grande pitié du SNE

le syndicat des éditeurs français : besoin urgent aide psychologique


« Le livre numérique est pour les éditeurs une formidable opportunité de créer un nouveau marché et de toucher de nouveaux publics. »

C’est comme autrefois quand on ne comprenait rien à la façon dont le PCF se disloquait lui-même.

Après 2 semaines canadiennes, je découvre cette hallucinante analyse diffusée officiellement par le SNE au Salon du livre de Paris. Hallucinante de pauvreté, d’erreurs et simplifications, de vocabulaire d’un autre âge [1].

Comparez avec ce qui se passe côté numérique : la réflexion sur livre et numérique que synthétise par exemple Hubert Guillaud. Un monde leur échappe, mais plutôt que l’ouverture, c’est le syndrome de la fermeture. Et ceux qui ont l’intelligence ou l’intuition de tout cela quittent ce terrain usé : voir accord Gallimard - La Martinière la semaine dernière. D’où cette réaction catastrophique d’un syndicat qui sent que tout lui échappe ?

En fait, ce n’est pas très grave : les modèles numériques concernant la littérature éclosent désormais à côté des vieilles institutions industrielles, et on n’a pas besoin d’eux. Les deux modèles peuvent largement coexister, il y a de la place pour tout le monde.

Juste, si on aurait aimé autre chose, c’est parce que nous voilà dépositaires, sur le Net, d’une large part d’instances qui leur appartenaient auparavant : la création contemporaine, l’accueil des auteurs neufs, et la régulation et prescription qui étaient la tâche des revues littéraires.

Alors reprenons point par point le « quelques idées reçues » du SNE, dans le même ordre.

Merci à ActuaLitté pour avoir attiré l’attention sur ce texte ridicule, mais parfaitement emblématique des fausses discussions actuelles, avec très lourds enjeux financiers derrière.

FB

 

préjugé 1 selon eux : un livre numérique doit coûter moins cher qu’un livre papier »

Le processus d’élaboration d’un texte numérique recoupe en effet celui du livre : correction et révision, travail avec l’auteur, rien qui puisse être économisé. Mais les curseurs ne sont pas au même endroit : à publie.net, nous faisons évoluer nos gabarits en fonction de la complexité et de la lisibilité souhaitées, mais y « couler » un texte est largement pris en charge ensuite par le logiciel lui-même. Faire croire, uniquement pour décrocher des budgets de prise en charge par l’État, ou maintenir des marges ultra-basses pour les auteurs (et maintenir le ventre de rentabilité que constitue la diffusion, ultra-centralisée, et dont l’économie commande à celle de l’édition proprement dit), à des coûts prohibitifs pour l’édition numérique ça risque de ne pas tromper son monde longtemps.

Rôle majeur du fichier maître, à partir duquel on décline les différents formats (PDF homothétiques aux différents écrans Sony, iPhone ou ordi, en attendant que l’ePub, appelé à devenir le nouveau standard, soit au même niveau de qualité). Peut-être que ce que dit le SNE vaut pour les livres pratiques, cuisine etc : mais certainement pas pour les livres de littérature.

Au contraire, le numérique permet d’intégrer sans surcoût images, fichiers audio, etc. Répartition des gains sur un livre à 10 euros (ce qui est un exercice assez bizarre, puisque faisant la moyenne entre le livre de poche vendu 5,50 et le livre de première impression vendu 18 euros, comme si les paramètres étaient les mêmes…) : à publie.net, nous avons décidé de partager 50/50 la recette effective entre l’auteur et la structure. Les frais sont : 19,6% de TVA pour les acheteurs UE (en attendant déménagement Canada), soit 90 cts sur un téléchargement à 5,50 euros, 50 cts commission distributeur, 40 cts commission bancaire, reste environ 1,70 euros pour l’auteur et autant pour la structure. À nous les joyeux frais de société dans l’économie française, cotisations RSI, et les frais réels (serveurs, amortissement matos), et malgré tout cela pour l’auteur autant que sur un livre à 18 euros dans l’économie papier. Vu ce qu’il a fallu déployer aux restaurateurs pour une TVA à taux réduit, je m’imagine mal que l’État nous concède la même chose.

« Que le livre soit imprimé ou numérique, encore faut-il qu’il soit lu.
 »
, déclare le SNE dans sa sagesse. Mais quand ils énoncent « Un livre se définit avant tout comme une œuvre de l’esprit. », ils savent très bien ce que quiconque sait : en droit, le livre se définit par le fait qu’il soit imprimé. C’est même bien pour ça qu’on écope de la TVA à 19,6%, comme les petits pois.

Notre vrai problème : notre coopérative diffuse directement ses ouvrages. Si un diffuseur partenaire (blog, libraire), ou de grande échelle (imaginons SFR, la FNAC, Amazon etc.) implémente nos titres, nous lui concédons bien sûr une remise, mais le prix de vente est le même pour tous. Nous-mêmes et l’auteur gagnons moins, mais nous gagnons un autre cercle de lecteurs (idem pour le livre de poche, où nos droits sont divisés par deux) : dans le système actuel, s’agissant d’une œuvre numérique, la rémunération de l’auteur doit juridiquement être fixée selon le prix de vente. Ce système est dommageable pour le développement de la diffusion numérique, et une autre incitation à déménagement.

Merci au SNE de sa gentille phrase : « l’auteur touche autant, et aimerait bien davantage », salaud d’auteur, fixette fric. Non, ce qu’on dit c’est qu’il s’agit de droits dérivés, comme l’adaptation théâtre ou la traduction, et que les avenants proposés au tarif livre (11/14% selon nombre de téléchargements), dans la recomposition globale c’est méprisant pour nous. Aux USA la norme semble s’établir désormais à un plancher de 25%, tout simplement aussi parce que le rôle de l’auteur, aussi bien dans la préparation collective du fichier-source que par son rôle dans la diffusion, a pris un virage. À contourner la discussion, le SNE confirme.

Mais l’auteur qui touche et qui ne pense qu’à davantage, rare de recevoir comme ça une insulte en pleine gueule, et que ça nous vienne de nos partenaires les plus directs, les plus importants, affectivement parlant aussi : nos éditeurs. Une baffe, et qui salit.

 

préjugé 2 selon eux : le livre numérique va remplacer le livre papier

Et de replacer la vieille scie : non, non, la télévision n’a pas tué la radio etc., moi-même je l’emploie mais bon, on peut peut-être renouveler le répertoire ou aller voir plus en profondeur.

Par exemple, jusqu’à quand tenteront-ils de nous obnubiler avec des questions prix numérique = prix papier moins 30% ? Est-ce que hausser artificiellement, tant on salive sur ce supposé « marché », le prix de vente du numérique, c’est protéger suffisamment le domaine papier ? Fausse antinomie, et l’exemple iTunes un gros fantôme derrière.

Et comment sérieusement faire croire à des coûts équivalents ? À publie.net, pas concernés : nos textes n’ont pas d’équivalent distribués dans l’édition papier, nous fixons comme nous l’entendons le prix de nos fichiers, en fonction de nos frais et impositions d’une part, en fonction de ce qu’on estime le bon équilibre pour rétribuer les auteurs de l’autre. Ce sont deux produits différents. C’est l’articulation entre les deux supports qui doit être le lieu d’invention, de complémentarité. Le seul point de vue du SNE, c’est comment faire du fric en exportant sous mode numérique ce qui est vendu sous mode papier, ou de distribuer le même produit sur les deux canaux.

Ce qui se joue en profondeur, ce n’est même plus la lecture type livre, c’est la mutation dans le verbe lire qu’induit notre pratique du Net. Une pratique qui n’est plus mono-texte, mais lui associe son réseau de médias liés, une pratique qui passe aussi par les flux, les agrégateurs. On peut réfléchir, imaginer, penser avec le Net, mais il s’agit d’une autre relation au lire/écrire. C’est dans cette relation que s’inventent des objets neufs, que nous n’appelons plus livre, et si nous nous intitulons éditeur numérique (mais sans adhérer au SNE, pitié), c’est que ces contenus il s’agit aussi de les éditer, travailler à leur ergonomie, à leur circulation et distribution, et rémunérer nous aussi les acteurs de leur élaboration ou de leur distribution.

Alors laissons le SNE à ses clowneries : les liseuses électroniques sont néfastes parce que leur empreinte écologique est supérieure à celle du papier (écoutez-les : « …il faut lire au moins 80 livres numériques par an pendant trois ans avec la même liseuse (à supposer qu’on la conserve trois ans) pour l’amortir écologiquement… ») : l’empreinte écologique de l’ordinateur, effectivement, est supérieure à celle du boulier, voilà où on en est !

 

préjugé 3 selon eux : en devenant numérique, le livre va fatalement être piraté, comme le disque et la vidéo

C’est la grande question, gémir, se plaindre. Et faire tomber dans votre escarcelle les subventions de l’État, voire des régions (le budget du Motif récemment créé par la région Île-de-France est passé de 750 000 euros en 2008 au million d’euros en 2009, tant mieux pour ceux qui se mettent sous la douche).

Depuis combien d’années on nous la rabat, l’idée que « dans l’univers d’Internet s’est installé le mythe de la gratuité » ? En attendant, l’économie du numérique s’est installée, mais sans eux. Les fonds d’acquisition numérique des bibliothèques (universitaires en particulier) sont dès à présent considérables (et ce sont de sacrés moteurs de réflexion et d’innovation), mais crispés sur leur terreur, les éditeurs ont laissé tout ce « marché » filer vers les fournisseurs de bases de données, désormais en situation quasi monopolistique.

Prolifération du piratage ? À publie.net nous prenons le risque. Envoyez donc un texte de Bernard Noël à la totalité de votre carnet d’adresse : dans la prolifération des pubs, spams etc., qui s’en préoccupera ? Et ceux qui le découvriront, pari sur le fait qu’ils souhaiteront en savoir plus, reviendront d’autant plus volontiers qu’ils savent que notre travail est aussi une validation symbolique, choix de catalogue, élaboration et mises à jour.

Le changement de paradigme, c’est que l’économie du Net s’établit plutôt sur l’accès, les licences de mise à disposition, et non pas sur le seul transfert du fichier « livre ».

N’avez-vous donc, ô SNE, jamais donné un livre à quiconque, jamais laissé un livre circuler auprès d’amis ?

Oui, la gratuité est le vecteur nécessaire de la circulation sur Internet. Sur publie.net, nous proposons près d’1/3 de l’œuvre numérique en libre feuilletage. Évidemment, que le taux de téléchargement payant par rapport au taux de consultation, même s’il progresse régulièrement, on voudrait qu’il soit le double ou le triple. Mais pour nous, auteurs, est-ce que le pacte est seulement à ce niveau-là ? Stages, interventions, lectures, articles, ateliers, notre activité d’auteurs est multiforme, et la présence Internet c’est désormais le vecteur principal : et ça commence à se savoir, que sans le blog, ses contenus libres, gratuits, et l’instance de création qui leur est propre, on retombe sous le rouleau compresseur des journaux qui parlent tous de la même chose en même temps.

Ce que n’a pas compris le SNE, alors qu’il y a des tas de réflexions sur la question, c’est que l’économie numérique se greffe précisément sur les lieux de circulation du gratuit.

 

préjugé 4 selon eux : les éditeurs ne font rien pour se préparer au numérique, ils sont sur la défensive

Jamais dit ça. Ce qu’on sait, c’est qu’ils ne peuvent pas mettre en danger une structure brick & mortar, héritière de tas de spécialisations, métiers, là où le numérique crée certainement d’autres compétences, ou les regroupe. L’accord passé la semaine dernière par Gallimard et La Martinière avec le groupe québécois De Marque, sur la base innovante de la plate-forme développée par Clément Laberge pour interfacer le groupement des éditeurs québécois (l’ANEL) avec les libraires est la preuve que ça y est, ça démarre.

 

préjugé 5 selon eux : on pourra se passer d’éditeur à l’ère du numérique

Mais où vont-ils chercher leurs fantômes pour faire peur dans les fêtes foraines ? Le texte diffusé par le SNE est tellement au point qu’il insère des « (cf… ?) » (sic) en mélangeant Stephen King (une expérience qui date de 2000 !) à des considérations tirées probablement du célèbre Yogi Berra : On ne peut se passer d’intermédiaires (le numérique prouve que si, justement – qu’on le déplore ou pas, le seul moyen de l’affronter c’est d’aller au contact et à la bagarre en imposant sa propre spécificité, et pas de mettre des nuages de fumée, on a appelé ça parfois le syndrome du chapelier : ah que c’est triste une ville sans marchand de chapeaux, mais on a laissé tuer bien d’autres rouages de nos sociétés, la sidérurgie a été la première, et regardez les agences de voyage...).

Si nous, auteurs publie.net, nous sommes constitués en coopérative, c’est pour diffuser des textes dont l’édition papier ne peut assumer la charge, mais justement parce que nous savons que l’existence numérique est bien plus pertinente. J’aurais tellement préféré faire ça avec un de mes éditeurs : pas de ma faute si aucun n’a voulu, alors maintenant nous sommes éditeurs nous-mêmes. Reste que l’édition c’est comme le reste, ça s’apprend, mais on y arrive. Je formulerais plutôt la question à l’envers : quand donc les formations « métiers du livre » se mettront sérieusement à nous proposer à leurs étudiants les bases techniques de ce dont nous avons aujourd’hui besoin pour le numérique ?

 

préjugé 6 selon eux : on pourra se passer de libraires à l’ère du numérique

Le livre n’est plus le vecteur exclusif de la littérature, le libraire (mais cela n’a jamais été sa fonction exclusive) n’est pas le prescripteur exclusif du livre. Nous nous réjouissons tous de voir émerger solidement (et pourtant, quelles tensions entre eux tous) des bases innovantes comme ePagine, susceptibles de faire accéder depuis la librairie aux contenus d’édition numériques, ou de permettre, à reconnaissance du code barre d’un ouvrage, l’émission automatique d’un code d’accès pour la lecture nomade, ou les compléments numériques à télécharger.

Les ennemis, pour le SNE : « les enseignants qui scannent des livres ». Me souviens d’un débat à la SGDL où un responsable du Centre français de la copie nous disait les millions d’euros collectés avec leur dispositif, et moi je venais de toucher 37 euros pour 2 ans au titre de cette collecte. Mais ça c’est nous la France : ligne Maginot, et main au képi sur pantalon rouge. En plus, pensez-donc, des enseignants d’université qui mettent certains cours à la disposition des élèves, « ce qui [les] conduit à auto-plagier leurs livres publiés chez des éditeurs » : voilà donc d’où venait le mal !

Enfin, disent-ils, ô merveille, « lancer une grande campagne pour la lecture auprès des jeunes ». Comme si ce n’était pas ce qu’on fait, nous, qu’ils considèrent comme les ennemis en puissance, quand nous défendons jour après jour, mais sur ce terrain neuf, ce qui nous tient à cœur dans le patrimoine, dans l’imaginaire et la création, comme dans le repérage d’actualité. Les expériences Internet foisonnent. Elles sont neuves, parce que collaboratives. Elles s’ancrent dans le domaine public d’un côté, le contemporain de l’autre, parce qu’au milieu sont les bastions du droit d’auteur : comment je pourrais faire, pour Char et Michaux, ou Artaud ? Pour le contemporain, c’est plus simple (à condition que les auteurs décident ce de nous rejoindre dans cette idée pourtant simple : valoriser leurs archives, partager leur atelier, être rémunéré pour cela). Je rappelle l’important article d’Alain Absire : séparer au plus vite le contrat commercial d’édition, le limiter à 10 ans comme dans l’ensemble des autres pays, et non plus le confondre avec la durée de protection artistique des œuvres.

Ça ne lit plus, les jeunes ! Mais vous êtes jamais entrés dans une bibliothèque comme celle de Bagnolet, où je suis tous les vendredis ? Grand campagne, sensibilisons « les jeunes ». Olympiades de la lecture ! Qui dit mieux ? Ils ne « lisent » pas, les « jeunes », quand un des faits majeurs c’est précisément l’importance du langage, sa circulation, sa production, comme vecteur de la communication écran ? Et si l’enjeu c’était, au contraire, de proposer nous-mêmes ces contenus attractifs, induisant à la curiosité, à l’exigence, et le faire dans le média même, sur le Net ?

La question est renvoyée à nos éditeurs : quand je pense à toutes ces discussions qu’on a tout le temps, c’est comment pouvez-vous laisser s’exprimer en votre nom des tartines aussi ridicules ? On avait « la droite la plus bête du monde », à force d’être sur la défensive pour toucher le plus de sous possible de l’État, vous vous ridiculisez. Pendant ce temps, nous on travaille – et on est lus : même des « jeunes ».

[1Reprenons-le ici, parce qu’il y a de telles perles que ça ne va pas rester longtemps en ligne sur leur site :

Le livre numérique : idées reçues et propositions

Texte diffusé au Salon du livre, à l’occasion des Assisses professionnelles du livre, organisées par le SNE, le 17 mars 2009.

Le livre numérique n’est pas encore un marché significatif en France (30 à 40 millions €, soit 1 % du chiffre d’affaires de l’édition, essentiellement sur support physique de type CD/DVD), mais il fait déjà couler beaucoup d’encre. Nous souhaitons, dans cette note, rétablir les faits sur quelques idées reçues et lancer quelques propositions.

Quelques idées reçues…

Voici quelques idées reçues néanmoins fausses :

1- « Un livre numérique doit coûter moins cher qu’un livre papier »

Tout d’abord, contrairement aux apparences, un livre numérique coûte au moins autant à produire qu’un livre papier.

Prenons un livre-papier vendu au prix de 10 € (qui est à peu près le prix moyen d’un livre). Comment se rémunèrent aujourd’hui les différents acteurs de la chaîne du livre ? L’auteur touche 1 €. L’éditeur perçoit 1,50€ pour son travail (création éditoriale, relecture, correction, mise en forme, maquettage, marketing, promotion commerciale, service de presse, vente de droits étrangers et de droits audiovisuels et frais de structure). L’imprimeur reçoit 1,50 € pour le travail de pré-presse (qui peut aussi être réalisé par le service de fabrication de l’éditeur), l’achat du papier et l’impression. Le diffuseur et le distributeur perçoivent 1,70 €. Le libraire gagne 3,80 €. Enfin, l’Etat récolte 0,50 € (TVA). Ce sont, à part la TVA, des chiffres moyens, qui peuvent varier.

Prenons maintenant le même livre en version numérique. L’auteur touche toujours autant, et aimerait bien davantage… Le travail de l’éditeur demeure le même quel que soit le support. Il n’y a plus d’imprimeur ni de frais de logistique liés au papier (transport et stockage). Mais :
- il y a de nouveaux coûts qui apparaissent avec le numérique : coûts de conversion des fichiers (voire de numérisation s’il s’agit de livres plus anciens), coûts de stockage des fichiers, coûts de sécurisation des fichiers, frais juridiques liés à l’adaptation des contrats d’édition et à la défense contre le piratage, etc.
- vendre des livres numériques ne se fait pas tout seul : cela nécessite un diffuseur-distributeur (« e-distributeur » pour reprendre la terminologie de Gallica2) et de sites de vente en ligne des livres (« e-librairies »). A ce sujet, pourquoi ne pas pratiquer la vente directe ? Ce serait méconnaître l’importance stratégique que revêt la librairie de qualité pour tous les éditeurs (cf. 6).
- tous ces nouveaux coûts compensent peu ou prou la disparition des coûts liés au papier. Et en plus, le taux réduit de TVA de 5,5 %, dont bénéficie le livre papier, ne concerne pas le livre numérique, taxé au taux normal de 19,6 % : d’où un surcoût de 14 % du livre numérique !

Enfin, d’aucuns estiment que le prix du livre numérique devrait être inférieur de 30 % à celui du livre papier. Or, il serait absurde de vouloir définir a priori un différentiel de prix entre livre numérique et livre papier. D’une part, parce que le prix différera selon le type de livre numérique : littérature, science et technique, scolaire, poche ou première édition, édition numérique enrichie ou non… D’autre part, le livre numérique conduit à proposer de nombreux modèles commerciaux autres que la vente de livres à l’unité : vente par chapitre, par page, location, vente en bouquets, abonnements, droits d’impression ou non… En tout état de cause, c’est le marché qui imposera peu à peu les prix, qui seront sans doute très différenciés.

Il est à cet égard intéressant d’observer que le prix du livre papier et du livre numérique est le même sur le premier marché significatif pour le livre numérique grand public, qui est le manga au Japon : le manga numérique, qui se lit sur téléphone portable, s’achète 50 Yens le chapitre, tandis que l’album papier coûte 500 Yens pour 10 chapitres. Et les livres numériques vendus par une grande chaîne britannique de librairies, Waterstones, sont au même prix que leur version papier.

Non seulement annoncer que le prix du livre numérique devra être inférieur de 30 % à celui de papier est dangereux pour le développement du marché numérique, mais il l’est aussi pour le livre papier, dont on ne comprendra plus qu’il soit à payer au juste prix : c’est tout l’édifice de la loi sur le prix unique qui risque d’être remis en cause.

2 - « Le livre numérique va remplacer le livre papier »

Pas de fatalisme de notre part. Le livre numérique est pour les éditeurs une formidable opportunité de créer un nouveau marché et de toucher de nouveaux publics. L’édition est en train de devenir une industrie multi-supports : livre papier et livre numérique vont coexister. Une partie du marché du livre papier va diminuer, mais elle sera compensée par la création de nouveaux marchés. L’arrivée d’un nouveau média ne détruit pas forcément les anciens, il crée de nouveaux usages, souvent complémentaires des anciens : la télévision n’a pas détruit la radio, etc.

De plus, le bilan écologique comparé du livre numérique et du livre papier est nettement en faveur du second. En effet, selon une étude commandée par Hachette Livre à la société Carbone 4, une tablette de lecture numérique (« liseuse ») dégage 250 fois plus de CO2 par an qu’un livre papier et il faut lire au moins 80 livres numériques par an pendant trois ans avec la même liseuse (à supposer qu’on la conserve trois ans) pour l’amortir écologiquement…

3 - « En devenant numérique, le livre va fatalement être piraté, comme le disque et la vidéo »

Dans l’univers d’Internet s’est installé le mythe de gratuité de l’accès aux contenus intellectuels : la musique et la vidéo en ont déjà fait les frais, perdant l’un la moitié, l’autre le quart de son marché. Idée faussement généreuse voire dangereuse car elle risque d’entraîner un appauvrissement de la qualité et de la diversité des contenus, dont les éditeurs sont les garants, voire le retour à un système pris en charge par l’Etat.

Sans un respect fort du droit d’auteur, on ne peut prétendre à la création d’une offre légale, pérenne et de qualité. La coopération de tous les acteurs d’Internet, fournisseurs de contenus, télécoms, fournisseurs d’accès à Internet, moteurs de recherche et bibliothèques numériques paraît indispensable afin de lutter contre la prolifération du piratage. Or, certains de ces acteurs, dont les visées monopolistiques et hégémoniques sont claires, renversent le principe du droit d’auteur pour promouvoir leurs propres intérêts et générer d’importants revenus publicitaires à partir des contenus des éditeurs.

On oublie trop souvent que le droit d’auteur, qui fait partie des droits de l’Homme hérités du Siècle des Lumières, rémunère le travail des auteurs et de leurs éditeurs. N’y a-t-il pas là une extraordinaire régression démocratique à refuser de rémunérer le travail intellectuel, à refuser de rémunérer l’œuvre de l’esprit, alors qu’on accepte de payer pour des biens matériels ou des services ?

Le livre n’est pas la musique : les publics sont différents, la durée des usages n’est pas le même, les pratiques de piratage massif antérieur n’existent pas. Ces différences fondamentales expliquent pourquoi l’édition n’a pas signé les accords de l’Elysée de fin 2007 (« accord Olivennes »). En effet, les éditeurs ne veulent pas s’interdire a priori d’utiliser des DRM. Ces protections vont devenir de plus en plus interopérables et permettent déjà de larges usages : six copies d’un même fichier. Elles ne permettent pas seulement de « verrouiller » les œuvres, mais aussi de définir des usages et des modèles économiques : impression ou non, prêt qui permet de vendre aux bibliothèques… Bref, à la condition de ne pas imposer de contraintes techniques excessives aux lecteurs, elles sont favorables à la création d’un marché du livre numérique en France.

4 - « Les éditeurs ne font rien pour se préparer au numérique, ils sont sur la défensive »

Face à ces opportunités et à ces menaces (qui sont loin de concerner uniquement les professionnels du livre), les éditeurs sont mobilisés et se préparent activement à cette révolution technologique. De trois manières :
- Réagir aux actes de piratage : assignation en contrefaçon de Google et Free, mise en demeure d’universités numériques dès lors qu’elles ne respectent pas les droits d’auteur, vigilance au niveau européen.
- Développement d’une offre légale de qualité. Certains secteurs comme l’édition juridique et scientifique sont particulièrement avancés dans ce domaine et prévoient que d’ici cinq ans, 50 % de leur marché concernera des contenus en ligne. De même, les éditeurs scolaires ont engagés des efforts importants pour produire des manuels d’un nouveau type adaptés au « cartable électronique ». D’autres secteurs se préparent à cette évolution depuis quelques années, avec deux atouts : une approche concertée au sein du SNE et de l’interprofession du livre ; et un partenariat public-privé exemplaire, avec l’appui du Centre National du Livre et de la Bibliothèque Nationale de France (rapports Zwirn en 2007 et Patino en 2008, expérimentation du portail Gallica2, qui clôt avec succès sa première phase, avec une centaine d’éditeurs participants et 8000 livres en ligne, soit plus de 10 % des parutions annuelles).
- Transformation des modes de production : nombre d’éditeurs des secteurs qui étaient jusque-là peu concernés par l’édition électronique (littérature générale, jeunesse, bande dessinée, etc.) ont engagé des investissements significatifs pour modifier leurs modes traditionnels de production, afin de pouvoir produire à l’avenir simultanément des versions numériques de leurs ouvrages imprimés.

5 - « On pourra se passer d’éditeur à l’ère du numérique »

L’écrivain américain Stephen King a tenté l’expérience de vendre directement ses livres en ligne. Devant l’échec complet de sa tentative, il est revenu vers son éditeur… Cette idée reçue provient d’une méconnaissance du métier et de la valeur ajoutée de l’éditeur. Plutôt discret et en retrait derrière ses auteurs, l’éditeur a pourtant un rôle crucial : il sélectionne et « labellise » les œuvres en les intégrant dans un catalogue, un fonds, une marque reconnus par les lecteurs ; il apporte une contribution intellectuelle (« création éditoriale ») importante ; enfin il s’engage à exploiter commercialement les œuvres de manière continue (vente de livres, de droits dérivés, etc.). Comme l’a dit Marcel Gauchet lors du colloque « Livre 2010 » organisé par le CNL en 2007, l’impression d’un accès direct infini aux informations via Internet est trompeuse : même à l’ère d’Internet, l’on ne peut se passer d’intermédiaires, que ce soient les éditeurs ou les libraires (cf. ?)… Même les encyclopédies en ligne ouvertes et gratuites consacrent des moyens de plus en plus conséquents à la vérification des contenus.


6 - « On pourra se passer de libraire à l’ère du numérique »

L’existence en France d’un vaste réseau de librairies indépendantes, qui s’est globalement maintenu grâce à la loi sur le prix unique du livre, est déterminante pour la diversité et la qualité de la production éditoriale. Sans un tel réseau de libraires qui défendent et prescrivent des livres exigeants, ces ouvrages n’existeraient pas ou beaucoup moins. Le SNE est mobilisé pour aider la librairie indépendante à trouver toute sa place sur le marché émergent du livre numérique.

Propositions pour créer une offre de livres numériques de qualité


1- Etendre le taux de TVA réduit au livre numérique

Un livre se définit avant tout comme une œuvre de l’esprit. Un livre numérique est donc toujours un livre. C’est le contenu intellectuel qui prime.

C’est pourquoi le SNE propose de « toiletter » légèrement l’actuelle définition fiscale du livre, rédigée à une époque où le livre numérique n’existait pas. Plutôt que le livre y soit défini comme « un ensemble imprimé », il est proposé d’y inclure les livres audio et les livres numériques. Le SNE a transmis en janvier 2009 une proposition à ce sujet aux ministères des Finances et de la Culture. La récente décision européenne d’autoriser un taux réduit de TVA pour le livre audio est un premier pas encourageant en ce sens.

Cette proposition que soutiennent tous les éditeurs européens est cohérente avec la position du Président de la République qui est favorable à un taux réduit de TVA pour tous les produits culturels.

Etendre le taux réduit au livre numérique est indispensable au développement d’une offre légal attractive (cf. idée reçue n°1) et à la présence de la librairie indépendante sur le marché du livre numérique (cf. proposition n°2).


2 - Soutenir le réseau de librairies indépendantes, en particulier pour leur projet de portail Internet

Il faut aider les librairies de qualité à entrer sur le marché du numérique, en créant un ou plusieurs portails de vente en ligne de livres non seulement papier, mais aussi numériques. C’est la condition sine qua non du maintien de la diversité culturelle.

3 - Combattre le piratage et réfuter l’idée de gratuité des livres numériques

Dès qu’on parle d’économie numérique, on pense « technologies », « tuyaux », haut débit, haute définition, etc. C’est le mirage technologique. Mais à quoi sert le haut débit si l’on ne se préoccupe pas des contenus véhiculés ? Ne devenons pas l’apprenti-sorcier qui se laisse déborder par ses outils.

Les éditeurs attendent des pouvoirs publics qu’ils rappellent haut et fort l’importance primordiale du respect du droit d’auteur comme un droit de l’homme et un acquis de la société démocratique :

* En premier lieu, la loi DADVSI de 2006 avait prévu qu’une exception pédagogique entrerait en vigueur au 1er janvier 2009. Or, tel n’est pas le cas, et il faut impérativement sortir de la situation actuelle de non-droit dans la laquelle se trouvent les enseignants qui scannent des livres.

* Par ailleurs, certaines universités, sensibles aux sirènes de la gratuité, développent à grand frais, des plateformes de ressources numériques d’une utilité très relative, à base exclusive de cours d’enseignants provenant d’œuvres protégées, ce qui conduit certains enseignants à auto-plagier leurs livres publiés chez des éditeurs. Pour développer enfin une offre de ressources numériques de qualité, en partenariat entre éditeurs privés et acteurs publics, il faudrait d’urgence créer un observatoire du numérique dans l’enseignement supérieur et la recherche. Et augmenter les budgets d’acquisition des bibliothèques universitaires en ressources numériques (la France est notoirement sous-dotée par rapport aux autres pays européens).

4 - Lancer une grande campagne pour la lecture auprès des jeunes

Que le livre soit imprimé ou numérique, encore faut-il qu’il soit lu. Le SNE appelle de ses vœux une vaste campagne dans l’opinion publique en faveur de la lecture en général.

Les récentes enquêtes montrent une réduction très préoccupante des comportements de lecture dans la population. Un tiers de Français ne lisent jamais (pas un livre lu dans l’année écoulée). La part des « gros lecteurs » a fortement baissé au profit des « petits lecteurs » (1 à 5 livres lus par an). La lecture est un savoir de base et un droit fondamental ; sa non-maîtrise, un facteur d’exclusion à coup sûr. Plus préoccupante que la « fracture numérique » est la « fracture de la lecture » (cf. Nous on n’aime pas lire, de Danièle Sallenave, éd. Gallimard 2009).

Pourtant les obstacles à la lecture sont faibles : le réseau de lecture publique est très développé en France, notamment en milieu scolaire, et le livre est un produit culturel abordable, avec un prix moyen de 9 € et une vaste offre en édition de poche qui abaisse le prix du livre au niveau de celui d’un magazine.

Le SNE est bien sûr mobilisé à ce sujet : campagne générique radio en décembre 2008, olympiades de la lecture auprès d’élèves de CM2 en janvier 2009, organisation depuis 28 ans du Salon du Livre destiné au grand public…

Plus que jamais, la lecture doit être une « grande cause nationale ».

SNE - 13 mars 2009


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 23 mars 2009
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Messages

  • Je ne suis pas encore suffisemment au fait pour argumenter de la sorte mais il est vrai que je n’ai pas lu un "communiqué" du SNE mais plutôt une chronique qui prêchait pour sa chapelle - avec moults clichés sur les jeunes, sur le net.. et j’en passe.
    Ca m’interpelle..

    Et de m’interroger sur ce que je pourrais proposer dans ma librairie..

  • Vous oubliez, cher François, que la synthèse la plus pragamtico-désolante de leur constat, c’est à Twitter qu’on la doit.

    Un certain FB a ainis synthétisé tout cela : "révélation #SNE : l’empreinte écologique ordinateur supérieure à boulier"

    Cordialement

    Voir en ligne : ActuaLitté

  • Merci beaucoup pour votre réaction, dont j’espère qu’elle sera suivie par d’autres. Il est temps que le SNE comprenne qu’il ne peut se permettre de publier des contre-vérités pareilles sans être remis à sa place...

    • Comme bien des organisations patronales, le SNE sniffe dur la colle Merdef. A ce titre ses visions, tout domaine confondu, sont immanquablement réductrices, disons réduites à l’intérêt économique des plus gros de ses membres. Regarde l’étourderie hagarde des chefs de prod et autres experts du marketing devant n’importe quelle nouveauté : infantilisme. Mais il faut partir de ce que tu finis par évoquer, la mutation de la lecture, du verbe Lire. Si on part de ce point-là on tient le fil par le bon bout. Si l’on part de l’innovation technologique (de "l’appareil"), on se plante. L’appareil invente la fonction et la fonction transforme l’usage. Si l’on veut avancer c’est autour de cet usage qu’il faut réfléchir, me semble-t-il. Et là on n’a encore que des tendances, des hypothèses.

      Voir en ligne : Poetaille

  • C’est assez affligeant en effet ! L’idée, en autre, advenant avec l’écologie du net comme dans l’exemple du succès de "Bienvenue chez les Ch’tis" qui aurai perdu des entrées a cause du téléchargement, alors qu’au contraire il doit surement beaucoup a ce téléchargement, ne passe pas ! Pensée "réseau" construire avec ses principes semble difficile, le "switch" est compliqué (gratuité, services, "éclatement du texte", technicité proprement web...). Non, non et non une transposition presque sans douleur du monde matériel au monde numérique est impossible ce n’est pas avec une simple ouverture vers "de nouveaux marchés" et en tapant sur la table pour réaffirmer le droit d’auteur que cela va ce faire ! Tout change : industrie/économie/symboles et il faut se remonter les manches, comme vous le faite, et arrêter d’avoir peur !

    Voir en ligne : http://www.lescomplexes.com

  • Je répondrai sur le CO2, il y a beaucoup plus à dire...

    • La colère te va bien. Et chaque jour je pleure que loin de ma bibliothèque personnelle, je n’ai pas tel ou tel livre en numérique quand je vais animer des ateliers auprès des jeunes.
      Heureusement Arno Calleja est sur le net et je peux retrouver ses textes (j’ai laissé les versions papier ACHETES chez moi, c’est lourd les livres dans une valise (cela m’a d’ailleurs valu près de 100 euros de surtaxe à l’aéroport de Berlin ). Parce que je ne savais pas en partant que Calleja aurait un tel impact sur des ados qui parlent une langue qui sait entendre d’autres langues.

  • Et voilà ma réponse sur les readers et l’empreinte CO2 :
    http://papierelectronique.blogspot.com/

  • Yep ! Pour le syndrome du chapelier, j"assume !

    26 janvier 2007, c’est déjà autrefois, en effet...

    Et pour le reste, chapeau !

    Voir en ligne : Journal LittéRéticulaire 2.0

  • Merci pour cette analyse.
    Un point peut être ajouté, parmi les fantômes sortis du placard :

    (sne) « On oublie trop souvent que le droit d’auteur, qui fait partie des droits de l’Homme hérités du Siècle des Lumières, rémunère le travail des auteurs et de leurs éditeurs. »

    L’appel au tabou : les droits de l’homme. Pas ceux de la déclaration de 1789 (où la propriété est mentionnée au dernier article, mais pas la propriété intellectuelle). Ceux du XXe siècle des éditeurs et du monde littéraire de l’après-Zola. C’est effectivement dans la déclaration de 1948 (article 27). Mais la formulation « Chacun a droit à la protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production scientifique, littéraire ou artistique dont il est l’auteur » (je souligne) est tout de même un peu moins simpliste que l’interprétation par le SNE (protection des intérêts matériels ne dit rien contre un modèle économique avec diffusion partiellement gratuite, comme dans le domaine papier les "services de presse"). Et, contrairement à ce qu’affirme le communiqué du SNE, les éditeurs ne sont pas mentionnés...
    Il y a donc une double falsification, placée sous le titre auguste de "droits de l’homme", donc irréfutable.

  • "a tale of sound and fury, ..."

    J’aimerais bien que des anthropologues, avec la culture et le talent des Roger Chartier et Robert Darnton, m’éclairent sur le fonctionnement antropologique des discours d’horreur, de menace ou d’imprécation — depuis les mythes, contes et légendes jusqu’aux films d’horreur et à la politique fiction en passant par les discussions de "café du commerce".

    [Beaucoup de respect, de mon côté, pour la conception de Gérard Klein que la (bonne) science-fiction constitue de véritables expériences de pensée, susceptibles donc d’aider à une prise de décision devant des options difficiles ou impossibles à évaluer. Peut-être même une thèse à soutenir pour la rôle de la littérature en général ?]

    Il faut effectivement, dès qu’il s’agit d’agir au présent et de vivre tant bien que mal ce qui se présente, laisser plus de place à d’autres discours, plus immédiatement vérifiables et positifs. Constater ce qui est, ce qui se fait qui paraît aller dans le bon sens en tâchant de comprendre la problématique des protagonistes et de leurs porte-paroles — mandatés ou non.

    Établir un débat politique ou une ouverture de négociation en renonçant à la rhétorique et aux techniques de conquête d’opinion, si c’est concevable ? Encore faut-il définir un objet au débat, à la négociation.

    En l’occurrence, le faisceau de questions objet du débat me semble être le suivant :
    Les éditeurs ont-ils le droit, le devoir, les moyens de contrôler équitablement l’exploitation numérique des œuvres qui leur ont été, sont et seront concédées par les contrats avec les auteurs ?
    La réponse du SNE est qu’ils en ont le droit, qu’ils n’en ont pas le devoir dans les conditions actuelles parce que les conditions de leur exploitation conforme aux contrats ne sont pas actuellement remplies et qu’ils ne trouvent pas dans l’économie du numérique les garanties nécessaires à leur activité — sans que cela les empêche d’expérimenter certaines exploitations numériques.

    Où peut-il y avoir litige ? En l’absence d’un ’droit des lecteurs’, qui pourraient réclamer un accès numérique aux œuvres ’livres’ dont ils acquièrent l’usage, seuls les auteurs sous contrat sont à même de contester tout ou partie de ces points pour organiser l’exploitation numérique des œuvres en question.

    Les artistes et créateurs prenant en compte les médias numériques n’ont d’ailleurs pas attendu la question du ’livre et du numérique’ pour investir le domaine, du jeu vidéo jusqu’aux solutions expérimentées par Publie.net et surtout l’invention de nouvelles formes de création — tierslivre.net, desordre.net, ...