la couverture fait-elle le livre ?

Led Zeppelin : graphismes, iconographie, édition


Merci à tous ceux qui ont réagi à cette mise en partage d’une phase d’essais et décision pour le livre à venir. Moi, ça m’a profité. Voici donc là où on en est, tout près maintenant de l’impression... Et tâche suivante, aujourd’hui : la photo de l’auteur.

Dans la mutation du numérique, l’interrogation de plus en plus centrale, c’est : comment ne pas perdre un savoir collectif, dont les maisons d’édition sont dépositaires, mais qui suppose qu’elles puissent survivre dans leur taille industrielle ? Pour publie.net, on a la même chaîne, les mêmes questions, mais en dispositif de micro-économie qui ne permettrait pas de disposer ainsi de fenêtres ouvertes sur le ciel de Paris... Côté maisons d’édition, la maîtrise des outils numériques les plus pointus, la totalité de la chaîne de production passée au numérique, mais une sorte de frontière encore infranchissable pour la diffusion, parce qu’il y a ces salaires à la clé, et cet héritage dont eux seuls sont dépositaires.

Côté auteur, c’est le moment le plus magique de la réalisation du livre, bien plus que lorsqu’on le découvre en pile pour le service de presse : on a voyagé en solitaire, dans des tas de doutes, d’hésitations, de reprises, confronté à une architecture qui vous déborde (un livre de 360 pages, on ne peut le maîtriser intérieurement comme on le fait jusqu’à 150/200 pages). Et puis vient la relecture éditeur, et un processus où tout le monde s’y colle.

L’auteur alors n’est plus requis : chacun se saisit du texte avec son propre savoir – le correcteur, le typographe, les commerciaux aussi, et les graphistes. Ce n’est pas un processus contre l’auteur, ou sans l’auteur : c’est que chacun se saisit du texte depuis son métier, et renvoie à l’auteur une image de son texte qui ne lui aurait pas été accessible.

Ainsi, chez Albin-Michel, mardi à 14h, quand j’entre pour la première fois, au 234 boulevard Raspail, au service fabrication. Tout d’un coup, des Mac performants et non plus les affreux PC du 22 rue Huyghens (il y a même la wifi dans le service fab).

Je ne connaissais pas Philippe Narcisse, mais, pour la couv Dylan, j’avais été vraiment surpris de retrouver Dylan éclaté en 3 visages, bien avant qu’on ait entendu parler du I’m not there de Todd Haynes. Philippe a travaillé déjà chez Albin dans les années 90, puis est parti à Libé (pour moi, son nom restait associé à ce journal, qui d’ailleurs a snobé mon Dylan), a continué dans la presse via L’Evénement du jeudi, avant de revenir ici, dans cette tâche d’inventer les couvertures des livres, les déclinaisons des collections.

D’autre part, leurs contraintes techniques : voici 2 propositions qui m’enchantent plastiquement, mais qui supposaient un calque placé à la main sur chaque exemplaire, en bout de chaîne. Trop cher. Et puis on donne probablement une image un peu "star" de mon livre, qui se veut plutôt un essai sur le contemporain, l’époque, s’approche plutôt du destin de 4 types dans la furie excessive qui finira par en tuer un... Je ne donne donc pas la couverture retenue [1], beaucoup plus stricte et classique. Pas de tromperie sur la marchandise. L’étrangeté, plutôt, c’est que Philippe Narcisse m’en avait transmis le PDF il y a 2 semaines déjà, et je l’avais affichée sur le mur devant mes 2 écrans d’ordi, tout en travaillant encore à la fin du livre : 1ère fois que je fais ça !


Par contre, je n’aurais pas eu cet écart ou cette distance de choisir, dans mon propre livre, ce qui en serait le symbole. Si Philippe Narcisse a choisi de déliner Robert Plant en contre-plongée, est-ce que ce n’est pas plutôt pour son propre souvenir de Led Zep ou son idée du Rock’n roll ? Je ne le connaissais pas encore assez pour le lui demander. Voilà la photo sur laquelle je leur avais proposé de travailler, parce qu’une des seules que je connaisse du groupe prise depuis la scène, avec Bonham au premier plan :

Mais la tâche des graphistes, c’est de renouveler globalement la signature de la maison d’édition. Et mon livre, même en cours d’écriture, servait de cobaye. Alors voici dévoilée une tentative très lettriste que je trouve radicalement forte, et j’aurais bien aimé que ce soit le projet retenu :

Bon, et c’est aussi, pour les fidèles du blog, une façon d’annoncer le titre du livre, et que c’est reparti pour un tour.

Alors même, ironie, que ce dimanche matin c’est encore reparti pour une discussion sur le Forum Led Zep, et ce n’est pas du détail : si on veut être précis sur les hommes, cela part d’une exploration précise des signes qu’ils nous concèdent...

Aussi rédiger la IV de couv, en ping-pong avec mon éditeur depuis Tous les mots sont adultes et les Rolling Stones, Olivier Bétourné. J’ai longtemps parlé d’une trilogie rock, Stones pour les années 60, Dylan pour l’avant, le Zep pour les années 70... Mais voilà, à mesure que j’engrange des bouquins, le matériau me semble encore aussi rempli d’explorations potentielles que la forêt amazonienne. A mesure que je range ma doc Led Zep près de la doc Dylan, bien l’impression que je l’aime trop pour le quitter, ce chantier. Et si la fragilité de ces types était notre version de la tragédie grecque ? D’autres morts nous font signe.

Si ces questions typo et graphisme vous concernent, suivez design et typo, et bien sûr Jean-Christophe Courte dans son urbanbike, compagnon des home workers...

Enfin, ce jeudi après-midi, dans le dossier des essais de Philippe Narcisse, je m’aperçois d’une dernière qu’il glisse discrètement, sans vouloir montrer. Evidemment, je l’attrape. C’était l’idée d’une image qui fasse le recto, la tranche et le verso. Et mes 4 Zeppelin en version déglingue. John Bonham, dans les rayons de bibliothèque, se serait retrouvé celui qui vous regarde... La voilà en bas de page, taille nature ou presque. Clope au bec, chope de bière et lunettes : ce ne sera pas la couverture du livre !

Merci Philippe, et l’équipe.

[1solution ici les impatients

LES MOTS-CLÉS :

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1ère mise en ligne et dernière modification le 8 juin 2008
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