Philippe Maurel | Instructions pour les nuits à venir

pour les vases communicants d’octobre, échange avec "La vie dangereuse"

Vase communicants, 4. Je rappelle le principe : le 1er vendredi de chaque mois, on s’en va tous écrire chez un autre. On s’engage chacun à signaler quelques-uns des participants, ce qui permet de circuler dans les sites, de faire des découvertes imprévues. Un groupe face book pour la coordination, et signaler les échanges.

Ce vendredi, Tiers Livre s’en va donc publier dans La vie dangereuse, et le plaisir d’accueillir ici Philippe Maurel, que je lis depuis longtemps, et dont on a accueilli sur publie.net La dérive des continents – un blog dense, qui travaille la ville, la peau du monde. Merci à lui d’avoir accepté !

Et pour les participants un autre enjeu : on écrit chacun en fonction de notre plate-forme de publication, formats, graphismes. Soudain, notre écriture dans un autre contexte : les vases communicants (je rappelle que c’est un titre d’André Breton...) sont une expérimentation directe de l’écriture numérique. Pour suivre vases communicants 4, suivez Arnaud Maïsetti (qui accueille Annie Rioux, et réciproquement), Pascale Petit, Pierre Ménard, Scriptopolis, Cécile Portier, Michel Brosseau, Paumée, Lignes de vie, Fenêtres Open Space avec L’employée aux écritures et ainsi de suite, l’idée est désormais devenue totalement indépendante des initiateurs...


Philippe Maurel | Instructions pour les nuits à venir

 

« je ne veux rien raconter ; je ne veux pas chanter ; je ne veux pas prêcher, mais c’est vrai : les contes ne sont plus de saison, ni les contes sur les villes, ni sur les Etats ni tous les contes scientifiques ; mêmes les philosophiques (…), et la vérité n’a jamais été un conte. » [1]

À partir d’aujourd’hui, les emplois du temps sont provisoires. Il est prévisible qu’une heure ou un groupement d’heures (un bloc horaire se constitue de deux, trois ou quatre heures) coulisse au cours de la même journée ou d’une journée à une autre. Il est probable qu’un groupement se désagrège, que des morceaux s’en détachent, se lient ailleurs pour former d’autres ensemble ou demeurent isolés.


À partir de ce jour, la répartition et la disposition des salles sont également provisoires. Il est possible d’emménager dans une salle voisine ou plus éloignée. Pénétrer dans la salle par une autre porte que celle par laquelle on le faisait précédemment est envisageable. On peut aussi abattre la cloison droite pour augmenter l’espace disponible. Ou la déplacer vers la gauche pour réduire la distance qui les sépare. Il est commode de pouvoir disposer les rangées de néons dans le sens de la largeur ou de la longueur et il est acceptable d’en changer les ampoules pour obtenir un éclairage moins brutal, plus tamisé.


À partir de maintenant, même les êtres sont provisoires. Il est permis de les mettre seuls, par deux ou par quatre. Les uns à côté des autres ou face à face. On peut aussi les ranger les uns derrière les autres, par groupes ou par paquets (à partir de cinq, il s’agit d’un paquet) espacés de quelques centimètres.


À présent, les mots sont aussi provisoires. Il semble opportun de remplacer la troisième personne par un groupe nominal afin de les désigner. Les morts peuvent les désigner. Il est imaginable de déplacer les morts d’une salle à une autre. On peut même se faire à l’idée de les rassembler tous dans une même salle. Il semble alors plus pratique de leur ôter leurs chaussures. On peut les transporter un par un ou plusieurs à la fois (selon qu’ils sont petits ou grands, lourds ou légers). Il est tolérable qu’on supprime totalement la lumière car les morts n’en ont visiblement plus besoin. On peut les entasser les uns sur les autres jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus aucun ailleurs. Jusqu’à ce que l’espace soit entièrement occupé.

Désormais, chaque instant est provisoire.

 


© nos invités _ 2 octobre 2009

[1] Le froid augmente avec la clarté, allocution prononcée par Thomas Bernhard à Brême en 1965 à l’occasion de la remise du prix de littérature de la ville (Maurice Nadeau, 1986).


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