fictions | surveillance

recherche d’un nouveau monde, 7

On ne pouvait se passer néanmoins de surveillance.

La vie privée dans ce pays était très respectée : certes, on pouvait se promener sans papiers d’identités. Ne franchissez pas les bornes de la convenance, n’allez pas au bord de ce qui est tolérable, personne ne viendra vous demander de compte : on pourrait croire, même, que rien n’existe, qui fait tant d’ombres (et de bruits de sirène) dans le grand pays voisin, ou du côté de nos vieilles villes.

C’est qu’on avait pensé tout cela bien en amont. Autant le prévoir dès le plan de masse des villes. Il suffisait finalement de si peu, de ces points de surveillance discrètement placés sur les meilleures perspectives. On avait aussi cela, chez nous, l’été, pour la surveillance des forêts : ici, c’était facile d’observer la ville. On en avait dressé quelques théories : une perturbation à tel endroit se propageait forcément, on pouvait très facilement la repérer à ce qu’elle dérangeait, par cercles concentriques, en amont ou en aval.

D’ailleurs, les hommes qu’on choisissait pour ces métiers étaient des hommes solides, attentifs aux signes. Il arrivait fréquemment qu’après quelques années ils préfèrent reprendre un travail qui soit plus de contact, et mobile. On les retrouvait dans les établissements scolaires, dans les lieux d’accueil et de discussion, pendant que d’autres observateurs montaient dans les passerelles.

Aux périodes de transition, on les apercevait souvent tous deux ensemble, celui qui finissait et celui qui prendrait le relais. On espérait, un jour, un livre qui soit la somme de ces remarques et réflexions sur la ville.

Nous avons tant à apprendre, tous, de ceux qui restent longtemps témoins immobiles d’un point fixe de la ville.

 

© François Bon _ 10 avril 2009


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