l’abonnement, un changement de concept

économie de la profusion : la littérature de création via exploration globale


Souvenez-vous des cabinets littéraires au XIXe siècle : lieux de socialité et d’échange, à partir des ressources presse et livre disponibles, possibilité d’emporter chez soi, mais prendre coup d’oeil global... Bien sûr, ce n’est pas différent de la librairie où vous passez une fois par semaine pour feuilleter, respirer les différents travaux, et repartir avec un titre que vous n’aviez pas prévu de prendre [1].

Ce n’est pas non plus étranger à l’univers des bibliothèques d’aujourd’hui : les tables proposées, les fonctions d’accueil du personnel, la médiation comme tâche au même niveau que la disponibilité des ressources... D’ailleurs, c’est par la confiance des bibliothèques [2] que nous avons commencé d’explorer ces outils. On a donc progressivement bifurqué, sur publie.net, d’un modèle de téléchargement individuel (même si bien sûr ça reste une fonction essentielle du site), à une idée plus près de ces cabinets de lecture : l’abonnement vous permet l’accès à la totalité du catalogue, avec fonction recherche plein texte ou sur l’ensemble du site, annotations personnelles ou partagées, via un feuilletoir en constante évolution, intégrant désormais table des matières.

Cela nous semble nécessaire : le concept échantillon gratuit, texte complet en payant, nous semble s’épuiser, dans la presse y compris. Ce n’est pas comme cela que nous nous informons, écoutons, regardons dans cette économie de la profusion qu’est le web.

Nous avons besoin de moyens pour développer une expérience fiable, originale : correction et révision des textes, accès serveurs, même les polices de caractère que nous embarquons sont des mini-emboîtements de technologie que nous avons à payer, pour un service de qualité. Et l’idée de départ de publie.net c’est une économie de la création : la moitié des recettes est redistribuée aux auteurs.

D’où cette proposition d’un abonnement annuel. Pour une somme modique, 65 euros TTC (pas de TVA si vous êtes au Québec ou hors UE), la possibilité de lire en ligne, avec totalité des fonctions, la totalité du catalogue. De suivre les nouveautés, la singularité des démarches, de vous saisir, dans un texte critique, d’une partie seulement du travail. Et les supports nomades évoluent très vite : la presse traditionnelle [3], multiplie les articles qui soit sont dans la catégorie menace de l’Internet, soit dans la catégorie La Recherche du temps perdu en 140 caractères sur twitter, ou les romans sur téléphone portable etc. : je n’ai rien contre, vraiment (on utilise twitter comme les autres !), mais l’essentiel c’est l’évolution en tant que telle de l’écriture en fonction du nouveau support, le rapport au lire numérique et comment il induit de nouvelles formes d’intervention littéraire, de nouvelles formes de récit.

Pour ces nouveaux supports, en particulier les deux qui deviennent vraiment d’un usage courant pour lire, la Sony PRS-505 et l’iPhone, pour 95 euros annuel TTC, la possibilité de télécharger l’ensemble des textes, choisir ceux que vous voulez lire extensivement, l’effacer ensuite si vous voulez, vous l’aurez toujours à votre disposition – pas de drm, juste un ex libris personnalisable...

Tentez le coup. C’est le rapport global à la lecture, à la création d’aujourd’hui, qui sont en train de basculer. Notre abonnement, c’est l’accès, l’usage, un rapport complètement différent au site et à ses ressources – les 250 textes déjà accessibles, et les nouvelles expériences à venir, port-folio, ensembles critiques, etc...

Pour cela aussi qu’on multiplie les accès au site depuis librairies avec vente en ligne (partenariat ePagine, bibliosurf, et d’autres à venir... le défi qu’un site de lecture en ligne ne peut que nourrir l’intérêt et la curiosité pour l’ensemble de la création littéraire, papier ou numérique, et que ces services peuvent alors faire partie de la médiation proposée par le libraire, avec remise consistante), pour cela qu’on développe, avec les bibliothèques qui veulent bien s’en équiper, service de consultation à domicile pour leurs lecteurs – et ça aussi, quel renversement...

Accès à l’abonnement via le petit pavé graphique depuis n’importe quelle page de publie.net, suivre par exemple les dernières mises en ligne : Jean-Philippe Cazier (trois titres), Laurent Margantin, Denis Montebello, Jérôme Mauche...

Et désolé si avec tout ça, techniquement ou conceptuellement, publie.net prend un petit tour d’avance...

[1ci-dessous Les Princes de Serendip, écrit pour Jean Morzadec, Le choix des libraires, juin 2009 :

Il y a un mot pas beau, en langue française, qui mériterait bien mieux : sérendipité, de l’anglais serendipity lui-même issu de Serendip, l’île de Ceylan en vieux persan. C’est Horace Walpole qui l’invente, concernant les découvertes inattendues. En gros : comment trouver ce que vous ne cherchez pas ? Et, encore plus précisément : pourquoi et comment une librairie (mais cela vaut aussi pour une bibliothèque) va vous permettre de repartir avec ce que vous ne cherchiez pas, mais qui prendra une telle importance ?

Je n’ai pas une librairie, j’ai une histoire de mes librairies. Celle de Luçon, en Vendée, quand j’accompagnais ma mère institutrice pour les livres de classe, et qu’en échange de la patience je revenais avec mes premiers Jules Verne ou Jacques Rogy. La première fois que lâché seul à Paris, dans l’adolescence, je voulais absolument trouver un livre de Kafka, parce qu’un texte bref de Kafka m’avait impressionné, j’étais allé boulevard Saint-Germain parce qu’on m’avait dit que là étaient les librairies, et j’étais revenu avec Le Château.

Mais sérendipité, c’est au Divan, à Saint-Germain aussi, bien des années plus tard, dont j’étais un client habitué (mais c’était l’époque où on achetait sa poésie chez Action Poétique rue Saint-André des Arts, qu’on allait librairie des Écoles ou Vrin pour les essais, plus haut encore pour les livres de voyage), alors que je farfouillais dans je ne sais quoi – je venais de publier mon premier livre quelques semaines plus tôt – le libraire à qui je n’avais jamais parlé me mettait Saint-Simon entre les mains et me disait : – Vous devriez essayer ça. Je n’ai lu vraiment Saint-Simon que quelques années plus tard, mais en me rappelant très bien de la scène.

Et si c’était à cela, même, qu’on distingue les librairies dans lesquelles on entre (quelque ville qu’on aille au monde, entrer dans les librairies) : celles d’où on ressort avec un livre qu’on ne savait pas y trouver ?

Dans la ville où j’habite, j’y passe chaque semaine. Ce n’est pas toujours pour sortir avec un livre. On farfouille dans les nouveautés, celles des tables. On jette un oeil à ce qui sort. Et puis le libraire passe auprès, pose un bouquin devant vous : – Tiens, c’est pour toi, ça. Alors évidemment, avec le temps, je dois avoir quelques bouquins chez moi que je n’ai jamais lus, ou jamais passé le début, parce qu’ils n’étaient pas pour moi tant que ça. Mais je saurais bien faire la liste, même pour l’année passée, Rodrigo Fresan ou Andrzej Stasiuk, de livres qui sont devenus importants, alors que je n’aurais pas été les chercher.

Mais l’expression même « passer à la librairie », c’est plus : on parle des livres, de l’ambiance, des émissions ou articles, on sait vaguement quel jour ou à quelle heure on peut y croiser tel ou tel. Ce n’est pas que le lieu de vente, mais un lieu de socialité autour de ce qui nous rapproche, la littérature. Pour ça aussi que je connais beaucoup de librairies par tout le pays.
Celle qui, dans la grande périphérie parisienne, s’est associée avec une épicerie bio pour investir, à deux pas de la gare RER, un ancien entrepôt : et c’étaient des centaines de personnes pour les 30 ans qu’on y fêtait, avec lecture performance. On installe de la vidéo, des micros, dans les librairies. Le libraire, à Toulouse ou Metz, vous embarque pour un lycée ou une fac, un cinéma ou un comité d’établissement.

Et c’est cela aussi, sérendipité, trouver ce qu’on ne savait pas chercher : ce lieu social où se croisent nos trajets. Alors, dans cette grande secousse d’Internet qui déplace nos repères d’information, notre appel d’imaginaire, est-ce que ce n’est pas une raison de plus de jouer le jeu ? En face chez mon libraire, il y a un magasin de chapeaux à l’ancienne, vitrine hommes à droite, femmes à gauche. On y voit de moins en moins de clients. La librairie, on y vient pour écouter, toucher, feuilleter, mais aussi s’engueuler s’il faut, en tout cas avoir un temps ensemble, dans la ville, qui revalide qu’on soit communauté. Le livre est l’écart du temps, de la réflexion, comme écrire c’est un temps solitaire, mais plus dense. Mais ce temps plus dense ne peut exister que par le lieu social qui le crée comme imprévu, comme rencontre, fait que le livre nous est nécessaire.

Alors oui, la librairie peut rester cette plaque vivante, où de chez moi je parcours son site, réserve mon livre, m’inscris pour la prochaine lecture (ou écoute les précédentes, comme le propose Mollat à Bordeaux), et, lorsque à nouveau je repartirai, ce sera avec sous le bras le livre inattendu, celui que je n’aurais pas trouvé sans le libraire, dans ce rôle du prince de Serendip, l’île des découvertes inattendues.

[2Nous rappelons que nous proposons un abonnement demo gratuit d’un mois aux médiathèques, bibliothèques territoriales ou universitaires, centres de documentation, écoles d’art, instituts français à l’étranger et centres culturels – nous renvoyer ce formulaire avec vos IP...

[3La semaine dernière, le supplément littéraire d’un grand journal nous a répertoriés dans les initiatives d’auto-édition, merci ! – ce ne sont pas les impôts ni l’Agessa qui nous considèrent comme ça, nos textes bénéficient d’un ISBN et du dépôt légal web BNF.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 30 juin 2009
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