jamais je n’ai si bien écrit

"L’insurrection qui vient" : un sacré morceau de littérature


Qu’on ne nous parle plus de « la ville » et de « la campagne », et moins encore de leur antique opposition. Ce qui s’étend autour de nous n’y ressemble ni de près ni de loin : c’est une nappe urbaine unique, sans forme et sans ordre, une zone désolée, indéfinie et illimitée, un continuum mondial d’hypercentres muséifiés et de parcs naturels, de grands ensembles et d’immenses exploitations agricoles, de zones industrielles et de lotissements, de gîtes ruraux et de bars branchés : la métropole. Il y a bien eu la ville antique, la ville médiévale ou la ville moderne ; il n’y a pas de ville métropolitaine. La métropole veut la synthèse de tout le territoire. Tout y cohabite, pas tant géographiquement que par le maillage se ses réseaux.

C’est justement parce qu’elle achève de disparaître que la ville est maintenant fétichisée, comme Histoire. Les manufactures lilloises deviennent des salles de spectacle, le centre bétonné du Havre est patrimoine de l’Unesco. À Pékin, les hutongs qui entourent la Cité interdite sont détruites, et l’on en reconstruit de fausses, un peu plus loin, à l’attention des curieux. À Troyes, on colle des façades à colombage sur des bâtiments en parpaing, un art du pastiche qui n’est pas sans évoquer les boutiques style victorien de Disneyland Paris. Les centres historiques, longtemps sièges de la sédition, trouvent sagement leur place dans l’organigramme de la métropole. Ils y sont dévolus au tourisme et à la consommation ostentatoire. Ils sont les îlots de la féerie marchande, que l’on maintient par la foire et l’esthétique, par la force aussi. La mièvrerie étouffante des marchés de Noël se paye par toujours plus de vigiles et de patrouilles de municipaux. Le contrôle s’intègre à merveille au paysage de la marchandise, montrant à qui veut bien la voir sa face autoritaire. L’époque est au mélange, mélange de musiquettes, de matraques télescopiques et de barbe à papa. Ce que ça suppose de surveillance policière, l’enchantement !

Ce goût de l’authentique-entre-guillemets, et du contrôle qui va avec, accompagne la petite bourgeoisie dans sa colonisation des quartiers populaires. Poussée hors des hypercentres, elle vient chercher là une « vie de quartier » que jamais elle ne trouverait parmi les maisons Phénix. Et en chassant les pauvres, les voitures et les immigrés, en faisant place nette en extirpant les microbes, elle pulvérise cela même qu’elle était venue chercher. Sur une affiche municipale, un agent de nettoyage tend la main à un gardien de la paix ; un slogan : « Montauban, ville propre ».

La décence qui oblige les urbanistes à ne plus parler de « la ville » qu’ils ont détruite, mais de « l’urbain », devrait aussi les inciter à ne plus parler de « la campagne », qui n’existe plus. Ce qu’il y a, en lieu et place, c’est un paysage que l’on exhibe aux foules stressées et déracinées, un passé que l’on peut bien mettre en scène maintenant que les paysans ont été réduits à si peu. C’est un marketing que l’on déploie sur un « territoire » où tout doit être valorisé ou constitué en patrimoine. C’est toujours le même vide glaçant qui gagne jusqu’aux plus reculés des clochers.

La métropole est cette mort simultanée de la ville et de la campagne, au carrefour où convergent toutes les classes moyennes, dans ce milieu de la classe du milieu, qui, d’exode rural en « périurbanisation », s’étire indéfiniment. À la vitrification du territoire mondial sied le cynisme de l’architecture contemporaine. Un lycée, un hôpital, une médiathèque sont autant de variantes sur un même thème : transparence, neutralité, uniformité. Des bâtiments, massifs et fluides, conçus sans avoir besoin de savoir ce qu’ils abriteront, et qui pourraient être ici aussi bien que n’importe où ailleurs. Que faire des tours de bureaux de la Défense, de la Part Dieu, ou d’Euralille ? L’expression « flambant neuf » contracte en elle toute leur destinée. Un voyageur écossais, après que les insurgés ont brûlé l’Hôtel de Ville de Paris en mai 1871, atteste la singulière splendeur du pouvoir en flamme : « … jamais je n’avais rien imaginé de plus beau ; c’est superbe. Les gens de la Commune sont d’affreux gredins, je n’en disconviens pas ; mais quels artistes ! Et ils n’ont pas eu conscience de leur œuvre ! […] J’ai vu les ruines d’Amalfi baignées par les flots d’azur de la Méditérranée, les ruines des temples de Tung-hoor dans le Pendjab ; j’ai vu Rome et bien d’autres choses : rien ne peut être comparé ce que j’ai eu ce soir devant les yeux. »

Il reste bien, pris dans le maillage métropolitaine, quelques fragments de ville et quelques résidus de campagne. Mais le vivace, lui, a pris ses quartiers dans les lieux de relégation. Le paradoxe veut que les endroits les plus apparemment inhabitables soient les seuls à être encore habités en quelque façon. Une vieille baraque squattée aura toujours l’air plus peuplée que ces appartements de standing où l’on ne peut que poser ses meubles et perfectionner la déco en attendant le prochain déménagement.

 

L’insurrection qui vient, La Fabrique édition, p 38-40.


Alors, vous avez lu ?

Le livre s’appelle L’insurrection qui vient, porte comme nom d’auteur comité invisible. Eh bien j’avoue : je suis l’auteur des pages ci-dessus, j’en revendique la responsabilité !

Mais avez-vous lu Blanqui ? Ou, à la limite, Walter Benjamin parlant de Blanqui ? comité invisible connaît tout ça. Rarement eu l’impression autant que dans ce livre – quelle prose serrée, construite, équilibrée, rigoureuse – de retrouver les grandes colères et ce ton formidablement désabusé de l’immense Blanqui. Allez-voir L’Éternité par les astres, tiens... Ou sa biographie par Gustave Geffroy, L’Enfermé...

Oui, j’aurais grande fierté à avoir contribué à L’insurrection qui vient ou avoir participé à ce comité invisible.

Alors, bien sûr d’accord avec la pétition : Nos bibliothèques sont pleines à craquer de livres subversifs. Mais je propose en outre aux écrivains avec site ou blog de me rejoindre : prendre deux pages de L’insurrection qui vient, l’installer sur votre site et vous en déclarer l’auteur.

Nous sommes tous l’auteur de L’insurrection qui vient. Et remercions comité invisible de cette lucidité, quand elle se fait langue.

À noter qu’il était commenté dans Lignes de fuite dès le 7 mai 2007...

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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 27 avril 2009
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Messages

  • A la Revue des ressources on l’a déjà fait, c’est ici.

    C’est un texte en effet essentiel et très fort, mais parler de littérature, je ne sais pas, quand je lis cet autre passage :

    La littérature est en France l’espace
    que l’on a souverainement accordé au divertissement
    des castrés. Elle est la liberté formelle que
    l’on a concédée à ceux qui ne se font pas au néant
    de leur liberté réelle. D’où les oeillades obscènes
    que ne cessent de s’adresser depuis des siècles, dans
    ce pays, hommes d’État et hommes de lettres, les
    uns empruntant volontiers le costume des autres, et réciproquement. D’où aussi que les intellectuels
    y aient coutume de parler si haut quand ils sont
    si bas, et de faillir toujours au moment décisif, le
    seul qui aurait rendu un sens à leur existence mais
    qui les aurait aussi mis au ban de leur profession.
    C’est une thèse défendue et défendable que la
    littérature moderne naît avec Baudelaire, Heine et
    Flaubert, comme contrecoup du massacre d’État
    de juin 1848. C’est dans le sang des insurgés parisiens
    et contre le silence qui entoure la tuerie que
    naissent les formes littéraires modernes – spleen,
    ambivalence, fétichisme de la forme et détachement
    morbide. L’affection névrotique que les
    Français vouent à leur République – celle au nom
    de quoi toute bavure retrouve sa dignité, et n’importe
    quelle crapulerie ses lettres de noblesse –
    prolonge à chaque instant le refoulement des sacrifices
    fondateurs. Les journées de juin 1848 – mille
    cinq cents morts durant les combats, mais plusieurs
    milliers d’exécutions sommaires parmi les prisonniers,
    l’Assemblée qui accueille la reddition de la
    dernière barricade au cri de « Vive la République ! »
    – et la Semaine sanglante sont des taches de naissance
    qu’aucune chirurgie n’a l’art d’effacer.

    A méditer...

    • évidemment d’accord avec toi, Laurent, et merci pour le lien

      pas de quoi s’emmêler les pinceaux quand on lit "détruire à jamais les données informatisées" et autres

      mais quand l’état sarkozyste retrouve les vieux réflexes policiers, convocation de l’éditeur, et Coupat maintenu en prison, moi je préfère ce bol d’air là, en plus fichtrement écrit (les simplifications de Blanqui dans son "Mort aux romantiques !" est du même ordre !), je choisis mon camp

      ça discute aussi pas mal sur face book à ce propos, comme André Gunthert, je cite :

      Juste un détail, pour donner le ton. "1er Cercle", p. 13. L(es) auteur(s) s’énervent contre le slogan "I am what I am" : « stade ultime de l’évolution publicitaire, ... Des décennies de concepts pour en arriver là, à la pure tautologie. »

      Pas de bol. Composé en 1983 par Jerry Hermann, auteur gay, "I am what I am" est une chanson identitaire (« I am my own special creation ») qui deviendra le cri de ralliement de la Gay Pride. On a donc simultanément la démonstration de l’absence de connaissance de la culture pop, de la culture américaine et de la culture gay, au service d’un cliché franchouillard qui dénonce Pepsi et Reebok..
      Juste un détail, pour donner le ton. "1er Cercle", p. 13. L(es) auteur(s) s’... Lire la suiteénervent contre le slogan "I am what I am" : « stade ultime de l’évolution publicitaire, ... Des décennies de concepts pour en arriver là, à la pure tautologie. »

      Pas de bol. Composé en 1983 par Jerry Hermann, auteur gay, "I am what I am" est une chanson identitaire (« I am my own special creation ») qui deviendra le cri de ralliement de la Gay Pride. On a donc simultanément la démonstration de l’absence de connaissance de la culture pop, de la culture américaine et de la culture gay, au service d’un cliché franchouillard qui dénonce Pepsi et Reebok..

      mais là encore, en pensant à 699 romans de rentrée consensuels sur 730, et qui ne risquent pas de faire ce genre d’erreur, signé sans hésitation la pétition de la Maison des écrivains

      donc persiste et signe (même effrayé, c’est vrai, par le monde sans art dont témoigne "L’insurrection qui vient", le passage que tu cites étant le seul où la littérature soit mentionnée...)

    • de toute façon cela dépasse la qualité ou non du livre (que je vais tenter de me procurer, me rajeunira), cela correspond à une stigmatisation insuportable de tout ce qui ose tenter de penser - et le passage que vous choisissez comme écrit par vous, outre l’écriture, est d’une vérité navrante pour ces villes récurées et gentrifiées (ici la saleté ambiante s’y oppose mais l’argent est là et le manque de liaison avec les quartiers après six ou sept heures du soir) - ce que quand nous étions jeunes avec ma tribu nous appelions l’"oflag" où nous étions regroupés par grades du père, dans des groupes voisins de ceux des ouvriers de l’arsenal.
      Vais chercher d’autres pages même si je ne rentre pas dans la catégorie sollicitée

    • Je ne vois pas le rapport entre l’IQV et les 699 romans. Je soutiens absolument Coupat, que je ne connais pas, mais dont les aperçus qui en ont été donnés par Médiapart sont sacrément impressionnants. Et je pense que son incarcération est le signe d’une dérive qu’il ne faut pas hésiter à qualifier de proto-totalitaire. Mais précisément : ce sont les magistrats antiterroristes qui ont décidé que l’IQV était un élément à charge dans le délire qu’ils qualifient d’enquête. Et je ne vois pas pourquoi je devrais suivre les intuitions d’Alain Bauer, qui perçoit cet opuscule situationniste comme un brûlot d’ultra-gauche (ce qui prouve qu’il n’y comprend pas grand chose - l’ultra-gauche étant clairement vomie par l’IQV), dès lors que Coupat affirme ne pas en être l’auteur - ce qu’a confirmé Hazan.

    • dont acte, André, et merci de ce point de vue - reste la dérive policière, de plus en plus omniprésente - et qu’on puisse manifester qu’on tiendra le coup contre cette masse envahissante et cynique de bêtise, où hadopi, la lru etc participent des mêmes symptômes

    • Cet anti intellectualisme par des gens qui ont du monde une vue hyper-intellectualisée est d’une hypocrisie pénible. Il y a entre une certaine ultragauche sectaire et la vieille tradition stalinienne plus d’une parenté.
      La hantise de la récupération finit par faire de d’impuissance politique un idéal.
      Sur l’influence de la Commune sur la littérature, je vous invite plutôt à lire le livre de Frédéric Thomas, sur Rimbaud et Saint-Just :

      Voir en ligne : Salut et Liberté

  • Ce qui est proprement insupportable dans le fait de retenir quelqu’un en prison,, et d’interroger l’éditeur de ce quelqu’un pendant des heures, c’est que l’Etat est, et pour le "bien" de tous, dans ses petits souliers.
    Du temps de Poniatowski, ou de ceux qui ont assassiné Malik Oussékine, Pierre Overney ou Pierre Goldman, je n’avais déjà pas la fibre militante, et le dégoût de ces événements n’est pas parvenu à me faire agir. Si je suis descendu dans la rue, j’en avais une crainte un peu panique. Aujourd’hui, il s’agit de la même haine et de la même tendance à haïr la jeunesse parce qu’elle ne veut pas penser comme ses aînés haïssables, pourtant, qui ne veulent qu’une chose : ne voir qu’une seule tête. L’assassinat d’Aldo Moro, celui de Georges Besse, n’ont rien ni jamais résolu et nous restons (je reste) seuls face à l’ignominie qui veut que nous répondions "oui" toujours aux injonctions obscènes de la publicité, du marketing et de ces autres forces qui nous imposent nos manières de penser. C’est ainsi que je pense et je remercie l’auteur de ces pages de continuer à nous aider à penser autrement et bien plus juste que tout ce que les médias veulent nous faire croire comme vrai.

  • Petite contribution au débat.

    DES MOTS DANGEREUX,
    OU QUE PEUT UNE PAROLE INSURRECTIONNELLE ?

    Tel qu’il s’est exprimé dans la presse et sur Internet, le soutien à Julien Coupat et ses amis accusés d’avoir saboté une voie ferroviaire repose sur la conviction que ceux-ci sont innocents. Il faut les défendre et les libérer, car ils n’ont rien fait, et, sans être les auteurs de quoi que ce soit, ils sont victimes avant tout des lois antiterroristes et liberticides mises en place ces dernières années par différents gouvernements de gauche comme de droite : voici rassemblé en quelques mots le discours en faveur du groupe de Tarnac.

    Erreur politique, nous semble-t-il, de ces soutiens qui, en défendant des innocents, ne font en vérité qu’entériner définitivement leur propre impuissance critique et leur dramatique incapacité à agir. Dans la situation actuelle, il faudrait plutôt tenter d’envisager que Coupat et les autres ont été arrêtés non pas pour avoir saboté une ligne TGV, mais pour avoir publié un livre intitulé Une insurrection qui vient. Pour les autorités, c’est de cela qu’ils sont en vérité coupables, et de rien d’autre. Et c’est, paradoxalement, sur ce terrain-là et sur nul autre qu’il faut reconnaître leur culpabilité, seul terrain où, dans un premier temps, nous pourrons affirmer notre solidarité. « Paradoxalement », car nous sommes bien conscients de partir d’une assertion du pouvoir – Julien Coupat est l’auteur d’un écrit appelant à une révolte disqualifiée en terrorisme -, seule assertion qui, une fois revenue à l’essence même de cette parole insurrectionnelle, rend possible une action.

    On répondra en disant que ce petit livre d’une centaine de pages n’a rien de dangereux, que d’autres critiques du capitalisme plus virulentes sont publiées à longueur d’années, et on se trompera. Nouvelle erreur qui a elle aussi un prix : car à ne pas savoir reconnaître ce qui fait d’un texte un mode d’action en soi, on perd jusqu’au sens de la parole, et de ce que celle-ci peut avoir d’efficace dans un certain rapport à la réalité.

    Une parole insurrectionnelle aujourd’hui

    L’insurrection qui vient est signé par un mystérieux « comité invisible », derrière lequel on dit reconnaître un groupe de jeunes habitants de Tarnac, et a été publié par La Fabrique éditions en 2007. Il est tout à la fois un livre d’analyse politique sur l’état actuel des sociétés capitalistes, un pamphlet s’attaquant à toutes les croyances par lesquelles ces sociétés en phase terminale sont portées, et un manifeste appelant à de nouveaux modes d’action qui participent du contexte des luttes altermondialistes, sans toutefois s’y rattacher.
    Le ton du livre tranche avec les écrits anticapitalistes les plus récents, dont la plupart expriment une authentique révolte à l’égard des rapports sociaux existants en se contentant le plus souvent d’annoncer des bouleversements futurs après une période plus ou moins longue de décadence et de gestation. Qu’on songe aux essais de Cornélius Castoriadis sur la « montée de l’insignifiance » : dressant avec une clairvoyance et une verve inégalées le constat du déclin du capitalisme et constatant l’absence d’un réel fonctionnement démocratique de nos sociétés, le philosophe achève ses analyses sur un long détour par la réalité politique des cités grecques afin d’établir les conditions de possibilité d’une réelle démocratie moderne. En attendant des mouvements de rébellion improbables, les crises se succèdent, nourrissant de nouvelles analyses critiques inscrites dans ce même horizon d’attente.
    Ce qui caractérise au contraire L’insurrection qui vient et en fait – du moins du point de vue des autorités - un ouvrage séditieux, c’est justement le refus de toute attente. Dans nos démocraties paraît-il apaisées, il semblait impossible qu’un livre de critique radicale du monde actuel pût encore représenter un danger quelconque, puisqu’il n’y était ordinairement plus question, sinon d’une utopie pouvant entraîner l’action, du moins de l’organisation d’une société différente à partir de quelques actes individuels et collectifs. Avec cet ouvrage dudit « comité invisible », nous savons désormais qu’une parole écrite – et pas seulement tel ou tel propos isolé – peut provoquer une répression, celle-ci ne passant plus par la censure mais par la mise au cachot de son auteur supposé. Retour en arrière qu’il faut en quelque sorte acter, même si la police, pour passer à l’action, s’est appuyée sur le chef d’accusation de sabotage (lequel, au vu des libérations qui ont suivi, ne tient pas), comme si la décision de censurer un livre politique représentait aujourd’hui le plus grand risque pour un Etat dit démocratique.

    Nous relèverons juste quelques aspects du texte qui, sans nul doute, font de celui-ci un écrit séditieux du point de vue du pouvoir sarkozyste, et en vérité de tout pouvoir étatique. En les relevant, nous constaterons l’importance, pour toute action à venir, d’une parole ferme qui sera forcément qualifiée de violente par le système politique, intellectuel et médiatique en place, et qui ne pourra, pour être sûre d’exister efficacement, qu’être qualifiée de violente.

    Le constat initial effectué par le ou les auteur(s) du « comité invisible » est radical : le présent est « sans issue ». Ce constat est établi tant en ce qui concerne l’individu – sans cesse mobilisé dans l’affirmation d’une identité superficielle et fictive – que la société à laquelle ce dernier est censé appartenir. Car de société, conçue comme une structure composée de groupes sociaux fortement identifiés et solidaires, il n’y a plus (« Appeler « société » le peuple d’étrangers au milieu duquel nous vivons est une telle usurpation que même les sociologues songent à renoncer à un concept qui fut, pendant un siècle, leur gagne-pain »). A la place, seulement un agrégat d’individus plus ou moins en concurrence, une corrosion généralisée de tous les anciens liens.

    Rien d’original à ce constat initial. L’est plus en revanche ce qui suit : « En réalité, la décomposition de toutes les formes sociales est une aubaine. C’est pour nous la condition idéale d’une expérimentation de masse, sauvage, de nouveaux agencements, de nouvelles fidélités ». Là où des sociologues ou même des penseurs politiques voient dans cette absence de liens sociaux ou familiaux une situation sans issue et parlent volontiers de déclin moderne, L’insurrection qui vient manifeste la possibilité et la volonté d’un renouveau. Celui-ci ne passe cependant pas par quelque « action citoyenne », par un engagement associatif ou politique, mais par une forme d’action extérieure à tous les cadres existants. Et c’est à cet endroit précis que la parole insurrectionnelle surgit, parole qui doit être forcément dénoncée comme une forme de terrorisme et ainsi disqualifiée, si possible effacée par l’Etat directement menacé par elle.

    Le « comité invisible » se réfère au soulèvement des banlieues de 2005 en France, porteur d’aucun mot d’ordre et porté par nul leader, pour caractériser sa propre conception de l’action politique aujourd’hui nécessaire : « Il faut être aveugle pour ne pas voir tout ce qu’il y a de purement politique dans cette négation de la politique ». Si la « révolte des banlieues » fut inédite, c’est dans la mesure où elle rompit avec toutes les formes d’action traditionnelles, c’est parce que, par le feu, elle affirma un rejet par une multitude d’individus de tous les engagements associatifs, citoyens voire politiciens dans lesquels on souhaitait les enfermer. Rejet qui symbolise aux yeux du pouvoir – tel qu’il s’exprime aussi dans les médias, tel qu’il s’exprime peut-être avant tout dans les médias – une violence radicale et insupportable. Qu’on brûle des voitures ou des poubelles en brandissant des slogans contre telle ou telle décision du pouvoir ou telle injustice, cela aurait pu encore passer, mais qu’on le fasse de manière anonyme et sans mots d’ordre – absence qui exprimait en vérité le rejet en bloc de toutes les conditions de vie existantes en banlieue -, voilà ce qui choquait à ce point, et provoquait un déluge de condamnations morales contre la violence et même la « barbarie » d’individus masqués.

    La violence sociale est une réalité normale, quotidienne pour l’Etat, et c’est en raison de l’existence incontournable de celle-ci qu’il ne peut tenir debout sans une police ; mais que cette violence soit réellement politique, c’est-à-dire menace les fondements même de son pouvoir, voilà l’insupportable à ses yeux. Or L’insurrection qui vient appelle justement au surgissement d’une force réellement politique – ou d’une véritable action politique -, et les modalités de ce surgissement doivent être ici évoquées, car il s’agit de l’aspect le plus radical de l’ouvrage.

    Là où d’autres recherchent ou rechercheraient la mobilisation (syndicale, associative, politique), l’identité et la notoriété, les partisans de l’insurrection insistent sur la démobilisation, l’invisibilité et l’anonymat. Il s’agit de rompre avec tous les milieux, de se constituer en communes, éventuellement à partir de groupuscules déjà existants, et d’empêcher l’apparition de nouveaux milieux dans lesquels se constitueraient naturellement de nouveaux asservissements. En vérité, la lutte frontale contre l’Etat, qui aurait comme objectif la prise du pouvoir, n’a aucun sens, puisqu’elle mènerait automatiquement, en cas de succès, à la mise en place d’un pouvoir tout aussi hégémonique, sinon plus.
    Cette volonté affirmée de profiter de la crise économique - ou de l’économie libérale conçue elle-même comme crise perpétuelle – pour, à travers la démobilisation généralisée de travailleurs débarrassés de leur obsession du gain et libérés de leur solitude, laisser de nouvelles communautés et des solidarités inédites voir le jour, voilà le danger pour l’Etat obligé, s’il veut réprimer et contrôler, à avoir en face de lui des structures sociales établies et des « interlocuteurs ». Que ceux-ci et celles-ci disparaissent, et son pouvoir du même coup s’évanouit.
    D’où la force de cette violence insurrectionnelle qui, loin de vouloir détruire des bâtiments publics, d’éliminer un adversaire, se propose « simplement » d’agir hors de tout cadre défini pour ne pas sombrer dans l’agitation rituelle, et d’inventer un nouvel investissement des énergies individuelles et collectives suite à une rupture avec les modes de vie et les aliénations induits par l’économie libérale.

    Une expérience de soulèvement par la parole insurrectionnelle : André Breton à Haïti

    Qu’un texte publié par un éditeur courageux dénonçant de manière radicale la réalité de son époque puisse avoir un impact sur les consciences, et l’écriture de celui-ci constituer un mode d’action à part entière, voilà un événement suffisamment rare pour le saluer. On peut rattacher ce phénomène à une lignée de brûlots dont les auteurs furent, au gré de leurs déplacements, parfois inquiétés, et plus qu’inquiétés, par les pouvoirs en place. Ce fut notamment le cas d’André Breton qui, quittant Marseille le 24 mars 1941 sur un vapeur, le Capitaine-Paul-Lemerle, en direction des Etats-Unis, fut le seul passager à ne pouvoir descendre du navire lors d’une escale à Fort-de-France. On craignait sans doute que le poète, catalogué comme « anarchiste dangereux » par la police de Vichy, pût constater par lui-même la grande pauvreté de la population noire de l’île, et que la part la plus instruite de celle-ci – notamment Aimé Césaire et ses amis - l’accueillît à bras ouverts.

    Même si Breton, suite à une rencontre avec le gouverneur de l’île, put finalement débarquer sur l’île et entrer en contact avec les poètes martiniquais, cette crainte n’était pas infondée, comme les événements survenus à Haïti quelques années plus tard le prouveront . Sartre avait déjà noté que le surréalisme, en perte de vitesse en Europe, avait trouvé une plus large audience à un niveau international, notamment aux Antilles et en Amérique latine . Les animateurs de la revue martiniquaise Tropiques avaient ainsi repris nombre des mots d’ordre surréalistes, ceux-ci coïncidant la plupart du temps avec une révolte sociale qui couvait dans la population insulaire.
    A Haïti, la situation était similaire. Invité par les services culturels de la France libre à y donner une série de conférences en décembre 1945, André Breton y fut accueilli en héros par une jeunesse révoltée contre le pouvoir en place. Certes, le feu couvait avant sa venue. Mais les positions anticolonialistes de Breton et du surréalisme, exprimées notamment lors de la guerre engagée par la France contre le Maroc en 1925, enflammèrent encore un peu plus les esprits, au point de provoquer des mouvements de rue et de déclencher l’insurrection haïtienne de 1946.

    En 1944, Aimé Césaire était également passé par Haïti pour un séminaire de quatre mois. Dans ses conférences, le poète martiniquais avait évoqué Lautréamont, Rimbaud, et bien entendu Breton et le surréalisme. Dans une interview publiée le 13 décembre 1945 dans Haïti Journal, Breton aura l’occasion de présenter la poésie surréaliste « comme puissance émancipatrice et annonciatrice » capable « d’explorer en tous sens le champ des possibilités », et d’exposer sa critique radicale de la culture occidentale qui avait fini par coloniser la terre entière en soumettant les « peuples de couleur », au mépris de leurs propres cultures ancestrales auxquelles, sur le plan artistique, le surréalisme devait tant. Mais surtout, à cause des conditions de vie difficiles aux Antilles, Breton annonçait des bouleversements à venir dans cette région du monde, confiant dans le fait que, malgré la pauvreté de bon nombre d’Antillais, la profusion de la nature leur permettrait, à eux « qui sont restés les plus près des sources » , de retrouver les aspirations authentiques de l’être humain.
    Une parole libératrice était passée, et celle-ci, à la grande surprise de Breton lui-même, provoqua une série d’événements insurrectionnels à Haïti. C’est un discours du poète, publié dans une édition spéciale de La Ruche, qui mit le feu aux poudres. René Depestre, qui participa à ces événements, raconte l’impact de ce numéro en ces termes : « Ceux qui n’avaient pas pu se le procurer passaient des soirées à le recopier à la main chez des voisins plus chanceux. Ceux qui savaient lire traduisaient en haïtien nos articles pour les analphabètes. Pour la première fois dans l’histoire de la presse haïtienne, un journal de ce genre pénétrait dans les mornes les plus reculés. Nos idées devenaient rapidement une force matérielle dans les mains des masses » .

    Suite à l’insurrection populaire, le gouvernement fut renversé. Mal préparée, la jeunesse haïtienne vit sa révolte étouffée par une reprise en main de l’armée soutenue par les Etats-Unis, reprise en main qui fut suivie par de pseudo-élections. Malgré cet échec, on se souvint que c’est la parole d’un poète qui avait été le déclencheur de l’insurrection, et ceux qui furent chassés du pouvoir n’oublièrent pas de sitôt le nom d’André Breton.

    « L’étincelle dans le vent, mais l’étincelle qui cherche la poudrière »

    Dans Arcane 17, œuvre composée pendant son séjour en Gaspésie, André Breton écrit : « Il n’est pas de plus éhonté message que celui qui consiste à soutenir, même et surtout en présence de l’irréparable, que la rébellion ne sert de rien. La rébellion porte sa justification en elle-même, tout à fait indépendamment des chances qu’elle a de modifier ou non l’état de fait qui la détermine. Elle est l’étincelle dans le vent, mais l’étincelle qui cherche la poudrière ». Gageons que L’insurrection qui vient est, aujourd’hui, une telle étincelle, et que dans le contexte actuel où de plus en plus de travailleurs, de chômeurs, d’étudiants ou de retraités éprouvent un sentiment de dégoût voire de rébellion envers les modes d’existence qu’ils sont supposés accepter, de telles sentences puissent en pousser quelques-uns à explorer certaines des pistes ouvertes par la « démobilisation » : « On n’arrivera pas à enchanter le fait de torcher à vil prix des vieillards abandonnés des leurs et qui n’ont rien à dire » ; « L’aura persistante de Mesrine tient moins à sa droiture et à son audace qu’au fait d’avoir entrepris de se venger de ce dont nous devrions tous nous venger » ; « C’est l’économie psychique des Français autant que la stabilité politique du pays qui se joue dans le maintien de la fiction travailliste. Qu’on nous permette de nous en foutre » ; « Ce monde n’irait pas si vite s’il n’était pas constamment poursuivi par la proximité de son effondrement » ; « Comme on n’y croyait plus en URSS sous Andropov, on n’y croit plus aujourd’hui en France dans les salles de réunion, dans les ateliers, dans les bureaux ». Sentences éminemment nécessaires car, pour une bonne part, la rébellion est générée et fortifiée par le dévoilement d’une vérité, celle du monde d’aujourd’hui maquillée, déformée, enjolivée par la parole régnante des médias et du pouvoir. « Le scandale, il y a un siècle, résidait dans toute négation un peu tapageuse, elle réside aujourd’hui dans toute affirmation qui ne tremble pas », lit-on encore dans L’insurrection qui vient. Car il y a va de la vérité, de la vérité de notre temps, d’ « une certaine perception abrupte du réel », qui passe par une parole ferme, qu’on dira violente car elle doit trancher dans le vif d’une réalité fabriquée de toutes pièces.

    « En fait, on n’aurait jamais dû délier rage et politique. Sans la première, la seconde se perd en discours ; et sans la seconde, la première s’épuise en hurlements ». Cette rage-là, on aura tôt fait de la condamner d’un point de vue moral assez commode pour le pouvoir, une fois qu’on l’aura identifiée et pointée du doigt chez les « casseurs » et autres « barbares » de banlieue. Mais que dire d’une parole dévoilant de manière abrupte la vérité de notre temps et de notre civilisation, et contre laquelle, au fond, les autorités ne peuvent rien faire, sinon qualifier son auteur de « terroriste », maquillant encore la réalité, dans leur usage propre du langage ? Là est plus nécessaire que jamais une parole qui ne transige pas avec les discours dominants, et – c’est en vérité sa seule violence - affirme avec constance ce qui est contre ce qu’on affiche.

    • Cette foi idéaliste dans la seule parole pour mettre en mouvement des forces sociales et politiques est des plus naïves.
      L’exemple d’Haïti, sans cesse répété par certains surréalistes est un mauvais exemple : le discours de Breton a servi d’étincelle, parce que la situation politique et social était mûre. n’importe quoi aurait pu servir. En 1830, la "révolution" (mouvement d’indépendance) belge a été déclenché par l’opéra d’Auber, "La muette de Portici", qui n’est pas vraiment un monument de critique sociale ni d’art.
      Avant de s’occuper des étincelles, que le fonctionnement naturel du système fournit à foison, il faudrait s’occuper de remplir le baril de poudre.
      Les surréalistes, comme tout artiste ou intellectuel, n’ont eu d’efficacité dans la lutte politique qu’en se joignant aux mouvements sociaux et politiques existants. Le surréalisme, lui, se déroule essentiellement ailleurs, sur le terrain de la conscience imaginaire, du singulier humain, non de la révolution sociale.

      Voir en ligne : Surréalisme

    • Pierre Charp, pour faire le point sur cette question, je vous recommande de lire André Breton, l’éloge de la rencontre, Antilles, Amérique, Océanie, par Dominique Berthet, éditions HC, le chapitre intitulé "Haïti, l’imprévisible résultat de la rencontre", pp.99-116.

  • Magnifique texte sur la ville.

    Et oui : la détention de Coupat est un scandale, une honte. Cette détention-là mais aussi combien d’autres en France ? A Saint-Nazaire, depuis le début de l’année, pas moins de 6 procès post-manifs contre une vingtaine de personnes (militants, manifestants ou simples passants !), qui se sont soldés par des inculpations : entre 4 et 8 mois de prison ! Cet après-midi encore, nouveau procès, contre des militants opposés à un projet de nouvel aéroport dans la région nantaise.

    Sept procès en trois mois contre le "mouvement social" à Saint-Nazaire : du jamais vu. Et ailleurs ?

  • « Une ville, ce n’est pas seulement une forme, c’est aussi — surtout si elle occupe une éminence — la composition d’un volume. Comment dix siècles ont-ils pu avoir le génie des volumes, sans y penser, et le nôtre le secret de les gâcher tous, dès qu’il bouge le petit doigt ? Gendarmerie, institution spécialisée, lotissement, villas blanches : toutes choses éminemment utiles, loin de nous de prétendre le contraire, et même indispensables, suppose-t-on. Ceux qui détruisent les paysages avec leurs hangars de tôle ondulée, leurs camps de concentration pour les canards ou leurs dépôts Intermarché, ont toujours le même argument : pas moyen de faire autrement. Et en effet, il n’y a pas moyen. La poésie est seule, ou disons la littérature, par décence — et c’est encore un bien grand mot ; l’âme, ou disons la liberté ; le paraître, ou disons la dignité, l’imposition de la forme, ou son maintien, le grand refus, en somme, le grand non, l’angélique et luciférien non serviam — seule, seuls, donc, seuls contre tous, à se buter, absurdement, dans le déni de la contingence. Ils sont ce qui trouve le moyen, quand il n’y a pas de moyen ; ce qui se dérobe obstinément aux lois de la statistique ; le reste irréductible, dans les opérations comptables du réel. » (1)

    « Plus que de la laideur, à mon avis, le XXe siècle fut le siècle de la camelote. Et rien n’en témoigne mieux que tous ces pavillons qui éclosent le long de toutes les routes et à l’entrée de toutes les villes, petites ou grandes. Ce ne sont pas des maisons, ce sont des idées de maisons. Elles témoignent pour une civilisation qui ne croit plus à elle-même et qui sait qu’elle va mourir, puisqu’elles sont bâties pour ne pas durer, pour dépérir, au mieux pour être remplacées, comme les hommes et les femmes qui les habitent. Elles n’ont rien de ce que Bachelard pouvait célébrer dans sa poétique de la maison. Elles n’ont pas plus de fondement que de fondation. Rien dans la matière qui les constitue n’est tiré de la terre qui les porte, elles ne sont extraites de rien, elles sont comme posées là, tombées d’un ciel vide, sans accord avec le paysage, sans résonance avec ses tonalités, sans vibration sympathique dans l’air. » (2)

    Voir en ligne : Dictionnaire

  • Ne pas oublier le rôle fondateur d’Eric Hazan dans la lutte face à l’oppression qui est là.

    http://dominiquehasselmann.blog.lemonde.fr/2007/10/12/la-bataille-d%E2%80%99hazan-court/

    Le Chasse-clou a publié, de son côté, quelques billets parlant incidemment (je choisis le terme) de Julien Coupat.

    Voir en ligne : L’oppression qui est là

    • j espere que vous n en m en voudrez pas de sauter sur l occasıon pour faıre un peu d autopromotıon en vous ınvıtant a voır une petıte vıdeo bricolee en 2006 a l occasıon d un festıval du fılm d archıtrecture et d urbanısme : http://www.territoire3.org/Blog/Entries/2009/3/27_interlude_campagne.html
      je voulaıs attırer l attentıon sur le faıt aussı que cette verıte la de la campagne marchandısee a ete abordee ıl y a longtemps par les socıologues (voır numeros cultes de l ARSS eh ouı... a relıre de toute urgence notamment les numeros des annees 70-80 consacres a l accessıon a proprıete des classes populaıres avec dessın en couv de la famılle Bıdochon sous gıscard et le reve du bonheur pavıllonnaıre...) sans oublıer Debord quı est un des premıers a faıre une homologıe entre le desseın du capıtalısme moderne et le dessın bouleverse de la campagne, ıl y a eu aussı le tres ınteressant La Vılle Franchısee de l archıtecte Davıd Mangin, euh j en aı parle dans mes textes et lıvres d ımages ıl y a dıx ans maıs on s en fout attention pas pour dıre que d autres y avaıt pense depuıs longtemps maıs que cette reflexıon la ne vıent pas de nulle part (je pense a Debord surtout, son humour Retzıen paranoıde : ıl me fera toujours rıre jaune celuı-la...) C est ce que j aı voulu exprımer dans ces vıdeos (ıl y en a sur la perıpheıre quı ne sont pas pıquees des hannetons non plus : http://www.territoire3.org/villecontrenature.html

      Voir en ligne : campagne

  • Vor comment Agamben présente la disparition de l’auteur et donc l’absence de littérature pour les auteurs de Tiqqun et de L’insurrection qui vient.

    Voir en ligne : Agamben

  • Merci de donner à lire cet extrait. Bien écrit, certes, mais terriblement convenu, finalement, et surtout, comme chez Debord, d’après le peu que j’en ai lu, terriblement superficiel : on s’y intéresse au spectacle du monde, sans chercher à le comprendre vraiment, à partir de ses bases économiques, sociales et historiques. Tout est à niveau de concepts et de comportements, c’est-à-dire en surface. Et tout cela dans une vision terriblement européocentriste, historiquement marquée par la société de consommation occidentale de ces dernières décennies dont la crise actuelle marque le début de la fin. Un texte à peine écrit, déjà dépassé.
    Ceci dit, cette affaire a trois niveaux, qu’il faut distinguer :
    - la culpabilité de Coupat quant aux sabotages. Nous n’en savons rien, mais remarquons juste qu’il n’y a pas le moindre commencement d’indices, ce qui est un aveu du côté judiciaire. Sa longue incarcération n’a donc pas cela pour motif.
    - "L’insurrection qui vient", que Coupat en soit ou non l’un des auteurs, sert à remplir le vide de l’accusation. C’est à cet égard plus une tentative de masquer l’échec de la police, et surtout du ministère de l’intérieur, dû à sa précipitation dans cet affaire, pour plaire au prince.
    - Derrière ces éléments circonstanciels se trouvent l’essentiel, ou ni Coupat ni l’IQV n’ont la moindre importance, et ne sert que de prétexte : criminaliser toute forme d’opposition radicale pour tenter de diviser l’opposition et faire peur, au moment où la crise sociale et économique risque de ramener les luttes sociales et politiques au premier plan. On attaque les intellectuels et les radicaux, certes, mais ce sont les travailleurs et l’ensemble des opposants qui sont visés.

    Voir en ligne : Pétition Coupat sur, Divergence

    • convenu, convenu... admettons. Sauf qu’il parle de campagne, ce texte, il reste les pieds dans la glèbe, et toi, Pierre Charp, tu n’es pas, sauf ton respect, exactement dans le sujet. Quant à Debord : tu te trompes. Il faut relire. Le premier, dis-je, à suggérer (ce que maints sociologues confirmeront après, chiffres et surtout cartes à l’appui) un rapport direct entre l’avènement de l’automobile, pur objet du désir-plaisir, et le bouleversement du paysage : un bouleversement qui fut rendu possible grâce à ce que tous, sauf les géographes, si bêtement négligés par leur confrères chercheurs en science humaines, avaient totalement oublié dans leur analyse : je veux parler de l’apparition massive en France de l’infrastructure routière spécialement conçue pour des machines dotées d’un moteur à explosion et roulant à grande vitesse. Tout est là. C’est finalement une affaire de flux, tout simplement, de dessin (et de dessein) de l’espace-temps : les lignes ferroviaires peu à peu doublées, puis remplacées par les nationales et autoroutes (dans les années 1960, il faut savoir que la SNCF, parallèlement au sabordement de ses lignes, a dû subventionner la construction d’autoroutes en France !) ; les villages, puis les bourgs de moyenne importance, puis les villes qui éclatent : centres patrimonialisés, piétonnisés et embourgeoisés, leur périphérie, où s’élèvent d’abord les grands ensembles, futurs « quartiers sensibles », mais surtout, (et c’est cela qui va nous éclater au visage dans cinq-dix ans) "mitée" par les zones résidentielles et pavillonnaires (on situe le grand boom de la construction individuelle façon maison-Phénix-sur-terrain-en-raquette à partir de la période Giscard ; c’est à compter de 1976, qu’il met par voie législative un terme à la folie des grands ensembles en facilitant l’accession à la propriété individuelle - un mal pour un mal en quelque sorte...) Résultat ? à lire, le numéro d’Autrement : Atlas des nouvelles fractures sociales en France. Il explique bien les conséquences politiques actuelle de cette ghettoïsation, et ce avec l’aide d’hallucinantes cartographies du vote qui reflètent désormais EXACTEMENT l’opposition géographique entre le centre de nos ensembles urbains modernes (où les flux, le travail, le pouvoir, le prix de l’immobilier, les revenus sont à leur maximum, et sa majorité de votes dits "républicains" gauche/droite classique) et une périphérie de plus en plus reléguée à mesure que l’on s’éloigne des centres (cumul maximal chômage, immobilité, isolement, pauvreté et votes extrêmes)), avec, en filigrane, cette vie en grande, puis très très grand couronne, que l’on finit par ne voir que derrière la vitre de son véhicule, une vie "gérée" (ah ! faire l’histoire de ce néologisme d’entreprise et son emploi vernaculaire, qui veut finalement tout dire...) par des calculs de distance-moteur (qui induisent le travail dans la zone d’activité, l’achat dans la zone commerciale, le divertissement dans les zones de loisir – quand pas bloqué devant la télé, car à par ça, il n’y a rien, toutes ces zones si loin de tout VRAI centre (le seul qui existe, en centre ville est squatté par les bobos…), qu’elles condamnent leurs usagers à se sentir A JAMAIS relégués - "désolés", privés de sol comme dit H. Arendt- ne rencontrant ni ne connaissant son voisin de pallier, trop PRES, celui-là pour être croisé en sacro-sainte bagnole - un véhicule qui, loin de raccourcir les distance, les allonge à l’infini en deçà d’une distance critique (deux cents mètres ?)), alors ce paysage autour, qui finit par prendre l’allure d’un gigantesque écran télé, d’ailleurs considéré comme tel par les techniciens de l’espace - les ingénieurs Giraudy et autres, comme un flux "à gérer" : qui n’a vu ces zones publicitaires, notamment aux entrées de villes ? Qui n’a senti, en se baladant par exemple dans le Luberon, puis dans les Bouches-du-Rhône, à proximité de Marseille, qu’il y a désormais des paysages de campagne bobo-bourgeois, façon ARTE, c’est-à-dire « paysagés » (sans quatre par trois, avec ouvrages d’art et corps de ferme rénovés pierre de taille, arbres centenaires, vrais faux champs de lavande, bosquets sages et forêts bien peignées, le tout entretenu par des paysans-jardiniers), et des paysages de campagne « tout venant », façon TF1 (avec quatre par trois, autoponts tagués, mobilier urbain crevard et sur les bas côtés, entrepôts et commerces en bardage d’industrie agricole triomphante graissant la papatte au maire). Avec, cerise sur le gâteau, nouveau symbole des intérêts objectifs, que les gras architectes, promoteur, paysagiste, ingénieur DATAR et politicard partagent en frères, et qu’ils ont toujours partagé, malgré des prises de position soi-disant idéologiquement opposées : j’ai nommé le rond-point, dont l’esthétique, l’objet, la fonction, au tout-service de l’usager bagnole glissant l’œil à gauche avant de glisser l’œil à droite, paraît si évidente, prête à un rire si désespéré, qu’il sera mon point final avant que je me mette, moi aussi, à tourner en rond en chialant comme un veau. Jean-François Paillard.

      Voir en ligne : territoire3

    • Le véritable auteur de L’Insurrection qui vient, c’est L’Incomestible.
      Et à ce jour, aucun démenti. Alors ?

      http://www.leoscheer.com/man/spip.php?page=auteur-man&id_auteur=275

      http://fr.wikipedia.org/wiki/L’Insurrection_qui_vient

  • En effet, très bon livre, qui donne envie d’agir plus purement face à la Machine, plus anarchiste, mais sans drapeau ni politique.

    Voir en ligne : http://www.rougelerenard.com