la littérature rayée des arts

la littérature supprimée des enseignements artistiques


Qu’on s’entende bien :

- pour écrire, un carnet et un stylo, un ordinateur et un blog suffisent ; pour publier, notre arme la plus forte c’est un réseau de librairies indépendantes, le dialogue avec des maisons d’éditions inventives. Nous ne dépendons pas de l’État pour écrire, nous ne lui demandons rien.

- pour faire lire, pour mettre en partage les codes et la complexité du récit, de la poésie d’aujourd’hui, aucun de nous pour rester collé à sa table d’écrivain. C’est dans les écoles, collèges, lycées, universités que nous allons. Et, pour apprendre le monde, là où notre questionnement sur nous-mêmes, y compris dans sa part citoyenne, exige l’expérience commune, la pratique commune.

C’est pour ce second point que depuis si longtemps nous sommes vigilants. La littérature, comme les autres arts, pour s’appréhender veut cette pratique collective, où la place de l’artiste lui-même, donc l’écrivain ou le poète, est requise.

Nous n’avons plus à en faire la preuve. Elle est quotidienne, multiple, vivante. Elle est le fruit d’années de présence et d’intervention.

Le ministère de la Culture devrait être le garant des créateurs sans quoi il n’aurait pas de raison d’être : même le patrimoine, même l’héritage sont des concepts vivants. Les peintres et artistes visuels, les gens de théâtres, les danseurs portent non seulement ce qui est pour aujourd’hui recherche vivante et dont le vocabulaire doit s’appréhender ensemble, mais l’histoire même de leur discipline comme à refaire dans chaque instant pour l’établir comme nécessité. En atelier d’écriture, quand nous parlons de Baudelaire ou Rabelais, ou d’Antonin Artaud ou Nathalie Sarraute, notre intervention ne remplace pas ou ne redouble pas celle de l’enseignant : elle en produit l’espace dans un territoire qui n’est pas le strict espace de la transmission.

C’est évidemment une question conflictuelle côté de l’éducation nationale, où les idées neuves, même si ce sont des idées simples, heurtent des hiérarchies bien trop raides, des systèmes de grades et de carrières terriblement obsolètes, en France encore plus qu’ailleurs, où tout le système universitaire (contrairement à ce qui se passe dans la plupart des autres pays) est basé sur une division horizontale en siècles et une autre verticale en genres qui aggravent l’écart entre l’appareil de formation et la continuelle invention de milliers d’enseignants en charge de cette transmission de la langue, pour la faire recevoir dans sa complexité, sa beauté, sa nécessité.

Le ministère de la Culture, c’est à lui que je m’adresse, à lui que je récrimine, aurait dû être notre garant à nous tous, auteurs, écrivains, poètes : ce qui tient de l’art eest indivisible, c’est notre rôle et notre posture qui sont mis en commun dans le travail avec les enseignants.

Séparer les questions touchant à l’intervention des écrivains dans les dispositifs de formation d’enseignants, dans les lycées et universités, c’est un préjudice pour l’ensemble de la question touchant à l’éducation artistique dans ce pays.

Ci-dessous, les liens vers les documents officiels établissant, les missions du Haut Conseil à l’Education Artistique. Ils sont publics. La littérature en est éliminée.

Le dommage est limité. Ce Haut Conseil, avant même d’être, entérine et avalise des baisses de budgets partout entre 40 et 60 % en deux ans (exemple parmi d’autres : programme Temps des écrivains à l’université de 160 000 euros à 85 000 euros en deux ans, pour toutes les interventions d’écrivains dans les facs, Iufm et grandes écoles en France - soit en gros le prix d’un nouveau rond-point dans une de nos villes de province).

Si nous protestons, ce n’est pas en notre nom : c’est au nom de tous ces élèves, collèges, lycées, facs avec lesquels nous avons pu travailler, créer, partager toutes ces années. Au nom de tous ces enseignants dont nous savons l’implication au quotidien, sur des enjeux de société cruciaux.

C’est dérisoire. Nous continuerons d’intervenir, je me dirai peintre pour faire passer tel atelier d’écriture dans les arts visuels, et le stage annuel de formation à l’écriture créative que je conduis à l’académie de Versailles nous l’hébergeons dans un théâtre. Nous continuerons, parce que dans cette machine bien trop lourde, celles et ceux, dans les Drac, à l’action culturelle des rectorats, réinventeront les contournements nécessaires : mais chaque fois c’est plus dur, chaque fois les volants sont plus limités.

C’est la coupure symbolique contre laquelle nous protestons. Abandonnons leur ce triste concept de leur invention : la littérature participant de la "maîtrise de la langue".

Et merci de rejoindre le plus largement possible l’appel lancé par la Charte des auteurs :

- site de la Charte des auteurs
- signer directement la pétition
- les documents officiels relatifs au nouveau Haut Conseil à l’éducation artistique, voir en particulier composition, lettres de mission, circulaire d’orientation.

F Bon

LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 23 novembre 2005
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Messages

  • extrait de l’article paru dans Le Monde ce 24 novembre :

    Retards et amputations de crédits pour les DRAC

    LE MONDE | 23.11.05 | 14h55 •

    Les 28 directions régionales des affaires culturelles (DRAC) vivent un automne difficile. En quelques semaines, ces institutions, bras armés du ministère de la culture en région, viennent de subir, de la part de l’Etat, plusieurs coupes budgétaires sévères. Après avoir attendu deux mois la mise à disposition de la deuxième moitié de leur budget, elles viennent en effet d’apprendre que celui-ci serait amputé de 2,6 % des dépenses. Pire : pour l’occasion, les crédits d’achat d’oeuvres d’art ont été supprimés, renvoyant les acquisitions à 2006. Autant dire que, dans la plupart des régions, la situation est tendue.

    Personne, il est vrai, ne s’attendait à une saison florissante. Le 24 juin, le directeur du cabinet du ministre, Henri Paul, avait averti les directeurs régionaux que 2,15 % de leur budget était gelé. Dans le même courrier, il leur demandait, toutefois, de s’arranger pour financer les mesures nouvelles annoncées quelques jours auparavant par le ministre de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres. Pour éviter toute tension du côté des intermittents du spectacle, en pleine année de renégociation de leur statut, il précisait que le secteur du spectacle vivant devait être épargné.

    La potion s’est révélée encore plus amère. D’abord par la durée de sa préparation. Chaque année, en effet, le budget déconcentré de l’Etat est versé en deux temps : une première partie en janvier, et une seconde - 30 % à 50 % du total - en septembre. Or, cette année, la "deuxième délégation", comme disent les techniciens, n’a été confirmée aux services déconcentrés que début novembre.

    [...]

    D’ores et déjà, le bistouri ministériel a amputé plus que prévu, puisque c’est finalement 2,6 % des subventions versées dans les régions, soit 7 millions d’euros, qui ont été supprimés. Chaque DRAC a perdu entre 200 000 et 700 000 euros. La plupart des directeurs régionaux, qui avaient entendu l’avis de tempête, assurent toutefois s’être préparés. Les uns en privilégiant, en janvier, les institutions les plus fragiles, les autres en servant en priorité ceux dont les protestations risquaient de provoquer le plus de remous. " Ça ne devrait donc pas crier trop fort, pronostique l’un d’eux. Mais ce n’est pas anodin pour autant. Entre les mesures nouvelles qu’il faut financer et le spectacle vivant qui est intouchable, ceux qui sont affectés par les coupes le sont à des niveaux bien supérieurs à 2,6 %. Et ce sont toujours les mêmes." A savoir les actions dans les écoles, les ateliers, notamment dans les quartiers sensibles, le financement des bibliothèques, des conservatoires et des écoles d’art, l’entretien des monuments historiques.

  • Se souvenir. Avoir en mémoire. Puiser dedans. Remonter au bon moment. N’ai pas oublier qui a négocié avec les syndicats d’enseignant (!) il y a maintenant plus de deux ans ; le ministre de l’intérieur !!! Un signe peu lu qui prend aujourd’hui tout son sens !!!
    En septembre dernier, tous les enseignants ont reçu une lettre de leur ministre insistant sur leur "plus d’humanité "pour pallier à la mondialisation...
    Et pourtant, il y a des pays où les gens aux creux du lit font des rêves, dit la chanson. Continuons.

    G.C.