une bibliothèque dans votre ordinateur

faire un peu de place pour la bibliothèque numérique


1 _ de quelques questions provisoirement pertinentes

Depuis lancée l’expérience publie.net, de notre côté des manettes, le chantier nous paraît vertigineux, et excitant.

C’est une chose que d’assister à tous ces changements nés du web, et de nos usages concernant l’information, la documentation, le loisir, ou les échanges, les réseaux sociaux, et bien sûr le fait qu’on apprend à retrouver sur notre écran des expériences esthétiques, celles qui nous semblent participer d’une nécessité, et qu’auparavant on allait chercher au théâtre ou dans les revues, ou à la radio, partout où la part de création s’amenuise à vue d’oeil. Mais nos pratiques écran, ce n’est pas du refuge, de la survie, ou un pis-aller : c’est une opportunité de se battre, se confronter, partager qui naît d’usages neufs.

La question, de plus en plus, c’est : comment importer dans ces usages neufs ce qui nous semble compter le plus, être le plus nécessaire ? Et donc, pour ce qui nous concerne à publie.net, comment y installer une vie, une réflexion, une présence, une recherche littéraire.

Alors les questions, évidemment, on dirait la scène d’ouverture de Voyage au bout de la nuit avec les balles qui sifflent autour de Bardamu. Il y a encore quelques mois, c’était : – Ah, moi je préfère le papier... Seulement, les éditeurs papier n’impriment plus les textes qui nous concernent. La version plus récente, c’était : – Un pdf c’est dématérialisé, qui s’intéressera à un texte sous forme numérique... Seulement, de notre côté, et justement parce qu’on s’est lancé à la flotte sans attendre de savoir nager, on apprend sur l’établi lui-même : l’ergonomie de la lecture écran ça se travaille, ça s’invente, et c’est un fichtre plaisir aussi. Ou bien, tiens, version encore plus récente (voir NQ, que je remercie de cet écho) : – C’est super pour les textes courts, mais alors, les textes longs, certainement pas... Et moi, je vous assure que là je travaille à édition numérique de La Mer de Michelet, et l’ordinateur me convient tout à fait...

Mais voilà, toutes ces questions sont pertinentes, mais dans un contexte lui-même en mouvement. Et l’axiome, de plus en plus, devient : pour que la littérature pèse, pour que le monde des logiciels et des outils prenne en compte nos textes, nos exigences, à nous de les proposer dès à présent sur le Net. Et je vous assure que je suis très reconnaissant à cette petite communauté de ceux qui bossent à ce virage, cette rupture. On échange énormément, même les géants mastodontes du logiciel s’aperçoivent de notre présence, dans un moment crucial parce que toutes les discussions se rejoignent : les « liseuses » se perfectionnent, les formats se rejoignent, les discussions sur la faisabilité avancent aussi (parce que ça coûte, évidemment, et qu’il nous a fallu nous doter d’une EURL, la première cagnotte sera bientôt redistribuée aux auteurs, moins la TVA de 19,6%), mais au moins pouvons-nous construire, avancer.

auteurs, appel permanent
Et, je le dis et le redis : bienvenue aux auteurs déjà publiés, rien de mieux, en appui de vos livres, que d’être présent dans cette bagarre. Et, pour commencer, avec tous ces textes qui sont notre laboratoire, conférences, interventions, fictions radio, récits ou essais parus en revue... En plus, on vous les rémunère selon le principe de notre coopérative : moitié pour l’auteur, moitié pour la structure. Déjà de la bonne compagnie, et pensez qu’il y a un enjeu spécifique à mettre en ligne des formes brèves.

 

2 _ encore une mini révolution

Une des réticences au pdf, c’est d’abord le constat : dans la plupart des cas, il s’agit de documents Word, préparés pour l’imprimante de bureau, et transformés tels quels en pdf. Effectivement, rien de plus triste. On le lit via un reader gratuit, dont l’avantage quand même est qu’il est présent sur toutes les machines.

Le géant Adobe (qui maîtrise désormais la totalité de la chaîne de préparation et distribution, avec Photoshop, Flash, inDesign pour la mise en page, Dreamweaver pour la gestion de site, AcrobatPro pour la fabrication de pdf) a joué un gros poker : faire du pdf un format libre (norme ISO), et proposer, à la place de l’ingrat reader, ce tout nouveau logiciel, librement téléchargeable : Adobe Digital Editions.

Même sur PC, vous vous servez probablement d’iTunes pour gérer vos podcasts et musiques. Au moins, vous vous servez d’un logiciel pour trier et archiver vos e-mails. C’est la même chose, pour classer désormais, dans votre machine, les textes numériques.

essayez-le
Vous installez donc Digital Editions sur votre ordinateur. Comme dans iTunes, qui visiblement a servi de modèle à l’ergonomie, vous cliquez sur "bibliothèque" et sélectionnez un pdf, sur votre disque dur, votre bureau... Une fois intégré dans la bibliothèque, vous créez des sous-dossiers, des rangements, des étagères, essais, poésie, fictions, classiques...

on lit directement en feuilletant
Vous agrandissez la fenêtre à la taille de votre écran, vous placez des signets dans le texte, des annotations comme dans un vrai livre. Lorsque vous chargez Digital Editions, vous pouvez l’exporter sur 6 machines à votre nom, votre ordinateur portable, votre téléphone s’il accepte, votre liseuse numérique etc... Digital Editions se charge d’optimiser le pdf pour la meilleure lecture sur chaque support. Mais essayez : il s’agit véritablement de lecture, et non pas de laborieuse visualisation du pdf. Quand on parle de lecture numérique, il s’agit désormais d’une bascule : comme Mallarmé avait parlé d’atteindre au vers, on va désormais toucher à ce dont le livre était le seul dépositaire, et l’écran un succédané : la lecture. D’ailleurs, pour essayer, téléchargez donc librement, sur publie.net, les 300 pages des Divagations de Mallarmé, mais on vous en offre quelques autres, si vous fouillez !...

de quelques enjeux et corollaires
1 _ Nous assistons de loin à ces combats de titans, ils ne nous concernent qu’en partie. Amazon produit son Kindle, qui requiert un format spécifique, le "prc" (aussi fourni sur nos textes publie.net), et adopté par les lecteurs français de Bookeen. Sony aussi avait tenté un format propriétaire : pour diffuser largement ses nouvelles machines, et donc en baisser significativement le prix (on devrait les trouver dans les Fnac à l’automne), ils ont passé accord avec Adobe, et accepteront le Digital Editions. Idem pour la liseuse haut de gamme, l’Iliad (écran plus grand, et possibilité d’annotations). Pour notre part, nous proposons pour chaque texte une version écran customisée, mais aussi une version eBook, et les formats spécifiques prc et html. En juillet, nous ajouterons une version paramétrée spécialement pour le nouveau Sony, en vue de passer progressivement à l’ePub (où le texte se reformate automatiquement en fonction du support : mais finie l’idée mallarméenne de page...).

2 _ Ces tablettes numériques : pas forcément un gadget de plus pour le fond du sac. Penser que le développement de ces appareils se fait sur des objectifs techniques : dans l’édition, au lieu du papier, on lit les manuscrits sur liseuse. On se prépare à y muter aussi les services de presse. Les techniciens qui interviennent sur des systèmes complexes (je parle de l’industrie en général), ont les modes d’emploi et documentations sur leur liseuse. A la BU d’Angers, on en a mis en prêt quelques dizaines (avec accès au site miroir publie.net "texte intégral"). Surtout, ces appareils se diffuseront non pas via le contenu livre, mais via la presse : bouquets de magazine, ou votre journal quotidien réactualisé en permanence. Enjeu pour nous : insérer, dans ces pratiques de lecture neuves, qui intégreront les flux, les blogs (sur iPhone, c’est déjà le cas), et donc l’information, nos laboratoires de littérature.

3 _ Le texte numérique ne relève pas du livre : pas d’ISBN par exemple, c’est le contrepoint de la TVA à 19,6. Alors comment cataloguer ? Ce n’est pas une question secondaire : publie.net, depuis quelques semaines, est archivé en version intégrale par le robot dépôt légal de la BNF (merci personnel à CG). En proposant son logiciel de classement et consultation de textes numériques, Adobe Digital Editions s’impose le premier pour associer au texte des métadonnées (titre/auteur/éditeur/identifiant) qui sont à la fois un discret tatouage, et la possibilité d’utiliser notre bibliothèque numérique de la même façon que nos bibliothèques de maison sont en général un fouillis à notre image : mots-clés
notamment.
Ainsi, ces jours-ci, il n’y a pas eu de nouvelles mises en ligne sur publie.net, mais nous devons courageusement réouvrir quelques 130 PDF pour inclure ces métadonnées : mais c’est un nouveau tremplin, alors autant tout faire lentement et bien.

4 _ Corollaire du précédent : à tous ceux qui ont téléchargé des textes sur publie.net, nous rappelons que le lien fourni est permanent, et qu’il vous est toujours possible de remplacer votre version par une plus récente. Là aussi, c’est l’idée de bibliothèque qui commande.

 

3 _ du bon usage de sa bibliothèque

De notre côté, la petite équipe rassemblée autour de publie.net, pas de remords à avoir pris les devants : j’ai suffisamment exposé ce projet, ces deux ans – mais sans résultat –, auprès d’éditeurs amis. Pas d’autre choix que de foncer en free-lance : cette méfiance aura été notre chance. Si O’Reilly (salut, Xavier, et continuons ensemble) nous lâche, les expériences similaires s’amorcent désormais un peu partout, notamment aux Etats-Unis, et croyez qu’on suit de près – comme 2 autres veilleurs qui comptent, Virginie Clayssen (merci spécial) et Hubert Guillaud.

Notre système de paiement est fiable, désormais cinq mois de loyaux services, des centaines d’utilisateurs nous ont fait confiance pour acquérir des textes. On améliorera l’automatisation cet été, une nouvelle maquette graphique ce ne sera pas du luxe non plus.

Mais ce système de « paiement à l’acte » a ses limites. Nous proposons des packs de 6 textes pour lesquels nous assurerons même rémunération à l’auteur, mais économiserons sur les frais de structure. Incitation à explorer plus facilement. Probablement qu’on n’utilise pas l’ensemble de ses textes numériques comme on utilise sa bibliothèque graphique : ainsi, ces trois grands journaux que nous accueillons, Désordre (Philippe De Jonckheere), Feuilles de route (Thierry Beinstingel) et les Notules dominicales de culture domestique (Philippe Didion, si fier je suis qu’il nous les ait confiées), c’est un ensemble de plus de 1000 pages (on prépare pour chaque texte un index général) : au prix où c’est, téléchargez les trois...

Ce système de « pack », et la création de notre EURL publienet (merci OC) nous permettent aussi de recevoir les commandes par chèque, pour ceux qui redoutent toujours (il s’en trouve !) les manipulations bancaires en ligne.

Mais c’est une question qui de plus en plus appelle prolongements :

installer la littérature sur la table de travail des étudiants
Un comité de lecture et publication constitué d’universitaires (sous la responsabilité bienveillante d’Alexandre Gefen, fondateur de fabula et de Sébastien Rongier, un des piliers de remue.net est prêt à coordonner la mise en ligne d’articles, de mémoires et thèses. Universitaires : pensez que rien ne s’oppose juridiquement à des modes de diffusion complémentaires. Vos textes ont été publiés sous forme graphique dans des actes de colloque (introuvables en général) ? Vous êtes toujours maître des droits numériques. Les étudiants travaillent avec des ordinateurs, et nous assurons une présence sur la totalité du web de vos travaux : les téléchargements nous viennent de San Francisco, Montreal, Tokyo, alors osez...

vers un web service des ressources numériques pour bibliothèques
On peut continuer chacun dans notre coin à jouer à l’épicier (une bonne épicerie, avec de bonnes choses) : proposer aux bibliothèques de ville ou d’université ce que nous testons en ce moment à la BPI (Beaubourg) et à la BU d’Angers : accès réservé à un site miroir, intégrant les versions intégrales des textes proposés.
Ou bien la forme américaine : constituer une mutualisation des ressources numériques, service auquel s’abonnent les bibliothèques, et qui rémunère les sites selon consultations. C’est ce que propose en France CAREL, ça fonctionne très bien pour les revues scientifiques, juridiques, médicales. A l’heure où les revues (Esprit, Europe, la Quinzaine) terminent la numérisation de leur fonds, pourquoi ne pas avancer ensemble dans cette direction... Je ne regrette aucune des discussions, rencontres, échanges sur ces questions... Là encore, seul bilan, mais pesé : il est de notre responsabilité d’installer dans les pratiques numériques les contenus qui nous importent, et c’est tout de suite.
Voir Over-Drive, pour bon aperçu de digital warehouse mutualisée... Si vous avez pris aperçu de la taille, et de la spécialisation des ressources : pourquoi dès à présent ne pas rassembler notre petite communauté web pour peser dans la formation d’un webservice de ressources numériques indépendant ?

et d’autres chantiers, pourquoi pas
La forme de diffusion choisie peut s’appliquer à des oeuvres multi-supports, incluant banques d’images ou dossiers numériques associés. Nous souhaitons aussi développer la mise à disposition de ressources audio de qualité (voir nos Baudelaire ou Balzac).
D’autre part, les textes que propose publie.net se prêtent parfaitement à l’impression à la demande. Cela suppose des fichiers spécifiques, que nous allons progressivement mettre en place : ne pas hésiter à nous solliciter à ce propos. Mais ne gaspillez pas vos ramettes de papier photocopie pour lire les textes téléchargés : l’ergonomie écran et l’ergonomie papier sont des mondes radicalement différents. Par contre, des plate-formes comme Place des libraires pourraient bien proposer, dans un avenir proche, des bornes d’impression à la demande de certains textes directement dans quelques librairies majeures, celles qui dès aujourd’hui, en développant rencontres, lectures, vente en ligne, sont en train d’amorcer leur propre virage.

Voilà pour aujourd’hui. Dans les tout prochains jours (prochaines heures), publie.net proposera une belle charge de Régine Detambel, Les Corpulents,
un ensemble de réflexion sur la traduction de Michel Volkovitch, dont je suis si heureux qu’il ait pris ce rôle dans le projet (et la collection russe, Michel ?), des inédits de jeunes auteurs (Mathieu Provansal, Nadia Porcar, Bruno Pellier), des laboratoires privés d’écrivains amis (Dominique Dussidour, Patricia Cottron-d’Aubigné), et quelques classiques de nos propres bibliothèques numériques, dans des mises en page qui puissent accompagner les nouveaux outils...

Et merci, tellement merci, à tous ceux, toutes celles, ces derniers mois, qui ont rendu possible l’aventure – parfois un simple téléchargement, mais chacun est un signe...

LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 16 mai 2008
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