vies d’artistes (fragments)

petit tour de blog


Ils vivent comment, les artistes ? Par exemple de 8h30 à 14h en tenant service d’accueil téléphonique, non précisé dans le billet, mais pendant lequel la main quand même travaille ? Ça chez Béatrice Rilos. Ou contempler un reflet suite à la pluie, et penser à la phrase de Michaux : Je prends une pomme et je me mets dedans (chez Jérémy Liron, et photo). Ou être Québécois et marcher dans les rues de Paris et ce qu’il y a de secoué dans les questions de taille d’espace et de rapport aux visages on l’examine (je le sais, je vivais le symétrique aux mêmes heures, chez eux) : dans l’épaisseur de la ville (chez Mahigan Lepage). Ou d’explorer une porte de Paris et débusquer un imaginaire plus lointain : Paesine. Ou seulement un visage, et s’en aller dans tous les visages : abadon. Ou continuer le travail obstiné des carnets, Jean-Louis Kuffer. Ou chercher ce qui se passe quand on écrit, comment et où, pourquoi. Ou, quand on revient en train d’un concert, prendre quelques notes du monde intérieur d’après musique (Dominique Pifarély). Ou continuer les expérimentations d’encres couleur, poèmes d’amis, enfourner tout cela dans le silo ? La montée en présence des réseaux sociaux, avec ce bruissement de commentaires sans mémoire, n’est pas à prendre à la légère : on lit autrement, multipliant nos sources d’acquisition, les balayant très vite, mais le rapport dense que nous entretenons à cette surface fragmentée et plurielle est un écart d’avec la densité propre à la lecture linéaire, réflexive, elle n’est pas forcément un abandon, ou renoncement. Par contre, urgence à l’interroger. Et l’interroger depuis ce qui fonde cependant ce bruissement des réseaux : que s’y propagent des liens, des ressources, et que ce travail de fond, d’une autre permanence, en appelant à un concept d’écriture, est cette capitalisation de fond de l’univers virtuel, alors même que ce bruissement de surface pourrait faire croire à une contraction, un recul de l’Internet. Il fonctionne autrement. Faire effort pour se repérer, témoigner de notre attention. Le Net n’est plus un outil de médiation, il est outil de façon intransitive, et parce qu’il est notre rapport au monde, en retour il l’élabore : c’est manifeste dans ces liens.


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1ère mise en ligne et dernière modification le 12 juin 2009
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