le livre est mort, vive la littérature

une importante (et amoureuse) analyse de Karl Dubost sur livre et numérique

Soit la phrase suivante :

Veuillez recevoir mon livre avec ce même sourire indulgent, sans y chercher aucune portée morale dangereuse ou bonne, — comme tous recevriez une potiche drôle, un magot d’ivoire, un bibelot saugrenu quelconque, rapporté pour vous de cette étonnante patrie de toutes les saugrenuités…

Soit la phrase suivante :

Quand je vous vends mon livre, vous pouvez l’offrir à un ami ou le brûler, vous pouvez à la limite le revendre d’occasion, mais vous ne pouvez pas en faire des copies et les revendre à votre tour. L’invention du droit de reproduction a permis de transformer la vente d’un produit abstrait en celle d’un produit concret - disque, livre papier, support photographique. Le stratagème réside dans le fait que le transfert des droits est limité.

Soit la phrase suivante :

Ceci est un élément très intéressant dans le système de l’économie de l’objet physique. Nous pouvons user de cet objet comme bon nous semble. Nous pouvons le détruire ou le revendre, une fois que nous avons acquis cet objet une fois. Nous n’avons pas le droit cependant d’en faire une performance, lire à haute voix pour un livre, jouer la musique dans un contexte commercial.

Pensez aux revenus manquées par les auteurs de cette multiple vie du texte. Imaginons un texte d’un auteur imprimé sur un livre et vendons ce livre à une personne. Dans le monde physique, le droit d’auteur (le scandaleux 10%) est touché une seule fois. Le lecteur revend ce livre à une autre personne ou le donne. Et il est alors hors du circuit économique de l’auteur. La même chose se passe pour les musiciens et les chanteurs. Cependant, ils ont les concerts qui rapportent beaucoup plus aux artistes que la vente des CDs. La lecture silencieuse a démarré relativement tard, mais tout de même bien avant les droits d’auteurs. Avant on lisait à hautes voix et rarement seul.

Le tout à retrouver en détail (bien sûr vous avez reconnu Loti dans la première !) dans très belle analyse de Karl en ses Carnets de la Grange : le livre est mort, vive la littérature. A noter que Karl réagit à un texte qui m’a été à moi-même remis sous les yeux avant-hier via twitter, le premier colloque numérique auquel j’avais participé en 2001 (il y avait aussi, notamment, Roger Chartier, Bruno Patino, Dan Sperber et donc Roberto Casati), organisé par la BPI et toujours en ligne : text /e-text. La preuve qu’Internet et le livre, désormais c’est une histoire...

Photo ci-dessus : © La Grange, Karl Dubost.

© François Bon _ 4 janvier 2010



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