombe, et moi je croix fais-signe un jour. Ma douce est un accordéon, au bal des cheveux blancs c’est moi qui l’ai gagnée. Elle n’a pas vingt mais se mignonne, elle est ma 1950. Musc, tabac, parfum : elle est roseau fragile, bois de berceau. Devant toi toute la vie ses lèvres ont murmuré. Ma douce est venue de sa main pour mon sang de rivière, de nous j’ai baigné corps la flore de belle ouverte. Ma douce à peau, ma très douce à mystère, ai veillé sur toi, jour un le feu sans t’oser de mes gestes. Ai déposé ma nuit, reins et cheveux croisière. Au lointain capitaine faisait le triste sire. Mon amour j’ai aimé de toi offrande l’aveu précieux du cadeau de ta nèfle. J’ai tant et tant aimé bouillir ce cru d’herbes folasses et nuées vol d’oiseaux pour ton cœur le nichoir. Ma douce est ma saison unique ; de sécheresse à mousson je l’ai vécue chaleur, du ventre à l’écumoire. Ai psalmodié ta langue, quelques râles d’écriture : tes fleurs dans le carnet, ton nez dans l’orthographe.

Conjure qu’aimer toujours possible,

hein ma douce.

m a d u r e

assassine la jeunesse.

Codicille : N’ai su que m’attarder à la douce, pas très envie de replonger avec la dure.

8. sexe, la vision du mot


proposition de départ
ΠI L L E T

la chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous livres. Elle hésite violet d’évêque ou prune en bouche. Massif au littoral, la saison se fait blanche, rivage et canopée. Œillet cascade, souvenir de la Clarée, rossée de crépuscule.

P O T D E Y A H O U R T

petites eaux de surface, goût d’eau claire et de poutre. Macérat de pissat citron, quand on descend de couche la langue va chercher loin. Table du goûter : pâte d’argile à grains et petit flan visqueux.

L É Z A R D E

irriguée de chaleur natale. Été des campagnes adolescentes. Au tuyau d’arrosage le jet éclabousse. Cris. Cuisses inondées. On a oublié la serviette à la maison.

T R O U S D ’ O B U S

crépissent la belle éponge. Guerre de merde. Le fusil dans l’œil pour tirer l’horizon. Mollard au trou d’obus, il gueule : STRANA SOUK ! (version russe du : pays de salope)

ΠI L L E T

je cherche ma poinçonneuse. Vision son œil, mourir un jour d’aimer dans le visage de dieu.

P O T D E Y A H O U R T

et à grands coups adorer la cuillère. Les pas possibles amoureuses se sont encore barbouillées la bouche.

L É Z A R D E

lézard à queue coupée. Pour toi lorem ipsum j’ai calibré mon cœur, la rivière a coulé de tendresse et d’insulte.

T R O U S D ’ O B U S

pour oublier la guerre la main doit repasser à l’endroit de ses restes.

Codicille : Au début je pensais écrire l’espace du lit dans la chambre puis celui de la chaise dehors, mais non, sexe seul finalement. C’est par le détour du mot que le décor se dévoile. Les mots donc auront fait ma vision. J’imagine que ce travail sur la polysémie / « polyvision » des mots porte un mot, mais lequel ?

7. vous, elle et la fille


proposition de départ

Vous fûtes femme plastique. Cœur endormi sur la courbe des âges, elle se réveille. À son passé, les yeux sont clos. Elle mime un geste de poitrine, cinquante ans de seins inavoués. Poings criants, tombeau des cuisses. Vous éjaculâtes ressac de larmes en bouche. Elle se souvient : adolescence au corps, les muscles de mâleur. Pour marcher vous marchâtes, toujours féline dans vos allures, à vos talons. Elle fait la ronde au bois, poussin demi-éclos, la coquille effractée, la nuit livide autour. Les anges passent, veillent à ne pas veiller, la règle du jeu posée est claire : Dieu vomit les tièdes. Bouffées de pipe, vous vous étranglâtes. Aussi elle s’étrangle à faire taire le poids civil de son ancien prénom. Elle se surveille, monte en fanon vers l’avenir, trop peur de se faire oubliettes à elle-même. Vous dévorâtes : le jeu des doigts, les pizzas aux câpres, les filles en jupes, les hommes en queue, les courses vers la mer, la solitude, les chemins de randonnée, le café, Lucienne Delyle, les petites images pieuses chinées dans les brocantes, le pastis et les saunas. Exsudant toute la flamme de son cœur, elle se donne la vie par adoration des choses. Elle désire de toutes les façons, couchant comme elle urine, sans méthode : assise, debout ou ventre à terre. Flamme est sa maîtresse, pyrolyse pourrait-être son nom.Pourtant vous fûtes spongieuse aux cassures : aimée, abîmée, trahie. Elle est l’ensevelie, la submergée. On la réoxygène, on la rassérène, elle est encore tombée de son arbre de vie. Chaque séjour ici devient un long voyage d’habitude. Couloirs, portes, odeur de femmes en blouse. Quand à la pause déjeuner elle prend le soleil sur les marches, elle ne le ressent pas, le mot « vivre » est encore la victime de sa propre disparition. Vous en sortîtes à chaque occasion vainqueresse, miraculée. Elle sent souvent les dieux penchés sur son balcon, elle sourit de ses accalmies, de son courage réinventé. « La femme qui est dans mon lit n’a plus vingt ans depuis longtemps ». Elle chante, le visage ouvert et doux, hâlés d’abandons et d’années. Toutes ses pertes –– larmes sur larmes –– ponctuent sa fracassante mélancolie. En souterrain pourtant sourire s’acharne à demeurer. Dans vos égarements vous sûtes avec votre âme faire boussole de vous. Elle aime le cœur sauf et les bras nus, part entre germinal et vendémiaire ramasser les champignons. Elle est désuète et charmeuse, puissante mélusine, druidesse des bois son diadème sur les cheveux. Elle tapine propre. Un jour vous baisâtes une fille car on ne néglige jamais le poids de la monnaie. Dans une chambre d’hôtel, elle est à genoux ; crâne sans perruque, tête à l’offrande, elle mange le peu qui se donne d’un fruste cœur femelle. Barbelés de chair elle débrouille par métier tous les fils de la passion : les rouges de vin, les limpides d’eau, les violets de l’outrance. Elle lèche magnum l’œilleton de la fille, sacré goût de vacances ! Vous fûtes Granny Smith la pute. Elle se fait baiser comme ces îles à touristes au mois de mai, les autochtones leur préférant les volets clos de la tranquillité. La mouche de dentelle ouverte à pâmoison, elle râle : émue, suante et pleine. Ô doigts de fille, doigts de fée ! Granny gigogne jouit, la queue repassée sous le grain de la langue. Une fille un cinq à sept prend sa tétée pendant qu’une Granny Smith gougne. Comme une efflorescence femelle vous eûtes irrévocablement un destin d’amarante.

Codicille : Très vite en écrivant un jeu s’est installé entre le vous de courtoisie au passé simple et la troisième personne du singulier au présent. J’avais simplement l’impression que ça faisait « texte », ma foi.

 

6. trouver le nom de la chatte


proposition de départ

Tapinois-le-coin-rouge : Lieu-dit des putes. Nom formé à la fois par contraction de « tapins » et « minois » tapinois et du terme « coin rouge » désignant dans les maisons traditionnelles russes orthodoxes le coin de la maison où étaient exposées les icônes devant lesquelles brûlait la flamme d’une veilleuse. Ce dernier terme évoquera aussi, par association d’idées, les vitrines du quartier rouge d’Amsterdam.

Ainsi les putes pourraient s’appeler des tapinoises, cependant cette dénomination pourrait être trompeuse puisqu’il s’agit dans les textes de putes déjà âgées et certainement pas de « visages jeunes et délicats. » Le terme minois renverrait donc plutôt ici aux situations de séduction dans lesquelles est utilisé ce terme plutôt qu’à la définition du terme lui-même.

Le coin rouge ferait quant à lui référence au sacré le plus suprême l’icône en même temps qu’à une totale désacralisation du rapport sexuel le lieu de la passe.

Les putes, elles, ont toutes le nom d’une variété de pommes : Gala, Golden, Granny Smith, Pink Lady, Red Delicious, Reine des Reinettes. Parce que l’acception familière de pomme renvoie au visage et que ce dernier renvoie au minois. La pomme évidemment c’est la pomme, le fruit défendu de la Bible mais aussi l’objet du plaisir immoral le sexe.

Le caractère et / ou la physionomie des putes peut s’expliquer à la fois par la description des différentes variétés de pommes mais également par traduction du nom de la variété. Ainsi :

Gala : sa chair est jaune et sucrée ; juteuse et croquante avec une pointe d’amertume.

On remarquera aussi que Gala peut aussi faire écho à Gala Dali ce qui pourrait nous permettre d’envisager potentiellement un parallélisme entre les deux personnes.

Golden : sa chair est juteuse, ferme, croquante, sucrée, parfumée et légèrement acide.

Granny Smith : serait donc un équivalent plus âgé de MILF (Mother I’d Like to Fuck)

Pink Lady : Si on suit son nom elle ne s’habillerait qu’avec du rose.

Red Delicious : La délicieuse rouge. La communiste ou la plus pute des putes ?

Reine des Reinettes : On pourrait imaginer qu’elle ait de gros yeux globuleux de grenouille incarnant ainsi une reine des laides. On pourrait donc la raccrocher aux contes de fée.

Granny Smith, je ronronne le nom, je le cuisine en langue dans la bouche. Elle est étendue, breloques de chair aux bras. Cette peau tombante et flasque est un ancien cadeau, un souvenir de famille que l’on agite enfant sous le bras de grand-mère. Granny Smith est l’amour et le temps déployé. Granny ici aux draps, lascive et presque prête, rappelle en moi l’enfant qui a peur de grandir. Aujourd’hui les Granny halètent dans les films, rouges qu’elles sont de leur chair éventrée. Ont-elles seulement toujours le courage de la préparation des gâteaux au chocolat ? Granny Smith pose une main sur ma joue toi t’aimes les putes à viande t’as un cœur de sauvage, tu suces comme les garçons pêcheurs Granny est peut-être une légende que j’ai brodé, fil d’or au canevas d’amour. J’ai attendu longtemps ma toute première femme. Ridée parfois la chair est lisse. Je touche le visage de Granny Smith comme on touche le cœur de quelqu’un que l’on aimerait garder pour toujours. Tu es triste sans fin. Granny de la joue coule ses doigts jusqu’à ma gorge et se répand aux seins. Gestes précis, chirurgie plastique de l’âmeelle dit. J’avais payé, on entrait dans le début du jour. Elle caressait au seuil de la virilité mon nom de fille. Granny à confiture, Granny à maison de famille, Granny à jupe, Granny d’anniversaire. Elle avait pris trois cent pour une complète premium. Je voulais un supplément parole. C’est quoi la morale ? T’acceptes de tout faire Granny ? C’est quoi ta jeunesse ? Rire dans ses yeux. Un ange s’était posé à genoux sur le rebord du lit. Dans la chambre de Granny, un chapelet multicolore, un chapelet de tapette parce que le christ est beau. Dans ses yeux de Granny, Granny avait peur de rencontrer mon enfance. Alors j’ai commencé, d’abord par la bouche en habillant ses pommettes de baisers. Ensuite aux oreilles, escale, je suçotais. De son cœur j’avais fait une tanière comme lieu d’apprentissage. À la sueur des corps se mêlait sa vieille odeur d’urine, sweet Granny love. Après les premières peaux mouillées, quelqu’un un jour a-t-il pu retrouver la source ? J’aimais tout faire : mordre sans morsure, diriger la mer sans la précipiter, à sa queue de sirène m’y donner toute entière. Aussi baiser Granny me faisait pleurer. On n’aurait pas dû, on n’aurait pas dû. Panique et grand silence. Un jour les larmes vous tombent des yeux, vous cuisinez, vous achetez le pain, vous recevez un sms, vous lavez votre linge, vous baisez. Un jour vous baisez une pute tassée par le siècle de ses soixante-cinq ans. Vous la mettez sur le dos, sur le ventre, encore sur le dos, jambes ouvertes, jambes fermées. Vous lui bouffez la bouche comme vous lui boufferiez la chatte, vous vous arrachez un lambeau de lèvre au crochet de sa prothèse. Goût de sang, un rire d’amour qui ne prévient pas. Vous vous acharnez quinze, vingt, trente minutes sur sa queue je suis la dame de pise encore vous riez. Rien de plus vivant que la matière du corps, celle qui nous emprisonne et nous échappe. Alors oui vous pleurez, vous pleurez de ces gestes forts et précieux qui rendent les êtres fragiles. Vous attendez aussi. Est-ce que ça va ? Est-ce que je ne vais pas trop vite ? Est-ce que je ne te fais pas mal ? Parce que baiser une vieille pute c’est aussi en prendre soin. Ce sont les os, la peau, le cœur, les poumons, le sexe et leur vitesse de Granny love. Vous pleurez. Vous pleurez d’une joie et d’un chagrin réunis, celui d’avoir aimé, celui d’avoir franchi le cap de malenfance. L’amour afflue de la terre étrangère du souvenir. J’ai existé, mais toi ?Vous vous relevez du lit, Granny Smith se rhabille. Pour une plus que MILF t’es bien bonne Saleté de jeunesse qui ne sait pas encore ce qui l’attend. Un dernier baiser à Granny. Au fait tu l’as acheté où ton chapelet ? Je me sauve.

Tous les noms utilisés dans les contributions aux diverses propositions d’écriture tentent de relier plus ou moins habilement religion et prostitution.

2. le chapelet d’étranglement


proposition de départ

Vu du dehors, rue sale, chiens laissés à leurs plaies et à leurs aboiements. Des gros, des pelés et des vieux. Des clébards claudiquent. Aussi canettes sur canettes au trottoir mais les chiennes, elles, semblent avoir disparu. Alternance Coca-Cola et Kronenbourg. Mégots, poubelles et merdes de chiens. Les chiens crottent tout heureux qu’ils sont la truffe dans le jus des déchets. Les mégots cerclent la chaise abandonnée, sans doute celle de la putain. Des chaises, des parasols, des bouteilles d’eau. Bienvenue dans le Far West de la prostitution, vous êtes sur la route des vacances. Un panneau stop est arraché, poteau fiché au sol tel un gros bulbe racine dont on voit la bombe éventrée. Tout à côté sur le goudron fondu, une chaussure de maçon. Heure d’été, le soleil passe à tabac le moindre corps exposé à ses rayons. 35 degré, 14 heures. Une femme, sorte de granny reine mère s’évente à la fenêtre du 4 ème étage du seul immeuble non fissuré. Elle chante en son propre balcon –– ô les belles jumelles à poids ! –– « La donna é mobile » de Verdi. Elle porte le cheveu synthétique et sue œil de biche, son trait de khôl. Ses grosses lèvres s’ouvrent sur les deux crochets en fer d’un dentier. La bouche s’accentue sempre un amabile leggiadro viso. Le volume de sa voix suit le rythme de la chanson et fait chavirer ce qu’on devine être un pendentif-chapelet. On y croit voir un petit Christ décharné et métallique cogner contre la chair des deux baigneuses, kyrie eleison. L’heureuse démoniaque, très clairement viellasse quoiqu’à bons restes déploie soudainement ses bras. Des doigts, des doigts, voilà qu’elle fait des doigts. Des coups de majeurs aussi rapides que des gang-bang à fellations, la granny en a le souffle coupé. Granny rock star. Le chant saccadé ne chante plus. Penchée sur la rambarde, le Christ vient maintenant blesser au sang la chair de poitrine de la vieille granny par ses chevilles transpercés ! Le Christ – Odipe de la pute ! Et vlan, le sein droit est en sang. Et vlan, le sein gauche se violace. Elle grimace, elle vieillit de douleur. Violence et rapidité. Sa tête de vieille ahurie ressemble à une tête de bélier défonçant le royaume des airs. Propulsée en avant, elle ricoche violemment du ventre contre le fer du garde-fou. Le corps quinze, vingt, trente fois contre la rambarde est projeté. Granny s’essouffle, gémit, se tord. Quelque chose de silencieux est en train de se produire, le Jésus lui remonte à la gorge et se coince pour l’empêcher de respirer. Elle lui porte les mains ainsi soit-il. J’y vois une dernière tentative de prière mais non je n’ai rien vu, je marche droit. Sombre histoire.

Codicille : Le titre est venu en premier, il a déterminé le morceau d’écriture. Je reste dans le même registre que celui de ma première proposition. Ai un peu pensé au film Roma de Fellini. La description de la rue au début est une histoire que je me raconte de la rue Curiol à Marseille. Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas cette rue et qui voudraient en savoir davantage, vous pouvez.

5. le geste du doigt à la bouteille


proposition de départ
1

elle, flanquée d’un cul à proportion de type magmatique pose un doigt sur le goulot à découvert d’un litre de perrier.

2

elle, environnée de chaleur, plantureux buste à boules de neige plante un doigt baladeur sur le rebord de la bouteille de plastique. source naturelle, adjonction de gaz carbonique.

3

elle, travaille aux yeux de tous sa prochaine nuit sexuelle, le doigt inquisiteur mais pudique sur le trou de la bouteille.

4

elle, doigt charnu sous ongle tapissé mime le geste de pute sur le cercle de la bouteille ouverte.

5

elle, suit toujours le périmètre des goulots de bouteille comme si elle râlait de plaisir.

6

elle, bouteille en main, reine des démonstratrices : « pour gouiner c’est facile tu prends ton doigt et fais le cercle perpétuel. »

7

elle, index pornographique sur le bec de l’eau gazeuse et non plus sur la bouche.

8

elle, cagole à doigt sur la rondelle d’un perrier, crierait presque : « écarte mais écarte ».

9

elle, la menotte en sa ronde de nuit, tapin sur la chatte de la bouteille ouverte.

10

elle, s’essuie après sa passe comme on essuie du doigt le goulot de la bouteille à tous.

Au début je pensais simplement : geste machinal du doigt sur le goulot de la bouteille. La fille s’est imposée, puis le sexe. J’ai tourné tourné autour.

1. visitation


proposition de départ

Lieu dit : Tapinois-le-coin-rouge. Bar à minois qui tapinent. Coin rouge, souviens-toi des têtes d’icônes dans la maison orthodoxe devant lesquelles tu as prié. Fierté de pute. Frangines, travs, trans, tatas. Salle basse, lumières obscènes et obsédantes, les feux tombent sur les corps comme les claques s’abattent pour punir dans l’enfance. Au marché aux putes c’est à la criée qu’on se dispute la meilleure pomme : la Gala, la Golden, la Granny Smith, la Pink Lady, La Red Delicious, la Reine des Reinettes. Cageot, j’entends que ça gueule. À la bouche des suceuses le cœur est remonté. Granny Smith en tête du parcours, papyrus tatoué, clouée de bagouzes, permanente, la madre superiora,.la nostra pietà. Je vous salue les petites filles du Seigneur, les vouées au Christ par la passion de mort. Ta gueule Granny et montre-la moi. Aux étals, la cohue et à crocs les mecs mangent de la viande. Le Capitaine regarde la sienne. Bien cuite l’ardente. Pas comme la dernière, trop chère la molasse. Golden mesure sa défaite, ça suffit pas de couiner quand on se fait pisser dessus. Pourtant auréolée de gloire au milieu de la nuit, Golden Salvator Mundi. Les croyantes au chapelet sont à genoux, au sol la cire s’est répandue. Le Capitaine est à boisson, Granny Smith est au goulot, ensemble à la source augurale du destin de pécheur. Toutes, par un même corps d’offrande, ruissellent et chantent en slave. Bogoroditse Dievo.

Deux heures et 15 lignes, mission impossible, pas bien sûre d’avoir réussi à travailler la consigne. Tentative de rapprochement lexique religieux -– atmosphère prostitution. Visitation est le titre d’un livre de Claude-Louis Combet dont j’avais trouvé la quatrième de couverture complètement mensongère après lecture du livre. Je souris. Visitation donc comme pénétration première dans le bordel.

 



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1ère mise en ligne 8 juillet 2020 et dernière modification le 2 août 2020.
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