stage d’écriture en binôme

atelier d’écriture à Normale Sup en duo avec Leslie Kaplan


C’est la 5ème année qu’avec des élèves de N Sup rue d’Ulm on se retrouve pour un stage d’écriture.

Là, on a 2 jours pleins, ce vendredi 14h-22h à la Cité universitaire, dans la salle des fêtes de la résidence Lucien Paye, et ce samedi au 29 rue d’Ulm, dans l’ancien CNDP, de 10h à 19h.

Cela implique, pour qui conduit le stage, de se renouveler. D’autant qu’on retrouve souvent certains visages déjà présents une des années précédentes.

Cette année, en particulier avec le stage d’enseignants de l’académie de Versailles, j’ai essayé de bâtir mes séances moins sur un texte que sur un territoire, et disposer autour de ce territoire plusieurs démarches d’auteurs vers ce même chantier de fouilles. C’était facilité par le fait de travailler dans la bibliothèque de la Maison de la poésie, toute chargée des 30 dernières années d’expérimentations littéraires.

Françoise Zamour, qui enseigne le cinéma à N Sup et chargée des « actions culturelles », puisque, faut pas rêver, on n’est pas aux Etats-Unis, l’écriture n’est pas considéré comme un apprentissage digne (quel régal c’était aux Beaux-Arts Paris, nos ateliers, mais l’administration de l’école n’a pas jugé utile de le continuer, quel dommage, compte tenu de la richesse de regard et d’expériences), m’a proposé pour ce stage de travailler en binôme.

L’approche de Leslie Kaplan est bien sûr différente de la mienne. Mais, dans la mesure où nous disposons de trois séances par jour, aucune difficulté, c’était même instinctif, à se retrouver ensemble sur un parcours.

Leslie Kaplan, stage d’écriture N Sup

Donc on a proposé 6 explorations : lieux urbains et cinétiques urbaines, approche du personnage, parole et intensité pour hier. Image fixe ou mobile, dialogue et formes parlées, écriture fragmentaire pour ce samedi.
On a divisé le groupe en 2, arbitrairement, et on permute à chaque séance. Par contre, on se retrouve ensemble au complet pour le temps de lecture, et là, Leslie et moi, nous intervenons à égalité sur les textes. Sans savoir d’ailleurs, ce que l’autre a utilisé pour sa consigne. Tout à l’heure, quand on passera à cette question du « parlé », je sortirai quelques livres de Duras (dont L’amour), et Leslie Acte parole de Beckett. Hier soir, sur ce qu’on souhaitait d’une montée en intensité, qui casse les rhétoriques, elle avait proposé seulement que chaque texte commence et finisse par Va t’en, casse-toi, en radicalisant ce que ça impliquait, d’exploration, d’éthique, de personnages, de lieu, pendant que je proposais une biographie par accumulation de toponymes, tous les noms de lieux dont nous sommes dépositaires, via Valère Novarina.

J’ai un blog, et Leslie pas (« Ma fille oui », répondrait-elle), mais je crois qu’on a bénéficié autant l’un que l’autre du travail en miroir : ce qui advient au final, avec un même enjeu de départ, quand les propositions sont si radicalement différentes (Leslie lit ou se remémore des extraits de textes, quand je m’en tiens à des extraits photocopiés que je présente et analyse). Et comment aussi nous nous complétons dans le retour sur texte, sans doute un grand accord sur ce que nous recevons du texte et les points sur lesquels le remettre en travail, mais les points d’appui pour initier ce possible redeviennent aussi différents que nos propositions. Et chacun gardant son mode d’être : Leslie vouvoie les étudiants, je les tutoie.

La découverte aussi d’une autre proximité, puisque, hors les temps de lecture, nous partons nous isoler en demi groupes, au rapport bien plus individuel.

Côté ateliers d’écriture, l’an prochain, atelier d’écriture en ligne avec la BNF, sur le thème de la ville, avec mise en ligne de propositions et d’ateliers exemples, plus mise à disposition de wiki ou blogs pour tous ceux, et tous publics, qui en France et à l’étranger (déjà Tokyo, Rome, Kiel sur les rangs) voudront participer : bientôt des nouvelles ici sur le site.

Dans des stages comme celui-ci, c’est l’animateur qui se prépare, essaye des pistes... Ainsi, pour écrire la ville, lire ci-dessous Benjamin Renaud (et sur son blog tache aveugle son propre retour sur ces 2 jours), dans cet exercice de biographie via toponymes : se saisir de tous les noms propres de lieu dont nous sommes dépositaires, les laisser s’agréger sous forme chronologique, être attentif à comment alors ils modèlent la phrase qui les suit ou les accompagne, et laisser cette articulation du toponyme et de la phrase modeler ou moduler la pâte-langue, jusqu’à la déformer ou interférer dans l’intérieur mêmes des mots, la grande leçon de Valère Novarina...


Benjamin Renaud | Locate

travail d’autobiographie fictive via toponymes, vendredi 5 juin 2008, 20h/22h30

 

La maternité de l’hôpital Saint-Vincent de Paul ; le 58 de la rue Daguerre, au coin de la rue Gassendi ; la villa Duthy et le berger allemand qui m’y avait mordu ; Denise, la fromagère de la rue Didot ; Anne Deltour, la maîtresse de l’école maternelle de la rue de l’Abbé Carton, au sujet de laquelle j’avais déclaré le premier soir : « je suis amoureux de ma maîtresse, elle s’appelle Anne Aller-Retour », et qui avait eu une fille Élodie, j’ai insisté pourtant mais ce n’est devenu que le second prénom de ma sœur Juliette ; Nicole Glorient, l’institutrice en CP, école primaire Pierre Larousse, rue Pierre Larousse ; en face l’hôpital Saint-Joseph où travaillait la mère Bernadette de mon amie Marguerite, qui habitait Villa Brune ; le tennis au coin de la rue Friant, au-dessus du garage Citroën, pour y aller le mercredi je passais Rue des Plantes, puis traversais la voie ferrée de la Petite Ceinture ; la rue d’Alésia, la rue des Suisses, la rue Raymond Losserand ; Picpus vers où habitait mon ami Manuel Liutkus, pour y aller l’autobus numéro 62, le magasin de jouets Le paquebot Normandie devant lequel cet autobus passait ; la villa Domas, l’exil à Antony où Patrick D. déjà était hélas maire ; l’école primaire Velpeau dans cette rue dont je ne sais plus le nom, parallèle à la rue de la Providence mais qui n’était pas la rue Velpeau qui lui était perpendiculaire ; le Monoprix de la rue Auguste Mounié où j’ai acheté mes deux premiers CDs, Qui sème le vent récolte le tempo et Prose Combat, tous deux de Claude M’Barali, alias MC Solaar ; le théâtre Firmin Gémier, les conférences Connaissance du Monde le dimanche après-midi avec mon père, à la pause j’avais le droit à un Cacolac au bar ; les cours de tennis au stade Salvador Allende, depuis renommé hélas stade Georges Suant par Patrick D. ; la boulangerie de la rue Aristide Briant, à deux cents mètres de la maison, et que c’est depuis que j’ai idée de ce que représentent deux cents mètres, rue Aristide Briant qui était aussi la Nationale 20, mais pourquoi alors changeait-elle de nom après le feu ; le collège La Fontaine à l’autre bout d’Antony, de l’autre côté de la Croix de Berny — ce grand carrefour qui avait un nom — tandis que ma grande sœur Mathilde était allée tout de suite au lycée Descartes ; les premières vacances au hameau des Grassonets, juste à côté d’Argentières dans la vallée de Chamonix, dans cette Haute Savoie où je suis allé si souvent ensuite, sans jamais pourtant y entendre l’expression : « ça locate » [1].

Benjamin Renaud, stage d’écriture N Sup

[1Je découvre d’ailleurs ce matin sur le blog de Benjamin pourquoi cette chute...


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1ère mise en ligne et dernière modification le 7 juin 2008
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