fictions | villes affleurantes

recherche d’un nouveau monde, 4


On avait préféré ici installer les villes sous le sol. De même, les galeries qui permettaient, par véhicules électriques automatisés ou simples allées piétonnes, de joindre les différents quartiers et circuler des pôles habitations aux pôles travail, des pôles loisirs aux pôles marchands et ainsi de suite.

Ainsi, le sol lui-même restait vide, dégagé, libre pour l’exercice, ou la simple contemplation. Bien sûr, lorsqu’une ville est une telle réussite, on aurait aimé que le sol au dehors soit moins ingrat, moins plat, laisse plus de variété de paysages, et ainsi de suite. Combien de ces paysages défigurés, ailleurs, par le surgissement des raffineries et entrepôts, verrues commerciales, barres à répétition de logements parallèles ? Ils s’appuyaient, eux, sur cette vieille tradition des villes pour cartes postales, si intimement liées à leur installation naturelle : Londres sur ses ponts, Venise dans sa lagune, Lhassa sur sa montagne.

Mais attention : les villes affleurantes n’étaient pas des villes souterraines. De larges cour ouvraient plein ciel, et ainsi nos fenêtres. Les rues, les travées étaient souvent à l’air libre.

Seulement, dès que grimpé par les escalators ou ascenseurs au niveau du sol, plus rien de ce qui, chez nous, grouille, s’agite, bouge, fabrique, apprend, commerce. Non, juste l’indication de ce qui là-dessous se passe. On respectait la continuité de la terre, l’idée sauvage de sa surface.
Et que pouvait faire qu’ici le temps soit si rude ? Pendant les mois de neige, ce qui affleurait de la ville n’en était que plus singulier et plus abstrait. On vivait bien, ici.

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 1er avril 2009
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