le roman d’Andrée Bauer

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6. Script


proposition de départ

« L’homme assis sur la première table de la terrasse s’appelait Constantin Scriptos, pour ses collègues il était « Script » et ce diminutif collait parfaitement à ce grand jeune homme ou presque jeune car l’absence de pilosité forçait son air juvénile. Il lui collait parfaitement car Script écrivait souvent mais jamais beaucoup. Il mémorisait ce que les gens lui disaient à l’aide d’un mot ; en regard du nom et de la date du témoignage. Il inscrivait par exemple : « discours confus ; des larmes dans la gorge » ou « femme apeurée ; volonté de se confier ».

Depuis son entrée dans la police, il agissait de la sorte ; au début il mémorisait à l’aide d’une expression, d’un adjectif tout ce que pouvait dire un témoin. Quand il lut un article sur Truman Capote dans un journal littéraire qui rapportait que l’écrivain basait son travail sur ses grandes capacités mnésiques, Constantin prit conscience de l’intérêt de conforter cette manière de faire.
Truman Capote indiquait dans ce journal qu’il n’avait pris aucune note en particulier pour son ouvrage « De sang froid » qui lui valut la reconnaissance publique ; il allait et venait, écoutait les témoins, les acteurs de la tragédie et de son procès, et rentré chez lui rédigeait de mémoire tout ce qui lui avait été dit. Cette façon de faire améliorait considérablement l’échange initial avec ceux qui lui relataient les faits, lui indiquaient les contextes du fait divers, ils se laissaient aller à l’échange, aux supputations, soupiraient, échafaudaient des hypothèses, bref s’installaient dans un échange et des confidences qui semblaient ne pas craindre d’être saisies.

Dès lors, Constantin assuma d’écrire et de travailler ainsi. Ses collègues le voyant inscrire en lettres bâtons des mots sur son calepin, en presque tirant la langue comme un jeune écolier, le surnommèrent Script ce qui rassemblait parfaitement son patronyme à cette pratique.

De son prénom et de son nom, il y avait aussi à dire qu’il était d’origine grecque.

Son prénom précipitait aussitôt celui qui l’entendait vers l’orient, on devinait dans son regard clair sous ses cheveux noirs, le voyageur, celui qui a changé de pays, s’en est fait une raison mais n’en pense pas moins et sait relativiser. »

Codicille : j’ai imaginé sur votre proposition ce personnage qui m’est étranger mais sympathique, je devine qu’il va me surprendre et me déconcerter. Mais il sera sincère, plein de compassion, un autre, un idéal parfois, un complice intérieur aussi. »

 



page proposée par François Bon, pour Tiers Livre
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1ère mise en ligne et dernière modification le 14 juillet 2020.
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