Jenvrey | prolongement de l’expérience totale

Dominiq Jenvrey sur D-Fiction : entretien, vidéo expé, et 2 inédits


La fiction est un concept général, qui concerne beaucoup plus de domaines que le simple livre. Le roman est très restreint, trop restrictif, il s’applique tout d’abord uniquement à un support et à un format : le livre. D.J., entretien D-Fiction, extrait 1.

Dominiq Jenvrey s’est engagé dans une expérience (E.T. pour expérience totale) où c’est le statut même de la fiction qui est interrogé, démultipliée dans l’exploration de documents bruts, de romans sur un territoire précis de la fiction, et d’un développement Internet ouvert.

La première base d’approche, entre science-fiction, enquête vraie sur les OVNI et soucoupes volantes, travail sur Blanchot et Guyotat, était paru au Seuil|Déplacements : E.T., fiction concrète, voir par exemple analyse sur libr-critique.

La parution du livre en librairie s’était accompagnée du lancement d’un site : DominiqueJenvrey.net où chaque chapitre du livre ouvrait sur des hypothèses qu’autant de blogs littérature avaient repris, créant de blog à blog un nouveau réseau fictionnel. Le site prolonge et développe l’expérience, voir Théorie de la fiction.

C’est le site D-Fiction (merci à Caroline Hoctan) qui propose aujourd’hui un nouveau développement à l’expérience :
- un entretien de fond avec Dominiq Jenvrey ;
- une vidéo expérimentale : un plan d’attaque ;
- deux inédits de fiction, dont Futurologique.

Extrait 2 :
Je ne travaille pas avec l’histoire des genres littéraires et leur élaboration. J’utilise la fiction pour des raisons intrinsèques. Et je fabrique de la littérature parce que cela demande très peu de moyens, sinon je ferai du cinéma. C’est évident que s’il était possible de faire du cinéma comme on fait de la littérature, je ferai du cinéma, sans aucune hésitation. Je ne travaille pas avec l’histoire de la discipline littéraire. En revanche, bien entendu, la manière dont j’utilise la fiction, ce que je lui fais faire, a tout à voir avec la pensée développée historiquement, lorsque je dis que la littérature doit se projeter dans le futur, qu’il faut s’en faire une sorte de futurologie, qu’elle est en capacité de créer de l’action inédite, du moins fictionnelle. Bien entendu, je dis cela avec toute l’histoire de la pensée occidentale, c’est par cette histoire, localisée spatialement et temporellement, qu’il est possible d’affirmer ce que je dis. En revanche, l’histoire des disciplines, et donc de la discipline littéraire, n’est pas ce qui se fait de plus excitant, je préfère nettement m’intéresser au futur, le futur de la discipline et de toutes les disciplines du savoir, ça c’est excitant, c’est ce qui nous excite tous : le futur !

A suivre aussi : le blog du collectif TINA (there is no alternative), dont Dominq Jenvrey est un des membres fondateurs. Voir en particulier n°3 de la revue, dossier fiction coordonné par DJ, en résonance avec son projet.

D’autres extraits et liens dans Lignes de fuite, avec belle photo noir et blanc de l’auteur.

Alors on n’est plus dans la première phase de parution du livre : on est dans l’assise solide d’une expérience de renouvellement des formes même de la science-fiction, croisant l’interrogation sur le roman, sur réel et document, et nos modes de pensée et d’appropriation du monde par l’Internet, avec une part spécifique de l’expérience trouvant sur le web son territoire. Tout cela sur fond de critique politique solide, Volodine a placé la barre pour tout le monde, d’analyse des modes de pouvoir et de guerres.

Et si vous croyez que c’est trop pour un projet, vous pouvez toujours le lire comme une excellente histoire de soucoupes volantes. L’important, c’est que – c’est trivial de le dire, moins évident à mesurer dans les faits –, un livre de ce genre-là, associé à une telle expérience, c’est encore bien mieux cinq mois après parution. Donc :

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Extrait 3 de l’entretien :
Je ne parle pas de style mais de langue et la langue, c’est un travail. Les effets de répétition que j’utilise forment une syntaxe, qui me permet de préciser des concepts. C’est la syntaxe qui m’intéresse dans l’usage de la langue, la forme des phrases et leurs agencements. La composition de la syntaxe est à plusieurs niveaux. Préciser les concepts que je fabrique, les faire tourner sur eux-mêmes, les montrer simultanément sous plusieurs angles. Densifier le texte. Objectif de textes courts mais denses (une centaine de pages) parce que l’on n’a pas de temps à perdre. Il faut aller vite. Développer une idée sur trente pages n’est pas opérant alors qu’il est possible de le faire en trois pages. Obtenir un rythme de lecture. Mes textes sont à lire vite pour profiter pleinement du rythme que j’impose. Ce travail de la langue correspond à un usage fictionnel bien précis : la fabrication des concepts fictionnels de L’Expérience Totale, qui est le nom générique du projet. Maintenant, les prochains textes s’écrivent dans une langue beaucoup plus normative. Il s’agit de rendre lisible les concepts, de les mettre en fiction, de les faire fonctionner dans un appareillage fictionnel complexe mais dont la langue est invisible, c’est-à-dire qu’elle est immédiatement lisible, afin que la concentration de la lecture se fasse ailleurs, sur la forme globale, sur la construction, et sur les concepts fictionnels eux-mêmes.

Alors on suit. Et une petite soucoupe pour finir...

 

Photo Dominiq Jenvrey en haut de page : © Olivier Roller.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 8 mai 2009
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