tablettes et bibliothèques : ça dissémine

les bibliothèques expérimentent la lecture numérique sur tablette


Entretien téléphonique il y a 3 jours avec une critique littéraire d’un grand hebdomadaire culturel (y en a pas 36) : « Sérieusement, vous n’en avez même pas une au journal ? » Bien non, ça restait Objet Lisant Non Identifié. Alors évidemment, dans ces conditions, qu’on se demande à quoi ça sert, et qu’on continue d’en entendre des vertes et pas mûres [1].

Les bibliothèques s’y mettent, mais comment ? Merci à Michel Fauchié, responsable de la médiathèque La Roche-sur-Yon, de nous décrire même le contenu (plus un blog pour suivre l’expérience). C’est quand ça devient concret qu’on commence à voir comment on peut s’en servir et à quoi.

Idem à la BU d’Angers grâce au prêt par Sony de 10 PRS-505, autres expériences annoncées à Nantes et Boulogne-Billancourt.

Mais les tablettes [2] ne sont qu’un petit volet. L’enjeu, c’est ce qui se passe autour de l’iPhone qui en est l’indice : nous passons de plus en plus de temps sur des ordinateurs de plus en plus confortables, il s’agit de proposer, sous des formes les plus simples possibles, des contenus à la hauteur de nos attentes, et inciter à découvrir, suggérer que les lieux de risque peuvent parfois plus récompenser que les contenus prévus pour plaire. Les interfaces de lecture écran sont bridées (Digital Editions d’Adobe en est à apprendre à justifier les textes...) parce que tout leur volant mémoire accordé est mobilisé par les dispositifs anti-copie [3], alors que la possibilité de lire en ligne (voir mon récent appel aux éditeurs) rend obsolète la question elle-même : les textes ne quittent pas notre serveur. Et c’est l’ergonomie du feuilletoir, l’interface écran qui vous permet d’oublier la machine [4], qui devient le principal enjeu, pour que le texte soit aussi un plaisir. Ce que nous avons à proposer, c’est de l’accès. Mais de l’accès qui promulgue ce qui nous fonde dans notre effort, notre communauté : cela s’appelle éditer, donc choisir, préparer, défendre.

Autant vous dire que notre équipe, à publie.net, on est sur le pont : c’est notre rôle d’auteurs de proposer des contenus qui eux-mêmes interrogent ces usages. Notre plate-forme (merci l’immatériel) propose un abonnement avec téléchargement selon le nombre de supports en circulation, et un abonnement lecture en ligne seule, avec accès possible par fédération d’identités : le lecteur d’une bibliothèque municipale entre le n° de sa carte de lecteur, et peut lire chez lui l’ensemble de notre catalogue, l’annoter.

D’autre part, nos textes sont identifiés par ISBN-13 selon les normes de tout éditeur [5] : ils peuvent être implémentés dans un catalogue, bénéficient de recherche par mot-clé. Nous acquittons (ça, aux impôts, ils risquent pas d’oublier) notre TVA à 19,6% [6], mais en téléchargeant un texte, c’est l’auteur qui reçoit 50% de la recette téléchargement.

Il nous semble que rien de cela n’est un luxe, pour la création contemporaine.

Nous pensons aussi, pour ce que nous avons en défendre en littérature, qu’il ne s’agit pas de penser la lecture uniquement dans une problématique de diffusion : notre abonnement mono-poste convient aussi aux centres de documentation, aux écoles d’art, aux lieux de ressources ou formation. Nous sommes techniquement prêts à proposer cet accès lecture aux (ex-)BDP pour leurs établissements affiliés. Avec une quinzaine de bibliothèques abonnées, dont huit universitaires, ce sont des milliers et des milliers de lecteurs qui potentiellement peuvent se confronter à un catalogue que nous voulons représentatif de la création contemporaine, et liés à son mouvement.

Et c’est bien cela qui semble désormais sur la bonne route – quelle étrangeté que cela passe par l’effort bénévolent (je maintiens la vieille forme rabelaisienne) de quelques établissements pilotes, loin des grand-messes institutionnelles : j’en suis à ma troisième demande de table ronde pour le Salon du livre [7] mais non, désolé, ce n’est plus dans vos palabres que ça se passe. C’est sur le terrain, on y est, et de moins en moins seuls.

Alors, on s’y met à un peu plus ? Et que j’inclus ici les éditeurs, les auteurs : ne pas venir sur ce terrain neuf, c’est isoler d’abord vos livres – ce sur quoi nous travaillons, c’est la synergie (et vous le savez bien, au fond, même à attendre et attendre que le voisin fasse le premier pas) [8].

 

Image : en haut, borne wifi à la BU d’Angers – parmi les 18 000 ressources numériques proposées, l’intégralité du catalogue publie.net. En cours de texte : séance de travail à la BU d’ANgers, avec Michel Fauchié et Olivier Tacheau, sur la table un NetBook, une Sony, un CyBook – on ne voit pas l’iPhone – plus une tasse de café.

[1Rappelons que les textes que nous proposons pour la Sony sont paramétrés pour leur affichage écran, avec navigation interactive, mais que ces lecteurs vous donnent accès à un large catalogue de textes du patrimoine, et deviennent très vite d’utilisation quotidienne pour vos documents personnels, Word ou PDF, intégration d’articles et flux repris du web pour consultation hors ligne. Rappelons aussi que la Sony est vendue « 299 » en toutes les monnaies et que vous avez tout intérêt à vous la faire envoyer par correspondance depuis Londres ou par un ami qui revient de New York... Rappelons enfin que le logiciel gratuit CALIBRE vous permet d’utiliser la Sony – voir aussi – sur votre Mac aussi facilement qu’iTunes (utiliser la colonne tags pour créer des collections).

[2Et les expériences qui vont avec : un ami que je ne nommerai pas me montrait il y a quelques jours un mini lecteur e-ink vendu moins de 100 euros qui pourrait être mis en vente en librairie avec bouquet de 400 textes téléchargés d’avance ou à choisir chez soi, évidemment là aussi on explore.

[3Pour notre part, les textes téléchargés sont simplement marqués sur la fausse couv, 2ème page, d’un ex-libris personnalisable au nom de l’établissement ou de l’abonné.

[4Ai souvent été surpris de ce que nous ne sommes pas encore formés ici à l’exigence : par exemple, si vous utilisez Acrobat Reader, n’oubliez pas de le configurer – choisir par exemple en "affichage" la ligne "deux pages" mais pas "en continu", et dans "barre d’outils" pensez à cliquer "navigation pages" et "recherche", déjà ça devient tout autre chose. Et si vraiment vous voulez imprimer nos textes publie.net, sélectionnez l’option "4 pages par feuille", ce sera très beau et nettement plus économique.

[5Bizarre de lire sur des tas de blogs consacrés au numérique en ce moment que le texte numérique devrait bénéficier d’un ISBN et du dépôt légal : nous, c’est fait – les deux.

[6Nous proposons paiement CB direct sécurisé du CIC, ou au choix utilisation de votre compte PayPal. Pour les achats hors UE la TVA est automatiquement défalquée, textes à 4,60 E au lieu de 5,50. Le paiement des 2 abonnements 65 et 95 se fait de la même façon – accès ensuite via votre compte lecteur, le panier est remplacé par formats disponibles (textes & audio s’il y a), en lecture seule ou téléchargement. Pour les bibliothèques, test demo d’un mois offert, puis devis selon configuration.

[7Attention : publie.net sera présent au Salon du livre, mais c’est surprise, on ne dira qu’au dernier moment – et merci à ceux qui savent de respecter !

[8Et puisqu’on est dans les post-scriptum, on va quand même en remettre une couche :
- ce qui fait vivre les gros éditeurs qui organisent le marché du livre, c’est un nombre de plus en plus restreint de références à diffusion massive d’un côté, et leur plate-forme de distribution de l’autre. Par exemple, ce qui plombe le Seuil plus que tout autre chose, c’est le périmètre devenu trop restreint de son diffuseur Volumen après les départs dus à la prise de pouvoir par la Martinière. Le diffuseur prend une commission à l’aller et au retour, elle est incluse dans la marge libraire, puisque c’est lui qui en assure la double trésorerie. L’important pour l’éditeur, c’est que le livre parte en camions, entrepôts, cartons et lui revienne idem, 5% de commission sur les retours, d’où une bonne part de la surproduction tellement aberrante, et le peu d’effort faits pour trouver d’autres schémas de prescription, conseil, exploration. Les victimes ce sont les auteurs de ces maisons dont la principale vocation est de diffuser, et les petits éditeurs diffusés – secret de polichinelle que ça prend des proportions inavouables.
- pourquoi les écrivains se mobiliseraient-il ? Longtemps qu’ils ne vivent plus de leurs droits d’auteurs. Alors quand Alain Absire pour la SGDL avance que ça devrait en être fini de la confusion – justifiée il y a un siècle – de la propriété artistique et de l’exploitation commerciale, la France étant le seul pays, contrairement à ses voisins allemand ou italien, et encore plus le droit anglo-saxon, ou le contrat d’édition s’applique pour la totalité de la protection artistique, soit 70 ans post-mortem, on ne peut que s’étonner qu’il n’ait pas aussitôt été suivi et relayé par tout le monde. Le contrat d’édition devrait valoir pour 10 ans et pas plus, comme n’importe quel autre contrat commercial.
- quelques-uns prônent même une clause qui permettrait à l’auteur de reprendre ses droits en cas d’exploitation insuffisante, par exemple moins de 30 exemplaires par an. On sait que la politique des éditeurs est de toujours garder quelques dizaines d’exemplaires d’un livre pour être en mesure de garder ces droits même lorsque le livre n’est plus du tout diffusé.
- c’est dans ce contexte que les éditeurs proposent aux auteurs un avenant au contrat d’édition numérique, spécifiant des droits d’auteur identiques à ceux du livre (11 à 14% selon le nombre d’exemplaires téléchargés) alors qu’évidemment aucun curseur n’est pareil, pas de frais distribution, beaucoup moins d’intermédiaires, et actuellement chiffre de 80 à 100 euros pour numérisation d’après scan d’un livre standard. Alors qu’il s’agit bien de droits dérivés, pour lesquels, traduction ou théâtre, on partage 50/50 avec l’éditeur. Les éditeurs US s’orienteraient vers un plancher à 25% pour l’auteur, avec marge supplémentaire s’il s’en fait lui-même le diffuseur via son site (c’est en place sur publie.net, pour nos auteurs blogueurs). Actuellement, du moins pour les contrats signés avant 2004, rien n’empêche un auteur de diffuser lui-même la version numérique de son ouvrage : juridiquement, les droits pour lesquels nous avons signé sont exclusivement ceux qui sont spécifiés – et les éditeurs le savent bien. Le seul biais par lequel ils pourraient attaquer un auteur serait celui de la concurrence déloyale, mais dès lors qu’on est en état de montrer les stats de vente pour un livre paru il y a 7 ou 8 ans, peu de chance que ce soit plaidable...
- pour ma part, ayant choisi d’impulser l’expérience publie.net, je ne m’immisce plus dans ces discussions d’arrière-garde. Notre modèle est viable, et confère un rôle potentiellement neuf à la lecture publique, notamment dans les facs. Nous sommes prêts à accueillir des auteurs souhaitant valoriser leurs archives : les textes parus en revue, les entretiens, les textes devenus indisponibles par cessation de l’éditeur, faites les vivre...
- et prêts bien sûr, ô chers éditeurs qui savez très bien qu’aujourd’hui vendre un livre entre 300 et 600 exemplaires, une fois les retours terminés, c’est déjà quasi prodigieux, travaillons ensemble : la visibilité, l’instance critique, le relais par les sites, on a tout à inventer. Rien n’empêche que sur publie.net on puisse commander soit le livre (avec relais par une grande librairie, un réseau, ou directement via vous, l’éditeur), soit les fichiers Sony/ordi, et bien sûr les deux, le livre pour l’avoir chez vous, le fichier pour que la lecture soit transportable, travaillable, que vous puissiez réouvrir et retrouver le passage même des mois après, en vacances...

LES MOTS-CLÉS :

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1ère mise en ligne et dernière modification le 15 février 2009
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