y a-t-il une masse-temps sociale fixe de la lecture ?

l’écosystème des mots en bouleversement ? (merci Karl pour la formule !)


Mais c’est dans ce jeu mécanique, dont le comportement chaotique, aléatoire échappe à la connaissance réfléchie autant qu’à l’algorithme déterministe, que désir et sens peuvent émerger et motiver nos formes de participation dans le contexte de nos horizons singuliers — prospectifs et rétrospectifs — et des exigences de l’instant.

Merci Alain Pierrot pour ce commentaire, je le choisis comme préface !

 

Un des points fascinants de cette aventure Internet, c’est moins les questions elles-mêmes, que la façon dont elles se déplacent. Du moins (voir la série d’articles d’Hubert Guillaud : comment Internet transforme-t-il la façon dont on pense ?) la façon dont, à mesure que nous investissons ces nouveaux usages d’une part, et à mesure dont ils se déplacent sociétalement (on n’utilisait pas le mail il y a 2 ans quand toutes nos relations privées et professionnelles avaient un e-mail, qu’il y a 10 ans lorsque c’était réservé aux premiers usages Net, et on n’utilise pas le mail aujourd’hui de la même façon qu’il y a 2 ans, une grande partie de nos relations privées utilisant parallèlement face book).

C’est l’endroit où les questions touchant à la lecture sont le plus sensibles. Pour un premier axiome de départ : tout ce que nous savons, imaginons, nous l’avons appris par le livre. Le livre était la stabilisation dans un mode industriel d’un vecteur symbolique important de la transmission du savoir et de ce qu’incarne la littérature, doute, curiosité, rêve.

En même temps, notre relation au monde s’établissait déjà par l’écriture (la correspondance privée, les usages personnels de l’écriture), et par une documentation du monde selon des rythmes et modes superposés : le journal quotidien en était une clé, et pour la littérature le paysage des revues trimestrielles certainement une autre.

Là aussi, la médiation sociale de ces instances se traduisait par des corps de métier et d’industrie : les imprimeries des journaux, à Paris, rassemblant dans le 2ème arrondissement le Monde, le Figaro, l’Aurore, France-Soir, l’Humanité créaient une vie nocturne invraisemblable, en même temps qu’une ruche où se croisaient tous les acteurs de la rédaction, de l’image, de la composition – j’ai connu la fin de ce monde (en tout cas dans les années 77-80), Libération en avait largement hérité un peu plus tard. Si on fait l’impasse sur le rôle (pourtant décisif, peut-être plus que celui de la télévision) de la radio – mais la structuration de France-Culture, dans le milieu des années 90, était du même type –, ces corps de métiers s’étaient installés dans le lieu obligatoire de cette médiation pour le regard sur le monde.

Pour le livre, tout semblait organisé pour durer. Le fonctionnement des maisons d’édition, le processus de fabrication et diffusion, la présence du livre dans un échantillonnage pluriel et complexe de librairies – on savait où trouver tel livre, et « venir à Paris » c’était souvent une tournée des 4 ou 5 librairies spécialisées où vous iriez chercher tel ou tel genre de livres, et prendriez confiance pour en trouver que vous ne cherchiez pas, mais dans le cercle précis qu’incarnait ce magasin.

Ce qui me met mal à l’aise dans les discussions actuelles, c’est la façon finalement dont elles se séparent : le monde informatique discute des réseaux sociaux, la presse débat de sa fin et de son écroulement de plus en plus irréversible compte tenu de la place qu’y tenait la publicité (qui se plaindrait qu’on débarrasse notre vieux monde de l’envahissement publicitaire ?), et le monde de l’édition et du livre de sa transposition commerciale sur les supports numériques.

Mais si précisément le nouveau paradigme était que l’ensemble de ces trois dimensions était affecté par un même changement d’échelle, où la même curiosité du monde se déployait en strates (jamais complètement) séparées, mais que les usages numériques fondent à nouveau dans le même vecteur ?

Vecteur qui est alors, bien évidemment, l’évolution même de l’outil numérique. L’ordinateur était un objet moche, ronflant, encombrant, les claviers de vrais outils agricoles. Entrant dans les foyers domestiques, il y prenait une place assignée comme le téléviseur. Lorsqu’il a commencé à accueillir les usages privés, il s’est ouvert à leur protection : « sessions utilisateurs », adresses mail séparées. Lorsque chacun est devenu à son tour, jusque dans la vie privée, producteur ou organisateur de contenu, par exemple stocker des photos, archiver des correspondances, gérer des ressources musicales, l’ordinateur lui-même a éclaté dans l’usage – fin des années 60 les ménages s’équipaient de 2 voitures, les marchands de téléviseurs ont su exploiter le fait qu’on installait le vieux téléviseur dans la chambre, pour l’ordinateur on a sauté l’étape : chacun a le sien, il est le réceptacle d’usages qui tiennent, jusque dans la communauté familiale, de l’instance privée.

C’est dans ce saut vers l’usage privé, au moins côté Ubuntu et Mac, qu’il a appris à réorganiser son interface pour ces usages. Et le hardware aussi : on a le droit d’emporter son ordinateur avec soi, il tient dans le cartable, il est joli, on le déplie au bistrot ou dans son lit, il a une batterie et un clavier souple, des protections pour les fichiers secrets et la possibilité d’écrire sur tous les sites Internet du monde. Autour de l’ordinateur, demeurent les objets dédiés : appareil photo numérique, téléphone, camescope, indépendamment d’usages plus personnels, musiciens par exemple.

C’est dans ce contexte que s’appréhende la mutation en cours pour l’industrie du livre, et sa volatilisation partielle dans les usages numériques, d’où la crispation actuelle de plus en plus perceptible, et les gros sous qui vont avec.

Les données de base : le « marché » du livre est globalement stable. La pression des acteurs majeurs est d’entretenir cette stabilité, et surtout pas d’engendrer eux-mêmes le processus du bousculement. Cette bonne santé de l’économie des acteurs majeurs s’établit cependant sur une recomposition en profondeur : uniformisation des produits (même : à échelle internationale), rotation de plus en plus accélérée des produits (temps moyen de présence d’un livre en librairie : moins de 5 semaines), redistribution des catalogues éditeurs autour des livres « utiles » ou des niches en faveur (BD, policier, jeunesse, et je ne mets ici aucun critère de valeur). Pour nous, auteurs de création, une marginalisation de fait – en douceur –, longtemps masquée par le poids symbolique des écrivains en tant qu’intellectuels, mais ce poids symbolique lui-même mangé par la crise de la presse littéraire, qui d’elle-même va au devant du gouffre en se cantonnant de plus en plus à la médiatisation de ce qui est déjà médiatisé ailleurs.

Apparaissent, dans ce contexte, des outils à lire – liseuses, eReaders – qui ne sont pas des ordinateurs même s’ils en incluent un, et qui ne sont pas des écrans puisque proposant du papier électronique, avec le même confort de lecture que le livre papier et des services accrus. Mais appareils « dédiés », même s’ils s’encombrent d’albums photographiques ou d’une prise casque pour le mp3, appareils rigidement ternes même s’ils essayent de copier l’objet originel (la housse du Sony reproduisant la reliure cuir d’un livre). Sur ces appareils, quel plaisir pourtant d’avoir transféré un volant considérable de sa bibliothèque, et je le mesure d’autant plus que – vivant à Québec pour un an – j’ai dans ma Sony (après tant d’efforts et d’années à les collationner en Pléiade) tout Rabelais, Montaigne, Balzac, Jules Verne, Littré, Proust et j’en passe (Stendhal, Flaubert, Maupassant, Rimbaud, Baudelaire, Nerval, Mallarmé et tant...), plus ce qu’un solide réseau d’échange a forcément créé de transferts de livres sous droits, mais qui nous sont indispensables.

Cependant, même si c’est le lieu le plus névralgique de la guerre des fabricants, je ne me vois pas dépenser de l’argent pour télécharger la version numérique d’un livre. Dans le modèle de ce que nous développons avec publie.net, si nous proposons effectivement le téléchargement individuel, la nouveauté c’est l’abonnement pour accès à la totalité du catalogue, et c’est sur cette base que nous rejoignent les bibliothèques – celles qui considèrent de leur responsabilité de permettre à leurs lecteurs un regard direct sur la création contemporaine. Et de mesurer tout cela très très concrètement, de savoir que les principaux vecteurs pour ces textes, ce sont les auteurs eux-mêmes – logique dans ce cas qu’on s’organise pour gérer les recettes à 50/50. La transposition homothétique (ce n’est pas mon mot, c’est la terminologie officielle) du livre papier au numérique n’est pas viable en l’état, parce qu’elle méprise l’auteur (avenants à 11/14% sur une estimation obsolète des exemplaires), et qu’en décalquant sa valeur commerciale sur celle du livre papier qui lui coexiste, et pour ne pas le mettre en danger, elle l’établit sur la possession physique d’un fichier, alors que la possession de ce fichier n’a pas la valeur symbolique associée du livre.

Erreur aussi dans l’outil : l’histoire commerciale du livre c’est son rapport aux usages privés, la bibliothèque qu’on se constitue individuellement. Mais la bibliothèque, avec le numérique – et même pas besoin d’envisager Google –, est déjà de fait une accessibilité massive et immédiate. Le plaisir qu’on tire à la possession d’un Sony – lent et même pas wifi –, c’est de relire à volonté l’immense bibliothèque du domaine public, de se recréer ses propres parcours et usages dans la quête du texte, et non pas la consommation monétisée du dernier livre à la mode fourni par l’industrie lourde.

Mais surtout : comment lirions-nous les mêmes livres ? Le plaisir à réouvrir sur sa Sony Nerval, Moby Dick ou Rouletabille, c’est l’adéquation d’un texte et de son époque. Et qu’à chaque époque, ce qui établit le fait littérature, c’est cette écluse qui s’ouvre avec un temps, l’absorbe et le transforme. C’est dans cette assomption que lève l’imaginaire, l’épopée, que viennent travailler nos peurs et la convocation de nous-mêmes avec celle du monde.

Et qu’à chaque époque les récits épousent ces modes d’écriture tels qu’ils s’établissent dans la communication privée ou la diffusion industrielle. Les romans épistolaires du XVIIIe, et le roman tel qu’il vit encore aujourd’hui par l’irruption de la presse et du feuilleton.

Dans cette bascule instaurée par nos nouveaux usages, chaque transformation technique déplace l’ensemble de la chaîne. Notre perception du monde à distance, la météo à l’autre bout du monde, le fil direct des informations sur une catastrophe, la réflexion sur tel thème pointu qui vous concerne dans une micro-communauté hors toute géographie, on l’organise par l’ordinateur. L’usage de la correspondance privée ne diminuait pas l’importance symbolique de l’écriture en passant du courrier postal à l’e-mail. Elle ne change pas cette part symbolique, même si elle redistribue ses composantes via un espace partiellement public, en passant à face book.

Les récits et les fables qui constituent rétrospectivement la littérature d’une époque sont la mise en tension de ces composantes. Ils incluent la documentation du monde (qu’on relise les lettres de Flaubert tout au long de l’écriture de son Bovary), ils s’établissent en reflet de nos usages privés de la correspondance et des formes de publication spécifiques à chaque étape technique.

La crispation actuelle, l’hostilité à l’égard d’Internet et des lieux où vit et réfléchit le numérique, l’impossibilité pour les structures industrielles traditionnelles à prendre le devant, et se faisant manger par les acteurs neufs, c’est précisément en bonne partie que les objets et les formes liés à une époque ne sont transposables dans un support neuf que s’ils emportent avec eux cette adéquation au monde qui les a produits. On entend les années 60 dans les Beatles, et Balzac est un régal tout neuf sur Sony parce qu’on lit son temps tout entier. Mais un texte écrit aujourd’hui pour la diffusion livre ne sera pas transposable, simplement parce que l’adéquation neuve lui manque. Et on comprend l’absence radicale de goût énoncée par les libraires pour diffuser ce qui ne saurait être un objet, et se passe de toute façon de leur médiation (et tant mieux s’ils assurent leur propre pérennité via cette première adéquation vive du livre et de la communauté qu’ils rassemblent, en même temps que la littérature de création garde un bassin privilégié chez ces micro-éditeurs qui n’ont pas comme seule charge la pérennité non de ce qu’ils vendent, mais de leur dispositif industriel lui-même). On peut imaginer que tous ces auteurs – et combien ont été de mes proches – qui se refusent au saut numérique trouvent leur modalité la plus nécessaire dans ce dispositif : tant mieux pour eux, j’espère juste qu’ils sont conscients de sa fragilité grandissante.

Mais globalement, une interrogation plus profonde. Si on revient à cette adéquation, elle ne sépare jamais le lire lié au livre, de l’écrire dans son usage privé, ni de cette documentation du monde dont la presse écrite se voudrait détentrice, et pourtant dès à présent dans une fragilité bien supérieure à celle de l’édition industrielle.

Ainsi, il y a encore quelques années, dans cette économie globale de notre temps privé et social, la stratification était claire : documents et livres à lire pour l’étude ou le métier, documents et livres à titre d’utilité domestique (l’atlas, le dictionnaire, l’encyclopédie, le livre de cuisine, le guide de voyage – ou chez mon grand-père instituteur le livre de jardinage et l’almanach), la correspondance et le journal intime (ou autres déclinaisons d’écriture privée), la presse – journaux, magazines, revues –, et enfin, dans une place bien moindre que celle qu’il a aujourd’hui conquise, le livre de littérature ou le récit (fiction, aventure, voyage, poème) de loisir.

On savait bien, dès le matin, au quotidien acheté en kiosque et plié dans la poche, ce que vous étiez dans le civil. Si on participait à quelque titre de la vie intellectuelle, on y ajoutait le journal du soir. Aujourd’hui, on paye un abonnement à un bouquet de ressources, et on complète par l’ensemble des ressources profuses et gratuites du réseau – miracle de la sérendipité : les outils qui en permettent la reconnaissance et la sélection ont évolué en même temps que la profusion même, et quelle que soit la masse d’information répétée ou banalisée ou carrément vulgaire, on trouvera toujours l’accès à la ligne de crête.

Qu’il en soit de même pour une totalité de nos usages du lire et de l’écrire, une preuve en serait dans les combats et la concurrence aujourd’hui sur les téléphones comme terminaux mobiles (le téléphone disposant de la même valeur symbolique que le journal autrefois, dirait-on à le voir dans les mains des gens dans le métro), et sur ces tablettes fourbies pas seulement par Apple, appareils basés sur la consommation (confortable, gratifiante) des ressources d’Internet, avec en retour une possibilité d’inscription (face book, twitter, achat en ligne) bien plus rudimentaire, mais séparant radicalement l’outil (même pas de fil USB sur l’iPad d’Apple) de la médiation technique qu’on croyait forcément associée à l’ordinateur.

Et qu’il me semble bien, à voir ces géants empêtrés que sont les grands groupes d’édition, leur fascination pour le web mais leur impossibilité à y entrer, que leur problème c’est de prendre ça beaucoup trop en aval, quand les acteurs du web (et Google ou Apple les premiers) reprennent ça de l’amont.

La masse-temps globale du lire-écrire a augmenté : quelle chance. Dans la profusion de vecteurs culturels autrement plus gratifiants que le texte, la musique et le film, le lire-écrire non seulement a gardé sa place, mais est devenu lui-même une instance plaisir, tout aussi gratifiante – sinon il n’y aurait pas face book.

Cette masse-temps globale, sociétale et privée, du lire-écrire ne se partage même plus entre notre temps social et notre temps privé. La connexion Internet, permanente et facile, sert d’outil dans le plus concret de la vie courante : regardez vos propres enfants lorsqu’ils veulent savoir l’heure du prochain bus, ou vous-même pour savoir si votre librairie préférée du centre-ville est ouverte le lundi. Le lire-écrire, en gardant cette fonction d’interface, sauve l’espace symbolique de ses usages radicalisés : il n’y a pas d’autre définition à la littérature que le langage mis en réflexion.

Mais dans cette expansion même de la masse-temps du lire-écrire, la recomposition est tout aussi définitive : les usages de communication privée ou réseau, d’information et de curiosité, d’utilité et – bien sûr des bien sûr – de la radicalité artistique (les sites et blogs photos, artistes, expériences en ligne : qui n’a pas les siens ?), comme des lieux que chacun élit pour sa prescription fiable. Dans cette recomposition, la lecture dense garde sa place, et peut même disposer d’une place augmentée : on sait chacun de mieux en mieux faire le tri entre sites de contenus denses et ceux qui recopient, ou vous assomment de publicités nulles. Même la lecture dense n’est plus le seul apanage du livre.

Dans cet espace, les questions posées par l’ergonomie même de la lecture écran, la navigation et les annotations, la dynamique des blancs et des encres, le paratexte et les liens hypertexte, rien de plus passionnant pour nous à apprendre. C’est aussi ce qui manque aux plate-formes de diffusion commerciale de « livres » numériques – pas la faute des plate-formes, mais plutôt par cette contrainte d’un objet numérique basé sur l’objet papier, et niant sa propre histoire.

Si le déclin de l’industrie du livre est irréversible, et que la fausse stabilité actuelle recèle des germes lourds d’effondrement, ce n’est pas la mutation numérique du livre qui est en cause, mais plutôt : à masse-temps stable de lire-écrire, la place privilégiée du livre dans cette masse se recompose dans un usage moindre, tandis que les tâches auxquels il était voué de façon privilégiée, transmission, mémoire, confrontation au monde, se répartissent dans la totalité complexe des autres usages numériques – nous donnant responsabilité associée. Accessoirement, le portage des objets industriels actuels dans une forme numérique n’est pas une solution viable pour enrayer ce processus.

De ces questions je ne suis pas indemne : est-ce que c’est la même chose, par rapport à la masse de copains ou anciens copains qui continuent de fournir chaque 2 ans leur livre à l’éditeur, et se débrouiller entre temps avec bourses ou résidences, de trouver cette même et ancienne passion du lire-écrire dans un site Internet en développement constant, mais toujours à réapprendre, pousser, refaire, et qui reste un loisir parfaitement bénévole (un travail d’amateur ?), quand bien même vous avez responsabilité de père de famille ?

Pas indemne non plus notre plate-forme publie.net, et les heures de travail bénévole que notre petite équipe y engouffre : oh oui, on doit bien avoir largement plus d’abonnés que les revues littéraires traditionnelles qui se maintiennent (elles, à coup de subventions). Mais pour que les centaines et centaines de lectures des extraits gratuits en ligne se convertissent en soutien effectif et qu’on dispose des forces nécessaires à l’avancée, il faut quoi comme gage ? Pourtant, les auteurs que nous rassemblons constituent à eux tous une bonne part du meilleur et du plus vivant de ce qu’on aime à lire sur les sites... On est d’autant plus reconnaissant à ceux qui nous l’ont marquée, cette confiance – bibliothèques ou particuliers.

Bon, et avec tout ça, qui me trottait dans la tête depuis ce matin au point de ne rien faire d’autre, et de prendre ces 2 heures à l’écrire : de toute façon on continuera, puisque pas le choix. Que c’est ce très vieux sentiment d’obéissance et de nécessité qui nous fait ici installer notre camp. Et que c’est aussi l’instance d’un fameux plaisir – juste, et l’hostilité de ce monde anciennement du livre, qui fait porter sur Internet toutes ses difficultés, qu’on s’y sent parfois un peu seuls (mais seuls avec un s, oui, avec un s).


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 14 février 2010
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Messages

  • Dans ce monde mouvant et incertain, j’ai l’impression de n’avoir pas changé en dix ans de médiation sur Internet. Je suis passé du html au dynamique, je détourne des outils dans un seul objectif, créer des liens entre le livre, l’auteur et les lecteurs.

    J’envisage la médiation comme un engament personnel. Et c’est pour cette raison que je n’ai pas eu de soutien des décideurs en bibliothèque. Ce n’est pas un abonnement à une base, où on récupère des données.

    Si cette formidable perspective de la dématérialisation doit apporter régression sociale, contrôle de la population, et effondrement de la production, ce serait bien dommage. Aussi vive l’esprit critique, l’expérimentation de préférence dans le domaine du libre qui est la garantie d’un futur indépendant. D’autant plus que comme le dit le patron d’Apple, le livre ne l’intéresse pas : « c’est un marché de niche ».

  • Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se déplace.

    Mais c’est dans ce jeu mécanique, dont le comportement chaotique, aléatoire échappe à la connaissance réfléchie autant qu’à l’algorithme déterministe, que désir et sens peuvent émerger et motiver nos formes de participation dans le contexte de nos horizons singuliers — prospectifs et rétrospectifs — et des exigences de l’instant.

  • Et qu’à chaque époque, ce qui établit le fait littérature, c’est cette écluse qui s’ouvre avec un temps, l’absorbe et le transforme. C’est dans cette assomption que lève l’imaginaire, l’épopée, que viennent travailler nos peurs et la convocation de nous-mêmes avec celle du monde.

  • Ce texte est vraiment très intéressant, François, et je suis d’accord avec toi sur bien des points. Juste ce mot pour l’instant pour te dire que je t’ai lu, et que je suis encore bien trop dans le flou du décalage horaire et l’accaparement du retour tout récent pour pouvoir prendre le temps d’en discuter plus avant. Voilà de quoi alimenter de prochains billets sur teXtes, que le voyage aux US a bien réveillé, et que je ne voudrais pas laisser se rendormir. Alors, à suivre...

    Voir en ligne : à suivre