L’année 2009 aura été une étape : considérer l’activité web comme le centre de l’activité d’auteur, son arborescence, mais aussi sa finalité – les livres en sont un des éléments, mais
le livre c’est définitivement le site web lui-même.
Donc remercier d’abord la Région Île-de-France et la médiathèque de Bagnolet, d’une part (novembre 2008-mai 2010) et l’Institut canadien de Québec d’autre part (septembre-novembre 2009) de m’avoir permis de m’y consacrer.
D’autre part, c’est le développement continu de publie.net (et toute l’histoire sur la table), qui abordera lundi sa 3ème année, qui vient donner son soubassement au site, en même temps que la large fréquentation de tiers livre permet d’insérer les publications numériques dans un village de curiosité et d’intérêt comme ce serait le cas pour une librairie de proximité.
Enfin, 2009 c’est l’explosion irréversible des réseaux sociaux, la propagation de lien et la respiration du site s’établissant en bonne partie via les communautés twitter et face book, et les questions de fond que cela pose concernant l’univers blog, une reconcentration de fait qui va à l’encontre de ce qui fondait, au contraire, leur profusion – et les outils, comme netvibes qui permettent de l’organiser et s’y repérer.
Alors exercice de rétrospective d’abord pour moi-même, retrouver quelques lignes de force, tant cette expérience est à la fois grisante, mais condense peu à peu sur elle-même l’ensemble de ce qui a toujours été notre tâche d’auteur : lire et écrire sur les lectures, s’informer et mettre en perspective cette information, enfin le basculement dans l’écriture, des carnets immédiats aux projets à long terme.
Et vous remercier vous, les visiteurs du site...
F
tiers livre, rétrospective 2009 en 25 pistes
1 _ horizon noir, dire Baudelaire
Hommage d’abord à mon frère d’art
Dominique Pifarély, temps partagé sur scène, ici reprise d’une lecture Baudelaire un soir à Chateau-Chinon en 2007. Noter que 2009 c’est aussi l’explosion de l’offre d’hébergement : l’offre
pro d’
ovh.com, ou l’offre 600 Go d’
iWeb (120 euros pour 5 ans) c’est la possibilité de rassembler dans son url du son, de l’image, pour un budget qui reste à l’échelle domestique...
2 _ fiction, une vue évidente de l’angoisse
Amorcée en juillet 2008, une série de textes basés sur des images furtives de la ville, qui aura son centre de gravité en mars 2009 lors de 10 jours de voyage dans le Canada non Québec, que je rassemblerai sous le titre
Recherche d’un nouveau monde.
3 _ Bagnolet, intérieur bibliothèque
La respiration création littéraire / lecture publique est ancienne. Hommage à ces établissements (voir
association des bibliothèques en Seine Saint-Denis) qui ont toujours tenu à l’exprimer par une présence. Aujourd’hui, avec les logiques d’accès par abonnements, connexion à distance, cette respiration devient un enjeu de fond. Les éditeurs mettront encore un peu de temps à le comprendre, en attendant nous on l’expérimente : visite.
4 _ il devient quoi, Keith Richards ?
On discutera plusieurs fois, en cours d’année, sur la notion de livre, en particulier savoir si une forme stable ou achevée permet de séparer le « livre » de la publication numérique. J’ai sans doute publié (pas mal/quelques/beaucoup/trop) de livres, mais le nombre d’
ateliers ouverts est bien moindre – de plus en plus, que le livre les « fixe » me semble moins justifié, ainsi de mon livre sur les ateliers d’écriture, tel qu’il se prolonge dans
écrire la ville ou
ouvrez. Ainsi de mes livres sur les Stones, Dylan ou Led Zeppelin : je crois comprendre mieux Dylan après 3 ans, et encore moins Keith Richards qu’il y a 15 ans. D’où le miroir tenu sur le bord de la route, ici en quelques photos.
5 _ Eric Chevillard, l’autofictif site, l’autofictif livre
Hommage à un blog qui aura été
au quotidien un accompagnement fort : exploration fantastique, regard sur la vie courante, incises nisardiennes (ah bon, vous ne connaissez pas Nisard ?) sur l’écriture. Eric le Dijonnais (?) s’astreint à ce triptyque de minuit (sans jeu de mots) – en fin d’année, l’interrompra quelques jours pour cause de décès du père : l’expérience web comme expérience directe du réel. On peut être en radical désaccord (son refus de toucher le moindre paramètre de la plate-forme OverBlog standard, l’absence de commentaires – qui provoquera à son tour, une grande partie de l’année, l’expérience collaborative des
807), ce qui impressionne et en fait une expérience modèle du web, c’est que le support et le rythme deviennent la matricé générative du tout neuf. Ce mois de janvier, parution simultanée de
Choir et de
L’autofictif 2.
6 _ Tarkos, il existe de la musique
Confirmation pour moi qu’il était un auteur majeur. Parution de ses oeuvres poétiques chez POL. Et j’emporterai mes Tarkos au Québec pour les expériences avec les étudiants de L’UdeM et de Laval. Autre présence, celle de
Thierry Metz, l’homme qui penche : les plus petits livres peuvent être ceux qui comptent le plus.
7 _ morts longés depuis le train
Je revenais de Toulouse, bizarre matin, grève des trains, et paysages d’après tempête. Si la mutation numérique ne s’accorde pas même à l’apparition de l’imprimerie, processus qui fut très continu, mais au passage du rouleau au codex, le fantastique, l’imaginaire, à quelles conditions pouvons-nous l’importer ici ? S’il y a une continuité désormais dans mon travail personnel, et que je voudrais encore
accentuer, c’est bien à palper cette frontière – sauf qu’elle ne sera jamais résorbable à la volonté de l’auteur.
8 _ pourquoi ils m’ont noyé dans l’eau
Vivre cette bascule du web nous amène trop souvent à l’excessif. Il faut la colère pour rompre la coque un peu gluante de la masse de questions sans cesse répétées à vide (genre : l’avenir du livre, l’évolution du marché du livre numérique etc). Là c’est le nouveau
Motif qui fait paraître une carte du web où j’apparais telle une vague
méduse à distance de tous les sites amis et frères. Bon, on a réglé nos comptes et je me réjouis de voir la solidité
de leur côté –
études,
formation des auteurs, on a besoin d’acteurs forts, et c’est le cas. Mais je reprends quand même ce billet ici : oui, on avance dans l’
inclassable. Mais si c’était les catégories de classement elles-mêmes, celles du monde qui s’effondre, qu’on devait d’abord reprendre... Guéri ? Non, je me suis mis en colère
avant-hier.
9 _ carnets du Hilton, 2 : Halifax
La chance de 2 jours à Halifax, et pour moi toute une histoire de l’Atlantique (la langue acadienne et celle de mon pays de naissance ne sont qu’une), et l’irruption dans la panoplie d’un petit camescope pour les
expériences YouTube. C’est à Halifax que je termine mon
Incendie du Hilton, avec fin sur le lieu de départ même du récit, lors de l’arrivée à Montréal 2 jours plus tard. Ajoutons qu’après l’
assassinat de sang-froid perpétré par le Monde (comment ne pas penser ce qu’ils punissent c’est qu’avec l’Internet on s’affranchit des anciennes tutelles de l’autorité littéraire ? – les informations nous arrivent d’abord par le web, et plutôt sur les sites qu’on entend parler des livres qui nous intéressent) c’est les blogs qui ont organisé la
réception du livre et ça compense largement : bascule d’un monde l’autre.
10 _ ouvrir un blog, construire un site, glossaire
Une des plus belles pistes ouvertes à Bagnolet, cet atelier blog en 2 temps (médiateurs puis tout public) qu’on voulait espace de rencontres et formation. Dans ce billet, petit aide-mémoire pour se lancer dans le blog : il a depuis débordé largement ses destinataires de Bajo – spécial merci à Dominique Macé.
11 _ Alain Dister
Disparition d’Alain Dister, au coeur d’un enjeu pour moi essentiel : le récit de la mutation des années 60/70 c’est en ce moment que nous avons à le construire. Une rupture de génération entre ceux, comme Alain, qui en avaient été les acteurs et les témoins, en avaient constitué les archives, et nous-mêmes, qui reconstituons notre propre mémoire, ce que nous ne pouvions percevoir de notre présent, depuis ces archives. Avec Alain on en parlait : il avait encore une large part de travail qui lui revenait...
12 _ Tanit, blogs des morts
Le dernier billet du blog du Tanit, avant mort par balles (françaises) de son propriétaire. L’affaire s’est éloignée des mémoires, mais le blog est toujours en ligne : continuité de ce que nous avons à noter pour notre propre usage, vie et mort dans le réel constituant le web comme expérience de ce même réel.
13 _ Andrzej Stasiuk, Fado dans les Carpathes
Lecture importante pour moi celle du polonais Stasiuk – comme aussi Kadaré, ou le monumental et génial
Éloge des voyages insensés. Et la bizarrerie de recevoir un courrier postal de son éditeur, Mme Bourgois personnellement, me faisant reproche d’en parler sur mon site comme d’un auteur à découvrir, sous prétexte qu’il avait bénéficié d’une double page dans Le Point et que j’aurais dû le savoir. Toute cette année, le jeu d’hésitation des éditeurs traditionnels devant l’explosion Internet sera un
feuilleton de
choix.
14 _ la fraternité Emaz
Le blog c’est le répertoire des lectures, ainsi le
Nell Pierlain de Patrick Souchon, ainsi le
Mégapolis de Régine Robin (déplacement fondamental de nos modèles de la ville benjaminienne), ou
Claro, Le clavier cannibale. Avec Emaz – dont un livre majeur,
Plaie, paraît ces jours-ci – conclusion de ma collection
Déplacements au Seuil : plus possible pour moi de travailler sans liaison organique de la publication web à la publication papier. Le projet publie.net aurait dû au départ être cette liaison. Discussions réouvertes avec
l’arrivée d’Olivier Bétourné au Seuil, mais l’élan maintenant est pris ailleurs. Reste la fierté d’avoir sollicité, impulsé et publié
Cambouis et 10 autres.
15 _ chemin de Cortazar à Baudelaire
Dans ce chemin souterrain vers le fantastique et la réflexion sur l’écriture brève, Michaux aura été un accompagnateur continu, Borges, Perec et Kafka des présences silencieuses permanentes. C’est eux que je retrouve lisant
Cortazar.
16 _ de quelques paradoxes sur les résidences d’écriture
Je n’ai aucune légitimité à représenter qui que ce soit. Le web m’apparaît d’abord comme un gigantesque déficit : pourquoi les amis auteurs (tiens, échange de courrier avant-hier avec Nathalie Quintane) n’y prennent-ils pas plus la parole ? Le web comme atelier de réflexion personnelle sur le
métier d’écrivain – des mots-clés dans tiers livre permettent de s’y retrouver transversalement –, là quelques notions pour moi vitales après l’expérience Bagnolet qui s’achève.
17 _ pré-retraite des écrivains
Mais, prolongement, comment réfléchir à toutes ces inconnues du « métier » d’écrivain, notion peut-être toute provisoire, sans l’explorer à tâtons, donc via la fiction ? Eu beaucoup de mal à expliquer ensuite que ce texte, écrit à Kiel en décembre 2008, n’était pas une analyse mais une projection... J’aurai aussi ce problème avec
Coca Cola soutient Tiers Livre, mais je l’avais déjà croisé pour
Autoroute !
18 _ archéologie familiale, le 11 juin 1955
Autre réflexion sur l’usage du blog : qu’il ne soit pas
empilement vertical, mais que les articles puissent resurgir, être lus autrement, complétés et densifiés par la durée. Ainsi, parmi d’autres explorations biographiques, celles de cet accident aux 24 heures du Mans, au coeur de mon livre
Mécanique.
19 _ vases communicants, 1
Peut-être une des plus belles histoires de notre année : Jérôme Denis, de
Scriptopolis, m’invite à écrire dans son blog, alors pourquoi ne pas lui rendre la pareille ? Le hasard fait tomber ça sur le 1er vendredi du mois, pourquoi on ne recommencerait pas ? Ainsi s’inventent sans le vouloir nos
vases communicants, qui désormais nous échappent.
20 _ ceci est-il un livre ?
Dernier billet écrit en France au mois d’août, une exploration du logiciel KeyNote d’Apple (un des grands bouleversements de cette année : en avril, après 15 d’utilisation quasi exclusive, j’abandonne le traitement de texte Word pour Pages), écrire avec image, son et vidéo – on n’est évidemment qu’aux tout premiers balbutiements d’une écriture directement numérique.
21 _ Tiers Livre, faceB
Le web devient peu à peu lui-même carnet d’écriture, lieu d’expériences. Disposer d’un hébergement multi-domaine permet d’y créer ses expériences sans lien, en toute discrétion – et cela remplace peu à peu le bureau personnel. Ainsi, vers le mois de mai, je développe un site,
habakuk.fr, où il ne s’agit pas d’anonymat, puisque ceux qui connaissent mon travail le reconnaissent vite, mais pour séparer l’expérimentation perso du blog principal. Fin août, je le réinsère dans le site principal, comme une branche spécifique. Le mouvement d’arborescence continue.
22 _ de la mort de Louis Hémon
23 _ Sony PRS-600, la maturité
Septembre : j’échange ma Sony PRS-505 contre le modèle à écran tactile et prise de notes, la 600. Peu importe (sauf le plaisir, dans l’année québécoise loin de la bibliothèque amassée, d’y avoir ses Balzac, son Proust, Rabelais et Montaigne, Racine ou Rimbaud, 90 Jules Verne, le Saint-Simon intégral et bien d’autres richesses). Mais tout le trimestre va
être marqué, ce qui n’était pas joué, par l’irruption de ces tablettes à lire : ébranlement désormais d’ordre quantitatif dans le paysage du
lire.
24 _ Bob ne grincera plus
Quelques semaines plus tard j’écrirai un vrai texte d’hommage, trop personnel pour être mis comme ça en ligne, mais dans la série des morts qui ensuite restent en arrière de votre épaule, avec leur voix aux oreilles, Bobillier, un des fondateurs de Verdier.
25 _ le petit Journal
Cinquième année d’existence pour Tiers Livre, mais première année où le site passe ainsi en avant et rassemble. Il ne s’agit pas ici d’un best-of, donc j’arrête la sélection, déjà trop large : ce que je voulais, c’est énoncer les questions, le paysage. J’en suis aussi à 560 de ces billets mis en ligne en quelques minutes à peine (quelques-uns cependant plus construits) de mes
brèves et liens dont la caractéristique est de toujours renvoyer ailleurs vers ce qui se passe dans le web. Alors comment ne pas finir avec ce « Petit journal », troisième année d’existence et plus de 6000 commentaires, où la singularité (merci
spip 2.10 !) c’est que les commentateurs peuvent aussi envoyer des photos (ou du son, ou des films ?). Comprends pas pourquoi ça ne se répand pas si vite, mais heureux que ce soit chez moi !