du culot d’Olivier Ertzscheid

de Philippe Jaccottet contre le Da Vinci Code, et de ne pas jeter le bébé numérique dans le bain des commentaires marchands


L’industrie de la recommandation est-elle recommandable ? Et de ce que cette question induit, toutes urgences comprises, pour le livre, la librairie, nos orientations de lecteurs, nos partages...

C’est la première fois que ça m’arrive : être convoqué dans un amphi d’IUT à 240 kilomètres de chez vous, sans même un courrier, juste par annonce impersonnelle dans un blog, parce que monsieur est sûr qu’on le lit, son blog...

Et il en remet une couche ce matin : il met en ligne son propre compte rendu, et signifie aux présents qu’il attend le leur en ligne...

Seulement voilà, il s’agit d’affordance, et depuis 2 ans que je le pratique, je m’estime en dette : penser le Net c’est difficile, c’est une révision permanente de nos modèles d’appréhension d’un objet, y inclure le temps, les cinétiques, penser en termes de viralité, s’interroger en permanence sur l’approche même qu’on met en oeuvre, y compris dès lors qu’on utilise un moteur de recherche. Je l’ai salué d’ailleurs comme cela en commençant de parler : je réserve ma lecture d’affordance pour le dimanche matin, parce que sinon je n’y comprends rien...

Celui qui est derrière ce blog, pour la plupart d’entre nous c’était une découverte : moi je l’avais rencontré une fois, je savais par exemple qu’avant les "technologies de l’information" il y avait eu à Toulouse un DEA sur Beckett...

Et donc, pour obtempérer à Olivier Ertzscheid, mon compte rendu.

1
Parti de chez moi à 7h du matin, je fais au volant une suite de photos de la centrale nucléaire de Chinon.

 

2
Autrefois, j’étais très interloqué par l’amphi suspendu de l’IUT, sur la rocade de la Roche/Yon : je ne me serais pas imaginé y entrer. Mais, à l’intérieur, wifi libre pour les étudiants. En avance, on m’offre le café, discussion avec les étudiants présents : ici, on apprend les métiers de l’édition, de la bibliothèque, mais on s’y forme avec informatique... Pas étonnant qu’ils aient 560 demande à traiter, cette semaine, pour les 50 places annuelles...

 

3
Quand on entre, 2 élèves sont déjà présents dans l’amphi, et au premier rang : mais ceux-là je les reconnais, c’est Hervé Bienvault, venu de Nantes, et Alain Pierrot, venu avec Virginie Clayssen (lire sa réaction sur Pro-Am contre Av-Pro) de Paris : pourtant, ces trois-là n’ont guère besoin de leçon en matière Internet.

 

4
A moi l’honneur d’ouvrir la séance : je ne saurais pas faire autrement qu’en impro. Finalement, au bout des 30 minutes, je crois que j’ai quand même dit à peu près ce qu’il me revenait de dire. Sauf que dans le désordre, sauf que par analogies, digressions. J’ai toujours un plan tout prêt et solide dans l’ordi, mais ça me fige si je l’utilise. En gros, je parle sur cette idée développée aussi par Philippe De Jonckheere : dans une première phase, on nous a demandé à nous, agisseurs du web, une tâche de médiation littéraire qui ne nous revenait pas ; dans cette seconde phase, certains radicalisent cette démarche de médiation, mais, en tout cas pour ma part, c’est une prise de confiance dans l’écriture numérique comme objet à part entière, dont la fonction n’est pas forcément de renvoyer ou ramener au livre, mais est de plus en plus perçue comme activité juxtaposée : dans ce lieu de plus en plus présent de nos pratiques sociales, professionnelles, privées, qu’est l’écran, poreux au monde, lieu progressif de notre expérience au monde, insérer la littérature comme pratique. Alors, oui, en ces lieux, et dans ces minutes qui me sont accordées, et — l’impression de retrouver, c’est la même salle, mais probablement une autre génération d ’étudiants, les visages du colloque Michaux (d’ailleurs Françoise Nicol est là) — l’autorisation à parler de Rabelais ou Balzac ou je ne sais...

 

5
Isabelle Aveline est une pionnière, et nous arrivons au coeur de la thématique de la journée : là où j’installe sur publie.net des textes qui n’ont pas d’autre existence que numérique, zazieweb développe une communauté d’e-lecteurs toujours référée à la circulation matérielle du livre. Je vous propose d’écouter Isabelle Aveline (15’ environ, ou podcaster via Alt Clic) exactement 10 jours plus tôt, lors d’une journée sur le numérique à la médiathèque de Blois, où nous voisinions aussi...

 

6
La parole donc à Olivier Ertzscheid pour son solo. Il veut un compte rendu, je le prends au mot : écouter son intervention (41’, laissez monter le buffer, et n’hésitez pas à prendre petites pauses au milieu, ça danse ! _ ou podcaster via Alt Clic). Mais voilà la magie d’Internet, une fois que vous avez lancé l’écoute sur tiers livre, vous pouvez en même temps suivre chez lui son diaporama Power Point.
Olivier nous promène : les sites rémunérés pour produire des contributions ; les logiciels qui analysent vos comportements de lecteur et d’acheteur ; les logiciels qui analysent (BookLamp) un livre pour en déduire les paramètres qui permettront de vous proposer un livre similaire (exemple via Azimov, mais est-ce que ça fonctionnerait avec Beckett ?) ; puis voilà un exemple concret : le dernier livre de Philippe Jaccottet vient de paraître, et porte un titre, Ce peu de bruits, parfaitement adapté à l’exemple : quel rapport entre Jaccottet et Amazon, où et comment nous trompent-ils ? S’affichera en grand, sur le "pauvre point" d’Olivier, un mot d’ordre qui est exactement à l’opposé de ce qui nous rassemble : DE L’URGENCE DE DECONSTRUIRE LES SYSTEMES DE RECOMMANDATION. Jaccottet, au bout du compte, aura raison du reste... Bon, c’est d’accord : le concert solo performance du subversif meneur d’affordance, ça valait ses 240 kilomètres – et c’est par la littérature, Jaccottet donc, qu’il prend le dessus du voyage...

 

7
A mon tour de passer le relais : après le repas au resto U, je dois partir pour Nantes, lecture le soir au Pannonica avec Dominique Pifarély, je manque Michel Fauchié, Constance Krebs, Olivier Tacheau et les autres... ou ceux qu’on a évoqués parce qu’on les aurait voulus avec nous.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 22 mars 2008
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