polices d’écriture

fabrication des lettres mortes


Trouvé ça hier dans .doc transmis par une étudiante : elle calait. Des débuts de roman, ils en ont tous. La question serait de savoir où on va et pour quoi faire. Je lui ai demandé, elle m’a dit que ça venait d’un manuel de creative writing.

Après, on peut essayer : prendre Beckett, Faulkner, Kafka, Carver, Bernhard, Tarkos, Kotès, ou Perec, ou Gracq, Sarraute ou Quintane, ou Kaplan ou tous les POL que vous voudrez.... Voir comment on remplit les petites cases avec ce qu’ils nous proposent pour la littérature, et même le roman si vous voulez.

Je sais que l’année ici est en train de réussir : les discussions de fond amorcées, les confrontations de pratiques, le corpus littéraire qu’on utilise, le lien entre les cours d’analyse et théorie et nos cours de pratique.

Accessoirement, dans un département création littéraire, qu’a-t-on à transmettre, l’objet ou la démarche ? Le roman comme forme prescrite, ou le surgissement littéraire qui lui-même l’a fait constamment se réinventer ?

Il y a même des logiciels d’aide à l’écriture qui fonctionnent avec le genre d’approche des tableaux ci-dessous. Moi ça me terrorise.

Est-ce qu’on fait de la littérature avec ses propres ruines ? Sebald aurait peut-être la réponse. Mais Sebald non plus ne tiendrait pas dans les petites cases.

Ceci dit, si ça peut vous servir à quelque chose ? Essayons d’abord de le remplir avec Bartleby !

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 28 janvier 2010
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Messages

  • Musique : "c’est comment qu’on freine... j’voudrais descendre de là..."
    (allez, tous en chœur)

    Voir en ligne : http://tentatives.eklablog.fr/

  • "comment écrire sans inconnu devant soi ?"

    effrayantes, en effet, ces cases...

    Voir en ligne : http://arnaudmaisetti.net/spip

  • C’est terrifiant ... Mais je pense que nombres de "best-sellers" sont fabriqués de la sorte.

    Voilà qui remet en question toute tentative d’un atelier d’écriture, avec des enfants ou des adultes.

    • bon, j’sais pas, moi j’écris pas - le dernier tableau est en effet effrayant, pour le reste cela peut être utile pour un auteur distrait, peu concerné, mais pas désireux de jouer du charme du fluctuant, je crois
      Ou être assez amusant à remplir pour qu’on en reste là, ce qui évite un livre peu désiré

    • ... ou qui donne d’autant plus envie de s’y lancer - travail sur la démarche et pas sur l’objet formel ; l’incitation plus que la prescription : oui, me semble que tous ces trucs universitaires, les recettes toutes faites, ils ne sont pas tant à y croire — et les étudiants ne se laissent pas prendre non plus (je crois ?), reconnaissent quand ces ateliers sont des lieux de recherche, et pas des formulaires à remplir... non ?

      Voir en ligne : http://arnaudmaisetti.net/spip

  • Tout ça rappelle certains manuels en usage dans les collèges français, parfaites machines à dégoûter de l’écriture et de la lecture, où tout devient technique et froid, si froid...

    Voir en ligne : à chat perché

  • Pas étonnant si le tout ensuite bien policé. Planches ou grilles, sûr ça enferme, si ça échappe alors là peut-être, mais du temps avant de se mouvoir dans l’ouvert

  • A suivre cette grille (merci FB !) un personnage aurait donc un nom, une situation spatio-temporelle, un corps et une famille, un style, une classe sociale, des valeurs, serait allé à l’école et possèderait un travail ; il a une psychologie ainsi que la biographie traumatique qui va avec.

    La littérature illustre des problèmes. A savoir, puisqu’il s’agit là de sociologie et de psychologie, ces sciences d’abord du crime, expliquer pourquoi la machine sociale ne tourne pas rond. A cause de ces saletés d’individus bien sûr : "Est-il parfois tenté par ce qui lui est interdit ?" Ah ! L’idée discrètement suggérée... C’est oui, forcément : "comment réagit-il à ces tentations ?".

    La narration est la mise en mot de la pathologie psychique et sociale. L’intrigue met en scène "le conflit" et sa résolution. Le roman ainsi policé se fait roman policier dont le lecteur devient l’enquêteur. Tous des flics. Dressez les âmes. Les romans sont des loupes, ou des matraques - écrivez-nous des romans, policiers !

    Voir en ligne : PV

  • Comment ça ?! On ne pourrait pas écrire avec des données plutôt qu’avec des idées ? On ne pourrait pas catégoriser, tagguer, étiqueter plutôt que de penser !?

    Je rêve de littérature en tableur Excel, comme d’autres de moutons électriques. Faisons la entrer dans des bases de données ! Créons les personnages dans des tableurs et faisons faire les croisement non plus par de pures esprits, mais par des mashups à la YahooPipes ! Créons des profils d’avatars littéraires et libérons les dans Twitter, Fessebouc ou dans SL ! Faisons germer les graines du numériques au coeur même de nos écrits : remplaçons nos mots par du code, des API, des tableurs ! Transformons nos phrases en formules de requêtes... Mixons l’ensemble ! Démaîtrisons !

     ;-)

    Voir en ligne : http://lafeuille.homo-numericus.net

  • ces grilles me rappellent "le cahier des charges" de la Vie Mode d’Emploi.

    Voir en ligne : JS

  • Eric Besson est un grand écrivain. La "grille de lecture" peut durer au minimum 48 heures, les yeux en garde à vue.

    L’exemple "étranger" est toujours utile : en Allemagne, la retraite (sauf pour les bourreaux) à plus d’âge, le mur de Berlin n’a pas été effrité pour rien par un futur président de la République.

    Comment formater tout ça ? Informater, et mater le regard derrière la tête, à rebours... Vichy pétillante, pastille à s’enfiler, la littérature aux ordres est un canal cholédoque.

    Contre les effluves, se munir des masques en stocks superflus.

    Voir en ligne : Le Chasse-clou

  • Ça me rappelle les fiches de jeux de rôles. Les jeux vidéos sont aussi forcément composés ainsi : informatique oblige. L’erreur serait facile à faire, de s’imaginer la base de données comme une forme réduite du roman. Tout est dans la façon dont ces données sont exploitées.

    À l’écrivain doit se substituer un maître de jeu, humain ou algorithmique (qui peut aussi être composé par l’écrivain) qui interprète ces données d’une manière significative pour le « lecteur ». Autrement dit, c’est le retour du conteur, qui connait à fond son histoire et qui vous permet de l’explorer à votre guise. On libère la narration littéraire de sa forme figée et le récit peut être renégocié à chaque fois qu’il est lu.